piiiLÉHÈME. Lalr
Gre. 3. cœlioxvs. Latr.
Gre. 4. stelis. Panz.
Gre. 5. ALLODAPE. S^.-farg'.
Gre. 6. pasites. Jurine.
Ope. 2. ÉPÉOLITES.
Gre. ÉPÉOLE. Fabr.
Gpe. 3. NOMADITES.
Gre. 1. AGLAE. St.-Farg.
Gre. 2. CROciSE. Jur.
Gre. 3. oxoee. Klug
Gre. 4. mélecte. Zafr.
Gre. 5. ACANTHOPE. Klug.
Gre. 6. HOPLiPHORE. S.-Farg
Gre. 7. mésocheire. S.-iï'arg'.
Gr. 8. MÉsoNYCHiK. S. 'Farg.
Gr. 9. CTÉNioscHÈLE. rfeiîom,
Gr. 10 nomade. Fab.
Gpc. /i. SPHÉCODITES.
Gre. 1. SPHÉCODE. Lafr.
Écusson unidenté de chaque côté.
Palpes maxillaires de deux articles Écusson mutique.
Palpes maxillaires de quatre articles.
Crochets des tarses bifides.
Palpes maxillaires de quatre articles.
Crochets des tarses simples.
Antennes coudées. Palpes maxillaires d'un seul article.
Antennes coudées. Palpes maxillaires de trois à six articles, le plus ordinairement de six .
Palpes maxillaires très-petits, d'un seul article. Écusson lamellaire prolongé.
Palpes maxillaires de trois articles.
Écusson lamellaire prolongé.
Labre en carré long. Palpes maxillaires réduits à un simple article très-petit.
Écusson court, bidenté.
Pattes postérieures démesurément longues.
.Écusson sans prolongement, avec deux tubercules latéraux.
Écusson prolongé postérieurement er.
deux longues pointes. Écusson sans prolongement, bidenté au milieu.
Antennes sétacées, beaucoup plus longues que le corps.
Écusson élevé, bituberculé au milieu.
Antennes coudées dans les femelles, arquées dans les mâles.
Écusson mutique. Crochets des tarses bifides.
Gr. 2. RXTasmi. St.-Farg. Écusson échancré au bord postérieur.
Crochets des tarses bifides.
Gpe. 5. PROSOPITKS. Antennesarquées dans les deux sexes.
Gr. 1. jRosopis. Jur.
Sept familles constituent la tribu des Apiens; la première est celle des Apides, insectes remarquables entre tous les autres Apiens, parce que chez eux il existe trois sortes d'individus : des mâles , des femelles , et des neutres ou ouvrières. Ces dernières, comme on lésait généralement, ne sont autre chose que des femelles dont les organes reproducteurs sont demeurés rudimentaires. Elles vivent par conséquent impropres à la reproduction , et ont pour mission spéciale de soigner la postérité des femelles fécondes.
Trois groupes, Iismeliponites, les APiTEset les bom- BiTES, appartiennent à cette famille.
Les premiers sont de petits insectes ressemblant à nos abeilles, mais ayant une forme plus ramassée, des pattes postérieures plus longues, un corps plus velu, une taille beaucoup moins considérable. Ces méliponites habitent exclusivement les parties chaudes du nouveau monde et quelques îles de l'archipel Indien ; elles y sont abondantes en individus et leurs espèces paraissent très-multipliées; cependant leurs mœurs n'ont pas encore été bien étudiées. On sait seulement qu'elles forment des sociétés comme nos abeilles; bien des conjectures ont été faites sur cette question, de savoir si leurs sociétés sont peu nombreuses ou si, au contraire, elles le sont beaucoup. C'est cette dernière hypothèse qui a paru la plus vraisemblable et qui a porté un naturaliste distingué, M. Spinola, à croire que probablement il devait exister plusieurs femelles fécondes dafis la même habitation, contrairement à ce que nous observons chez les abeilles. Le volume peu considérable
de l'abdomen des femelles rend surtout probable cette présomption. Mais il est encore une autre considération qui nous paraît donner une grande valeur à cette hypothèse, c'est l'absence d'aiguillon chez les mélipones. Nous devons nécessairement induire de là que plusieurs femelles fécondes peuvent vivre ensemble en bonne harmonie , car les combats à mort que l'on observe chez les abeilles , ne sauraient avoir lieu ici. D'autre part, il est certainement impossible qu'il y ait toujours un nombre de neutres assez considérable dans la ruche pour former des essaims quand une femelle féconde vient à naître.
Au reste, nous ne savons pas encore si les Méliponites se multiplient par essaims ; nous ignorons aussi si leurs sociétés sont durables comme celles des abeilles , ou si elles sont annuelles comme celles des bourdons et des guêpes ; bien que le premier cas soit le plus probable.
Les voyageurs nous apprennent seulement que ces insectes sont fort nombreux dans les vastes forêts de l'Amérique méridionale , où l'on trouve généralement leurs nids suspendus aux branches d'arbres. Dans leur intérieur, des gâteaux de cire à un seul rang de cellules sont placés horizontalement.
Les M éliponites étant fort nombreuses en espèces, chacune d'elles a reçu un nom particulier dans la contrée qu'elle habite. Plusieurs voyageurs nous ont rapporté cette nomenclature ; mais comme elle n'offre à l'esprit qu'une série de noms baroques, nous croyons au moins inutile de la rapporter. Ces insectes n'ont pas manqué en effet de fixer beaucoup l'attention des sauvages américains. Ceuxci récoltent leur miel et leur cire et l'emploient aux mêmes usages que nous; seulement ils ne craignent point de détruire ces industrieux insectes pour s'emparer de leurs
nids. Souvent ils les enfument; d'autres fois ils coupent l'arbre auquel un de ces nids se trouve attaché, et ne manquent pas de le détruire impitoyablement. Il paraît cependant que quelques-uns ont tenté de transporter une faible partie de couvain dans une ruche artificielle, comme nous le faisons pour nos abeilles; ce moyen a réussi pour quelques espèces; mais il n'en aurait pas été de même , dit-on , pour toutes.
On a établi dans ce petit groupe d'insectes deux ou trois genres ou divisions de genres d'après la configuration de l'abdomen. Ce sont les genres Mélipone et Trigone.
Le groupe des apites est un de ceux qui doit fixer au plus haut degré notre attention; l'histoire d'un seul genre est l'histoire de ce groupe; l'histoire d'une seule espèce est l'histoire du genre ; car toutes celles qui le composent ont des habitudes entièrement semblables. Tout le monde connaît l'abeille; personne n'ignore que cet insecte fournit à l'homme une branche d'industrie très-étendue. Mais ses habitudes ne sont pas aussi généralement connues, malgré les observations admirables de Réaumur et de Huber. Ce dernier surtout a passé un grand nombre d'années à étudier les abeilles, et les faits qu'il a recueillis forment la base de l'histoire de ces insectes. Huber se dévoua à cette étude intéressante; il était aveugle cependant, et ce sont les yeux d'un domestique dévoué , d'un pauvre paysan du canton de Vaud , aimant passionnément les sciences , qui permirent à Huber de mettre au jour l'un des ouvrages les plus importants sur les mœurs des insectes. D'autres observateurs ont vérifié les expériences de l'histoire des abeilles, et les résultats ont été en tous points les mêmes.
Les mâles des abeilles (pi. i , fig. l ) , que les éducateurs
désignent ordinairement sous la dénominalion de Faux- Bourdons, sont plus gros que les ouvrières.
Leur tête est plus arrondie, ce qui est dû au grand développement des yeux; les tarses ont leur premier article allongé.
Les femelles, que l'on nomme les Reities (pi. 1 , fig. 2), et qui ont été appelées autrefois plus improprement A'o/a-, ont des ailes plus courtes que celles des mâles et des ouvrières. Leur tête est presque triangulaire. Les tarses ont leur premier article dépourvu de brosse , leur abdomen est muni d'un aiguillon.
Les neutres ou ouvrières (pi. l , fig. 3) sont d' une taille un peu moins grande. Leur abdomen est armé d'un aiguillon dont la piqûre est très-douloureuse. Leurs pattes postérieures sont conformées pour exécuter les travaux de récolte et de construction. Ainsi le premier article du tarse a reçu le nom de pièce carrée; il s'articule avec la jambe par son angle supérieur, de manière à se replier sur elle et à former une sorte de petite pince. Cet article , qui offre deux petites épines à l'angle opposé à son insertion , est lisse au côté externe ; mais sa face interne est garnie de plusieurs rangées de poils roides qui l'ont fait nommer la brosse. La jambe a été appelée, en considération de sa forme, la palette triangulaire, et une petite cavité à sa face externe a reçu le nom de corbeille. La brosse sert à récolter le pollen des fleurs sur les étamines; la corbeille sert à l'emporter.
Ces divers instruments permettent encore aux abeilles de récolter sur les végétaux une autre substance résineuse et odorante qu'elles emploient essentiellement pour clore leur habitation. On connaît cette substance sous le nom de propolis. C'est sous le rapport de ses sécrétions que l'a-
heille est bien connue de tout le monde; c'est sous ce rapport que l'homme a su se rendre cet insecte si utile. Chacun sait que nous lui devons la cire et le miel; on l'appelle d'ailleurs la mouche à miel. Pendant longtemps on avait pensé que la cire dont sont formées les alvéoles, était due au pollen dont les ouvrières se nourrissent quelquefois. Cette matière, ajoutait-on, était ensuite élaborée dans leur estomac, puis dégorgée par la bouche sous l'apparence d'une matière blanchâtre qui n'était autre chose que la véritable cire.
