‹ Histoire des Incas, rois du PérouChapitre 90 sur 103 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Suite des cruautés d'Atahuallpa, exercées contre les

officiers de la maison royale.

Nous avons déjà remarqué que ce tyran fit périr tous les officiers de la maison du roi ; le titre dlnca que Manco Capac leur avait accor« dé , et Fhonneur qu'ils avaient de servir leur prince , les rendaient odieux à l'usurpateur. Il fit traiter plus sévèrement les officiers qui approchaient de plus près la personne du roi , ou qui le servaient à table ; tels étaient les huis-

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siers de la chambre-, cehx qui gardaient se» joyaux , les écuyers de cuisine et les sommeliers.. Les parens de ces officiers ne furent pas épargnés , les uns et les autres furent maspacrés , et leurs villes brûlées , avec les maisoni royales qu'il y avait.

Les officiers de moindre considération , tels qu'étaient ceux de la fourrière, les pourvoyeurs, les porteurs d'eau , les jardiniers , etc, nefii* rent pas à la vérité si maltraités que leurs compagnons , mais ils ne laissèrent pas de souffi*ir beaucoup. Car dans quelques-unes de leurs villes 7 les cruels ministres d'Âtahuallpa massacrèrent la dixième partie des babitans , en d'autres la cinquième , et dans d'autres la troisième. Ainsi il n'y eut aucune des Tilles qui étaient à six ou sept lieues de Cuzco, qui ne ressentit en particulier la cruauté de ce tyran. Les autres provinces ni même les villes les plus éloignées de Cuzco^ ne furent pas exemptes de ces malheurs. On ne voyait partout Tempire que sang répandu y que villes brûlées , et que voleries ; et pour tout dire en un mot , on coin* mit tous les désordres que l'on peut attendre (les soldais sans discipline , à qui tout est permis. Je parlerai en particulier de la manière dont on traita la province des Canarina , mais j'c'mprunterai pour cela les paroles d'historiens

espagnols. Voici ce qu'en dît : Augustin de Curate, livre I. ^ .chàp^ iQ. « Âtabàlipa étant avHvjé au pays des Ganarins^ il fit faire mainh^sëe $ur les habitans j et en fit tuer so^Kaate: i/iitle , parce quUls lui avaient été contraires : U mit aussi à feu et à sang, et rasa entièrement la grande ville de Tumibambs^,, située dans^neplaine , et arrosée par trois grandes rivières ^ sur les bords desquelles elle était bâtie. De. là poussant toujours ses conquêtes , . il né faisait quartier à personne dans les lieux oii il trquyait quelque résistance, etc. n François Lopez dç Gomar a dit presque la même chose ;. Pedro de Cîeça entre plus dans le détail. Après avoir dit, que de ^on tems il y avait beaucoup plus de femmes que d'hommes dans la province des Çanarins , et qu'on était contraint de prendre des Indiens aux guerres des. Espagnols ^ parce qu'on y manquait d'homnoies, il en doi^ne la raison ensuite dans ces paroles , qui sont au 44^ chapitre de son livre. Ces Indiens font voir par )à qu'ils sont contraints d'en user ainsi , parce qu'il leur est resté bien plus de femmes que . d'hommes du sanglant massacre que le tyran Atabalipa fit dans celte province aussitôt qu'il y fut entré*, car après avoir, défait auprès de la ville d'Ambato , et fait mourir inhumainement ÂDktoco, général de l'armée de son frère Huasca|^

