‹ Histoire des institutions de charité de bienfaisance et d'éducation du Canada [microforme]Chapitre 43 sur 45 · LLSSSAL SNS LAS PAL LL MS LL LS LAPS SA · texte numérisé non relu

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et des tribulations dont il fut assailli vers la \y fin de sa carrière, on y remarque que sa for- $ tune, quoique médiocre, fut renversée de fond en comble, et que dans cette ruine il eût la poignante douleur d'y voir enveloppé le revenu de la fondation de ses chères Filles spirituelles du Canada, si libéralement octroyées par Madame de BUuLrIoN. Comme elles n'avaient plus aucun fonds assuré pour subsister à Villemarie, et que l'Hôtel- Dieu devait y être desservi gratuitement, — dit M. l'abbé FALL LOoN,—M. de FAucAMP, procureur à Paris de la Compagnie de Montréal, leur écrivit de repasser en France, attendu que les Associés, épuisés par les dépenses qu'ils faisaient chaque année, ne pouvaient leur procurer une nouvelle fondation. Cette nouvelle les afHigea beaucoup, sans abattre pourtant leur courage. Après avoir mürement pesé toutes choses, et avoir beaucoup prié DIEU pour connaitre le parti qu’elles avaient à prendre, elles crurent se conformer à sa volonté en se décidant à vivre et à mourir à Villemarie, sans recourir à la Compagnie de : Montréal, dans la confiance où elles étaient que la Providence pourvoirait à tous leurs besoins, ainsi que leur bon l'ère spirituel, M. de la DAUVERSIÈRE, les en avait assurées, en leur disant le dernier Adieu, à la Rochelle.

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Ce noble dévouement fut immédiatement récompensé par DIEU qui ne se laisse jamais vaincre en générosité. Il inspira à M. de

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MaïSoNNEUVE de leur faire don de 100 arpents de terre en bois debout an nom des MM. de la Compagnie de Montréal. De leur côté, les MM. de Kaint-Nulpice leur offrirent l'usage de 4 arpents de terre défrichée, ce qui leur permit de cultiver un peu de blé. Enfin, un brave homme, M. JoINEAU, se donna à la Communauté avec tout ce qu'il possédait ; c'est-à-dire 15 arpents de terre, une grange, une petite maison et quelques animaux.

Puis ce bon JOINEAU se dévoua d’une façon extraordinaire à l'intérêt de l’Hôtel-Dieu, tout le temps qu'il fut capable de travailler, en sorte qu'il fut loin d’être une charge pour l'Institution. Ajoutons, également, que les Religieuses se livrèrent à divers travaux de couture, de dorure, et à d’autres petites industries pour les personnes du dehors, en même temps que l’on y établissait une boulangerie pour la vente du pain dans les familles des alentours de la Communauté, dans le but de créer quelques ressources pour les faire subsister après la perte de leurs rentes.

Ce qu'eurent à souffrir les premières Hospilalières de St. Joseph venues à Montréal, on ne le peut dire dans le degré convenable, D'abord, elles n'avaient eu pour toute fortune que la somme de deux mille livres, sur laquelle il avait fallu prélever les frais de voyage des trois premières Religieuses et des deux domestiques qui les accompagnaient,

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les frais de la garde-robe et des provisions de bouche. Ces dernières provisions consistaient en lard, pois, blé, anguille salée et de la citrouille, C'était là toute la friandise que purent se permettre ces bonnes Sœurs pendant plus d’un demi-siècle.

Ajoutez à cela l'obligation £ù elles étaient de tout faire par elles-mêmes, sans oublier les détails les plus humbles et les plus pénibles, comme la cuisine, le lavage, la lessive, la préparation du hois servant au chauffage, et vous n'aurez encore qu'une idée imparfaite du dévouement prodigieux qu'eurent à déployer ces filles héroiques. Ni encore au milieu d'une vie si laborieuse et si sacrifiée, elles eussent pu vivre en paix dans leur 5 retraite, mais chaque jour on avait à

craindre les attaques des Iroquois, dont la | barbarie était telle qu'il fallait toujours être sur le qui-vive.

Un milieu si défavorable et si pénible pour la nature ne pouvait manquer d'ouvrir de larges voies à la perfection. Aussi, nos généreuses ÆHospitalières marchaient-elles à grands pas dans la vertu et dans la sainteté, Ki chaque jour leur apportait de nouvelles privations, aussi chaque jour leur fournissait de nouvelles occasions de s'unir au divin Maitre.

