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furent saisis d'une ardente passion pour elle. Après s'être fait une confidence réciproque, ils se cachèrent sous des touffes de verdure, et au moment où la jeune femme, se croyant seule, évitait dans un bain la chaleur du jour, ils se montrèrent, et ne lui laissèrent d'autre alternative que de céder à leurs désirs ou de se voir accusée devant le peuple. Elle n'hésitàpas : et comme la justice était égale pour tous , la fille d'Helkia, malgré le rang de son mari , fut condamnée , sur le témoignage de deux personnes qui passaient pour respectables et qui attestaient le flagrantdélit, à perdre la vie. Gela paraîtra sans doute extraordinaire à Babylone ;• car les Jui& avaient pour principe, qu'il ne leur était per!mis de condamner à la peine capitale que dans le pays d'Israël , à cause du droit accordé à tout accusé d'être jugé dans la ville qui renfermait le temple et le foyer de la loi : aussi regardent^ils cette histoire, écrite en {grec, comme apocryphe, tout en reconnaissant qu'elle fournit des renseignemens précieux sur l'ancienne manière de juger. On conduisit donc l'infortunée dans le champ fatal. Tous les spectateurs pleuraient , et tous répugnaient , en la voyant si belle , à lui croire un complice. Quel homme, en effet, se disaient-ils pent*étreà eux-mêmes , après avoir partagé son amour; consentirait à l'abandonner seule à un sort si misé-
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rable? Soadain un jeune homme feod la foule et s'écrie : « Arrêtez ! Je proteste en faveur du sang de cette femme; j'ai à parler contre les témoins ; retournez au siège de la justice. » A ces mots , le peuple rebroussa chemin , et les anciens invitèrent Daniel à s'asseoir parmi eux , et à dire ce qn il jugerait convenable. « Qu'on sépare les deux témoins , et qu'on les amène Tu n après l'autre. O toi! qui as vieilli dans la malice , tu te troubles déjà : tu n'échapperas pas à mon examen : réponds nettement. Sous quel arbre as-tu découvert ceux que ta bouche accuse? — Sous un lentisque. — £t toi , semence de Canaan, dont la convoitise a perverti le cœur 9, sous quel arbre? — Sous un chêne vert. » Alors un cri de joie retentit dans l'assemblée : Suzanne fut rendue a sa famille ; les infâmes vieillards subirent la peine du talion ; et Daniel obtint l'admiration du peuple (79).
Mais lorsque personne ne se présentait, on exhortait le patient à se recueillir, à confesser son crime à haute voix , et on lui présentait à quelque distance du lieu de l'exécution un breuvage stupéfiant, pour lui rendre moins terribles les approches de la mort '^. Alors les magistrats
• Et Ton comprend par là , dit le Père Lamy , ce que c*eBt que ce vin mêlé de myrrhe qu^on présente à Jésus sur la croix , et dont il ne voulut pas boire (Introd, à la lect, de V Écritures ainte , ch. vi).
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lui disaient : « Tu nous as causé du trouble ( Quid tuârhasti nos); de méiue ton Dieu t*en cause aujourd'hui {turbabit te Dotninus in hoc die) : ta souffriras à cette heure, mais non pas dans Tavenir ( hoc die turbaberis , non in fuiuro sœoulo )• » Le coupable voué à la lapidation était couché à plat-ventre , et les témoins s'avançaient pour lui jeter la pierre.. .. Si malgré les plus nombreuses précautions ils avaient trompé les juges et les assistans, leur saisissement échapperait-il aux regards attentifs du peuple ? Ne seraient-ils pas glacés d'effroi au souvenir de ces paroles ? « J^abhorre Timpie qui fait mourir Tinnocent. » Mais la pierre est lancée , et le peuple , définitivement convaincu , frappe son ennemi ; de sorte que sa volonté propre, punissant au jugement de Dieu exprimé par les anciens, fait de ce jugement une loi.
Après l'exécution, le corps était rendu aux parens. Ils le pleuraient sans afficher les signes ordinaires de douleur; et à la première rencontre ils devaient aux juges et aux témoins un salut, qui signifie : « Ne croyez point que nous conservions quelque ressentiment contre vous; nous savons que vous avez agi selon le droit. »
Telle est en cette partie la jurisprudence criminelle des Hébreux affirmée par la Mischna, par ses commentateurs et par tous les rabbins (80).
