‹ Histoire des insectes du pin maritime. Tome premier: ColéoptèresChapitre 4 sur 31 · Toririx strobilana, Hubn · texte numérisé non relu

Toririx strobilana, Hubn

FT: — buoliana, Fabr.

Le résumé qui précède et qui fait connaître sommairement les habitudes des insectes parasites du Pin maritime, me permet de discuter ici une question qui n'est pas dépourvue de tout intérêt scientifique, et qui a, au point de vue de la sylviculture, une certaine importance. Cette question a pour objet de savoir si les insectes, à part ceux qui rongent les feuilles, qui perforent les jeunes pousses ou les vieilles écorces, et que j'ai cités les premiers, envahissent les arbres vigoureux et pleins de santé, ou s'ils ne les attaquent que lorsqu'ils sont atteints d'une maladie quelconque.

Ratzeburg, dans son ouvrage intitulé Die forst Insecten tome 1°", page 132, et supplément, page 34, discute assez

longuement, et même avec une certaine vivacité, cette question.

Les partisans de la maladie, comme il les appelle, ont fait des expériences ; ils ont enlevé une portion d’écorce à un arbre vivant, puis, sur un arbre mort, ils ont pris une porlion égale d'écorce chargée de larves, et l'ont appliquée sur la partie dénudée de l'arbre sain; les larves n'ont pas pénétré dans l'écorce de celui-ci. Ils ajoutent que, dans les forêts où les arbres végètent avec vigueur, les ravages des insectes sont inconnus; que si un arbre, avec toutes les apparences de la santé, est attaqué, on doit en conclure qu'il était atteint d’une maladie, mais que cette maladie n'était pas apparente. Chez l'homme et les animaux, en eflet, des dehors de santé parfaile cachent quelquefois de graves lésions, dont l’origine est demeurée obscure ou inaperçue ; mais qui n'en causent pas moins de grands désordres, et qui minent insensiblement l’organisme.

Les principaux partisans de l'état de maladie sont MM. Krutzsch, Bohutinsky, Liebich, Lincker, Thiersch et Wiegmann.

Ratzeburg est chaud partisan de l'état de du et il traite même assez cavalièrement ceux qui adoptent l'opiniou contraire. À défaut de raisonnements, il renvoie aux faits et déclare que des arbres sains sont attaqués par les insectes; que même on ne peut expliquer quainsi la destruction, souvent très prompte, de plusieurs milliers d'arbres.

Les autres partisans de l'état de santé sont MM. Wilhelm, Berg, Gmelin, Illiger, Pfeil et Saxesen.

En France, on ne paraît pas s'être beaucoup préoccupé “le cette question, et les auteurs semblent généralement

disposés à admettre que les insectes lignivores dont les larves se développent dans les arbres verts encore, sont la première cause de leur mort. Ainsi, on attribue au Pissodes notatus la perte d'une immense quantité de Pins qui couvraïent, en 1835, 190 hectares de la forêt de Rouvray; au Scolytus pygmœus, celle de 50,000 pieds de Chènes qu'il a fallu abattre au bois de Vincennes; au Scolytus multistriatus le dépérissement et la ruine des ormeaux des boulevards et des environs de Paris; ormeaux pour lesquels M. Robert a imaginé des moyens de salut qui ont fait grand bruit dans les journaux et ailleurs, et qui, j'ose le prédire, n’aboutiront à rien.

Quant à moi, je ne puis admettre que les insectes dont j'ai parlé soient les premiers auteurs de la mort des arbres qu'ils attaquent, et depuis quinze ans que j étudie sans relâche leurs mœurs dans un des pays les plus boisés de France, jai observé assez de faits pour oser exprimer mon sentiment. Ce sentiment se formule ainsi : que les ïansectes en général (je ne parle pas de ceux qui ne s'en prennent qu'au feuillage), n'attaquent pas les arbres en bonne santé; qu'ils ne s'adressent qu'à ceux dontle bienêtre et les fonctions ont été altérés par une cause quelconique.

Dans le département des Landes, où nous comptons les Pins par millions, où les Chênes, et surtout le Chêne tauzin, couvrent de vastes étendues, où nous avons des Ormeaux, des Peupliers, des arbres fruitiers, en un mot, les essences que l'on voit ailleurs, je n'ai jamais été témoin, et la tradition n'a pas conservé le souvenir d'une de ces razzia forestières qui ont affligé d’autres contrées. Or, le Pin, notamment, puisque c’est du pin qu'il s’agit ici, est exposé, comme on l’a vu, à une foule d'ennemis, et le nombre d'individus des espèces les plus malfaisantes

est incalculable; et cependant il est assez rare qu'un de ces arbres périsse, et je suis encore à en trouver un seul qui ait été réellement tué par les insectes. Cela vient, à mon avis, de ce que le Pin maritime étant ici dans sa véritable patrie, s’y développe avec vigueur, y vit en bonne santé et brave ainsi les innombrables ennemis qui l'entourent.