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Le dévouement des Hospitalières pour le service des soldats malades ou blessés des troupes du Roi, arrivées dans la colonie en 1665, fit paraitr: avec plus d'éclat encore l'htroisme de leur charité et la constance de leur zèle. Le Roi, en ayant été informé, les récompensa en leur accordant, en 1669, des jettres patentes pour l’affermissement de leur Communauté.

Nonobstant les donations abondantes faites

en France comme au Canada, les Hospita-

, lières ne connurent longtemps que l'adversité, comme nous venons de le dire; et durant vingt-huit ans la maison en planches où elles demeuraient était tellement exposée aux intempéries de l'air, que le matin, les pauvres Sœurs secouaient la neige qui les couvrait dans leurs lits, et formait une couche de plusieurs pouces dans leurs salles. Dix ans s'étaient écoulés depuis l’arrivée des premières ÆHospilalières, lorsque, le 1er novembre 1669, trois autres Sœurs arrivèrent de France, pour apporter à Montréal Ja stabilité et la profession des vœux solennels :

jusques là les religieuses n'avaient fait que des vœux simples. (1) Le décret qui érigeait (1) Au mois d'Août 1662, la Sœur Marie Morin, née à

Québec le 19 Mars 1649, entra à l'Hôtel-Dieu de Villemarie comme novice à l'âge de 13 ans et demi; et, après un

. l'Institut en religion portait la date du & janvier 1666, sous le pontificat d'Alexandre VII, alors assis sur la Chaire de Saint-Pierre.

La Mère de BRESSOLES ayant appris ce changement, si ardemment désiré, se démit alors de la charge de Supérieure, et se remit au noviciat pour se préparer à prononcer les vœux de stabilité, ce qu'elle fit, avec ses premières compagnes, sur la fin d'octobre 1670, conformément à la permission donnée par Mgr. de LAvar. dans sa lettre à M. NouART, datée du 7 octobre de la même année.

Au mois de juin 1678, la Communauté eût à subir une autre perte bien douloureuse, par la mort de leur digne fondatrice, Mlle. MANCE, alors âgée de 66 ou 67 ans, dont 32 passés dans la Colonie. Cette illustre servante de

1665. C'est la première Sœur d’origine canadienne qui ait fait sa profession à Montréal. Elle vécut quatre-vingt-deux ans; et c'est à elle que l’on doit les Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, mémoire du plus touchant et du plusédiltiant intérêt, qu'elle a écrit jusqu'au 29 Septembre 1725.

A lire ces pages écrites avec une grande simplicité, on respire un doux parfum de foi et d'amour de Dieu, qui fait oublier les incorrections du style et attache singulièrement l'âme à ce pieux récit.

S'adressant vers la fin de sa carrière aux jeunes Religieuses du Monastère, elle écrivait ces lignes : “ Pensez, mes Sœurs, vous qui lisez ce Mémoire, que celles qui vous ont précédées ont cuelli bien des épines où vous ne trouverez que des fleurs; mais sachez aussi que tous ces fondements sont appuyés sur la croix, et que vous y aurez part, puisque vous avez l'honneur d'appartenir à Jésus-Christ en qualité d'épouses. Vous ne voudriez pas être couronnées de roses pendant qu'il l'est de piquantes épines ! ”

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Dieu, qui édifia tout le pays par ses grandes AY vertus, fut inhumée dans la Chapelle de la jommunauté, afin que son corps reposât au

milieu des Pauvres et des Filles de Saint-Joseph

qu'elle avait tant aimés! (1) | Environ quatre années s'étaient écoulées

depuis la mort de cette charitable personne,

que la Communauté perdait l’une des Reli-

gieuses fondatrices, la Sœur MaLLETr, que

Dieu appela à lui le 30 novembre 1677, après

seulement sept jours de maladie, âgée de 78

ans, dont 18 passés dans la Nouvelle-France.

Durant toute sa carrière, on ne cessa d’admi-

rer en elle une charité tendre et ingénieuse, |

une patience invincible, un zèle pur et ardent |

pour ses malades, s'eflorçant toujours de les

gagner à DIEU.

Dix ans plus tard, venait le tour de la Mère

de BRESSOLES (2), première Supérieure, qui

(1) Voir la Pie de cette illustre personne, pur M. Fabbé l'AILLON, en deux volumes.

