‹ Histoire des insectes, traitant de leurs moeurs et de leurs métamorphoses en général et comprenant une nouvelle classification fondée sur leurs rapports naturelsChapitre 30 sur 58 · DIXIÈME TRIBU · texte numérisé non relu

DIXIÈME TRIBU

LES ICHNEUMONIENS.

Comme nous Favons déjà dit, les Ichneumoniens vivent. de la même manière que les Proctotrupiens et les Chalcidiens. Tous ces Hyménoptères ont des habitudes analogues ; ils choisissent toujours des Chenilles ou diverses larves pour y effectuer le dépôt de leurs œufs.

Ce qu'il y a de remarquable, c’est que ces larves insectivores sont elles-mêmes parfois dévorées par d’autres zoophages.

Les Ichneumons constituent une tribu considérable de l'ordre des Hyménoptères. Ce sont des insectes d’une taille moyenne, d’une formeélancée, et bien reconnaissables aussi à leurs antennes longues et toujours vibrantes. Leur abdomen est attaché au thorax par un pédicule grêle. Dans certains genres, les femelles sont remarquables par la longueur de leur abdomen. (PI. 5, fig. 10.)

Ces Hyménoptères sont répandus dans toutes les parties du monde; ils offrent une grande variété dans les couleurs, dans l'aspect général et même dans la taille. Sous le rapport de leur classification et de la description de leurs espèces, il reste beaucoup à faire sur la tribu des Ichneumoniens. Les indigènes presque seuls, jusqu’à présent, ont attiré l'attention des entomologistes. Quant aux exotiques, qui sont fort nombreux, la plupart sont conservés dans diverses collections, sans qu'aucun naturaliste ait encore eu l’envie d’en dresser la nomenclature.

Les services que ces insectes rendent à l’agriculture sont immenses; leur prodigieuse multiplication met seule un arrêt au développement excessif des espèces phytophages. C'est principalement à l'influence des Ichneumons ,

des Chalcidiens, des Proctotrupiens que le cultivateur doit fréquemment de voir cesser les rävages de certaines espè- “ces dévastatrices ; ils déploient un instinct vraiment sur-

‘prenant, pour découvrir soit les œufs, soit les larves, soit les nymphes, qu’ils recherchent pour y placer le dépôt de leur postérité. IL est à remarquer que, le plus ordinairement, chaque espèce n’attaque pas indifféremment le premier insecte qu’elle rencontre, mais choisit toujours la même proie. C’est là un fait bien singulier et véritablement inexplicable que cet instinct merveilleux, car rien ne dit à l’Ichneumonien femelle dans le corps de quel insecte il a passé les premiers états de sa vie.

Nous divisons la tribu des Ichneumoniens en trois familles, qui renferment elles-mêmes plusieurs groupes ; auxquels se rattache une série de genres énoncés dans le tableau suivant :

TABLEAU

DES DIVISIONS DE LA TRIBU DES ICHNEUMONIENS, EN FAMILLES, GROUPES ET GENRES.

jère Famille. BRACONIDES. Palpes labiaux de trois articles. Groupe 1er, HYBRIZONITES. Dents des mandibules courbées en dedans. Articulation mobile entre les deuxièmeet troisième anneaux de l'ab- . domen.

Gre 1. HyBRIZON. Fab. Antennes d'environ vingt-quatre arlicles. Abdomen oblong.

Gre 2.*PHÈDRE. Hal. Antennes de onze articles. Abdomen . oblong.

Gre 3. PRAON. Hal. Abdomen pouvant se contourner sous le thorax.

Gpe 2. ALYSIITES. Dents des mandibules courbées en dehors.

Gre 1. ALYSIE. Latr. Ailes offrant trois cellules cubitales.

Gre 2. cmasmonon. Hal. Ailes nulles.

Gre 3. OENONE. Hal. * Aïlesoffrant deux cellules cubitales. Abdomen voûté.

Gre 4. DACNUSE, Hal. Tête large. Yeux glabres. Abdomen court.

Gre 5. CHORÈBE, Hal. Yeux poilus. Le deuxième anneau de l'abdomen beaucoup plus grand que les autres.

Gre 6. COELINIE, Mes. Tête cubique avec le vertex excavé. Abdomen long et comprimé.

Gpe 3. BRACONITES. Dents des mandibules courbées en dedans. Chaperon échancré.