Il appartenait à un paj'san de Lusace de reconnaître le premier la nature de cette sécrétion , il trouva les lamelles de cire engagées entre les arceaux inférieurs des anneaux de l'abdomen ou du ventre.
John Hunter, puis Huber, confirmèrent cette découverte ; et les observations de ce dernier prouvèrent que les abeilles exclusivement nourries de pollen ne Sécrètent pas de cire , et qu'au contraire elles en fournissent lorsqu'elles mangent des matières sucrées. Personne n'ignore aujourd'hui combien il est facile d'apercevoir ces petites plaques de cire en soulevant un peu les derniers anneaux du ventre de l'abeille. C'est avec cette matière que les ouvrières construisent les loges ou cellules destinées à recevoir les œufs pondus par la femelle ou la reine. Les alvéoles ou cellules réunies sont connues généralement sous le nom de gâteaux. Chacune d'elles constitue un petit godet hexagonal fermé d'un côté seulement par un fond pyramidal , résultant de la réunion de trois rhombes. Les gâteaux sont le résultat de l'adossement de deux couches d'alvéoles, disposés de telle sorte que le fond des uns devient le fond des autres; la base de chaque cellule est en outre formée par la réunion de trois cellules opposées.
DKS INSECTES. 19
La matière se trouve ainsi employée avec la plus stricte économie.
Quand l'abeille ouvrière veut construire, «lie prend successivement à l'aide du premier article de ses tarses, qui forme une pince avec la jambe, les lamelles de cire sécrétées entre les anneaux de son ventre. Elle les triture avec ses mandibules et leur donne l'apparence de filaments mous qu'elle applique contre la voûte de la ruche, ou qu'elle ajoute aux lamelles déjà posées par d'autres. Plusieurs abeilles travaillant simultanément forment bientôt une masse assez étendue, elles y creusent alors des cellules; il n'est question jusqu'ici que de celles dont nous avons décrit la forme et la construction, que des alvéoles petites destinées aux larves des ouvrières (pi. l , fig. 5 c.) et des mo?/en«CA destinées aux larves des mâles (pi. 1, fig. 5 a.) Mais il est encore un autre ordre de cellules ; ce sont celles qu'on appelle grandes, et qui recevront des œufs et par suite des larves devant donner naissance à des femelles ou reines. Elles ne sont ordinairement qu'au nombre d'une vingtaine dans une ruche ne renfermant souvent pas moins de vingt à vingt-cinq mille individus neutres. Aussi rien n'est négligé pour qu'elles soient spacieuses et commodes pour leurs habitants. Leur forme est aussi anormale que les dimensions; elles sontordînairement oblongues et si massives que le poids d'une seule est jugée équivalent à celui de cent autres ; elles sont en outre toujours posées verticalement, de manière à paraître détachées du gâteau; leur surface est plus ou moins guillochée (voyez pi. 1 , fig. 5 b). Dans l'intérieur de la ruche (pi. 1 , fig. 4), les gâteaux sont disposés parallèlement les uns aux autres, mais il est vrai de dire que la disposition varie beaucoup.
L'accouplement des abeilles a lieu seulement au printemps. A cette époque, la reine abeille sort de la ruche , disparaît bientôt dans les airs, où l'accouplement doit s'effectuer ; c'est le plus ordinairement au bout de vingt-cinq à trente minutes après son départ que l'on voit revenir à la ruche la femelle fécondée. Des signes irrécusables attestent toujours qu'elle a reçu l'approche du mâle; une partie des organes de celui-ci se trouvant rompus après la fécondation et demeurant encore eu partie engagés dans la vulve de la femelle.
Un fait bien digne de remarque, c'est que le rapprochement des sexes ne puisse jamais avoir lieu que dans l'air et probablement à une hauteur considérable où les yeux ne peuvent plus rien distinguer. II a été démontré que toutes les fois que les reines étaient enfermées dans les ruches, elles demeuraient toujours infécondes, bien qu'elles fussent entourées de mâles. Il en est de même lorsqu'elles peuvent s'ébattre dans une chambre assez spacieuse ; une entière liberté leur est donc absolument nécessaire. Lorsqu'une femelle revient à la ruche après avoir été fécondée, elle est l'objet de toute l'attention, de tous les soins des ouvrières qui se pressent autour d'elle.
C'est de quarante à quarante-huit heures après sa rentrée à la ruche qu'elle commence à pondre. Parcourant les gâteaux, elle dépose un œuf dans chaque cellule ou alvéole, et le fixe dans le fond, au moyen d'une matière agglutinante. Cette femelle ne pond d'abord que des œufs d'ouvrières; seulement au bout d'une quinzaine de jours, elle pond des œufs de femelles ; mais à un jour de distance, pour que celles-ci n'éclosent pas toutes à la fois. Ce n'est que onze mois après, au dire de Huber, que sont pondus les œufs de mâles.
Telle est la maiche ordinaire, lorsque la reine abeille a été fécondée peu de jours après sa naissance ; mais il paraît qu'elle ne pond que des œufs de mâles, si elle n'a été fécondée que, plus d'une vingtaine de jours après sa naissance. Ou observe ce fait quand on retient une femelle captive pendant un certain temps. Après la fécondation elle commence à pondre ses œufs comme les autres au bout de quarante et quelques heures; mais tous sont des œufs de mâles ainsi que ceux qu'elle pondra dans la suite. Voici un fait bien étrange dont il paraît difficile de donner l'explication; la ponte des œufs de mâles semble correspondre toujours à un affaiblissement des femelles, ou à un développement incomplet dans leurs organes.
Au moment de la ponte , les ouvrières redoublent de soins auprès de la reine ; elles la frottent avec leur trompe , elles lui présentent de temps en temps le miel qu'elles dégorgent. Quand elle est pressée de pondre, si elle laisse tomber plus d'un œuf dans une cellule, les ouvrières retirent aussitôt les autres ; cela arrive fréquemment lorsque les gâteaux n'offrent pas assez de loges pour contenir tous les œufs pondus par la reine ; ils sont alors immédiatement détruits. Une fois ces œufs pondus, ils sont abandonnés aux ouvrières appelées nourrices, parce qu'elles ne font que soigner les petits , par opposition a celles nommées cirières, qui ont pour mission spéciale de construire les alvéoles.
Les mâles sont bien loin de recevoir les mêmes soins des ouvrières après que la femelle a été fécondée. Quand ils ont quitté la ruche ils ne doivent plus jamais y rentrer. Étant impropres au travail ils ne feraient que consommer les provisions amassées dans la ruche, l-es ouvrières ne le
permettent jamais ; vers le mois de juillet elles font un grand carnage de tous les mâles qui se présentent a la ruche pour y entrer, elles les tuent impitoyablement. Il y a plus, les individus qui ne sont pas encore sortis, même ceux qui sont encore en nymphe, ne sont pas épargnés davantage. Les abeilles tuent tous ces mâles désormais inutiles dans leur demeure; et ce massacre ne leur coûte pas grande peine, car on sait qu'elles attaquent des êtres privés de tout moyen de défense.
Plusieurs observateurs prétendent que la nourriture apportée aux larves est différente selon les âges ; mais les expériences d'Huber ont démontré que la nourriture influe sur le développement des organes génitaux, et que celle donnée aux larves des femelles est fort différente de celle que reçoivent les larves des ouvrières.
Les ouvrières ou abeilles neutres sont, comme nous l'avons déjà dit, des femelles infécondes; elles ne possèdent que lesrudiments des organes de la reproduction. Mais ils peuvent se développer dans le cas où ces abeilles recevraient une nourriture particulière à leur état de larve.
C'est ainsi que des larves d'ouvrières, placées auprès de celles des reines, peuvent quelquefois devenir fécondes quand elles ont reçu accidentellement quelques parcelles de la gelée prolifique destinée aux larves des femelles. Cette nourriture paraît influer si énergiquement sur le développement des ovaires, que ces ouvrières sont ainsi rendues aptes à pondre quelques œufs.
Mais ce développement demeure imparfait , parce que la nourriture prolifique n'a été administrée qu'en petite quantité. Ces larves ayant vécu en outre dans les petites cellules , leur volume n'a pas pu s'étendre au delà des
proportions ordinaires. Les abeilles auxquelles ces larves donnent naissance ont doue du reste tous les caractères extérieurs des ouvrières.
Toutes les fois qu'une ruche a perdu sa reine, s'il n'existe pas à ce moment de larves destinées à devenir des femelles, ellesnetardentpasàadopterquelques larvesd'ouvrières pour en faire des femelles fécondes. Elles prolongent les alvéoles de ces larves qui doivent devenir mères, et leur donnentexclusivementde la nourriture prolifique. Il paraît du reste que ces femelles, qui pendant leur vie de larve n'ont reçu que peu de temps la gelée des femelles, ne pondent que des œufs de mâles.