Mais, au milieu d'une jeune forêt de Pins, se développe parfois cette maladie que j'ai signalée plus haut sans en assigner la cause, et qui attaque les racines. Elle se propage de proche en proche, et envahirait peut-être toute la forêt si, par une tranchée circulaire, on n'arrêtait la contagion. Dans l'enceinte de la tranchée la maladie exerce ses ravages, la sève en est altérée, les arbres en souffrent sans Je laisser voir, même à des yeux exercés ; mais les insectes s’en sont aperçus, ils ont deviné l’état morbide de leurs victimes, et alors, se jetant sur elles en foule, ils les achèvent en quelques semaines. Quant aux arbres qui sont en dehors de la tranchée, ils ne reçoivent aucune atteinte.

Ce que je viens de dire des Pins, je pourrais le dire des autres arbres, et si l’on apportait dans l'étude des faits une observation sérieuse et dégagée de toute idée préconçue, on verrait que cette mortalité qui, dans certaines forêts et à certaines époques, se manifeste sur des surfaces plus ou moins grandes, provient sans doute de ce que les arbres ne se trouvaient pas dans des conditions favorables, ou que quelque circonstance météorologique, ou autre, leur avait occasionné une maladie quelconque; que cet arbre fruitier, labouré par le Scolytus rugulosus, avait été frappé d'un coup de soleil, ou planté dans un terrain peu convenable, ou maltraité par la taille; que ces ormeaux de nos promenades et de nos routes, vivant sur

un sol trop maigre ou trop compacte, habituellement couverts d’une poussière fine qui bouche leurs stomates ou orifices respiratoires ; privés d'une partie de leurs racines par les travaux de pavage, par le recurage des fossés, et souvent entamés dans leur écorce par des malveillants ou des maladroits, avaient fini par se couronner de branches mortes, puis, que le Cossus ligniperda était venu pondre ses œufs à la base, préparant ainsi les voies aux X ylophages ; que ce Chëne perforé par les larves des Hammaticherus, avait débuté par quelque chancre, quelque ulcère, ou avait été frappé de la foudre; que cet Olivier, envahi en totalité ou en partie par le Phlototribus oleæ, avait été ruiné par la taille, ou maltraité dans ses racines, ou meurtri lors de la cueillette des olives.

Je le dis donc avec une entière conviction, les insectes lignivores ne sont à craindre que pour les arbres malades. Ils sont comme certaines mousses et certains lichens qui ne s’attachent qu'aux arbres affaiblis, tandis que les arbres bien venants conservent une écorce lisse et repoussent ces végétaux parasites.

Il y a d’ailleurs une raison pour que les insectes respectent les arbres vigoureux; c'est que les blessures qu’ils leur feraient en y déposant leurs œufs, en y creusant leurs galeries , détermineraient presque instantanément des extravasations de sève qui emprisonneraient les œufs dans une couche gélatineuse ou résineuse, ou noiïeraient infailliblement les larves naissantes. C’est ce qui se voit, du reste, lorsque les Bostriches se hâtent trop de pondre dans les arbres abattus.au printemps et en pleine sève. Et puisque cela est vrai pour des arbres à sucs limpides, c'est vrai aussi, & fortiori, pour le Pin, dont les sucs résineux opposent aux insectes une barrière infranchissable et menacent d'une destruction certaine les germes

qu'ils auraient l’imprudence de lui confier. Or, Îles in sectes, on le sait, ont assez de perspicacité et d’instinct pour ne pas s’opiniâtrer contre les mauvaises chances ; pour ne pas expôser ainsi l'avenir de leur progéniture.