Genre {. BRACON. Fab. Antennes longues etgrèles, avec letroi-

sième article plus long que le second.

Gre 2. rusrenomEeRus. Wesm.Antennes courtes et épaisses, presque moniliformes. Tête déprimée, plus large que le thorax.

Gre 3. roGas. Nées. Antennes longues avec le premier article très-gros. Tête plus étroite que le thorax.

Gre 4. ADEMON. Hal. Antennes longues. Tête plus large

que le corselet.

Gre 5. exorècue. Wesm. Palpes maxillaires longs, de six articles. Tète transversale.

Gre 6. reLecysTomA. Wesm. Palpes maxillaires ayant leur troisième article dilaté et sécuriforme.

Tête transversale.

Gre 7. nonyores. Halid. Tôte aussi longue que large. Articula- , tion des 2° et 3° anneaux de l'abdomen à peine distincte. Tarses s@nblables:

Gre 8. ANISOPELMA. Mées. Tête aussi longne que large. Tarses intermédiaires beaucoup plus courts que les autres.

Gre 9. nonmig, Nées. Tête transversale. Antennes presque moniliformes. Palpes maxillaires courts, de cinq articles.

Gre 10. CHREMYLE, Hal. Tête transversale, Antennes moniliformes, de douze articles. :

Gre 11. sparuiE. NVées. Tête carrée. Abdomen pédonceulé. Gpe 4. AGATHITES. Dents des mandibules courbées en dedans. Chaperon entier. Vertex . échancré postérieurement.

Gre 1. MICRODE. INées. Antennes longues et grêles. Mâchoires et lèvres courtes.

Gre 2. AGATmIS. Zatr. Antennes longues etgrêles. Mâchoires et lèvres prolongées en forme de bec.

Gre 3. mcrocasren. Latr. Antennes grèles, de dix-huit articles. * Yeux velus.

Gre 4. ACOEUE. Hald. Antennnes de vingt articles. Yeux velus.

Gpe 5. SIGALPHITÉS. Dents des mandibules courbées en

dedans. Abdomen voûté formant une sorte de carapace.

Genrel.rmremGasreR. Wesm.Abdomen terminé en une massue composée de trois anneaux voûtés.

Gre. Ascocasren. Wesmn. Abdomenayantsa partie dorsale d’une seule pièce. Yeux glabres.

Gre 3. GHELONE. Jurine. Abdomen ayantsa partie dorsale d’une seule pièce. Yeux poilus.

Gre 4. siGALPHE. Latr. Abdomen divisé en dessus en trois anneaux. Yeux glabres.

Gpe 6. OPIITES. Dents des mandibules courbées en ù dedans. Chaperon entier. Vertex convexe. Articulation immobile entre les deuxième et troisième anneaux de …

- l'abdomen.

Gre 1. PAXYLLOMA. Breb. Abdomen pédonculé, et en forme de faux. Tarière cachée, Chaperon avancé eu forme de bec.

Gre 2. ICHNEUTES. Mées. Abdomen sessile , s'élargissant à l’extrémité, Tarière cachée.

Gre 3. PnyLAx. Wesm. Abdomen étroit et comprimé, Tarière ti

Gre 4. noëxs. Mées.

Gre 5. HELCON. Mées.

Gre 6. plosPiLE. Hal.

Gre7. oRGILE. Hal.

Gre 8. CALYPTE. Hal.

Gre 9. EUBADIZON, /Vées.

Gre 10. BLAGUS. Vées.

Gre 11. LEIOPHRON. Nées.

Gre 12. EUPHORE. Nées.

recourbée.Mésothorax sans nodosités.

Abdomen long et linéaire. Tarière longue etgrèle, Tête comprimée transversalement, échancrée au sommet, Mésothorax offrant trois nodosités.

Abdomen court. Tête convexe. Cuisses postérieures très-renflées.

Abdomen court, arrondi latéralement.

Tête large et convexe, Ailes postérieures échancrées au côté interne.

Abdomen court et large. Tête excavée en dessus. Jambes antérieures ro.

bustes, ayant de larges épines.

Abdomen court et large, n'ayant que trois anneaux distincts. Ailes postérieures échancrées au côté interne.

Abdomen long, ayant le dos de même largeur dans toute son étendue. Tarière longue et filiforme.

Abdomen comprimé, presque sessile.

Tarière saillante.

Abdomen sessile. l'arière courte, mais saillante. Antennes à articles cylindriques.