(2) Gédant à l'attrait divin, Mlle, Judith Moreau de BuÉsOLES, qui appartenait à une illustre lamille de Blois, avait quitté secrètement la maison paternelle pour faire son | entrée à l'//otel-Dieu de la Flèche. Atin de mieux assurer | son évasion, elle s'était assuré la confiance d'un vieux |

serviteur du château de son père, qui l'accompagna et | garda ie secret le plus impénétrable sur cette affaire. | Pendant son noviciat, elle fut employée à la préparation | des remèdes, et elle acquit une si profonde connaissance de la pharmacie, par les leçons éclairées d'un chimiste expérimenté, qu'elle devint très-habile dans cette matière. Après un séjour de deux ans à la Flèche, elle avait été ) envoyée à l'AHôlel-Dieu de Laval, où elle servit les malades |

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décéda le ler juillet 1687, âgée de 76 ans.

Comme ses devancières, elle rendit son âme à son Créateur avec allégresse, et alla recevoir dans le Ciel la récompense de ses hautes vertus. Elle avait consumé 28 années de son existence dans l'exercice des œuvres de la Nouvelle-France.

La douleur extraordinaire qui éclata dans tout Montréal dès qu'on eût appris cette mort,—suivant que le relatent les annales du cloitre,—montra combien tous les habitants de cette viile étaient remplis d'estime, de vénération et de reconnaissance pour cette sainte défunte. Il y en eut peu parmi eux, qui ne répandirent des larmes comme s'ils eussent perdu leur propre mère. On accourut en foule à l'Eglise de l’Hôtel- Dieu, où son corps avait été exposé, et les sauvages euxmêmes s'y rendirent par diverses troupes pour lui témoigner aussi leur respect religieux. (1)

£ j pendant six ou sept ans, sans que ses parents eussent encore découvert le lieu de sa retraite, Mais un incident imprévu l'ayant fait découvrir par son beau-frère, le Sieur de St. Michel, alors le séjour de Laval lui devint tellement insupportable, qu'elle retourna à la Flèche, puis bientot après, elle fut choisit pour aller à Villemarie, alin qu'elle put satisfaire pleinement son amour pour la vie pauvre, mortiliée et cachée au monde, et où elle devait s'illustrer en se livrant avec tant de zèle et d'ardeur au service des malades, suivant que le relatent les annales des fospitalières de Villemarie.

(> Vie de Mile, Maxce, par M l'abbé FaizLon.

Suivant que nous l'avons déjà mentionné, la Communauté était dans un état de gêne extraordinaire. Elle n'avait encore que 8,200 livres (1) de revenu annuel, en 1687, dont plus de la moitié provenait des gratifications du Roi, pour rencontrer une dépense annuelle de sept à huit milles livres; ce qui laisse assez voir qu'à moins de secours considérables l’Institution ne pouvait subsister. On comptait alors à l’Hôtel-Dieu 18 à 20 Religieuses et 47 malades, outre les blessés qui pouvaient arriver d'un moment à l’autre.

Malgré cette triste position financière, Mgr. de SaINT-VALIER crut devoir insister assez fortement à ce que les vieux bâtiments en bois, qui croulaient de tous côtés, fussent

(1) A cette époque, la Communauté n'avait encore que la somme de 1,200 livres de revenus assurés ; le reste des recettes n'était que des gratifications op dons assez incertains. Voici, toutefois, comment se formait ce revenu :

800 livres de rentes annuelles, payée par M. Des- 1,200 liv, } ,,VORDES, en France :

? ‘7 400 iivres, prix de location de la terre de la

ÜÙ Communauté, à Villemarie ;

1,000 iivres, comme gratification du Roi, pour les 2.000 liv Reiigieuses ; “> ‘1 1,000 livres de la même munificence royale, pour

aider aux réparations urgentes ;

3,200 livres en tout.

