‹ Histoire des insectes, traitant de leurs moeurs et de leurs métamorphoses en général et comprenant une nouvelle classification fondée sur leurs rapports naturels (volume 2)Chapitre 25 sur 114 · LOCUSTIENS · texte numérisé non relu

LOCUSTIENS

Antennes sélacées, extrêmement longues et déliées. Cuisses postérieures longues, renflées, propres au saut. Tarses de quatre articles. Abdomen terminé dans les deux sexes par une paire de petits appendices articulés, et muni dans les femelles d'une longue et robuste

tarière.

GRYLLIENS.,

Antennes sétacées, extrêmement longues et déliées. Cuisses postérieures renflées, et propres au saut. Tarses ordinairement de trois articles, rarement de quatre. Abdomen terminé par deux paires d’appendices uni-articulés, et muni ‘dans les femelles d’une longue et

frêle tarière, ACRIDIENS.

Antennes courtes , filiformes ou prismatiques, n’excédant pas ordinairement la longueur’du corselet. Quisses postérieures très-ren-

fées, propres au saut. Larses de trois articles. Abdomen n'offrant point de tarière saillante chez les femelles.

PREMIÈRE SECTION

LES EUPLEXOPTÈRES.

Cette section ne renferme qu'une seule tribu, c'est celle des Forficuliens.

PREMIÈRE TRIBU

LES FORFICULIENS.

Les insectes que nous désignons ainsi sont parfaitement convus de tout le monde; partout en Europé on applique vulgairement à ces Orthoptères le nom de Perce-oreilles, ou un nom équivalent dans diverses langues.

Les Forficuliens sont assez communs, au moins en individus sinon en espèces, pour qu’ils n’aient échappé à personne. Leur corps parallèle, leurs élytres courtes, laissant l'abdomen à découvert, donnent à ces insectes un aspect assez analogue à celui des Staphyliniens; d'autant plus que, comme ces derniers, ils redressentleur abdomen d’une manière menaçante quand on les inquiète. Mais les Forficuliens ont l'extrémité de leur corps armée de deux appendices cornés, très-durs , formant le crochet, et présentant souvent des dents. Ges deux appendices constituent ainsi une pince, qui est une arme offensive ou défensive. C’est peut-être encore ce qui n’a pas peu contribué à faire croire que ces Orthoptères, s’introduisant dans les oreilles, pouvaient ainsi faire beaucoup de mal; de là leur nom de Perce-oreille, qui n’est pas réellement justifié, car ilest bien positif que les Forficuliens ne s'introduisent pas dans les oreilles, et ne sont nullement à redouter. Si par

hasard des Forficuliens ont pénétré dans les oreilles de \ 18,

personnes eudormies, c'est seulement parce qu'ils recherchent toujours des cavités pour s’y réfugier. D'ailleurs, ils ne sauraient exister dans de semblables circonstances : ce sont des insectes ne vivant en général que de substances végétales, souvent décomposées ; ils mangent quelquefois d’autres insectes, mais le cas paraît plus rare. On assure, d'autre part, que le nom de Perce-oreille ne leur vient pas de la ferme croyance qu'ils pénètrent dans les oreilles; mais parce que la pince dont est muni leur abdomen ressemble à celle dont se servaient autrefois les bijoutiers pour percer les oreilles auxquelles on voulait attacher des pendants.

Au reste, comme ceci n’a qu'un très-médiocre intérêt, nous ne nous y arrêterons pas davantage.

Les Forficuliens sont remarquables par leur structure, et leurs ailes mêmes suffiraient pour les distinguer de tous les autres insectes. Quand ces ailes sont étendues, on s’étonne que des membranes aussi grandes puissent se loger sous des élytres aussi petites. Mais leur texture est très-délicate : elles se plient d’abord exactement dans le sens longitudinal comme un éventail; puis elles se replient sur elles-mêmes au point où les nervures sont épaissies; et enfin un second repli leur permet de se placer sous les élytres. On aperçoit leur extrémité, qui les dépasse un peu et dont la consistance est aussi assez coriace. L’abdomen , comme chez tous les insectes chez lesquels il n’est pas recouvert, n’est pas moins solide en dessus qu’en dessous, Iloffreseptanneaux distincts dans les femelles; mais dans les mâles on en compte neuf : en outre, chez ceux-ci on remarque à l'extrémité du dernier un appendice dans les mâles, qui n'existe pas chez les femelles.

Les pinces terminales sont toujours un peu plus fortes

chez les mâles que chez les femelles. Les antennes des Forficuliens sont moniliformes, et le nombre d'articles dont elles sont composées est extrêmement variable.

Ces Orthoptères ont des habitudes un peu nocturnes; ils se montrent rarement dans le jour. On les trouve dans toutes sortes de cavités, sous des détritus etsous des écorces. Is volent avec une grande facilité et avec beaucoup d’agilité.

On a observé que les femelles veillaient maternellement sur leursœufs, après les avoir déposés, soitsousune pierre, soit dans tout autre endroit ; elles ne les quittent pas, etsi quelque danger paraît les menacer, elles les transportent ailleurs.