Abdomen pédoneulé. Tarière cachée. Ailes offrant une cellule radiale très-épaisse, semi-lunaire.

Gre13.corynornore *. Blanch.Abdomen pédonculé. Antennes cou-

(Rhopalophora) Hal.

Gre 14. PÉRILITE. Wesm.

Gre 15. MÉTÉORE, Hal.

dées et un peu renflées vers l’extré mité. Tarière saillante. .

Abdomen fortement pédonculé. Ta:

rière saillante, Aïles ayant seulement deux cellules cubitales.

Abdomen ayant son premier segment rétréci en un long pédoncule. Tarière saillante. Ailes offrant trois cellules cubitales.

DES

Gre 16. GNAMPTODON. Hal.

Gre 17. orius. Wesm.

Famille2®, ICHNEUMONIDES.

Groupe 1. STÉPHANITES.

Gre 1. STÉPHANE. I{lig.

Gpe 2. OPHIONITES.

Gre 1. XORIDES. Lalr.

Gre 2. ODONTOMÈRE. Grav.

Gre 3. ACOENITES, Latr.

Gre 4.3oppa. Fabr.

Gre 5. HELWIGIA. Lalr.

Gre 6. opuion. Fabr.

Gre 7. AROTES. Grav.

Gre 8. Bancuus. Fabr.

Gre 9. EUMNÉSIE. Wes/w.

(Euceros Gr.)

Gre 10. ORTHOCENTRE. Grav.

Abdomen ovalaire, Tarière saillante, épaisse et infléchie.

Abdomen ovalaire à pédoncule trèscourt. Tarière nonsaillante ou à peine saillante.

Palpes labiaux de quatre articles.

Palpes maxillaires très-longs. Cuisses postérieures renflées, les hanches trèsgrêles. Abdomen inséré à la partie postéro-supérieure du mélathorax.

Abdomen comprimé latéralement, plus ou moins en faucille.

Tête globuleuse. Antennes et pattes grêles.

Tête globuleuse. Antennes grèles.

Cuisses postérieures très-renflées et dentées.

Tête courte et large. Pattes postérieures fortes et allongées.

Antennes dilatées avant l'extrémité et terminées en pointe.

Antennes renflées vers l'extrémité et comprimées.

Antennes filiformes, extrêmement grêles, Abdomen pédonculé, très-comprimé, en forme de faucille.

Antennes grèles. Abdomen subpédonculé, comprimé à l’extrémité.

Pattes postérieures épaisses.

Antennes se recourbant à l'extrémité.

Abdomen comprimé latéralement, presque sessile. Pattes grêles.

Antennes dilatées dans le milieu. Anneaux de l'abdomen étranglés.

Antennes grêles. Pattes épaisses. Abdomen comprimé,

Gre 11. nassus. Fabr.

Gpe 3. PIMPLITES.

Gre {. OSPRYNCHOTE. Spin.

Gre 2. reurAsTEs. ZUlig.

Gre 3. rimrca. Fabr.

Gre 4. PHYTODIÈTE. Gr'av.

Gre 5. PÉZOMACHE, Gr.

Gre 6, AcRYoTyrE. Walk.

Gre 7. HEMITELES. G7'@0.

Gre8. BARYCEROS. Gr'AD.

Gre9, crxrrus. Fabr.

Gpe 4. ICHNEUMONITES.

Gre 1, ALOMYA. Panz,

Antennes et pattes grêles. Abdomen comprimé, avec le premier anneau linéaire et aplati.

Abdomen arrondi. Tarière plus ou moins saillante, quelquefois très-longue.

Antennes assez épaisses, de vingtquatre à vingt-cinq articles. Abdomen à premier segment pédunculiforme.

Tête allongée et rétrécie en avant en forme de museau.

Antennes assez épaisses, de moyenne longueur, Tarière pointue, saillante.

Antennes très-longues. Tarière toujours saillante, plus ou moins longues. Abdomen presque sessile.

Antennes très-longues et grèles. Abdomen pédonculé, à premier segment lisse.

Téterétrécie postérieurement. Corselet gibbeux, Ailes très-rudimentaires.

Écusson portant une longue épine, Abdomen épais, avec un long pédicule courbé.

Antennes simples, Abdomen pédonculé. Tarière saillante.

Antennes plus courtes que le corps, comprimées entre le milieu et l'extrémité, diminuant ensuite de largeur.

