CHAPITRE XL
Des familles qui sont restées da sang royal des Incas,
Qui^LQUjes jours après que j'eus fini ce neuvième livre , je reçus du Pérou des mémoires dont j'ai tiré depuis ce chapitre que j'ai trouvé à propos d'ajouter à la conclusion de ce volume , parce qu'il me semble. nécessaire à la connaissance de cette Histoire. Il s'est trouvé plus de descendans qu'on ne pensait de ce peu d'Inca de sang royal qui ont échappé à la tyrannie d'Atahuallpa , et aux autres arrivées depuis. Car ils ont tous écrit en i6o3 , à don Melchior Charles Inca, à don AlonzodeMeza , filsd'Alon^o de Mesa, habitant de Cuzco et à moi. Ils nous prient dans leurs let^ très de faire en sorte auprès de sa majesté , qii'il lui plaise de les exempter des tributs et des impôts qu'on Içur fait payer , comme aux autres Indiens. ,Ppur cet elSet, ils nous envoyeiit à tous trois une procmrs^tion , et un plein pouvoir de traiter d^
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celle affaire. Us font Toir en même tems par dos preuTes authentiques de leur généalogie^ de quels et de combien de rois ils sont descencTus , en les nommant tous depuis le premier jusqu'au dernier. Pour mieux éclairer cette véritp , et en donner une démonstration incontestable , ils ont fait peindre sur une aune et demie de taffetas blanc de la Chine , Tarbre royal de leur généalogie , depuis Manco Capac jusqu'à Huayna Capac et à son filsPauIu. On voitlà leslncaspeints a Tantique et à mi-c')rp5, avec la bordure sur la tête , des pendans aux oreilles et une pertuisane a la main au lieu de sceptre. Cette commission me fut adressée ; mais j'en ai envoyé le mémoire à don Melchior Cha> les Inca , et à don Âlonso de Meza , qui sont ordinairement en cour de Valladolid, parce que j'ai , à mon grand regret , un emploi qui m'empêche de solliciter celte cause pour laquelles je donnerais volontier ma rie , et je ne croirais pas la pouvoir mieux employer. La lettre que les Incas m^ont fait écrire par un de leurs compagnons est fort agréable, et d'un style conforme a leur langue , à quelques phrases près qu'ils ont empruntées de l'Espagnol , et qui font connaître qu'ils le sont déjà tous. Elle est datée du l6 d'avril de l'an i6o3. Je ne la rapporte point ici , parce que le détail que ces paurres gens y font du misérable état où ib sont réduits,
ne servirait qu'à irriter ceux qui la liraient. Us écrivent néanmoins dans une grande confiance que sa majesté y remédiera , comme nous le croyons , et qu'elle leur accordera plusieurs faveurs , à cause qu'ils sont d'extraction royale.
On voit à côté de la figure de chaque roi sa généalogie , avec ce titre Gapac Âylla^ c'est-à-dire, ' généalogie auguste ou royale ;car c'est une même chose. Cette inscription leur est commune, pour donner à connaître qu'ils sont tous descendans du premier Ii^a Manco Capac. Cependant après cette inscription générale, on en trouve une autre particulière de chaque roi , avec des noms diflférens, afin de faire connaître par-là ceux qui sont issus de tel oa tel roi. Ils appellent c/uma/^onoc^, la branche de Manco Capac qui est de quarante Incas ;*Rora Panaca , celle de Chinchi Roca, où il y en a soixante quatre , Huayna Aylla , celle de Lloqui lupanqui , oîi il y en a soixante-trois ; Aumayta , celle de Capac lupanqui , où il y en a cinquante-six ; Usca Mayta , celle de Mayta Capac, oii il y en a trente-cinq ; Vicaquiraus , celle d'Inca Roca , oii il y en a cinquante *, Àylli Panaca , celle de lahuarhuacac , où il y en a cinquante-un \ Cucço Panana , celle de Viracocha Inca , où il y en a soixante-neuf ; Inca P naca , celle de l'Inca Pachacutec^ et de son fils Inca lu* panqui , qu'ils joignent ensemble *, et doublant
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le nombre des descendans de Tun et de Foutre, ou y en trouve soixante-^seuf. Ib appeltentCapac Ayllu^rld généalogie impériale du Tapac Inca lupanqui , elle peut servir à confirmer ce qae j'ai dit ci^devant touchant son nom ; ses des-cendans ne sont que dix-*huit. Ils nomment celle de Huayna ^Gapac Tumi Pampii , h cause d^une fête solennelle que Huayna Capac fit au soleil fians une grande campagne qui est dans la province des Ganarins. Ce prince voulut que la mé^ moire d'une f et si solennelle se causer v&t dans le nom Tumi Pampa, qui est celui de ces descendans, dont le nombre n'est que de vingt-deut> Les branches de Huayna Capac et de son père Tupac Inca lupanqui étaient les plus proches de Tàrbre royal , ce fut potir cela qu'Atahitallpa fit tout ce qu'il put pour en couper la racine plus tôt que :des autres ; de sorte que ceux .de leurs descendans, qui se sauvèrent de sa cruauté , fu^ rent en fort petit nombre, comme on le peut voir f^icilement parla supputation qu'onen peut faire, qui est de cinq cent soixante-sept personnes , toû* tes descendues de la ligne masculine ; car les In^* cas ne tenaient point compte de celles des* femmes^ comme il a été dit ailIeui'S, si leits descendans n'étaient fils de conquérans espagnols , qu^ils appelaient Incas cotnme les autres , parce qu'ils les croyaient issus du soleil leur dieu. I^a lettre
Rois Dv pâBou. 46s
qu'oïl m^edvoya était . souscrite par ônae tnbas ; suivant le nombre de leur généalogie , chacun d^eut avait signé pour la sienne , avec les noms de baptême , et les surnoms des prédécesseutiSj Pour les noms des autres généalogies , je ne sai$* pas ce qu'ils signifient , parce quUIs sont de la langue particulière du Pérou que les Incas par-" laient entre eux.
Il ne reste plus qu'à parler de don Melchior Charles Inca, petit-fils de Paultt, et arrière-neveu de Huayna Gapac. Nous avons déjà dit qu'il vint en Espagne en 1602 pour y recevoir de sa majesté les récompenses qui étaient dues à sa nais-* sance et à son mérite *, son affaire fut proposée en plein conseil^ au commencement de cette année 1604^ ^^ 1g roi lui accorda une pension perpétuelle de sept mille cinq cents ducats , a prendre sur son épargne dans* la ville des rois. II voulut encore qu'on lui donnât de quoi fournir aux frais nécessaires pour faire venir sa femme en Espagne et tout son train avec elle. Outre cela il fut fait chevalier de Saint-Jacques \ et on lui fil'espérer une place d'ordinaire dans la maison du roi , à condition que tous les héritages et les droits seigneuriaux , que son aïeul et son père lui avaient laissés à Guzco , seraient annexés à la couronne d'Espagne, et qu'il ne pourrait pas retourner aux Indes. C'est là tout ce qu'on m'a
écrit de Valladolid , touchant cette affaire ; je ne crois pas que depuis ce tems-là , jusqu'à la fin de mars , oii nous sommes , il soit arrivé autre chose qui mérite d'être rapporté. ; C'est pourquoi je finirai ici cette Histoire des Incas.