‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébrenChapitre 7 sur 96 · IV QUESTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

IV QUESTION RELIGIEUSE

de mon côté, dans la mesure très-limitée de mes forces, j'avais à cœur d'en présenter la signification historique, sous un aspect différent et avec un tout autre dessein. J'entendais insister sur les prévisions et les liens théoriques et pratiques qui rattachent notre époque au passé religieux le plus éloigné, qui ennoblissent ses principes en leur donnant de légitimes aïeux, qui enfin nous préparent à tous le résultat invariable de chaque long effort de civilisation; je veux dire une cité, une Jérusalem d'ordre nouveau aussi bien dans sa forme spirituelle que dans sa forme temporelle.

Ce premier aperçu explique assez le long circuit que j'avais à parcourir avant de me retrouver en présence de celui de mes livres qui a été le principe de tous les autres, et qui en renferme presque tous les éléments.

Sans Bucun doute, si les questions à définir n'avaient pas justifié la nécessité de n'avancer qu'avec lenteur; si, pour assurer à ma pensée une certaine vie, le caractère d'une affirmation, d'une action, je n'avais dû la faire pénétrer, l'incarner en quelque sorte dans toute une série d'actes anciens et modernes, je n'hésiterais pas à me l'avouer: j'aurais donné la preuve d'un défaut d'intelligence complet. Dans un 'temps comme le nôtre où tout s'opère avec une rapidité infinie,

OÙ ridée de la veille est remplacée par l'idée du lendemain, où les opinions les plus graves aiment à recourir aux formes courtes, vives, répétées, afin d'obtenir quelque influence sur les esprits; dans un pareil temps, c'eût été réellement folie de ne se présenter au public qu'à des intervalles de dix ans, de s'y présenler en épais volumes et sous des titres qui ne rappelaient que des sujets où tout semblait avoir été dit et dont les destinées pratiques de la société n'avaient désormais plus rien à faire.

Mais je comptais sur d'autres tendances non moins actives : l'intérêt de curiosité suscité par toutes les recherches qui concourent à éclairer nos origines; l'esprit de justice et de bienveillance qui se porte vers l'homme dont on sent que la vie s'est dévouée à une œuATe difficile et qui s'estimerait aussi heureux d'aplanir la voie aux idées des autres que de faire prévaloir ses propres jugements.

D'ailleurs, tous ces avantages m'auraient-ils manqué, ce n'eut pas été un motif de m'en effrayer outre mesure et de faiblir. Je faisais reposer l'utilité plus ou moins prochaine de mes travaux, leur opportunité sur des circonstances, sur une impulsion qui promettaient d'ouvrir un champ nouveau aussi bien à la religion qu'à la politique et

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à l'histoire. Ce mouvement irrésistible, auquel plus d'une page se trouve consacrée dans le livre que je réédite, est celui qui a officiellement éclaté en ^ 8.40, beaucoup plus tôt que je ne m'y étais attendu, celui qui sous le titre de question d'Orient apparaît aujourd'hui à tout le monde si plein de péripéties.

A mes yeux, et dès les premiers joure, cette question future d'Orient no pouvait que devenir le signe et la cause des changements les plus profonds : elle réussirait à ébranler, à entraîner la question romaine. Dans mon deuxième travail, Jésus-Christ et sa Doctrine , composé' et publié de 1828 à 1858, une des raisons, sur lesquelles je faisais reposer la corrélation intime de ces deux questions, l'Orient et Rome, est exprimée en termes trop succincts pour ne pas la reproduire.

« Au nombre des circonstances qui servirent à » développer la suprématie religieuse de Rome, » il faut compter sa position géographique dans » l'hémisphère occidental, où le christianisme » actuel avait particulièrement pour mission de «régner.... Mais, qu'on le remarque bien, cet » avantage dé Rome était de sa nature variable » et passager.... Admettons qu'il eût appartenu ■ au nom de Jésus-Christ d'amener la pensée » hébraïque à sa dernière fin, de faire une même

IDÉE GÉNÉRALE. Yll

i famille de la multitude des eufants d'Adam^ de » concilier entre eux les peuples du monde > oriental et du monde occidental ! Dans ce cas, » la position de Rome, qui a été des meilleures » pour unir à une certaine époque les peuples » de rOccident, aurait eu des inconvénients insur- « mon tables à cause de son éloignement du point « de contact des deux mondes. »

Auprès de la plupart des hommes reconnus conune les vrais organes du bon sens, il y a vingtcinq ans et plus, de pareilles opinions passaient pour des utopies, pour les rêves d'un esprit honnête mais prévenu. Aujourd'hui quelle différence, et combien les événements ont marché ! Chez les hommes de la politique et jusque parmi les représentants de la religion, on parle d'enlever le pape de Rome, de le transporter même à Jérusa* lem; on en parle avec une facilité, un abandon qui me laisse presque stupéfait, comme s'il s'agissait d'un déplacement ordinaire.

Rien ne me servira donc mieux que cet état des esprits à déduire do mon idée générale les caractères distinctifs de mes quatre publications, et à confirmer l'ordre des noms Paris, Rome, Jérusalem, qui forment le titre essentiel de la plus réconte. Pour se revivifier sur le sol oriental et sacré où la marche providentielle des événements

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