Antennes longues et grèles. Métathorax épineux. Abdomen pédonculé. Tarière saillante, assez longue.

Abdomen nullement comprimé latéralement. Tarière cachée.

Antennes assez épaisses. Lète globuleuse. Abdomen long, pédonculé et déprimé. à

Gre 2. rnocus. Panz,

Gre 3. SPHINCTUS. Gr av.

Gre 4. SCOLOBATES. Grav.

Gre 5. EXOCHUS. Gr'av.

Gre 6. rRyPnoN. Fall.

Gre 7. MICROLEPTES, Gr av.

Antennes grèles. Abdomen pédoneulé et ovalaire.

Corps étranglé. Abdomen pédonculé, pyriforme, avec le premier anneau presque linéaire.

Antennes grêles. Tête large, un peu avancée. Pattes postérieures très-longues avec les tarses épais.

Tête courteet large, prolongée au-dessous des antennes. Pattes cour les, avec les cuisses et les jambes comprimées.

Antennes longues et grèles, ‘Tèle courte, plusétroile que le thorax. Abdomen oblong subsessile.

Pattes el antennes renflées. Tête globuleuse.

Gre 8. pnacHYPTÈRE. Grav. Tête courte, rétrécie postérieurement

Gre 9. ICHNEUMON. Lin.

Famille 3°. EVANHIDES.

Genre 1. AULAQUE, Jurine.

Gre 2. PÉLÉCINE. Latr.

Gre 3. rorxe. Fabr.

Gre 4. EVANIA. Fab.

Ailes rudimentaires.

Tête courte, plus étroite que le thorax. Abdomen convexe, pédiculé, presque aussi large que le thorax.

Palpes labiaux de quatre articles.

Abdomen implanté sur le thorax immédialement au-dessous de l’écusson.

Abdomen en faucille. Antennes filiformes de quatorze articles.

Corps long. Abdomen composé d'anneaux longs et cylindriques.

Corps long et grêle. Abdomen long, renflé à l'extrémité.

Corps court. Abdomen extrêmement court, comprimé et pédiculé dès sa base.

Les BRACONIDES, que nous plaçons en première ligne, sont en général les plus petits Ichneumoniens ; mais les

affinités zoologiques qui existent plus entre eux et les tribus précédentes qu'entre les autres Ichneumoniens, ont marqué leur place. On reconnaît ces Hyménoptères à leur corps long, très-grêle, avec des ailes grandes par rapport . à leur faible complexion; une petite tête arrondie supporte de longues antennes très-déliées ; les femelles ont ordinairement leur tarière saillante et d’une finesse extrême,

La famille des Braconides a été divisée en six groupes par divers entomologistes. C’est aussi cette division que nous adoptons.

Le groupedes HYBRIZONITES, le premier de cette famille, renfermeun petitnombrede genres, aux quelsse rattachent les plus petits Ichneumoniens. Les Pucerons leur servent de pâture : c’est dans le corps de ces insectes que s'effectue le dépôt des œufs; les larves qui en naissent dévorent le frêle Hémiptère et n'abandonnent leur dépouille qu’après avoir acquis tout leur accroissement. Le genre Hybrizon, le principal du groupe, a reçu aussi de la part de plusieurs entomologistes le nom d’Aphidius, Aénomination qui indique leur rapport avec les Pucerons. Ce sont les pucerons qui restent toujours à l'état aptère, c’est-à-dire les femelles, qui sont sujettes surtoutaux attaques des Hybrizonites. Cette manière de vivre a été observée chez ces Hyménoptères par Linné lui-même, qui nomma Ichneumon des pucerons (Z. aphidum, Lin:) le type du genre Hybrizon. Il est long d’un millimètre et demi, avec le devant dela tête jaune, ainsi que le devant du cerselet, qui en outre offre deux lignes brunâtres; les jambes antérieures et la base des postérieures sont également jaunes. Cet insecte est très-commun dans toute l'Europe et attaque plusieurs espèces de pucerons, particulièrement celle du Rosier.

Les Azystres, qui constituent le second groupe de la famille des Braconides, sont plus abondants que les Hybrizonites, et l’on en connaît dans les diverses parties du monde. Le genre Alysie renferme la plupart des espèces du groupe; ce sont en même temps les moins petites ; cependant nous savons très-peu de chose sur le genre de vie particulier à ces Ichneumoniens. 1

Il paraît toutefois qu'ils dirigent leurs attaques plus spécialement sur divers Diptères de la famille des Muscides.