Les petits qui naissent de ces œufs ressemblent complétement aux insectes adultes ; la consistance moins grande de leurs téguments et l'absence totale d'ailes sont les seules différences.

Après plusieurs changements de peau successifs, ces insectes arrivent à l’état parfait.

A l'exemple de la plupart des entomologistes, nous n’admettons qu'un seul genre dans la tribu des Forficuliens ; nous n’avons done point à donner de tableau de ses divisions. On n’a pas manqué cependant d'établir dans cette tribu des coupes génériques très-nombreuses par rapport à son étendue ; mais elles ne reposent sur aucun caractère saillant. Les Forficuliens offrent seulement de légères différences dans la forme et la longueur des pinces de l’abdomen, dans l’aplatissement du corps, dans la longueur proportionnelle des articles des tarses, dans le nombre d'articles composant les antennes : ce qui varie entre toutes les espèces ; mais il n'existe pas un caractère important, ni mème un carastère léger bien limité : il ne faut

done admettre que de simples divisions où tout au plus des sous-genres dans le grand genre Forficule (Forficula). Onreneontre des Forficuliens dans tous les pays du monde, dans les régions les plus chaudes et sur les terres les plus froides ; et cependant leurs espèces ne sont pas très-multipliées : car on n'en a pas décrit plus de cinquante à soixante.

Le type du genre est la Forficule-Perce-oreille ( Fox/icula auricularia, Lin.) (pl 13, fig. 1), longue de quinze à vingt millimètres ; d'un brun foncé luisant, avec latêterous: sâtre, des antennes de quatorze articles, un corselet bordé de jaune, des élytres brunes également bordées de jaune et des pattes d’un jaune pâle. Cette espèce est très-commune dans toute l'Europe.

Une petite espèce de notre pays , la Forficule petite (Forficula minor, Lin.), dont on a formé aussi le genre Labia, voltige quelquefois le soir autour des fumiers. Elle n’a que cinq à six millimètres de long ; son corps est d’un jaune brunâtre; ses antennes n’ont que douze articles.

La Forficule géante (Forficula gigantea, Lin.) est commune dans le midi de la France, sur les bords de la mer; ses antennes ayant un grand nombre d'articles, on en a formé le genre Forficesila.

On a nommé Chélidura des Forficules dont les élytres et les ailes sont rudimentaires.

DEUXIÈME SECTION

LES DERMAPTÈRES.

C'est sous cenom que de Géer le premier désigna l’ordre des Orthoptères. Comme ce dernier nom a prévalu dans * Ja science, quoique venu plusieurs années plus tard, nous avons restitué la dénomination de Dermaptéres, comme

nom de section. Les Dermaptères, ainsi opposés aux Euplexoptères, sont divisés en six tribus ; chez eux leur ailes ne se replient jamais que dans le sens longitudinal : en outre, l’abdomen ne porte pas d’appendices cornés ni d’appendices analogues aux pinces des Euplexoptères : ce sont seulement des filets articulés.

DEUXIÈME TRIBU

LES BLATTIENS.

Ces Orthoptères sont encore parfaitement connus dans tous les pays : ils le sont d’autant plus, qu’ils sont en général fort nuisibles. Les Blattiens sont, la plupart, des insectes omnivores, attaquant toutes les substances mortes, végétales ou animales. [ls dévorent nos provisions de bouche, abondent quelquefois danscertaines maisons, principalement dans les cuisines. Ils sont un fléau à bord des navires marchands. Ils attaquent non-seulement les provisions, mais aussiles cuirs, les vêtements. Ils parviennent même à ramollir le bois au moyen d'un liquide qu'ils ont la propriété de sécréter; leur corps aplati leur permet de s'introduire facilement entre les plus étroites fissures des caisses et les plus étroits intervalles des barils : c’est ainsi qu'il arrive parfois que des caisses renfermant des comestibles se trouvent entièrement remplies de ces insectes, qui en ont bientôt dévoré tout le contenu.

Les Blattiens sont des insectes d’une extrême agilité, courant avec la plus grande vitesse ; ils exhalent une odeur nauséabonde des plus repoussantes, persistant souvent sur les objets qu'ils ont touché. Ces Orthoptères sont la plupart nocturnes, et ne se montrent jamais pendant le jour : de là vient la dénomination de Lucifuges, que leur appliquaient les anciens, car on a connu ces insectes

214 HISTOIRE depuis les temps les plus reculés. Les Grecs les appelaient Sylphes, et les Latins Blattes.

Les Blattiens ont en général un corps plat, large, une tête enfoncée dans le prothorax, sous lequel elle est totalement cachée. Des antennes très-longues, sétacées, multiarticulées , des pattes essentiellement propres à la course.

Quelques auteurs, s’attachant à l'aspect très-particulier de ces insectes, ont voulu en former un ordre à part; mais on ne voit pas réellement d’après quelles raisons ; car les Blattiens n’offrent pas de caractères qui permettent de les séparer des autres Orthoptères. Leur conformation, tant interne qu’externe, est la même ; leur mode de développement est tout à fait semblable.