Les larves des abeilles sont blanchâtres, molles et apodes, c'est-à-dire privées de pattes. Chacune d'elles, ainsi que nous l'avons déjà dit, est renfermée dans une alvéole particulière, où les ouvrières lui apportent chaque jour le miel destiné à sa nourriture. Ces larves, qui subissent plusieurs changements de peau , prennent tout leur accroissement dans un espace de temps très-peu considéra- ; ble. Les ouvrières ferment alors les alvéoles avec un petit couvercle de cire; et les larves se filent elles mêmes à l'intérieur un cocon soyeux dans lequel elles subissent leur transformation en nymphe. L'insecte parfait éclôt sept ou huitjoursaprès cette métamorphose, et il perce lui-même le cocon et le couvercle de cire. Les autres abeilles lui prodiguent aussitôt tous les soins imaginables, jusqu'à ce qu'il soit bien raffermi ; si c'est une ouvrière, elle ne tarde pas à se mettre à l'ouvrage, et à se mêler aux autres dans leurs laborieuses opérations.
A ces époques d'éclosions, le nombre des individus devient ordinairement si considérable qu'ils ne peuvent plus être tous contenus dans la ruche. Il n'est pas moin-
24 HISTOlItE
dre quelquefois, assure-t-on, de viugt-cinq à vingt-sept mille.
C'est alors qu'ont lieu ces émigrations qu'on désigne sous le nom d'Essaùns. Mais pour cela il est nécessaire qu'une nouvelle reine soit éclose; l'ancienne abandonne alors la ruche et va avec une partie des ouvrières fonder une nouvelle colonie dans l'endroit qu'elles jugeront propice; elles se fixent sur un point quelconque se tenant toutes attachées les unes après les autres; c'est le moment que le cultivateur doit épier pour s'emparer des essaims et en former une nouvelle ruche.
Dans certaines circonstances, il se trouve qu'une nouvelle femelle est prête à éclore, tandis qu'une foule d'ouvrières étant encore en nymphes , le moment d'une émigration n'est pas venu ; les abeilles retiennent alors captive dans sa cellule pendant plusieurs jours cette femelle impatiente de sortir; mais elles ont soin de lui passer journellement de la nourriture, par une ouverture pratiquée au couvercle de la loge.
C'est toujours la naissance d'une femelle qui détermine • une émigration ; car deux femelles ou reines ne sauraient vivre en bonne harmonie dans la même ruche. Quand cela arrive et que le nombre des ouvrières n'est pas assez grand pour former un essaim, il y a entre les deux reines un combat à mort, dont les ouvrières demeurent spectatrices sans jamais se mêler à l'action.
Les deux rivales s'élancent ordinairement l'une contre l'autre, face à face, en cherchant à se saisir mutuellement, et quand l'uned'elles parvient àse placer au dessus de l'autre, elle lui perce l'abdomen avec son aiguillon , ce qui lui donne la mort presque instantanément. Dès qu'une reine est née dans la ruche, elleeherche à détruire celles
DES INSECTES. 2j
qui ne sont pas encore sorties de leur loge. Elle déchire ainsi avec ses mandibules le couvercle de l'alvéole et perce de son aiguillon l'abeille femelle qui vient de naître; dans le casoùelleest encore en nymphe, elle l'abandonne sans la piquer après avoir déchiré son couvercle; mais les ouvrières ne tardent pas alors à la tirer de sa loge aussi bien que si elle avait été tuée.
Comme on le voit, les abeilles constituent de véritables monarchies et non pas des républiques, comme on l'a tant de fois répété : une seule reine est la dominatrice de son peuple ; elle en est en même temps l'unique soutien. Si une ruche venait à être privée de sa reine, sans qu'il restât aux ouvrières l'espoir d'en avoir une , c'est-à-dire avant que les œufs aient été pondus , on verrait aussitôt le découragement s'emparer de toutes les habitantes de la ruche; elles ne construiraient plus d'alvéoles, n'amasseraient plus de provisions ; l'objet de leurs soins laborieux n'existant plus, l'espoir de perpétuer l'espèce étant anéanti , elles vivraient au jour le jour, jusqu'à ce qu'une mort prochaine vienne mettre fin à leur existence. Mais si dans de telles circonstances on leur donne une femelle féconde ou une portion de gâteau contenant soit des œufs, soit des larves qui pourront leur donner un jour des reines, elles reprennent tout aussitôt leur travail avec une nouvelle ardeur, et l'activité renaît de toutes parts dans la ruche. Le but de propager l'espèce étant toujours le seul moteur des travaux des insectes.
Les abeilles ont de nombreux ennemis dont nous donnerons l'histoire quand il sera question de ces animaux. Aussi des sentinelles sont-elles préposées à la garde de la ruche; il y a continuellement des ouvrières à l'entrée de leur demeure, qui touchent de leurs antennes chaque indi-
vidu qui veut entrer. Quand des frelons, des sphinx tètede-mort, etc., cherchent à s'introduire dans les habitations, toutes les abeilles se réunissent pour opposer leurs efforts à l'entrée de ces ennemis.
Car il paraît qu'il est presque impossible aux abeilles de s'opposer à leurs dégâts quand ils ont pénétré dans la ruche: lorsque cela arrive, elles en sont quelquefois réduites à abandonner leur demeure, et à chercher ailleurs un endroit propice à leur industrie.
Des Teignes, des Crabronides et d autres insectes sont autant d'ennemis pour les abeilles , qui ont été signalés depuis les temps reculés; car nous en trouvons une assez longue énumération dans les Géorgiques de Virgile.
Les abeilles ont particulièrement servi d'exemple pour montrer, selon les uns, l'intelligence vraiment merveilleuse de certains insectes, selon les autres l'instinct le plus développé; c'est-à-dire queplusieurs naturalistes onlpensé (jue toutes les actions des abeilles étaient du domaine d'un instinct purement animal, tandis que d'autres les ont rapportées à une intelligence comparable, en quelque sorte, à celle de l'homme.
Il nous parait que les deux opinions sont également inexactes; certains actes de la vie de ces insectes semblent être seulement instinctifs, au lieu que quelques autres paraissent être le résultat d'une idée, d'une pensée. Quoiqu'une semblable distinction soit extrêmement difficile à taire, nous croyons qu'on doit ranger au nombre des faits instinctifs tout ce qui a rapport à la construction des alvéoles. L'abeil le se met à l'ouvrage presque aussitôt sa nais sance; les cellules qu'elle confectionne sont semblables a celle dans laquelle elle a vécu dans son premier âge; enfin , l'abeille n'apprend pas à construire; c'est une fa-
culte innée chez elle. L'abeille va encore naturellennent à la recherche delà nourriture, qu'elle doit apporter aux larves. Les ouvrières, qu'on appelle nourrices^ exécutent toutes ce travail, d'après une impulsion qui semble inhérente à leur existence. Les deux principales fonctions des abeilles ouvrières, construire des alvéoles pour loger les larves', procurer la nourriture à ces mêmes larves, doivent être absolument du domaine de l'instinct. Mais l'abeille va pomper le miel de certaines fleurs plutôt que d'autres ; elle construit des cellules différentes pour les ouvrières, pour les mâles, pour les femelles; elle ne leur donne pas la même nourriture; quand elle veut rendre des larves ouvrières femelles fécondes , elle modifie la forme de leurs alvéoles; elle change leur nourriture. L'abeille ne fait pas que se défendre contre l'ennemi qui vient l'attaquer, ainsi que le font beaucoup d'animaux ; elle le poursuit, après qu'il l'a abandonnée, et semble chercher une vengeance.
Tous ces faits plus ou moins accidentels, étant le résultat de diverses impulsions, qui se manifestent selon les circonstances , elles ne peuvent être que du domaine de l'intelligence. Et, en effet, il nous semble que tout être, appelé par la nature à exécuter une chose quelconque, doit avoir un certain degré d'intelligence; car, lorsqu'il s'agira d'accomplir les actes auxquels la nature l'a destiné, il arrivera toujours des cas particuliers, qui pourront parfois en entraver la marche, et dont la solution ne sera trouvée que par une idée intelligente.
Si les abeilles se recommandent à notre admiration par leursmœurs, par cette étonnante harmonie qui existe dans leurs divers royaumes, elles se recommandent bien mieux
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encore aux yeux de tous par les services que nous rendent leurs productions.
Le miel et la cire constituent des branches d'industrie très considérables. La propriété d'un grand nombre d'abeilles est une véritable richesse pour celui qui se livre a leur éducation.
Une ruche fournit souvent de six à huit kilogrammes de miel par année, et une quantité de cire qui n'est pas beaucoup moindre. Aussi est-ce un rapport très-important pour ceux qui pratiquent en grand l'éducation des abeilles; d'autant plus que cela ne réclame aucune peine, aucun travail. 11 suffit d'avoir un emplacement convenable sous le rapport de l'exposition et des fleurs des alentours.
On a remarqué qu'un certain nombre d'abeilles étaient constamment occupées , à l'entrée de la ruche, à établir une sorte de ventilation à l'aide de leurs ailes; cette observation a conduit quelques personnes à imaginer un ventilateur que l'on place à l'entrée des ruches; ce qui peut alors permettre à ces abeilles de s'occuper d'un autre travail. On a obtenu, en effet, par ce procédé, un produit plus considérable en miel et en cire; mais il parait aussi que plusieurs éducateurs ont trouvé des inconvénients dans l'emploi des ventilateurs.
Au reste, le produit des abeilles est déjà si immense, que son revenu tient un rang élevé, en France , parmi nos produits agricoles.