Les BnAconires forment le groupe le plus nombreux dans cette familledes Braconides ; le genre Bracon, qui en est le type, renferme une grande quantité d'espèces, que les voyageurs nous rapportent de toutes les parties du monde ; ces insectes ne sont pas rares non plus dans notre pays; la plupart sont d’une taille moyenne; leur corps est agréablement nuancé de couleurs vives, et leurs ailes sont aussi diversement colorées. Durant toute la belle saison on voit ces Braconites voltigeant sur toutes les fleurs ; cependant très-peu de faitssur leurs métamorphoses, ainsi que sur leurs premiers états, sont encore venus à notre connaissance. Toutefois, quelques observations recueillies çà et là nous représentent ces insectes comme viyant à l'état de larve dans les corps de divers Coléoptères à l'état parfait. M. Bouché a nommé Bracon du cis (Bracon cis) une espèce qui attaque les petits Coléoptères de ce genre. M. Boudier nous a signalé deux Braconites sortis de l'abdomen de divers charancons (Otiorhynchus lignarius et Barynotus elevatus). D'autre part, M. Westwood assure que des Braconites, appartenant aux genres Spathie et Anisopelma , pénètrent dans les maisons, dans le but de déposer leurs œufs dans le corps des larves des Ptines, qui rongent nos boiseries.

Les AGATRITES constituent un quatrième groupe, auquel se rapportent seulement quelques genres, représentés par une quantité d'espèces peuconsidérable, s1 l’on en excepte toutefois les Microgasters, qui sont fort répandues dans notre pays. Ils doivent être regardés comme bien utiles; car, sans leur présence, nos potagers seraient bientôt ravagés chaque année. Ces petits Hyménoptères attaquent les Chenilles du chou, qui donnent ces Papillons blancs si communs dans toute l’Europe. Le Microgaster dépose un assez grand nombre d'œufs dans la même Chenille. Les petites larves vivent pendant longtemps aux dépens des parties graisseuses de cette Chenille. Celle-ci a acquis tout son développement à la même époque que les parasites qui la rongent : elle abandonne alors la plante qui lui servait de pâture, et grimpe le long des murs pour s’y fixer et y subir sa transformation en chrysalide. Le moment est venu aussi où les larves des Agathites vont l'anéantir ; eux-mêmes vont se métamorphoser en nymphes ; ils attaquent alors tous les organes importants de la Chenille, ilsne laissent qu’une dépouille inanimce. Ils percent cettepeau detoutes parts ; ettoutautour d'elle, chaqueindividu se file un petit cocon soyeux d’un jaune pâle, parfaitement ovale. Le plus ordinairement ces petits cocons sont réunis en masse de deux ou trois paquets. Quelques jours suffisent pour voir paraître l'insecte parfait. Chaque année, nos murailles avoisinant les endroits où l’on cultive des plantes potagères, nous présentent en quantité plus ou moins considérable ces débris de Chenilles en-. tourés de cocons de Microgasters.

Diverses expériences que nous avons faites surla quantité des parasites par rapport au nombre des Chenilles du chou peut donner une idée de l'importance de ces petits

DES INSECTES. 165 êtres, dans la balance de la nature. Deux cents cheniiles du grand Papillon du chou (Püieris, brassicæ), recueillies sur des chous avant qu’elles aient atteint toute leur grosseur, ne donnèrent que trois Papillons. Les ceni quatre-vingt-dix-sept autres individus étant attaqués par des Microgasters, ne purent effectuer leur transformation.

De semblables expériences répétées pendant plusieurs années sur des quantités de Chenilles plus où moins considérables donnèrent toujours des résultats à peu près analogues. Ainsi le Papillon du chouest bien commun ; on le voit voler partout durant l'été, et fréquemment les cultivateurs souffrent des ravages exercés par sa Chenille. Sans la présence des petits Braconides, la dévastation n'aurait plus de bornes, tant que ces Chenilles ne viendraient pas à périr faute de nourriture, lorsqu'elles auraient tout dévoré.

Dans quelques cas assez rares les Chenillesne périssent qu'après avoir subi leur métamorphose en chrysalide ; mais presque toujours elles sont anéanties avant celte période de leur existence. ; :

Le Microgaster que nous venons de signaler plus particulièrement , est le Microgaster aggloméré (Hicrogaster glomeratus, Lin.), petit insecte long d'une ligne, de couleur noire, avec les pattes d’un testacé fauve, ainsi que les bords latéraux du premier anneau de l'abdomen.