Sa Majesté, ainsi que d'autres âmes généreuses, offraient également, de temps à autre, quelques autres aumônes qui servaient à combler en tout ou en partie les déficitsannuels qui résultaient des Dépenses sur les Recettes,

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remplacés par des constructions en pierres, quoique l'opposition, quant à l'opportunité, fut très grande de la part des citoyens de Villemarie. Les Filles de Saint-Joseph, en face ‘e leur état de dénüment complet, n’entreprirent ces constructions que par respect pour le sentiment de leur Evêque et par obéissance à sa volonté. Mais la Providence, — dit M. l'abbé FAILLON,—semble montrer combien cette soumission lui était agréable, en leur procurant par leurs amis du Canada et de la France, surtout par M. Macé, qui épuisa sa bourse et en partie celle de ses amis, la somme nécessaire, qui s’éleva jusqu’à 60,000 livres; Mgr. de SAINT-VALIER y contribua également, à tel point que le 21 novembre 1694 les Religieuses entrèrent dans leur nouvel édifice, qui mesurait 130 pieds de long sur 31 pieds de large, et à trois étages. Cet édifice n'était toutefois terminé qu’à l’une de ses extrémités, par deux pavillons ayant 25 pieds de long.+ L'édifice avait la forme d’un P,

Les paroles prophétiques que M. de Ja DAUVERSIÈRE avait prononcé, 36 ans auparavant, lors du départ des premières Religieuses de la Flèche pour Villemarie, allaient se vérifier tout en donnant le courage nécessaire à ces intrépides Sœurs de charité qui ne devaient trouver leur appui que dans la croix, et que ce serait par la croix que leur Commuuauté à Villemarie deviendrait solide et durable.

En effet, à peine trois mois s'étaient écoulés depuis leur entrée dans le nouveau Monastère, qu'un incendie éclata dans la nuit du 28 au 24 février 1695, vers minuit ou une heure, qui réduisit en cendres le nouveau bâtiment, et l’ancien Hôfel-Dieu, qui formaient en tout une longueur de plus de 400 pieds de bâtisse. Le feu se répandit si promptement qu’on eût le chagrin d'y voir consumer les papiers les plus précieux de l'Hôtel- Dieu, les livres de comptes, et tout ce qui était cn la garde de la Dépositaire. On y perdit également presque tout le linge des pauvres et une grande partie de celui de la Communauté. La mère Macé, la seule des trois fondatrices qui restât encore, alors âgée de 78 ans, ne parut jamais plus admirable que dans cette extrémité, où elle voyait en grande partie le fruit de ses travaux, de sa patience, de son zèle et de sa sollicitude, si subitement anéantis, et cependant pleine de fermeté et de constance, bénissant la volonté de Dieu, consolant et fortifiant ses compagnes, en leur rappelant les pensées de la foi les plus propres à relever leur courage et à ranimer leur confiance «1 la Providence.

Les Religieuses, au nombre de 29, se retirèrent chez les Sœurs de la Congrégation, et les malades, au nombre de 26, furent transportés au Séminaire, où les Religieuses allaient les soigner, en attendant qu'on eùt disposé un autre lieu plus convenable pour les recevoir.

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Le portrait de Madame de BULLION, fondatrice générale de la Communauté, conservé jusqu'alors, fut consumé.

On ne put jamais savoir comment l’incendie avait originé. Un prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice vit vers minuit une lumière dans le clocher de la petite Eglise adjointe à l'Hôtel-Dieu, mais croyant qu’un garçon de la maison était monté là pour quelque nécessité il n'y fit pas attention et se coucha sans donner l'éveil. La sentinelle qui veillait à la porte de la maison de Monsieur le Gouverneur de Villemarie vit aussi une lumière dans le clocher et ne s'en inquiéta d’abord aucunement. Ce ne fut qu'en apercevant un jet de flamme perçant par le pignon de l'Eglise, du côté de la rue St. Paul, qu'elle se mit à crier de toutes ses forces : au feu ! au feu !

Voyant que personne de l'Hôpital ne sortait, il crut avec raison, que tout le monde dormait, et il vint frapper à coups redoublés à la porte de la maison. [L’infirmier, plusieurs malades, et une Sœur, éveillés par ce bruit, virent de suite de quel épouvantable désastre on était menacé.

Bientôt tout le monde fut sur pieds et vola au secours de l'institution menacée. Malheureusement il était trop tard ; la flamme avait fait de tels progrès qu'ii n’était plus possible de l'arrêter.

Le jour même de l'incendie, qui était un jeudi, M. de Callières, gouverneur de Mont-

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réal, fit appel sans délai à la charité publique, tandis que les cœurs étaient ouverts à la compassion, et recueillit de suite 5,730 livres. À Québec, Madame de CHAMPIGNY, femme de l'Intendant, fit une quête parmi quelques Dames, ses amies, qui donna 1,200 livres, outre 850 livres de diverses autres personnes.