On connaît plusieurs espèces d'abeilles, qui ont des mœurs en tout semblables; celle qui a été l'objet des recherches de Swammerdam, deRéaumur, de Huber, etc., celle qui vit en France et dans tout le nord de l'Europe est ["abeille melUfique [Apis mellifica Linj.
On élève en lUilie et eu Grèce, peut-être aussi dans une assez grande partie de l'Orient, V abeille ligurienne {Apis liguslica) , qui ressemble beaucoup à notre espèce commune, mais qui en diffère surtout par son corps brunâtre, avec les trois premiers anneaux de l'abdomen ferrugineux et bordés de noir. C'est probablement cette espèce dont nous ont entretenus les Grecs et les Romains.
Les abeilles sont connues de toute antiquité. La Bible en fait mention, et elles y sont désignées en hébreu sous le nom àe Deborah. Il est probable qu'avant toute civilisation les hommes surent profiter de leur travail.
Les abeilles étaient connues des Grecs sous les noms de Métissa ou Meliita. Le vieil Aristote n'a pas manqué de donner leur histoire : il distinguait ainsi les trois sortes d'individus, les abeilles, c'est-à-dire les ouvrières; le roi des abeilles, c'est-à-dire la femelle ou la reine; et le bourdon vivant parmi les abeilles, c'est-à-dire le mâle. Il savait que les gâteaux de cire étaient composés de trois espèces d'alvéoles pour ces différents individus; que le miel amassé par elles servait à leur nourriture; il connaissait la formation des essaims, le massacre des mâles, qui a lieu à une certaine époque de l'année ; en un mot, les principaux faits de l'histoire de cet insecte ne lui étaient pas étrangers ; mais ils ne sont pas précisés bien clairement dans son récit, et des erreurs viennent se mêler à la réalité.
Il appréciait surtout les différentes qualités du miel , et prétendait que celui du printemps était préférable à celui de l'automne, et quelesabeillesquiavaientfaitleur récolte sur le thym donnaient un miel plus exquis.
Nous savonsausside quelle renommée jouissait chez les anciens le miel du mont Hymette en Attiqueet du mont Hybln en Sicile. Nous accordons du reste aujourd'hui une re-
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nommée bien grande aussi au miel de Narbonne; mais elle n'a pas eu l'avantage d'être également célébrée par les poètes.
Les produits des abeilles ne furent pas plus dédaignés chez les Romains que chez les Grecs, Le Cygne de Mantoue célébra admirablement les soins qu'il faut leur donner, n nous a laissé le récit de plusieurs traits de leur histoire ; il nous a signalé leurs ennemis.
Pline , le naturaliste romain , nous dit que les abeilles occupent le premier rang parmi les insectes , et que , plus (lue tous les autres, elles ont droit à notre admiration ; car elles sont, ajoute-t-il , les seuls animaux de ce genre qui aient été créés pour l'homme : elles composent le miel, le plus sucré, le plus doux et le plus salubre de tous les sucs ; elles fabriquent les rayons de la cire, qui servent pour bien des usages; enlin, elles supportent le travail, exécutent des ouvrages, constituent des associations politiques, ont des conseils, des chefs, et, ce qui est plus merveilleux, une morale et des principes.
Cette seule citation suffit pour montrer quelle vénération les anciens avaient pour les sociétés des abeilles. Peu s'en fallut, sans doute, qu'on ne leur rendît un culte.
Mais ils avaient les plus singulières idées sur la reproduction de ces insectes ; leur génération était un problème, parce qu'on n'avait jamais vu leur accouplement : de là les idées les plus singulières sur leur naissance. Les uns prétendaient que le ventre d'un bœuf tué récemment et enterré dans du fumier devait produire des abeilles; selon d'autres, c'était le corps d'un jeune bœuf qu'on avait fait expirer sous les coups, ou bien encore des fleurs conibinées et disposées d'une manière convenable ; enfin, on inventait à ce sujet toute s sortes de fables plus ou moins
étranges, qu'il est à peu près inutile de retracer en détail.
On trouve en Egypte une espèce particulière d'abeilles, qui est élevée dans ce pays comme l'abeille domestique dans le nôtre : elle a été observée par M. Savigny et décrite parLatreille, sous Xçnomà" abeille àbandes [Apis fusdata). Sans aucun doute, c'est cette espèce qui est représentée si souvent sur les monuments égyptiens.
On la remarque ordinairement au-dessus des cartouches qui renferment des noms propres; une sorte de faisceau est alors placé au-devant d'elle et au-dessous deux demicercles. M. Champollion a interprété ce groupe dans son ensemble comme un titre accompagnant le nom inscrit dans le cartouche; ce qui paraît assez vraisemblable : mais l'abeille est encore figurée dans d'autres circonstances ; et, suivant Hor- Apollon , elle était l'emblème d'un peuple obéissant aux ordres de son roi. Rien, en effet, n'est plus en rapport avec l'observation exacte.
Mais ce n'est pas seulement chez les anciens que les abeilles furent regardées comme l'emblème delà royauté; on sait que de nos jours encore, les manteaux des empereurs et des rois sont couverts d'abeilles d'or.
Outre les trois espèces d'abeilles que nous avons signalées,on en connaît encore plusieurs autres espèces étrangères; ce sont l'Abeille unicolore, qui habite les îles de France et de Bourbon et se retrouve jusqu'à Madagascar; celle-ci fournit un miel vert très-estimé;
L'Abeille indienne, que l'on rencontre au Bengale;
L'Abeille d'Adanson, répandue au Sénégal ;
L'Abeille de Pérou , qui se trouve à Timor, ou elle a été découverte par le célèbre voyageur dont elle porte le nom; quelques autrts espèces encore qui habitent le cap de Bonne Espérance, les Indes orientales, etc.
3 2 HISTOIBK
Nous arrivons maintenant à l'iiistoire dis bombites, le troisième groupe de la famille des Apides, qui se compose essentiellement du genre Bourdon [Boinbus).
Ces insectes, que tout le monde reconnaît à leur corps gros et velu, sont répandus dans diverses parties du monde , mais ils sont abondants en espèces , surtout en Europe ; ils ont dans leur organisation beaucoup de ressemblance avec les abeilles ; on trouve également chez euxtrois sortes d'individus, des mâles, des femelles et des neutres ou ouvrières ; ces dernières ont leurs pattes postérieures conformées pour la récolte du pollen, ainsi que les abeilles ouvrières.
Aussi les Bourdons construisent-ils des demeures étendues, où ils élèvent leur progéniture. Ils forment des sociétés assez nombreuses , mais ce nombre est peu considérable comparativement a celui que nous fournissent les sociétés des abeilles, car ordinairement chaque nid ne renferme guère que cinquante à soixante individus, bien que parfois on en trouve Jusqu'à deux ou trois cents.
Ils construisent leurs nids dans la terre, dans les prairies , ou auprès des haies, employant la mousse pour leurs constructions. C'est pour cela qu'on voit fréquemment les Bourdons entrer dans la terre par un orifice assez étroit, à la surface du sol.
Les sociétés des Bourdons ne durent jamais au delà d'une saison , elles se dispersent chaque année vers le milieu de l'automne. Les femelles fécondes se cachent alors dans les creux des arbres ou dans les fissures des murailles, où elles passent l'hiver dans un engourdissement plus ou moins complet. Les ouvrières et les mâles paraissent au contraire périr aux approches de l'hiver, et ne pas même chercher d'abri pour attendre la saison nouvolk*.
DES INStCTES. 33
Cependant, dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir, la femelle Bourdon sort de son engourdissement, et le moment de la ponte approchant pour elle, il lui devient nécessaire de construire une demeure qui recevra sa progéniture, les ouvrières, qui l'an passé étaient uniquement occupées des travaux du domicile , n'existant plus.
Chaque femelle isolément choisit une cavité qui lui paraît propice, la nettoie ensuite et la rend aussi lisse que possible. Ce premier travail achevé, elle va faire une provision de mousse pour en recouvrir son habitation.
L'industrieuse femelle ne s'occupe plus alors que de la récolte du pollen et du miel , elle apporte à chaque instant à son nid les provisions qu'elle a amassées. Le moment de pondre étant enfin arrivé , elle forme des boules, composées de pollen et de miel , et dépose un ou plusieurs œufs dans l'intérieur de chacune d'elles. Les larves, qui ne tardent pas à éclore, trouvent autour d'elles une nourriture convenable ; quand la matière alimentaire vient à diminuer, la femelle a soin d'apporter de nouvelles provisions. Tous ces œufs, pondus au printemps, doivent sans exception donner naissance à des individus neutres, c'est-àdire à des ouvrières. Quand les larves ont pris tout leur accroissement, elles se fabriquent, au milieu des boules de pollen mêlé de miel, une coque soyeuse, dans laquelle elles se transforment en nymphes ; au bout de peu de jours les insectes parfaits sortent de cette étroite retraite. Toutes ces ouvrières se mettent bientôt à l'œuvre; elles commencent par agrandir l'habitation, construite par la mère, qui a suffi pour la première génération , mais qui ne suffira plus pour les suivantes.
Les Bourdons qui font leur nid principalement avec de
la mousse, et c'est le plus grand nombre, en augmentent la quantité et forment ordinairement au-dessous une seconde voûte à parois de cire. Cette cire est sécrétée comme celle des abeilles entre les anneaux de l'abdomen, mais elle n'a point les mêmes propriétés, aussi est-il peu probable qu'elle puisse jamais servir à nos besoins. Sa couleur est d'un gris jaunâtre; elle brûle facilement, mais ne devient pas liquide quand on l'expose à la chaleur.