Les autres espèces du même genre vivent de la même manière ; on en a observé plusieurs infestant diverses chehilles. Toutes ne disposent pas leurs cocons exactement dela même façon, auprès de la dépouille de leur victime; c'est là une des plus grandes différences qui existent dans le genre de vie propre à ces Hyménoptères.

Quelques genres encore appartiennent au groupe des

Agathites, entre autres legenre Agathis, dont ce dernier tire son nom; mais-nous n'avons rien de particulier à signaler sur l’économie de ces insectes.

Le groupe des sI&ALPHITES comprend les Braconides les plus curieux sous le rapport de leur aspect extérieur. Leur abdomen paraît recouvert d’une carapace solide, et chez ceux où cette carapace est incomplète, l'abdomen est renflé à l'extrémité en une forte massue. Ces Ichneumoniens sont peu nombreux; on les rencontre toutefois assez fréquemment pendant la belle saison : ils voltigent de fleur en fleur, principalement sur les ombellifères; quant à ce qui est de leurs premiers états, il reste beaucoup à observer. Un fait recueilli par De Geer nous apprend seulement qu'une espèce du genre Rhitigaster (R. érrorulor) est parasite sur un Papillon nocturne très-commun dans notre pays ( Acronycla psi). 11 a.été rapporté cependant par un entomologiste, un fait qui nous paraît peu en harmonie avec les observations recueillies sur une foule d'espèces de la même famille. Selon cetentomologiste, les femelles de Chelone (CAelonus) ne pondraient pas d'œufs, mais déposeraient leurs jeunes à l’état de nymphe. Ceci mériterait confirmation.

Les op1rTes formeront notre dernier groupe parmi les Braconides; la liste des genres qui lui appartiennent est assez longue. Les espèces qui les représentent sont abondantes sur diverses plantes, dans les endroits humides et ombragés.

Quoi qu'il en soit, nous ignorons pour la plupart, de quels insectes elles font choix pour assurer l'existence de leur progéniture. Cependant, d'après une observation de De Geer, une espèce de Périlite est parasite d'une Chenille (Zygaena filipendulæ), et forme des cocons sus-

pendus au corps de cette Chenille. Selon M. Westwood, une autre espèce du même genre (Perilitus similator) attaque un petit Coléoptère (Orchesia micans). M. Boudier nous a signalé aussi deux espèces du genre Blacus comme recherchant plus spécialement certains Charançons (Otiorhynchus lignarius et Barynotus elevatus).

Nous arrivons maintenant à la seconde famille de la tribu, celle des ICHNEUMONIDES , qui est composée d'es— pèces plus grandes et plus belles que celles de la précédente. Ce sont les insectes surtout que tout le monde en général connaît sous la domination d’Ichneumon; dénomination que les entomologistes ont réservée pour un seul genre dans cette nombreuse famille.

Quatre groupes distincts nous paraissent diviser les Ichneumonides d’une manière convenable. Ces groupes sont, à la vérité, peu tranchés ; mais comme nous l’avons dit pour la famille des Chalcidides, ils ont l'avantage de faire sentir les analogies.

Le premier, celui des STEPHANITES, qui ne comprend que le seul genre Stéphane, sur lequel nous n'avons aucune donnée quant aux métamorphoses, a pour type une espèce assez rare en France et en Allemagne, connue sous Je nom de Stéphane à scie (S£. serratus). Ce qui rend surtout cet insecte remarquable, c’est l’anomalie de ses formes , qui le rendent intermédiaire entre les Braconides et les Ichneumonides, bien que ses caractères particuliers soient très-prononcés. Ainsi sa tête est tuberculée; ses cuisses postérieures sont fortement renflées ; son abdomen, inséré à la partie supérieure du thorax , offre un pédicule cylindrique extrémement long, formé par le premier segment. En outre, la grande dimension de ses hanches postérieures paraît le lier aux Chalcidiens.