Maïs voici uné troisième opinion, une opinion intermédiaite qui, si elle était vraïe, concilierait tout le monde, en donnant raison à la fois aux partisans de læ santé (pour continuer à me servir dé l'expression de: Ratzeburg) ét aux partisans de la maladie, Cétte opinion; je la trouve éxprimée dans un ouvrage de M. Blanchard, iutitulé Histoire des insectes : & X] paraît, dit cet auteur » (torie 2, page 126), que les larves des Scolytiens ne » sauraient vivre dans les arbres dont la sève a toute sa: » vigueur ; mais il paraît certain aussi, d'après les obser- » vations de M. Audouin et de quelques autres natura- » listes, que les arbres sont rendus malades, avant de 5 recevoir des larves, par les Scolytiens eux-mêmes qui, # pendant une année où davantage, viennent y puiser » leur noufrituré. »

Cette 6pinion est si étrange, que je refuserais de l’attribuer à M. Audouin, dont la haute intelligence et le bon: esprit d'observation m'étaient connus, si, en 1837, il n'en avait fait l'objet d’une communication à la Société entomologique, et je n'hésite pas à croire qu’un examen: plus attentif l'aurait conduit à la rétracter. Quoi qu'il en soit, le fait rapporté par M. Blanchard, loin d'être certain, comme il lé dit, est contraire à toutes les observations, à la raison même. Fe défie, en effet, que l’on cite un seul exemple d'uñ arbre bien portant dont les Scolytes et les Bostriches iront percer l'écorce et ronger le liber ou le bois pour $e nourrir. Je n’ai pas été témoin d’un seul age de ce geñré, il n’en a pas été cïlé un seul, du moins à ma connaïssañce, Quel bésoin, d’ailleurs, ces insectes

turaient-ils d'attaquer, pour leur alimentation, des arbres

sains, lorsqu'ils ont la faculté de s'adresser aux arbres

morts ou mouranits qui peuvent suflire à eux et à leurs

larves ? Et puis, quel grand mal feraient-ils en perforant çà et là l'écorce, ce qui serait ceperidant pour ces insectes

le meilleur moye de rendre les arbres malades? Est-ce

qu'un arbre que l'on criblerait de éoups de fusil chargé de plomb de chasse mourrait de ses blessures, en serait

même sérieusement malade? Que signifie, au surplus,

cette phrase : que les Scolytiens viennent, pendant une

année ou davantage, y puiser leur nourriture ? Est-ce que

lés Scolytiens sont là toute l’année à l’état d'insectes par-

faits?..…. Mais je m arrête, parée qu’il ne me paraît pas

nécessaire de poursuivre plus avant l4 réfutation d’une

opinion que je ne considère pas comme sérieuse.

Je concois plutôt que l’on dise que les arbres vigoureux eux-mêmes sont attaqués lorsque d’inrombrables essaims de Bostriches sont jetés par le vent ou toute autre cause, comme on l’a vu, dit-on, en Allemagne, sur des forêts saines ; j admets que l’on soxtienne que ces insectes, qui éprouvent le besoin de vivre et de se propager, s’adressent, faute d'arbres morts ou malades, à des arbres bien portants. La raison ne condamne pas éette assertion, et si je doute, quoique le fait püt être aceéepté comme une exception qui ne porterait aucune atteinle à mon principe, c'est que ce fait n’a pas été suffisamment démontré et qu'il est contraire à toutes mes observations.

J'en reviens donc toujours à dire que les insectes lignivores n en veulent qu’aux arbres malades; et certes il est bien heureux qu'il eñ soit ainsi, car s'ils attaquaient les arbres vigoureux avec toute la puissance que leur donnent leur nombre incalculable et la rapidité de leur propagation, puisque certains ont deux générations par année,

nul doute que toute culture forestière ne devint à peu près impossible. Nous n'en devons pas moins les considérer comme très dangereux, puisque, par leur fait, beaucoup d'arbres malades, qui pourraient se remettre, sont frappés de mort.

Mais, me dira-t-on, après avoir signalé les insectes ennemis du Pin, indiquez-vous les moyens de s’en préserver ou de les détruire ?

Je comprends toute la justesse, toute la portée de cette question, et je déclare que, lorsque j'entrepris ce travail, à proprement parler scientifique, je m'étais promis d'essayer de la résoudre. La science, en effet, ne doit pas toujours marcher dans les voies de l’abstraction, il faut qu'elle descende autant que possible à l'application; car l'utilité pratique lui donne à la fois plus de charmes, plus d'autorité, plus de relief.

Malheureusement, en ce qui concerne la destruction des insectes, je suis obligé d’avouer que je l’ai trouvée à peu près impuissante. Dans l'état actuel de nos connaissances, je ne vois pas le moyen de délivrer l’agriculture des ennemis nombreux qui se disputent ses produits, et je n'ose espérer, pour l'avenir, des chances plus heureuses, car lutter contre les insectes, ce n'est pas seulement faire la guerre à ce qui est presque insaisissable, c’est aussi se mettre en état de révolte contre la nature, dont les efforts souverains tendent toujours à la conservation des espèces.