D'après les observations de Réaumur, les ouvrières Bourdons construisent encore avec leur cire de petits godets, où elles déposent du miel. Cette provision est employée pour humecter la pâtée qu'elles donnent aux larves.
Les gâteaux sont très-irréguliers dans l'intérieur des nids, et composés de corps oblongs appliqués les un» contre les autres.
Quand le nombre des ouvrières est devenu assez considérable pour que les travaux de la colonie puissent suivre facilement leur cours, la m 're Bourdon pond des œufs de mâles et de femelles; femelles qui deviendront fécondes par l'accouplement avec les mâles qui naissent en même temps qu'elles. Quoique jusqu'à présent l'observation ne nous apprenne rien à cet égard, M. Lepeletier de Saint-Fargeau suppose avec assez de vraisemblance que les Bourdons apportent comme les abeilles une nourriture particulière aux larves qui donnent naissance à des femelles fécondes.
Les mâles et les femelles, qui sont nés au milieu de l'été, produisent aussitôt une nouvelle génération, qui n'arrive à l'état adulte qu'au mois d'août. Ces individus sont ordinairement d'une taille un peu plus grande que les précédents. C'est à cette époque qu'a lieu l'accouplement des femelles qui vont hiverner, leurs mâles péris-
sent presque immédiatement après l'accouplement; mais ces femelles, comme nous l'avons vu déjà, vont hiverner jusqu'au printemps suivant.
Les Bourdons comme les abeilles ont leurs ennemis : des Teignes, plusieurs Diptères, s'introduisent dans leurs nids, et les larves naissant des œufs qu'ils y ont déposés vivent alors aux dépens des hôtes chez lesquels elles se sont établies.
Les Bourdons sont assez nombreux en espèces ; on en rencontre une quinzaine en Europe; toutes celles qui ont été observées ont des mœurs très-analogues.
L'espèce la plus commune : noire, avec l'extrémité du corps, de couleur blanche, la partie antérieure du thorax et la base de l'abdomen jaunes, est désignée sous le nom de Bourdon des jardins [Bombus hortorunu Lin.).
La seconde famille des apiens, les psithyrides, sont des insectes qui pendant longtemps ont été confondus avec les Bourdons ; ils leur ressemblent en effet presque en tout point par l'aspect général de leur corps et par ladisposition de leurs couleurs. Mais ces faux Bourdons n'ont pas les pattes postérieures disposées de manière à récolter le pollen, comme M. Lepeletier de Saint- Fargeau l'a si bien observé. Les Psithyrides aussi ne construisent point d'habitations ; il n'existe chez eux que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles. Des ouvrières, dépourvues des parties propres à construire et à recueillir le pollen des fleurs, n'auraient rempli aucun but dans la nature.
Les femelles des Psithyrides vont pondre leurs œufs dans les nids des Bourdons, et les larves qui en naissent vivent aux dépens des provisions amassées par les hôtes chez lesquels ils ont pénétré; c'est un fait bien étrange que celui-là, et que nous retrouverons dans bien d'autres fa-
milles. Ces Psithyrides ne peuvent vivre à leur état de larve que de miel et de pollen ; ils n'ont aucun organe propre à H'coltersur les fleurs, nia construire des habitations : ils sont appelés par leur instinct à faire nourrir leur progéniture par les Bourdons ; ils leur sont tellement semblables, qu'ils s'introduisent chez eux, sans que ces Bourdons soupçonnent qu'ils ne sont pas des leurs , et les accueillent comme s'ils étaient réellement de la famille; les larves se ressemblent a tel point, que le Bourdon n'hésite pas à fournir la nourriture aussi bien aux larves des Psithyrides qu'aux siennes mêmes.
Les Psithyrides ne se composent que du seul genre des Psithyres {Psifhynis); ceWi-ci ne comprend encore qu'un petit nombre d'espèces; toutes celles observées appartiennent à l'Europe.
La famille des anthophorides, que nous faisons succéder à celle des Psithyrides , est composée d'insectes chez lesquels il n'existe jamais que deux sortes d'individus , de même que parmi tous les autres Apiens dont nous allons donner l'histoire. Ces Hyménoptères ne forment plus ces admirables sociétés, modèles d'ordre, de discipline, d'obéissance, et surtout de bon gouvernement, comme on l'a bien dit. Ils n'ont plus la propriété de sécréter la cire. Ceux-ci cependant élèvent leur progéniture dans des nids divisés en plusieurs loges, recevant chacune un œuf et par suite une larve; mais chaque nid est l'ouvrage d'une seule femelle; le soin qu'il faut donner à ses larves est l'occupation decette femelle : elle construit sa demeure, elle pond ses œufs sans être entourée des soins d'une légion d'ouvrières, comme la reine abeille ; elle seule va ramasser le miel et le pollen , et pourvoit , chaque jour, à la subsistance des êtres qu'elle a mis au monde.
Chez ces insectes les jambes postérieures sont disposées en forme de palette, ainsi que le premier article de leur tarse , qui en outre porte une brosse en dessous; ce sont lous leurs organes de récolte pour le pollen. On ne retrouve plus la corbeille ni la disposition préhensile des pattes postérieures, comme chez l'Abeille et le Bourdon.
LesANTHOPHORiDES Comprennent trois groupes : les eu-
GLOSSITES, les ANTHOPHOKITES et IcS XYLOCOPITES.
Les premiers nous occuperont peu, car leurs habitudes sont inconnues; leur conformation a seule marqué leur place parmi les autres Apiens ; les Euglossites, si remarquables par leur trompe, qui est presque aussi longue que tout leur corps, sont parés des plus brillantes couleurs : quelques uns d'entre eux ont des teintes métalliques du plus grand éclat.
Ce sont des habitants de l'Amérique méridionale; peu nombreux en espèces, ils ne constituent que deux genres ; lesEuglosses {Euglossa) proprement dites ; les Eulèmes [Eulœma, Saint-Farg.).
Dans toute la tribu des Apiens les Euglosses se fontre^ marquer par l'éclat de leurs couleurs; plusieurs sont d'un vert d'émeraude doré éclatant. Les Eulèmes sont généralement d'une taille plus considérable; leur corps est aussi plus velu et leurs nuances sont plus variées. Ils rappellent l'aspect des Xylocopes. Aussi les anciens auteurs les plaçaient-ils en partie parmi les Centris et en partie parmi les Euglosses.
Cependant les caractères ne permettaient pas de tels rapprochements; M. Lepeletier de Saint-Fargeau a bien délimité le groupe qui nous occupe en ce moment.
Les Anthophorites sont des insectes assez nombreux en espèces, qui habitent l'Europe , particulièrement l'Europe
méridionale et le nord de l'Afrique, où ils sont foit abondants : ils ressemblent beaucoup à nos abeilles communes, mais ils sont plus velus, généralement d'une teinte grisâtre ; ils ont une taille un peu plus considérable. Ces insectes établissent le berceau de leur postérité dans des excavations de vieilles murailles , dans la terre sablonneuse escarpée et exposée aux rayons du soleil, ain^i que dans les sablières. Une espèce du genre Anthophore (Arithophora) a été l'objet d'une observation intéressante de la part de Latreille. Cet insecte, noir avec les derniers segments de l'abdomen fauves , et connu sous le nom cV Anthophore parictine (pi. 2,fig. i mâle et fig. 2 femelle), construit son nid dans les murs; il pratique des trous entre les pierres qui ont été réunies par un sable fin et argileux , et ajoute à son nid un tube extérieur. En creusant son tuyau , l'Anthopbore apporte au dehors tout le sable qu'elle a retiré, et l'humectant, au moyen d'une liqueur visqueuse qu'elle a la propriété de sécréter, elle le fixe successivement sous forme de petits rouleaux , en laissant un petit espace entre chacun d'eux.
Toutefois ce tube ne doit pas subsister longtemps ; car dès que le tuyau est suffisamment grand, notre insecte va reprendre successivement les petits rouleauxde sable, pour former les cloisons qui doivent clore la demeure de chacune de ses larves.
Toutes lesautresAnthophores construisent leur nid d'une manière analogue; elles divisent un long tuyau en une série de cloisons; mais aucune d'elles n'a l'habitude d'accumuler au dehors, sous forme de tube, le sable qui doit servir à achever leur construction, comme le fait l'Anlhophore des murailles.
De même que tous les Apiens nidifiants, les Anthopho-
res approvisionnent leurs larves d'une pâtée composée de miel et de pollen , pour toute la durée de leur vie de larve. Ces insectes vont fréquemment pomper le miel dans les plantes à corolle infundibulée, les labiées, les boraginées, les rhinanthacées, etc.
Le genre Anthophore comprend un assez grand nombre d'espèces, qui se ressemblent beaucoup parleur corps velu et leurs nuances grisâtres.
Le genre Systrophe se compose de quelques espèces européennes remarquables par leur abdomen annelé de gris et de blanc. Leurs mœurs sont très-analogues à celles des véritables Anthophores.
Il en est de même des Macrocèreset des Eucères, qui ont des antennes aussi longues que tout lecorps chez les mâles. Leurs habitudes sont exactement les mêmes que celles des vraies Anthophores : ils construisent également leurs nids dans les endroits sablonneux et bien exposes aux rayons du soleil.