M. le comte de FRONTENAC donna 6,000 livres, pris sut les fonds de Sa Majesté, pour le rétablissement de la salle des malades, ce qui porta la recette totale à 13,730 livres.

Malgré ces faibles moyens. on se mit de suite en frais de rebâtir. Les Messieurs du Séminaire de Saint-Sulpice crurent devoir utiliser une ancienne bâtisse pour y mettre les malades, que l’on appelait autrefois la Providence, et dont le Néminaire se servait pour y faire élever par les Sœurs de la Congrégation plusieurs filles pauvres à qui on apprenait à travailler. Ce bâtiment, quoique délabré, ayant été transformé en hôpital, on y fit transporter les malades sept jours après l'incendie, c’est-à-dire le mercredi, 2 Mars.

Les travaux de l'Hôpital et de la Communauté ayant été poussés avec une très grande diligence, les Sœurs de Saint-Joseph y entrèrent le lundi, 21 novembre de la même année, après avoir passé un séjour de neuf mois chez les charitables Sœwrs de la Congrégation. Un

mois plus tard, les malades occupaient les sa salles de l'Hôpital.

3: Il n’y avait pas encore trois mois écoulés depuis la rentrée de la Communauté dans le nouveau bâtiment, lorsqu'une nouvelle épreuve vint attrister les Filles de Saint- Joseph. La Mère Macé, qui était la plus jeune des Religieuses fondatrices, et qui avait ainsi survécu aux deux autres, tomba malade et mourut. Elle avait édifié la colonie pendant près de quarante ans, et durant sa maladie elle fit paraître la plus entière confiance en Dreu jusqu’à son dernier soupir, qu’elle rendit le 25 Septembre 1698, âgée de 80 ans, et dans sa 65e année de religion.

D'autres alarmes vinrent aussi fondre sur la Communauté. Après des pertes assez con- À sidérables survenues depuis l'incendie, les Hospitalières se virent menacées de perdre

les gratifications accordées par le Roi pour elles et l'Hôpital, en conséquence de la guérre alors allumée dans toute l’Europe, et qui semblait déterminer la Cour royale à faire partout des retranchements pour subvenir aux grandes dépenses occasionnées par ces if perturbations sociales.

Dans cette alternative, la Communauté fit ji présenter un Mémoire à a Cour, par M. de CHampriGnY, en 1701, dans lequel les Hospita lières espéraient que malgré le secours de 3,000 livres donné par le Roi pour leur rétablissement, les aumônes des particuliers, le

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dots de quelques Religieuses, et divers em-

æ prunts s’élevant à 9,650 livres pour la cons- © y} truction de leurs bâtiments, et d’autres ‘ {L

charges qui pèsent également sur l’Institut, elles se trouvaient dans un besoin très pressant, et sollicitaient la continuation des faveurs du Roi pour leur établissement, qui n'est point achevé, ni leur église commencée ; que la Communauté renfermait 27 Reli- !

gieuses, dont plusieurs étaient incapables de | rendre aucun service ; qu'elles se voyaient dans un besoin imminent de novices, et comme :a Cour exigeait alors pour chacune une dot de 3,000 livres, et qu’il n’y avait que peu de filles à Villemarie dont les parents fussent en état de fournir cette somme, la Communauté se trouvait ainsi privée de re- ? | | cevoir celles qui désiraient y entrer, enfin que pour faire face à toutes les charges, les Hospitalières n'avaient que 3,528 livres de revenu annuel, savoir : 2,000 livres de rente constituée en France ; 228 livres en Canada ; 300 livres du produit net de leurs terres, et 1,000 ! : livres de gratification du Roi. ee - i La réponse du Ministre, quoique négative, montre que la gratification devait être continuée. Le nombre des malades, à cette époque | | était de 30 à 35 à soigner, quoique la Communauté n’eüt que 6 lits de fondés. ‘{

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A ‘ vs Nonobstant leur gêne extrême, les Hospita- ef

lières commencèrent, au mois de Juin 1702,la ? gn,f”! | maçonnerie de leur Eglise, qui fut achevée w | |

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l’année suivante, moins la voûte qui ne fut parachevée qu'en 1704. À chaque côté du portail, qui fut construit en pierre de taille, il y avait une niche où l'on plaça pr : après la statue de la Très-Sainte Vierge ec celle de Saint Joseph, suivant que le constatent les archives de cette Communauté.