Le second groupe des Ichneumonides est celui des OPHIONITES, insectés que l’on reconnaît facilement à leur abdomen plus où moins comprimé et en faucille. Le genre Ophion, que nous devons mettre en première ligne, nous présente un abdomen en faucille extrêmement aplati latéralement. Nousconnaissons plusieurs espèceseuropéennes, mais les exotiques sont beaucoup plus abondantes. Ces Hyménoptères attaquent souvent diverses Chenilles. Une grande quantité de Chrysalides d'un Bombicite de la Nouvelle-Orléans (Aftacus cecropia) ayant été envoyées vivantes au Muséum d'histoire naturelle de Paris, nous en vimes sortir plusieurs fois une grande espèce d’Ophion propre à l'Amérique septentrionale. M. Audouin nous a fait connaître aussi les habitudes d’une espèce de notre pays. Celle-ci est d’une taille médiocre, et recherche les Chenilles d’une Phalène (Dosithea) pour y déposer ses œufs.

La larve de l'Ophion acquiert tout son accroissement en dévorant les parties graisseuses de la Chenille. Le moment arrive où elle doit se métamorphoser en nymphe : alors, anéantissant complétement sa victime, elle se forme un cocon soyeux , enayant soin de placer en dessus la dépouille de la Chenille ; elle trouve ainsi un abri de plus.

L’Ophion jaune (Ophion luteus), l'espèce type du genre, la plus commune dans presque toute l'Europe, attaque les Chenilles de certains Papillons de nuit. Elle a étéobservée plusieurs fois vivant aux dépens de la Chenille de la Dicranure à queue fourchue (Dicranura vinula). M. Gravenhorst l'a obtenue d'une autre noctuelle (Polia preæcox).

D'après une observation consignée par M. Westwood, un autre Ophion (0. moderator) vivrait aux dépens d'une

larve de Pimpla, qui est elle-même parasite sur un autre insecte.

Les œufs de divers Ophionites, et des Ophions en particuliers, ont été remarqués fréquemment, à raison de leur forme singulière.

Ils sont oblongs et offrent un long pédieule un peu contourné. L’œufse fend toujours par le bout opposé, et la petite larve en sort en dégageant d'abord la partie antérieure de son corps; mais son abdomen reste engagé dans la coquille de l'œuf, quand elle peut déjà sucer sa victime.

Certains Ophionites femelles meurent quelquefois au moment où elles vont se débarrasser de leurs œufs : ceuxci restent attachés par leur pédicule à l’extrémité de la tarière de l'Ophion. Quand les larves viennent à éclore, ne trouvant aucuneautre nourriture autour d'elles, l'individu qui leur a donné l'existence leur sert de pâture.

Les œufs de plusieurs Ophionites, appartenant aux genres Ophion, Tryphon, Sphincete et Panisce, ont été représentés par quelques naturalistes.

Les Helwigia et Joppa sont des Ophionites de l'Amérique méridionale, dont les antennes sont très-caractéristiques.

Les PImpzTES constituent le troisième groupe des Ichneumonides. Les principaux genres qui se rattachent à ce groupe sont les Cryptes et les Pimplas, bien que certains autres renferment aussi une quantité d'espèces assez Considérable. Les Pimplas sont remarquables surtout pat la longueur de la tarière des femelles (PI. 5, fig. 10). Le type est le Pimpla manifestateur (Pimpla manifestator, Lin.), grand insecte noir avec les pattes longues et roussÀtres, ayant les jambes postérieures noirâtres. Cet insecte

est très-commun dans presque toute l'Europe; il recher-

che des Chenilles pour déposer ses œufs. Sa longue tarière lui permet d’atteindre des larves qui vivent dans des endroits cachés. (PI. 5, fig. 11.) On n’a encore décrit qu'une seule espèce d’Osprynchote, elle est du cap de Bonne- Espérance. Ce genre se distingue facilement de ceux du même groupe par la forme de la tête.

D'après diverses observations, plusieurs Pimplites assurent l'existence de leur postérité en la plaçant dans les cocons de certaines Araignées, où les jeunes larves se développent et subissent leurs transformations. Un naturaliste anglais rapporte avoir vu une petite espèce du même groupe, déposant successivement ses œufs dans l'abdomen de quelques Araignées qui habitaient des collines sablonneuses. Il doute avec raison que ces Araignées aient pu après cela acquérir tout leur développement,

On cite encore des Pimplites (genres Hemiteles et Pezomachus) que l’on aurait vus sortir des petits cocons de Braconides du genre Microgaster. Les larves insectivores se trouvent ainsi dévorées par d’autres insectivores, ainsi que nous l'avons déjà vu dans d'autres circonstances.