Les Mélitturges , qui appartiennent aussi au groupe des Anthophorites, sont bien reconnaissables à leurs antennes renflées en massue. On en connaît un petit nombre d'espèces qui habitent l'Europe méridionale et l'Algérie. Mais leurs habitudes n'ont pas été observées.
Les xYLOCopiTES forment un groupe, composé de plusieurs genres, la plupart très-nombreux en espèces, répandues particulièrement dans l'Amérique méridionale, l'Afrique intertropieaie et les Indes orientales. Presque tous sont de la taille de nos gros Bourdons; quelques-uns sont d'une dimension beaucoup plus grande.
Parmi les divers genres composant Le groupe des Xylocopites, nous comptons les Centris et les Epicharis, grands et beaux insectes de l'Amérique méridionale,
ordinairement noirs et ornés de taches ou de bandes jaunes du rougeâtres , puis le genre Xylocope,si nombreux en espèces dans tous les pays chauds , et qui se ressemblent cependant beaucoup entre elles. Le type du genre , la Xylocope violette [Xylocopa violacea), est la seule espèce européenne : on la reconnaît à son gros corps noir; sa tête et son corselet sont très-velus, son abdomen l'est peu ; ses ailes sont noirâtres, sans transparence, et a reflet violet. Cet insecte n'est pas rare aux environs de Paris; on le rencontre sur les fleurs pendant toute la belle saison. Réaumur lui a donné le nom d'Abeille perce-bois ; et c'est en effet un des traits les plus caractéristiques des habitudes de la Xylocope. Quand elle veut construire son nid, elle cherche du bois mort, quelquefois pourri; il est plus facile alors de le creuser : elle choisit souvent des poutres d'une grosseur considérable ; mais d'autres fois elle prend un morceau de bois assez mince. Son premier travail est de perforer ce bois avec ses mandibules ; elle y construit un ou plusieurs trous; car il n'est pas rare d'en trouver trois ou quatre parallèles, assez grands pour qu'elle puisse y entrer et en sortir facilement; en creusant elle fait tomber la sciure au dehors ; c'est un travail long et pénible pour la Xylocope que la perforation d'un trou; pour y parvenir il lui faut souvent plusieurs semaines ; il est vrai dedirequ'on en rencontre fréquemment qui n'ont pas moins de dix à quinze pouces de longueur ; ils sont à peu près droits; seulement veis le bout ils se rapprochent de la superficie du bois. Quand V Abeille perce-bois a terminé cette dure besogne, elle ne songe plus qu'à y état)lir sa progéniture : elle s'en va à la récolte du pollen ; elle en garnit le fond de son tube, après-l'avoir mélangé avec du miel : lorsque la quantité est jugée suffisante , elle dépose un œuf au
milieu de cette pâtée : puis elle étnblit au-dessus, au moyen de la sciure de boiset d'un liquideadhcrent qu'ellea la propriété de sécréter, un plancher solide, qui va devenirle fond d'une autre cellule. La Xylocope va recommencer ici le même travail : elle divise de la sorte son tube en une série de losjes ou cellules, qui ne communiquent nullement entre elles et qui contiennent chacune un œuf et toute la provision nécessaire à la larve qui va en sortir quelques jours après. Réaumur s'étonne avec raison de cet instinct admirable, qui fait connaître à cette mère prévoyante la quantité bien exacte de nourriture qui sera nécessaire pour la vie de sa larve. En effet, elle ne se trompe jamais ; lorsque le ver prend de l'accroissement, sa provision diminue; et, quand il en a absorbé la totalité , il remplit à lui seul toute sa loge ; il est alors parvenu au terme de sa croissance. Sa métamorphose en nymphe s'effectue aussitôt ; et ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que la tête se trouve tournée vers le fond de la cellule; de sorte que l'insecte parfait cherche naturellernent à soirtir de ce côté.
On comprend maintenant pourquoi la mère a rapproché son tube de la superficie du bois. Sans cette précaution, l'insecte nouvellement éclos aurait eu des peines infinies pour sortir de sa prison et n'y aurait peut-être pas toujours réussi : d'un autre côté, il devait lui être interdit de sortir par l'ouverture pratiquée par la femelle. Celui qui occupe le fond du tube, étant né le premier, comme cela arrive toujours, puisque la femelle commence par pondre les œufs des loges les plus profondés , il aurait culbuté tous les autres ; et la nature s'oppose toujours à ces massacres. La Xylocope profite quelquefois de tubes qu'elle trouve tout formés. Nous en avons eu un exemple dans ces dernières années. Il y avait au jardin des plantes de Pa-
ris un tube de cuivre d'environ dix lignes à un pouce de diamètre, qui éiait adapté à un appareil à la vapeur restant inactif pendant la belle saison. L'extrémité de ce tube était placé au-dessus d'une fenêtre et communiquait à l'extérieur. Une femelle Xylocope, jugeant sans doute qu'un tel domicile serait commode pour y établir le berceau de sa progéniture, parce qu'il lui éviterait au moins la peine decreuser un tubedansdu bois, s'y installa, et chaque jour on la voyait entrer et ressortir plusieurs fois de cette demeure improvisée. Il nous paraît important de signaler ce fait; car il y a véritablement de la part de la Xylocope dérogation à ses habitudes ordinaires; et, comme nous pensons voir cesser l'instinct et apparaîtie lintelligence. toutes les fois que l'animal n'exécute pas exactement les mêmes travaux que ceux dont il tient l'existence, dés qu'il modifie, choisit, préfère, c'est le résultat d'une pensée : nous ne pouvons apprécier la nature de cette pensée , mais il est manifeste que c'est un résultat de l'intelligence.
On trouve des Xylocopes dans toutes les parties du ■ monde, mais c'est surtout dans les régions chaudes qu'on les rencontre plus abondamment.
M. Lepeletier de Saint-Fargeau a décrit soixante-deux espècesdece genre, et les diverses collections en renferment encore beaucoup d'autres espèce inédites.
Les genres Cr/ntris, Epichariset Ae.v^/s appartiennent m\ même groupe. Les deux premiers sont essentiellement propres aux régions équatoriales de l'Américiue; leurs mœurs nous sont inconnues, mais leur structure générale et la grande ressemblance qu'ils ontavec nos Xylocopes nous font présumer que leurs habitudes ne doivent pas en différer beaucoup. Us sont tous d'une assez grande taille, et le plus souvent ils nous offrent des couleurs jau-
nés ou orangées assez vives et plus ou moins nuancées.
Les Lestis constituent un petit genre propre à la Nouvelle-Hollande. On n'en connaît que quelques espèces de couleur vert-métallique.
La quatrième famille de la tribu des Apiens est celle des A.NDRENIDES. Cc sont des insectes qui ressemblent beaucoup à ceux des autres familles de la même tribu par l'aspect et la structure générale, mais on les distingue faci lement par leur languette ou lèvre inférieure, dont le lobe intermédiaire, en forme de cœur lancéolé, £st plus court que leur tête.
Les Andrenides ont les jambes postérieures munies de longs poils propres à récolter le pollen, avec des espaces lisses sur les hanches, à la base des cuisses et sur les côtés du corps.
Ces Apiens vivent tous solitairement. Comme ceux des deux familles précédentes, ils se composent seulement de deux sortes d'individus. Les femelles creusent dans les terrains de sable argileux, ou dans le mortier dont on se sert pour lier les pierres des murailles, des trous profonds, qui vont devenir le berceau de leur progéniture. Ces trous, que l'on rencontre toujours dans des expositions méridionales, ne sont autre chose que des tubes obliques ayant de six à huit pouces de longueur. Maisce n'est pas la tout le travail ; chaque femelle construit encore au fond du grand trou plusieurs petits tubes ayant tous leur entrée au fond du tube principal. Ce sont là autant de loges distinctes pour chaque larve, toutes étant approvisionnées par la prévoyante femelle d'une certaine quantité de miel et de pollen. Chacune de ces retraites particulières est ensuite fermée hermétiquement avec la teri-e et le sable qui ont été enlevés lors du creusement.
La plupart des andbeinides se comportent de cetfe manière; mais l'on remarque des différences importantes à signaler dans les habitudes, suivant les genres et les espèces.
Cette tribu se divise en trois groupes : ce sont les da-
SYPODITES, les ANDKÉMTES et IcS COLLETITES.
Le preniier se compose de quelques genres; ce sont les Dasypodes, remarquables par leurs pattes postérieures allongées , avec les jambes et le premier article des tarses couverts de poils entrêmement longs ; ce qui leur sert à récolter le pollen des fleurs.
On connaît un petit nombre d'espèces de ce genre; la plus commune est!a Dasypode à pattes hérissées {Dasypoda hirtipes , Fub.), insecte couvert d'une pubescence grisâtre très-serrée, ayant l'abdomen de cette couleur chez le mâle avec de longs poils au bord de chaque segment; noir chez la femelle, avec quatre lignes transversales blanches; et les pattes postérieures couvertes de poils roussâtres.
Cette espèce est très- répandue dans la plus grande partie de l'Europe; on la trouve fréquemment dans nos environs, où, chaque année, elle creuse dans les chemins des trous profonds; comme toutes les autres Dasypodes, elle a la faculté de récolter à la fois une grande quantité de pollen, à l'aide des longs poils qui garnissent ses pattes. Elle choisit de préférence les plantes chi( oracées.