Les sexes peuvent être distingués chez les Blattiens d’après le développement de l'abdomen : il est beaucoup plus renflé dans les femelles que dans les mâles. En outre, dans ces derniers on compte huit anneaux , tandis que dans les premières on n’en distingue que six ou sept. Ces insectes, comme beaucoup d’Orthoptères, pondent leurs œufs renfermés dansune coque de consistance plusou moins coriace, A cet effet, les Blattiens sont pourvus d'une glande sérifique, appareil qui consiste en de nombreux vaisseaux sécrétant la matière propre à former cette enveloppe, ou sorte de capsule. Elle a un peu la forme d’une fève ou haricot, ayant aussi deux sortes de valves à l’intérieur; elle offre un certain nombre de compartiments renfermant chacun un œuf. Cette capsule affecte de légères différences dans la forme, selon les espèces; cependant elle est toujours plus ou moins en carré long avec les angles émoussés, ayant une série de dentelures très-serrées sur une des arêtes par où doit se faire l'ouverture lors de l’éclosion

des petites larves.

Les femelles portent pendant quelque temps cette capsule appendue à l’extrémité de leur abdomen ; mais elles finissent par l'abandonner au hasard. Au moment del’éclosion , les jeunes larves ramollissent cette enveloppe, au moyen d’un liquide qu’elles dégorgent et qui facilite la déchirure de la capsule.

Le nombre de larves qui est fourni par chaque capsule explique la prodigieuse multiplication des Blattiens. Chez la Blatte germanique il est de trente-six ; dans le Karkerlac des cuisines il est seulement de seize; des enveloppes de Blattes exotiques nous en ont montré souvent une quantité bien plus considérable.

Nous devons à M. Hummell des observations sur les changements de Blattiens faites sur notre petite Blatte germanique.

Cet entomologiste placa sous un verre et l'enveloppe d'œufs et sa mère. « Celle-ci, nous dit-il, la prit en tout sens entre ses pattes, et lui fit une ouverture longitudinale d’un bout à l’autre. À mesure que cette fente s’élargissait, sortaient de petites larves blanches roulées et attachées deux à deux. La femelle, continue M. Hummel, présidait à cette opération et les aidait à se développer, en frappant doucement avec ses antennes. Toutes ces petites larves com— mencèrent par agiter leurs antennes , puis leurs pattes, et bientôt elles marchèrent. »

Dès que ces jeunes larves furent sorties, la femelle ne s'en occupa plus. Il y en avait alors trente-six de couleur blanchâtre, n'ayant que les yeux noirs et un point sur l’'abdomen, indiquant le canal intestinal, qu'on voyait un peu par transparence. Mais elles ne tardèrent pas à prendre une autre couleur , d'abord verte et ensuite noire, nuancée de gris.

Pour la Blatte germanique, comme pour tous lesautres Blattiens, on compte six mues successives ou changements de peau.

La première a lieu huit jours après la naissance des larves ; la deuxième a lieu une dizaine de jours ensuite ; la troisième, quinze jours après ; la quatrième au bout d'un mois après la troisième mue,

A chacune de ces mues les Blattes ont sensiblement augmenté de volume, et à la dernière on commence surtout à mieux distinguer les anneaux du thorax de ceux de l'abdomen.

La cinquième transfiguration a lieu encore un mois après la quatrième; et on peût alors considérer les larves comme devenues nymphes ; car on aperçoit le commencement des ailes, et toutes Les formes de l’insecte sont déjà bien arrêtées. La Blatte demeure à l’état de nymphe pendant un mois ou six semaines ; elle s'accroche enfin sur un objet quelconque; sa peau se déchire bientôt et ilen sort un insecte parfait. La Blatte germanique en naissant est d’abord blanche; mais dans l’espace de quelques heures elle prend les couleurs qu’elle doit conserver pendant tout le reste de sa vie.

Comme tous les insectes omnivores, comme des insectes qui vivent d'objets transportés par les navires, les Blattiens sont extrêmement cosmopolites ; ce sont même les plus cosmopolites de tous les insectes. Il est certaines espèces très-communes, auxquelles on a donné dans l’origine des noms de pays et dont nous ignorons totalement la patrie primitive. Le Kakerlac oriental est répandu dans l’Europe entière. Le Kakerlac américain est commun dans tous les pays,. mais plus peut-être aux Îles Bourbon et Maurice que partout ailleurs. Dans les colo-

nies, où les Blattiens sont un véritable fléau, on leur donne les noms généraux de Kakerlac, Kakkerlaques, Cancredats, Ravets, Béles noires , etc.

Dans ces derniers temps on a divisé les Blattiens en un assez grand nombre de genres. Nous avons adopté tous ceux qui reposent sur des caractères tranchés et facilement saisissables, et nous les avons répartis dans deux groupes, basés sur quelques caractères, et correspondant en même temps à un genre de vie particulier. Le tableau suivant présente ces diverses coupes.

TABLEAU DES DIVISIONS

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