En franchissant une période d'un quart de siècle, nous nous trouvons encore témoins d'une nouvelle épreuve pour ce pieux asile.

Les bâtiments que ces ferventes "Religieuses avaient fait construire avec tant de peine et de sacrifices, en 1695, devinrent encore une fois la proie des flammes, le 19 Juin 1721, jour de l’octave de la Féle-Dieu, pendant la procession du Très-Saint Nacrement. Une fausse manœuvre d’un arquebusier porta le feu sur la couverture de l'église, qui était en bardeaux de cèdre et devint bientôt toute embrâsée.

De l'Église, la lamme poussée par un gros vent gagna bientôt l'Hôpital et le Monastère. puis un grand nombre d'autres maisons. Plus de 150 maisons de la basse-ville, qui formaient alors les deux tiers de la ville de Montréal, furent détruites dans cette conflagration.

Les pertes des Hospilalières furent plus considérables cette lois que celles du précédent

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sauvé des flammes, tant la rapidité du feu fut oœrande. La Communauté renfermait alors 49 Religieuses.

Aussitôt que la nouvelle de l'incendie fut parvenue à Québec, Mgr. de NAINT-VALIER, M. le Gouverneur Général, M. l’Intendant, avec les Messieurs de Naint-Nulpice et autres personnes de distinction, s’assemblèrent à Montréal pour aviser ensemble aux moyens à prendre, et il fut arrêté que les Hospitalières iraient occuper une partie de la maison des Frères CHARON, appelée aussi l’Hôpital-G'énéral, qui tombait en discrédit faute de moyens suffisants chez les bons Frères de la Charité qui se vouaient cependant avec tant d'amour au soulagement des pauvres de la ville.

Quoique ces bons serviteurs de la charité furent dans la crainte de se voir supplanter par les Hospitalières, ils les accueillirent avec beaucoup de grâce en leur livrant la plus grande partie de leur établissement, pour | | elles et leurs malades, ne retenant pour eux | qu'une aile de 25 pieds.

| | À Ce ne fut qu'au printemps de 1723 que les | Hospitalières purent faire commencer les tra- | | vaux de reconstruction, comptant sur la " | | À Providence et sur les gratifications de la AC Cour de France pour cet objet.

LA Après bien des peines et des mécomptes, @P) on parvint enfin à mettre à couvert une par- Or | [eT tie des édifices, où vinrent se loger les Hospi-

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| incendie. Rien ou presque rien n'a pu être j

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talières et leurs malades, le 11 novembre 1724, après trois années et demie d’exil passées chez les charitables Frères CHARON.

L'année suivante, on s’eflorça de ré-édifier

l'Eglise, et de rendre habitable d'autres parties du Monastère. Mais il s'en fallait beaucoup que l’Hôtel-Dieu fut entièrement rétabli, quoique le Roi eût donné à cette fin 18,000 livres depuis l’année 1722 jusqu'en 1729.

A cette dernière époque, la Communauté

n'avait que 4,865 livres de revenu annuel.

Nur cette somme il fallait nourrir et habiller 40 Religieuses, entretenir et ,payer 6 domes-

tiques, et subvenir à d’autres dépenses imprévues, le tout s'élevant à 10,600 livres par année (1). Aussi n’avaient-elles pu subsister

(lt) Voici quel était l'état des revenns de F{ôtel-Dien de Villemarie, en 1729 :

l'onmunauté. | Hôpital.

LIVRES. | LIVRES, Gratification du Roi, 1,000! Gratilication du Roi 1,000 Rentes sur la ville de Rentes sur la ville de Parler 9,101 | Paris ss 1,417 foncières... 20! “ rachetables.….. 191 “ rachetables en “ non - racheta- Canada... 1,056 DOS Rires 110 Revénu de leurs ter- | Revenu de leurs ter- P'OSes cosooe ces 6000 00 | PES soccer encre 1,512 1,863 5,163

Ces revenus, comme on voit, étaient loin de pouvoir égaler les dépenses, puisque la seule partie de la Communauté s'élevait à environ 10,500 livres, Ù