Les Cryptes n’ont pas des habitudes moins variées. Les uns, comme quelques Braconides, pénètrent dans nos maisons et recherchent les larves des Ptinides, tandis que plusieursautres espèces déposent leurs œufs dans les chrysalides des Lépidoptères. M. Boudier nous a signalé encore un Cryptus qui attaque les larves du fourmilion (Myrmeleon formicarium).

M. Spinola a décrit quelques Cryptes (s.-genre Po/ycyrtes, Spin. (1) de Cayenne remarquables par un prolongement frontal spiniforme.

Notre dernier groupe est celui des 1ICHNEUMONITES, qui

(1) Ann. de la Soc. ent. de Fr, T. 9.

a pour type le genre fchneumon, l'un des plus nombreux de toute la famille. Les espèces indigènes qu'il renferme sont surtout très-abondantes dans toute l’Europe ; la plupart présentent des couleurs jaunes ou rougeâtres sur un fond noir; ce quidonne àces insectesun aspect trèsagréable. La tarière des femelles est entièrement cachée. Il en est beaucoup parmi eux qui attaquent les Chenilles. Dans les éducations que font les entomologistes pour en obtenir les Papillons, on voit fréquemment sortir des Ichneumons qui perforent les chrysalides dans lesquelles ils ont vécu.

Une troisième famille se rapporte à la grande tribu des Ichneumoniens, c’est celle des ÉvantIDES, qui renferme seulement quelques genres eux-mêmes peu nombreux en espèces. Les habitudes de ces Ichneumonieus sont pour la généralité exactement analogues à ce que l’on observe dans les familles précédentes. Mais ce qui manque presque toujours, ce sont les observations faites ab ovo sur les habitudes et les transformations de ces insectes. Nous ne serons done pas ici plus heureux que nous ne l'avons été pour les Hyménoptères dont les larves zoophages vivent dans le corps même d'autres insectes. Ilest vrai de dire que les observations sont très-difficiles à faire sur ces êtres qui pendant toute une période de leur vie ne paraissent jamais à la lumière : ils sont en outre dispersés sur des individus isolés, et leur présence est rarement décelée par un petit point noir, que l'on remarque seulement sur des Chenilles rases.

Le genre Aulaque (Aulacus) ne comprend qu’une seule espèce assez rare, et répandue dans le midi de l'Europe, L'abdomen en faucille de cet insecte contribue surtout à lui donner un aspect étrange. ( À. sériatus Jur.)

Les Pélécines sont des insectes de l'Amérique méridio-

nale, très-singuliers par les dimensions de leur abdomen. En effet, chezles femelles principalement, sa longueur est six où huit fois celle de la tête et du thorax réunis : il est en outre d’une extrème ténuité. Dans les mâles, ses dimensions en longueur sont un peu moindres; son extrémité est renflée en massue.

Les Fœnes sont de jolis petits insectes, répandus dans les diverses parties du monde et cependant assez rares partout, Ces Évaniidesontun corps grêle , des antennes d’une finesseextrême, unabdomen long , comprimé latéralement, supportant chez les femelles une tarière extrêmement longue et très-fine, et enfin des pattes postérieures renflées.

Selon plusieurs observateurs, le Fœneéjaculant (Æœnus ejaculalor), qui est long de cinq à six lignes, noir, avec la baseet l'extrémité des. jambes jaunes, le bord du premier anneau de l'abdomen roussâtre, ainsi que les deux suivants, attaque les larves des Guëêpes et des Abeilles. C’est le type de genre et la seule espèce européenne.

Les Évanies, qui donnent leur nom à la familleentière, ont un aspect des plus étranges, qu’elles doivent à la conformation de leurabdomen ; celui-ci est inséré exactement au-dessous de l'écusson, pédiculé brusgement dès sa base, extrêmement court et comprimé.

On connaît un certain nombre d'Évanies, dispersées dans les diverses régions du monde; presque toutes sont de couleur noire, et se ressemblent tellement, qu'il est à peine possible de les distinguer par quelques légères différences de ponctuation. L'Évanie appendigastre (pl. 5 fig 12) est Ja seule européenne. L'Évanie de Desjardins (Evania Desjardinsii, Blanch.), propre aux îles Mascareignes, dépose ses œufs, dit-on, dans le corps de ces Blattes connues sous la dénomination de Kakerlacs.

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