‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébrenChapitre 17 sur 96 · MORALITÉ. XIX · texte numérisé non relu

MORALITÉ. XIX

da pape et du catholicisme romain emportait la question chrétienne, je m'étayai surtout de la raison suivante : — Jamais je n^ai admis ni ne consentirai à admettre que le sentiment religieux et la religion soient une seule et même chose. Aujourd'hui une foule de gens se font une arme du sentiment chrétien, autrement dit messiaque. Ils le confondent avec le christianisme réel, avec le christianisme historique, avec celui qui a conserve pour témoins de sa naissance et de ses succès, d'un côté les Juifs, ou la Jérusalem vaincue, de l'autre, l'instrument capital et solidaire de sa victoire, Rome.

Aussi estKîe après une longue réflexion que j'ai émis cette remarque qui rattache avec une nouvelle force mon double travail sur le premier siècle de l'église à celui dont Paris et le siècle actuel sont le sujet. Quelque pénétrée qu*elle fût du sentiment religieux, et tout en cédant à une sainte inspiration, la Réforme du xvi* siècle a été une réaction contre le christianisme luimême autant que contre les abus flagrants du pouvoir romain.

One autre remarque que j'ai émise, inséparable de la précédente, ne concourt pas faiblement à faire ressortir une grave moralité du simple rapprochement entre ce premier siècle de Tère chré-

XI QUESTION BELIGIEU9E.

tienne et le xlx^ Elle concerne l'antique loi du talion et la perpétuité sensible de son influence. A part toute divinité, toute doctrine, et à ne considérer les choses qu'au point de vue humain, Jésus, dans les Évangiles et particulièrement dans le discours de la montagne, use du moyen qui se renouvelle avec une égale efficacité dans toutes les réformes, toutes les révolutions politiques ou religieuses. C'est l'accusation directe de por6die, d'hypocrisie, de corruption vigoureusement poursuivie et rendue populaire contre les chefs établis du pouvoir temporel et spirituel.

Absorbé qu'il était par la hauteur dogmatique et morale de sa pensée, le maître des Évangiles ne signale dans les chefs de l'ancienne Jérusalem que le petit côté de leur existence, que leur face la plus faible, la plus répréhensible, la plus vulnérable. Il laisse à l'écart, et comme sous le boisseau, la vérité historique de leur situation, les difficultés énormes contre lesquelles ils avaient à lutter chaque jour, les violences, les trahisons, les cotruptions dont .ils étaient eux-mêmes les victimes.

Or, on ne saurait le contester, soit qu'on accueille- ou qu'on rejette l'influence souvent terrible de l'antique loi que j'ai rappelée : c'est bien à l'aidi- d'une attaque de même nature, avec la mémo arme vigoureusement maniée aussi par la

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