Le genre Panurge iPanurgus)^ qne nous rapportons au mêmegroupe, àTexcmple de M. Lcpeletier deSaint-Fargeau, aété un peu observé dans ses habitudes par ce même savant : il rapporte qu'il a remarqué dans le sentier battu d'un jardin huit à dix Panurges femelles, appartenant à la même espèce, qui tour à tour, chargées de pollen, eu-
traient dans un trou perpendiculaire et en ressortaient aussitôt après avoir déposé leurs provisions.
Ce fait pourrait faire penser que ces insectes travaillent en commun; mais il est évident que chaque femelle se rendait à un tube particulier ayant son entrée dans un conduit commun , qui servait à plusieurs individus.
D'ailleurs, le même observateur ajoute qu'en d'autres circonstances, il a vu plusieurs fois des Panurges travailler et approvisionner leurs nids isolément. On connaît peu d'espèces de ce genre; elles sont remarquables par leur grosse tête ; l'Europe et la Barbarie sont le pays de ces Hyménoptères. La plus commune est le Panurge lobé (Panurfjus lobatus), qui est noir, avec les antennes roussâtreset les cuisses postérieures dilatées en forme de lobe.
M. de Saint-Fargeau place dans le même groupe le genre Dufourée, dont les mœurs sont inconnues et qui est établi sur deux espèces de la France méridionale.
Le second groupe, celui des anduénites, renferme plusieurs genres assez nombreux en espèces. Celui d'Àndrène en comprend une trentaine d'européennes et quelques autres de Barbarie ; plusieursd'entreellessont communes ton les rencontre fréquemment dans les chemins exposés au midi, oùellescreusent l'habitation de leur progéniture. Le genre Scrapter, qui est fondé sur un petit nombre d'espèces, ne s'éloigne de celui d'Andrène que par quelques caractères zoologiques. Leurs habitudes n'ont, du reste, pas été observées. Les Halictes, qui ont été l'objet d'un mémoire intéressant de la part de M. Walckenaer, diffèrent peu des autres Andrénites dans leurs mœurs. Cet observateur rapporte qu'il a trouvé plusieurs femelles dans le même nid; un autre entomologiste, fort attaché à l'étude des Hyménoptères, affirme, au contraire, que chaque nid
est l'œuvre d'une seule femelle; et, d'après lui, c'est un hasard de rencontrer plusieurs nids donnant issue par la mcmeouverture, bien que le fait soit possib'e. C'est, du reste, aussi ce qui est confirmé par nos propres observations.
Les Nomies sont de petits Hyménoptères propres aux régions chaudes du globe : on en rencontre seulement deux espèces dans le midi de l'Europe; ils diffèrent peu des Halictes, mais personne encore ne les a observés. Enfin le genre Ancyle est étab'i sur une espèce trouvée à Oran.
Notre troisième groupe de la famille des Andrénites est celui des colletites; celui ci se compose essentiellement du genre Colletés dont nous trouvons trois espèces en France et aux environs de Paris, à la fin de l'été. La plus commune est la Coilète hérissée (G. hirta, Fab.)^ insecte de cinq à six lignes de long, noir, hérissé de poils roidesdun roux brun.
C'est l'espèce qui a été observée par Réaumur, et dont l'on rencontre assez fréquemment les nids dans les murailles exposées au midi. Ces habitations consistent en espèces de cylindres divisés en plusieurs cellules, placées au bout les unes des autres, et ressemblant beaucoup par la forme à un dé à coudre. Toutes ces cellules sont composées d*u ne substance feutrée membraneuse , produite par une sorte de gomme liquide que les Colletés ont la propriété de sécréter, sans doute q^iand elles ont absorbé quelques substances végétales, qu'elles dégorgent après les avoir triturées. Chaque cellule a environ quatre à cinq lignes de profondeur sur deux de diamètre. Leurs parois sont très-minces, mais la pâtée de miel et de pollen qui y est placée pour la nourriture de la larve, soutient les parois de la loge.
INotre cinquième famille de la tribu des Apiens est celle des osMiiDEs, insectes nidifiants comme ceux dont
nous venons de donner l'histoire, mais bien remarquables entre tous par leur manière de récolter le pollen. Tandis que tous les autres Apiens nidifiants recueillent ce pollen sur les jambes et le premier article de leurs pattes postérieures, ceux-ci l'entassent à l'aide des brosses de leurs pattes sous l'abdomen , où il se trouve retenu par des poils étages dont il est garni en dessous. A ce seul caractère on peut reconnaître les Osmiides parmi tous les autres Hyménoptères.
Cette famille renferme un certain nombre de genres , qui ne paraissent pas susceptibles de former plusieurs groupes, à cause des affinités très-grandes qu'ils offrent entre eux.
Les Osmiides sont répandues dans les diverses parties du monde; mais elles sont surtout fort abondantes dans le midi de l'Europe et dans le nord de l'Afrique. Toutes les Osiiiiides construisent des loges ou cellules ayant à peu près la forme d'un dé; chez quelques-unes, elles sont rangées les unes à la suite des autres; chez plusieurs elles sont, au contraire, agglomérées les unes auprès des autres. Mais toujours la femelle appravisionne chaque loge de miel et de pollen et y dépose un œuf, en sorte que la larve qui en sort, trouve auprès d'elle sa provision nécessaire à la durée de son existence. C'est, au reste, ce qui est pratiqué chez tous les Apiens solitaires nidifiants.
Les matériaux que les Osmiides emploient pour la construction de leur nid varient infiniment, suivant les genres. Les espèces du genre Chalicodome construisent sur les murailles des nids faits d'un mortier très-dur. Une espèce de ce genre a été fort bien observée par Réaumur, et nous avons eu aussi très-fréquemment l'occasion d'ctudier ses habitudes. C'est la Chalicodome des murs [Cha-
licodoma muraria, Fab.) Le mâle, un peu plus gros qu'une abeille, est couvert de poils fauves roussâtres, à l'exception des trois derniers anneaux de l'abdomen, qui sont totalement revêtus de poils noirs. La femelle (pi. 2, fig, 3), au contraire, est entièrement noire avec les poils du milieu de la palette ventrale de couleur ferrugineuse, ainsi que ceux des jambes et des tarses ; les ailes sont brunes à reflets violacés.
Cette femelle, avons-nous dit , établit le domicile de sa postérité sur des murailles; mais elle choisit toujours un emplacement bien exposé à lardeur des rayons du soleil : elle va à la recherche d'un sable fin, semblable à du gravier, le mélange avec de la terre , et fait adhérer ces matériaux au moyen de la liqueur visqueuse qu'elle a la propriété de sécréter. L'abeille maçonne, car c'est ainsi, non sans raison, que l'appelle Réaumur, commence par appliquer ce mortier sur l'endroit qu'elle a choisi pour fixer son nid; quand la quantité est assez considérable, elle en forme une cellule de forme oblongue à parois arrondies. L'espace d'une journée lui suffit quelquefois pour ce travail ; les jours suivants, elle en confectionne de semblables tout auprès, qui ne sont souvent séparées que par des parois d'une médiocre épaisseur : elle ne s'attache pas à les disposer bien régulièrement ; car les six, huit ou dix loges, qui composent chaque nid , ne sont presque jamais placées à égale distance, ni exactement dans la même direction (pi. 2, fig. 5). L'abeille maçonne façonne en dernier lieu une enveloppe commune, qui est plus ou moins arrondie ou ovalaire et légèrement bombée. Cette toiture est composée d'un gravier plus gros que celui qui a servi à la confection des cellules. Ces nids offrent une telle dureté, qu'il est impossible de les briser ou de les détacher de la
muraille à laquelle ils sont fixés, sans employer des instruments de fer.
Il faut bien connaître ces humbles demeures pour les distinguer sur les murs; on les prendrait volontiers pour une plaque de terre qui s'est desséchée , ou pour une inégalité dans la maçonnerie. Aucune ouverture extérieure ne vient déceler cette retraite (pi. 2, fig. 4).
La femelle qui l'a construite était née au mois d'avril, et au mois de juin elle avait cessé d'exister. Les larves, qui habitent pendant près de onze mois l'intérieur de ces nids, au moment de se transformer en nymphes se filent une coque soyeuse ayant l'apparence d'une membrane pellucide. Quand l'insecte parfait éclôt, il ramollit le mortier de sa demeure avec un liquide qu'il sécrète assez abondamment; enlevant chaque parcelle avec ses mandibules, il finit par faire un trou qui lui livre passage à l'extérieur; alors il prend bientôt son essor.
Comme ces nids offrent une grande solidité et qu'ils résistent pendant plusieurs années aux intempéries des saisons, il n'est pas rare de voir les Chalicodomes des murs s'emparer d'anciens nids vides; elles se contentent alors de reboucher les trous et les fissures et de raccommoder les parties qui pourraient être détériorées. Dans ce cas, on voit quelquefois plusieurs femelles qui s'en disputent la possession, en se livrant des combats meurtriers.
Ces nids sont communs aux environs de Paris sur les murs en moellons bien exposés au midi. Nous en avons trouvé fréquemment sur une longue muraille dans les bois du Vesinay, sur les coteaux de Bellevue, sur les murs du parc de Meudon et de Gonflans , et dans une foule d'autres endroits.
LaChalicodomede Sicile (CAa/2COc?omaSicM/a)formeun
nid très-semblable à celui que nous venons de décrire; mais il paraît qu'il est de forme sphérique et construit autour d'une branche.