Inna , il porta sa tyrannie jusqu'aux dernières violences. Elle fut si grande , à ce que Ton assure , que sans être attendri par les prières des hommes, et les larmes des enfans, qui furent tous au devant de lui avec des palmes-à la main, pour implorer sa miséricorde , il les rebuta d'une manière barbare , et commanda , avec un air qui ne respirait que le carnage , à ses capitaines , et à leurs gens , d'en faire un sanglant massacre sans aucun délai. Ces cruels ministres de sa fureur exécutèrent sur-le-champ ses ordres, ils tuèrent tout , jusqu'aux enfans. Ceux qui sont restés en vie disent que c'est à cause de cela qu'il y a quinze fois plus de femmes que d'hommes dans cette province. Je finirai ici le récit des cruautés d'Âtahuallpa , et je réserverai la plus grande de toutes , pour la raconter en son lieu. Voici le discours que j'ai promis de rapporter ici à l'occasion de don François fik d'Atahuallpa. Le lendemain de la mort de ce prince , un peu avant qu'on l'ensevelît , ma mère fut yisitéede grand matin par le peu d'Incas ses parcns , qui étaient restés en vie , du nombre desquels était le vieux Inca , dont nous avons parlé souvent* Celui-ci , au lieu de se consoler de la mort de son neveu ( car don François l'était de ma mère comme fib de son frère aîné ) , lui témoigna d'avance qu'il en était bien aise , et qu'elle devait

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s^ ^n rejouir , et il finit son compliment par ce^ f faroles : « que le Pacbacamae la conservât en vie plusieurs années , pour lui faire voir la fin de tous ses ennemis. » Comme je ne comprenai pas alors pourquoi il parlait ainsi , je ne pus m^empécLer de lui dire : « Comment voudriez* vous que nous fussions bien aise de la mort de dom François qui nous est si proche parent ?» A ces mots, il se tourna vers moi avec une mine fort austère ^ ets'ëtant mis à mordre le bord de sa robe , qu'il poitait au lîeù de manteau , ce que les Indiens ne font jamais qu'ils ne soient fort en co* 1ère : « Quoi donc ! me répond iuil , étes-vous bien aise d^étre parent d'un Auca ( c'est ainsi qu'ils appellent un tyran et un traître ) , fils d'nn autre Auca ,' qui a ruiné notre empire de fond en comble 7 No savez- vous pas bien que c'est lui qui a tué inhumainement notre Inca 7 Que c'est lui qui a tari la source de notre sang, oii il a àrempé ses mains ? et que c'est lui enfin qui a commis une infinité de cruautés inouïes , et bien éloignées des actions des Incas nos pi'édécesseurs.7 Qu'on me donne son fils et je le* mangerai tout mort.qu'il est j car ne croyez pas que le traître Atahuallpa , son père, soit jamais descendu de no* tre IncaHuaynaCapac , il est le fils certainement de quelque malheureux Indien de Quito , qui a con.-pîré contre notre roi j s'il eût été un vérita**.

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blc Inca , aurailril pu exercer tant de violences ? Que dis-je, en aurait-il pu avoir la pensée ? INfon sans doute. I^orez-vous que nos prédécesseurs nous ont toujours enseigné d'aimer nos ennemis même , et à plus forte raison nos parens, de n'ofienser jamais personne , et de faire du bien à tout le monde. N'appelez donc plus votre parent y ce-* )ui qui a si maltraité notre prédécesseur ; car vous ne pouvez vous vanter de cette alliance y sans nous faire beaucoup de tort , et sans vous en faire a vous-même , en vous disant proche parent du plus méchant de tous les hommes , qui de princes que nous étions , nous a rendus esclaves , encore ne sommcs-^nous aujourd'hui qu'un très-* petit nombre ^ que le grand Pachacamac a sauvé de sa tyrannie. » Ce discours dé l'Inca renouvela .ses déplaisirs. On ne pensa plusi ri se réjouir de la mort de dom François , la conversation ne roula plus que sur leurs malheurs. Au reste , ce dom François , qui connaissait bien qu'il était fort haï des Incas , et eja général de tous les Indiens , n'eut aucun commerce avec eux , et ne sortit près* que point de sa maison tant qu'il vécut. Ses deux sœurs en faisaient de même , parce qu'on ne cessait de leur reprocher les cruautés ^ et les tyran-* nies de leur père , en les appeUnl; par les rues. Auca.

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