Dans un mémoire publié par la Société scientifique et agricole des Pyrénées-Orientales, jai assez longuement traité cette question, en l'appliquant aux insectes qui nuisent le plus à l’agriculture et dont nous connaissons le mieux les habitudes, et je suis arrivé à cette conclusion décourageante, que l’homme est à peu près sans pouvoir

contre les insectes, et que, pour pallier seulement le mal qu'ils lui font, ce n'est pas assez de ses eflorts individuels, il faut aussi le concours actif et sinultané de tous les agriculteurs d'une même contrée.

Pour ne parler que du Pin, quels sont, ici du moins, les insectes les plus dangereux? ce sont 1° le Bombyx pithyocampa dont la chenille ronge les feuilles de cet arbre et peut, si elle se multiplie outre mesure, déterminer des désordres physiologiques tels qu’il en résultera une maladie dont les conséquences, grâce aux Xylophages, seront mortelles; 2° les Tomicus stenographus, laricis et bidens, le Melanophila iarda et le Pissodes notatus, qui tuent sans rémission tout arbre malade.

Pour ces derniers on a conseillé la destruction du bois mort, l'enlèvement des souches, la mise en œuvre, ou du moins l’écorçage des arbres abattus, les arbres d'appât, dispersés dans la forêt pour recueillir les pontes des insectes dont on détruit ensuite les larves; mais comment obtenir que, dans toute l'étendue d'un département, de plusieurs départements limitrophes, ces moyens soient employés simultanément, c'est-à-dire par tout le monde et aux mêmes époques? Les résultats que l’on obtiendrait seraient-ils d’ailleurs bien appréciables lorsqu'il ÿ a, dans les parties supérieures et presque inaccessibles des arbres, tant de branches mortes ou malades? Au surplus, dans la pratique il est complètement impossible de faire à ces insectes une chasse réellement fructueuse, et cela est incontestable pour qui connaît l'aménagement et l’exploitation de nos forêts, l'insuffisance de la population agricole, l'indifférence qui naît de l’abondance et la sécurité que donne l'ignorance de tout précédent fâcheux.

Ce qu'on a de mieux à faire, c'est d'effectuer ses plantations et ses semis dans de bonnes conditions et de bien

soigner ses arbres, car, ainsi que je l'ai dit et que le prouve l'expérience, les arbres vigoureux bravent les insectes. 1] faut se souvenir aussi que des parasites nombreux et les phénomènes météorologiques maintiennent ou font bientôt rentrer dans de justes limites la multiplication des insectes dévastateurs.

Quant à la chenille processionnaire du Bombyx, qui passe l'hiver en sociétés nombreuses dans de grands nids ce soie attachés aux branches, on dirait qu'il est facile de s'en rendre maître. Les dispositions législatives qui prescrivent l’échenillage pour d'autres espèces pourraient bien atteindre celle-ci, et comme on a cinq mois environ pour y procéder, il semble qu'il n'existe aucune raison de s'en affranchir. Mais il est bon de savoir que la plupart des nids sont installés à l'extrémité des branches supérieures des grands arbres, qu'il serait presque toujours impossible de les atteindre, et toujours périlleux de le teuter; il faut dire aussi que, pour avoir ces nids, 1i est nécessaire de couper au-dessous les branches qui les portent, et que, si chaque branche en avait un, comme cela s'est vu, autant vaudrait abattre l’arbre que lui faire subir l'opération mortelle de l'amputation de tous ses rameaux. On est donc obligé de laisser aller les choses, de laisser faire les oiseaux, les parasites, et surtout le temps, et jusqu'à présent nous n’avons pas eu lieu de nous en repentir.

À ce propos je me laisse entraîner à citer un fait dont j'ai été témoin, et que j'ai relaté dans le mémoire présenté à la Société des Pyrénées-Orientales.

I] y a quelques années, les vastes forêts de Pins du département des Landes furent envahies par une si prodigieuse quantité de chenilles processionnaires, que chaque branche , presque chaque brindille avait son nid.