Les Osmies proprement dites construisent des cellules assez analogues à celles des Chalicodomes ; mais elles s'épargnent en grande partie la peine que prennent celles-ci ; elles cherchent un trou dans la pierre, ou dans le bois, d'un diamètre capable de recevoir l'alvéole de mortier qu'elles doivent construire. Ou trouve aussi quelquefois de ces cellules isolées; car, dans le cas ou le trou n'a pas assez de profondeur pour en établir plusieurs, l'Osmie n'en construit qu'une seule, et va chercher de nouveaux endroits propices pour en faire quelques autres. Nous avons rencontré de ces nids dans des fragments d'os; M. Lepeletier de Sainl-Fargeau rapporte avoir obtenu d'Algérie des coquilles du genre hélice qui renfermaient des nids d'Osmie. Chacune de ces coquilles contenait environ une dizaine de cellules construites dans l'intérieur de la spiraleavec de labouse de vache mêléede terre. M. Lepeletier de Saint-Fai'geau pense voir la une dérogation aux habitudes des Osmies sur le choix des matériaux, et l'attribue au manque d'eau qui se fait sentir quelquefois dans les localités qu'habitent ces espèces. Mais c'est une présomption qui mériterait d'être vérifiée.
Les Osmies sont assez nombreuses en espèces, en Europe et dans le nord de l'Afrique.
Les espèces des genres flériadeset Chélostomes recherchent dans les bois, des tuyaux creusés par lesautres insectes, souventpardes larvesdeLongicornes ; elles choisissent encore, comme le font le plus ordinairement les Clulostomes, des tuyaux du chaume qui couvre les habitations des villages, ou bien encore les tiges mortes de certaines
plantes à tige creuse, comme les joncées. Ces insectes s'épargnent une partie du travail des autres Osmiides en rechercluint des tuyaux tout faits. Ils se contentent alors d'établir dans leur intérieur des cloisons en mortier en nombre suffisant pour y dresser autant de loges qu'elles ont d'œufs à déposer.
La manière dont les Hériades et les Chélostomes approvisionnent leur nid, ne diffère en rien de celle qu'emploient les espèces de la même famille et de la famille précédente.
Les Anthidies {Anthidium) ^ qui composent un genre nombreux en espèces, toutes bien reconnaissables à leur abdomen orné de bandes ou de taches jaunâtres sur un fond brun ou noir, mettent la plus grande recherche dans la construction de leurs nids. MM. Kirby et Westwood ont eu l'occasion d'observer ces habitations. Les Anthidies établissent le plus souvent la demeure de leur progéniture au pied des arbres; ils l'entourent de mousse, et construisent ordinairement, selon M. Westwood, de douze à quinze loges ou cellules garnies de duvet laineux ; c'est là que chaque larve se construit une coque soyeuse au moment de sa transformation en nymphe.
Les Mégachiles, que l'on nomme aussi les Coupeusesde feuilles, ne sont pas moins dignes de remarque dans leurs hal)itudes. Ces insectes coupent des fragments de feuilles et les emploient ensuite à la construction de leurs nids. Us creusent d'abord dans le sable ou dans la terre, quelquefois même ils choisissent un emplacement convenable dans de vieux troncs d'arbres ou dans des murailles.
Ces terriers sont cylindriques et un peu obliques. Nos Mégachiles les tapissent alors avec des feuilles.
Ces industrieux insectes choisissent celles de la plante
qui leur convient le mieux ; car il est probable que chaque espèce a une préférence marquée pour certaines feuilles plutôt que pour d'autres. Les Mégachiles coupent les morceaux de feuilles qui leur sont nécessaires avec leure mandibules, et ils sont toujours entaillés avec une netteté parfaite, comme s'ils l'étaient avec un emporte-pièce. C'est ce que l'on observe souvent à la campagne, dans nos environs.
Il est une espèce de ce genre, qui a été particulièrement observée par Réaumur, c'est la Mégachile centunculaire (/l!/(?(7flc/«Yer<?n^Mnc2//am), bien commune en France. Cette Osmiide, qui est noire et couverte d'un duvet blanc, a aussi des poils entièrement roux sur le corselet chez la femelle, et des poils roux et noirs mélangés sur le sommet de la tête et le corselet du mâle. Son abdomen est également noir avec les bords de chaque segment revêtus de duvet cendré. Dans la femelle, les trois premiers anneaux seuls offrent ce caractère ; tous les suivants ne présentent que des poils noirs.
On rencontre très-fréquemment cette Mégachile dans les jardins des environs de Paris; elle pratique dans les avenues ou sur les bords des chemins des trous qui forment à l'intérieur de longs tubes cylindriques. C'est quand ce premier travail est achevé que notre industrieux insecte vaàla recherche des fragmentsde feuilles qui lui sont encore nécessaires. Celui-ci choisit les feuilles de rosier. Il en coupe des fragments à plusieurs reprises, les contourne et les rapproche les uns des autres, de manière à simuler la forme d'un dé à coudre. C'est au fond du tube qui a été creusé par la laborieuse Mégachile que ces feuilles sont immédiatement placées Mais ce godet, qui doit contenir un œuf et plus tard une larve, n'aurait pas toute la solidité
DES INSECTES. ô.i
convenable, et le miel, apporté par la femelle pour servir de nourritureà ses petits, s'en échapperait trop facilement. Aussi notre insecte confectionne-t-il une seconde enveloppe, puis une troisième, puis enfin jusqu'à huit ou dix; les feuilles se desséchant, se resserrent encore davantage en conservant la forme qui leur a été imprimée. Quand un œuf a été déposé dans cette première loge, avec une quantité suffisante de nourriture, cette femelle en ferme l'entrée avec un fragment de feuille; aussitôt après elle se met à construire d'autres loges à la suite, toujours rangées bouta bout, dans toute la longueur du tube creusé en terre. On trouve ordinairement dans chaque nid, trois, quatre ou six de ces cellules. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans le soin que mettent les Mégachiles dans le choix des feuilles, c'est l'habileté avec laquelle elles savent rompre leurs fragments de feuilles en rond ou en ellipse, selon qu'elles le jugent nécessaire.
Dans chaque loge, comme la plupart des Apiens, la larve se construit une coque soyeuse pour subir sa transformation en nymphe.
On trouve communément en France la Mégachile des poiriers ( Mégachile pyrina, Lep. Saint-Fargeau) , qui construit souvent son nid dans le terreau des arbres pourris: elle emploie pour ses enveloppes des feuilles de poirier ou de marronnier d'Inde.
La Mégachile à ceinture [Mégachile cincta, Kirby), qui se sert des feuilles de la bourdaine [Rhamnus frangula), et plusieurs autres espèces propres à la France méridionale.
Les Anthocopes construisent leurs nids d'une manière assez analogue à celle des Mégachiles, mais avec cette différence que celles-ci emploient non pas des feuilles, mais
bien les pétales des fleurs. Leurs terriers sont creusés perpendiculairement dans la terre battue des chemins; chacun d'eux ne conliint jamais qu'une seule alvéole qu'elles tapissent de ces morceaux de pétales. L'espèce d'Anthocope la plus répandue dans notre pays, celle qui a été plus particulièrement observée, est l'A. du pavot [A. papavcris, Lair.) , qui dispose son nid avec les feuilles du coquelicot des champs.
Béaumur donne a cette espèce le nom A'abei/le tapissière, en raison de son habitude de tapisser les tubes qu'elle creuse en terre. Chaque trou a environ trois pouces de profondeur, et l'Aiithocope le garnit d'abord de fleurs de coquelicot dans toute sa longueur; puis quand son œuf a été déposé auprès de sa provision de miel, elle refoule ces pétales dans le fond, de manière que la loge de la larve n'ait guère qu'un pouce de profondeur. L'abeille tapissière comble alors le reste du trou avec la terre qu'elle en a d'abord retirée, et elle l'égalise si bien à la surface qu'il devient impossible de découvrir sa retraite. Ces insectes ont été l'objet des observations de Latreille, qui a publié une histoire détaillée de leurs habitudes.
INous n'avons rien à dire des genres Diphtjsis et Li(hur- (JUS, qui n'ont pas été encore observés sous le rapport des Jiabitudes. Le premier, établi sur une seule espèce des Pyrénées , se fait remarquer par plusieurs caractères qui l'éloignent sensiblement des autres genres du même groupe.
Le second se compose seulement aussi de quelques espèces propres a l'Euiope et à la Barbarie.
Les derniers Apiens dont il nous reste maintenant a parler, ont une manière de vivre bien différente de celle si curieuse que l'on remarque dans la plupart des autres
familles. Ceux-ci ne construisent plus de nids pour abriter leurs larves; ils ne vont plus chercher la nourriture pour leurs petits. Les organes nécessaires à la récolte du pollen leur ont été refusés. Les pattes de ces insectes simples, dépourvues de palettes et de poils, ne leur permettent plus de recueillir des provisions.
H résulte alors de cette conformation des habitudes essentiellement différentes. Ne pouvant pas construire de demeures ni préparer de nourriture pour des larves incapables de se mouvoir, et qui cependant ne doivent vivre que de pollen mélangé de miel, il fallait que ces insectes vécussent aux dépens des provisions amassées par des Apiens d'autres espèces. C'est en effet ce qui arrive pour les Hyménoptères qui composent la famille des nomadi-