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Là ar PU nn te ne il use enr un ue TRS 1% % » É ff | | à, < à = 4 > C9 Go | | z | DE MONTRÉAI. 85 (/1/ F1 | ‘} ? jusqu'alors que par les legs des personnes }? || { charitables et par le travail de leurs mains ? | Elles avaient contracté une dette de plus de ? : ; 8.000 livres, qu'elles craignaient de ne pou- , voir rembourser de longtemps. Cette dette : s'éleva trois ans plus tard, en 1732, à la somme de 20,000 livres. ù | ) / IX. 4 La petite vérole s'étant déclarée dans la ‘ > colonie, en 17338, les Hopitalières eurent, pen- Y { . \ . « , ) x dant quatre mois, à soigner près de 100 vic-. cm 1 | , + times de l'épidémie ; et elle reçurent dans }) L À LU r 4 { f , | i leurs salles plus de 500 malades durant l'an- ! " | | Ÿ ) ” A FA 9 ( & | à | née. Ce fut cette même année que les Reli- T | À Ki gieuses parvinrent enfin à achever leur hâti- u | ? , ment. TE : $ Mais il était écrit que la Croix devait être ; | ; le plus ferme appui de la Congrégation des ! ; Q . . ) : Filles de Saint-Joseph. 1] fallait encore que de ) } nouvelles épreuves vinrent révêler à ces âmes ? ; »1: Q , A . A ( | : d'élite qu'il est plus agréable à Dieu d'être ? à ? riches de grâces et de vertus que des biens | { de ce monde, car tous leurs bâtiments, à : | | RU DE D AE OI EN ONE RARE | ÿ Ù | | ) Cependant, par comparaison aux revenus de Ja Commn- è OR | | À | } $ nauté,—suivant que le remarquient M. Hocquanr, Intendant, ( | | 2400 | N © Les Pauvres étaient mieux dotés et plus avantageusement è \ | 1 $ | ; pourvus que les Religieuses : quoiqu'il en soit, ni le reveun ÿ À \ 4 | { ) : | ÿ 6 \\ | J 95 des Religieuses, ni celui des Pauvres, qui ne sufisaient pas 6 y) | | L 0 \ /2/ 0 aux dépenses, ne pouvaient aucunement contribuer à la | RAS | | NN | ( V4 ? restauration des édilices, cela était évident. $ Ni | ï \ | f{!/ a st { | | \|\h21 [' " N\h Ù PL LL SL LS TS St | Gi # l KO PM ©). | | À | Le TT — LE AP | À | y A A "À ’ | À | # Ca ae 1e L, à Î D. | 'an | |

peine achevés, furent de nouveau réduits en cendre, par un grand incendie qui éclata dans le quartier environnant la Communauté, le 10 avril 1734, vers les sept heures du soir (1). Quarante-cinq maisons furent consumées, outre un grand nombre d'autres considérablement endommagées, et celle de l'Hôtel- Dieu fut l’une des premières dévorées par les flammes ; l'Eglise déjà en feu n'était séparée de cés maisons que par la rue, et le feu se communiqua bientôt à l'Hopital et au reste de la : Communauté, par suite de sa violence. Le Ale, oi

je monastère était en pierre, à trois étages ; il avait environ 1,000 pieds de construction.

La perte seule de l’Hôtel-Dieu s'éleva à plus ! de 80,000 livres, outre la valeur des meubles, literie, ou autres effets nécessaires à un établissement de ce genre. La plupart des papiers de la Communauté, et jusqu’au Régistre des procès-verbaux des vêtures et des

(lt) Cet incendie fut causé par la méchanceté d'une | ) négresse employée chez Madame Ve FRaNGHEVILLE, en l qualité d'esclave, et dont la demeure était située sur le bord ) du fleuve, Ayant conçu le projet de déserter la maison de

sa maitresse pour cacher sa mauvaise conduite, elle ÿ mit le

; = 6 feu, afin de ménager plus sûrement son évasion par la faveur | { du trouble que devait occasionner l'incendie. Mais on ne NE | tarda pas à s'apereevoir de sa fuite—dit un manuscrit à (Ni | déposé aux archives du Séminaire de Saint-Sulpice de | | Paris, —et trois hommes envoyés à sa recherche la rament- \ LS | | |) rent à Villemarie le troisième jour. Elle fut condamnée par R EN: 4 le Conseil Supérieur à être pendue à Montréal le 21 juin de M > la même année, el son corps, aprés l'exécution, fut brûlé,

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