Avant l'hiver, une grande partie des feuilles avait été dévorée, et au printemps, les chenilles sortant de leur engourdissement hibernal, achevaient de brouter le reste, de sorte qu'au mois de mai -on eût dit que le feu avait passé par là. Ces ravages, sans préservatif possible, durèrent deux années et causèrent Ja mort de quelques arbres ; la population s’en émut, .et il y avait de quoi, puisque tout Pin malade est un Pin mort; mais, à la troisième année, quel fut notre étonnement de voir que les chenilles avaient, pour ainsi dire, disparu. Les Mésanges, les Pies, les Coucous, et d’autres oiseaux en avaient sans doute détruit un très grand nombre; sans doute aussi quelques milliers étaient devenues la proie d'insectes carnassiers Ou parasites; maisen supputant largement toutes les destructions partielles on aurait été bien loin de compte. Quelque fléau général avait dû s'appesantir sur celte race innomblable de dévastateurs, et voici, quant à moi, ce que j en pense.

Au mois de mai, les chenilles processionnaires s'enfoncent dans Ja terre pour se transformer en chrysalides; mais elles s'enterrent à une faible profondeur, pour que le papillon n’éprouve pas de grandes difficultés à prendre son essor. Le travail de métamorphose organique qui s'effectue dans la chrysalide exige, comme on sait, que T'insecte soit à l'abri d’une:trop grande sécheresse; or, les mois de mai et de juin de l’année dont il s’agit se firent remarquer par des chaleurs très intenses et une sécheresse opiniâtre. Le sol sablonneux des bois de Pins se dessécha profondément, il devint brülant, et les chrysalides ne pouvant se développer dans ce milieu, avortèrent presque toutes.

Deux circonstances me paraissent justifier cette expli- “cation :-c'est que 1° dans les bois un peu frais, et sur les

lisières voisines des lieux humides, on retrouvait, l'année suivante, des nids en assez grand nombre; 2° depuis lors, deux autres années, 1848 et 1349, ont été marquées par une sécheresse pour ainsi dire exceptionnelle, et il en est résulté que, l'hiver dernier, on parcourait de très grandes distances sans rencontrer un seul nid. En 1850, au contraire, quelques pluies sont venues rafraîchir le sol à l’époque où les chenilles sont en terre. Je prédisais, je m’en souviens, qu'il y aurait plus de papillons, et par suite plus de nids que l’an passé, et aujourd'hui, en effet, les nids ont cessé d’être rares.

Je le répète donc, la science ne peut fournir que des ressources imparfaites et insuffisantes contre les insectes destructeurs, et alors même que ces ressources seraient efficaces, l’impossibilité d'obtenir de tous les intéressés des efforts simultanés et intelligents, s'opposerait à leur utile emploi; mais par bonheur la nature a assigné à ces insectes des parasites qui se dévouent à leur perte avec cet acharnement, cette ingénieuse obstination qu'ils apportent eux-mêmes dans l’accomplissement de leur mission; par bonheur aussi les phénomènes météorologiques viennent contrarier de temps en temps leur développement et leurs métamorphoses ; et c'est ainsi que s’accomplit cette loi suprême, qui semble s'appliquer à l’homme lui-même, et qui a fixé la limite au-delà de laquelle nul être ne peut s étendre sans danger pour lui.

Ce qui précède trouvera, du reste (je l'espère du moins), sa justification dans la série de notices que j'ai rédigées sur les insectes du Pin maritime, et qui suivront cette introduction.

(ee —

PARIS. — TYPOGRAPHIE ET LITHOCRAPHIE FELIX MALTESTE ET C!e, Rue des Deux-Po”tes-Saint-Sauveur . 22.

Ainsi que je l’ai dit dans l’Introduction qui précède (1), je n'accepte pas, pour l'honneur des Staphyliniens, la place que M. Gaubil leur a assignée dans son catalogue. Je sais bien que cet entomologiste s’est décidé à suivre la classification adoptée par M. Redtenbacher dans sa Fauna austriaca , mais je n’admets pourtant pas que, lorsqu'on publie un ouvrage aussi important qu'un catalogue, et qui, jusqu’à un certain point, doit faire autorité dans la science, on s’en réfère, sans examen et sans contrôle, aux idées d'autrui, et que l’on soit aussi coulant sur ce qui doit constituer le principal mérite d'un livre de ce genre, la classification.

J’ajouteque, s’ilestvrai, comme je suis prêt à le reconnaitre, que le tableau dichotomique des caractères différentiels des familles publié par M. Redtenbacher, présente un ensemble assez ingénieux, des indications utiles, d’heureux râpprochements, en un mot un progrès au point de vue de la méthode, il n’est pas moins vrai, à mon avis, qu’il offre des

(1) Extrait des Annales de la Société entomologique de France.

»° série. Tome I°" (1853), p. 555 et suiv. (Séance du 43 avril 1853.)

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