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1 Une si grande unanimité , dit le savant auteur cité plus haut , n'impose point à quelques écmains modernes. Basnage et Calmet, par exemple, persuadés apparemment qu'ils connaissaient mieux la législation des Juifs et leurs usages que les Juifs eux-mêmes , ont prétendu qu'on nous trompait par cette narration touchante. J'avoue que )e suis toujours plus étonné d'entendre des auteurs éti-angers à une nation , lui contester opiniâtrement le détail qu'elle donne de ses propres lois et de ses propres coutumes : sur quelles raisons est fondée une pareille incrédulité (81)? » Les voici. Pouvaient-ils reconnaître que ces Juifs, si opprimés , si méprisés, accusés de tant d'ignoraoce, conservaient en dépôt, au nom de leurs ancêtres, les principes de Téquité la plus rigoureuse, le germe des institutions les plus dignes d'un pays lihre ; tandis que chez les nations placées sous l'empire du christianisme dans toute sa puissance, on voyait la procédure secrète, le droit de la défense méconnu, la confrontation avec les témoins accusateurs refusée aux accusés, la prison , les cachots , la question ordinaire et extraordinaire , l'inquisition , et autres choses de ce genre*?
* Quand on cherche les raisons naturelles des yicissitudes éprouvées par les Juifs depuis leur dispersion , et
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De mâme que les petits-conseils des tribus et des TÎUes jugeaient les particuliers, de même le conseil général jugeait les sénateurs accusés, les sacerdotes , les prophètes, les chefs militaires, les rois, les villes, et les tribus rebelles. Si, après la promulgation d'un décret régulièrement. volé, un sénateur s'opposait à son application , ou bien dans l'exercice de sa charge prononçait, avec <!onnaissance de cause, dans un sens contraire, il était mis en accusation : mais il ne perdait le droit de rentrer dans sa dignité qu'en perdant la vie. Pour les choses ordinaires, j'ai déjà dit que le président seul, après avoir subi une condamnation , n'occupait plus sa place : il restait simple, sénateur (82).
Lorsque Hérode, gouverneur militaire , eut reçu l'ordre de comparaître, pour se justifier d'avoir fait mourir, sans aucun respect des formes légales ^ quelques hommes de la Galilée , il se présenta revêtu d'hahils magnifiques et ceint de ses armes : des soldats étrangers occupaient
après avoir fait la plus large part à leur ignorance , leurs superstitions et tout ce qu^on leur a reproché, on est forcé de reconnaître qu^un obstacle inviiiciblé et presque matériel arrêtait le\ir fusion parmi les peuples. Ils étaient dominés par des doctrines qui, sur une foule de points, formaient la critique la plus sévère de la politique de ces temps là , et qui les portaient à plusieurs siècles en avant de ces nations elles-mêmes.
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la porte du palais et semblaienl préU à souteDÎr sa cause. L'épouvaote s'empara du .cœur des anciens ; mais Cbainmaï se lève et leur dit: « Que peDsez-vous d'un homme qui » ayant à se purger d une accufiation de meurtre, montre tant d'audaœ? IgDore-t-il qa*an accusé doit paraître avec modestie et humilité 'devant cette assemblée suprême? Nous laisserions -nous imposer par la pourpre qui le couvre et par les stipendiaires armés qni songent à Tarracher de nos mains et à nous égorger nous«-mémes » si nous prononçons contre loi la peine dont les lois le menacent ? Je suis loin de blâmer ses efforts pour défendre sa vie, qui Ini est plus chère que toute choset : c*est TOUS que j'attaque, et surtout le roi; si vous manquez à vos devoirs, craignez la colère du Bien Tout^Puissant , et que cet Hérode lui-même ne vous en punisse quelque jour (83).» Lesénat, ranimé par ces paroles, poursuivit le jugement; mais le lendemain , Hérode , protégé par le faible Hyrean , s'enfuit de Jérusalem , pour n'y rentrer ^u'en vainqueur.
Enfin lorsqu'une partie des habitans d'une ville se livrait a Tidolâti^ie ou se révoltait, sans qu'il fût possible aux magistrats de les apaiser, le sénat envoyait à diverses fois des députés, pour leur faire des remontrances. Les repoussaient-ils , on s'emparait de la ville et on établis-
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sait dans son sein des tribanaux pour punir les coupables. Si tons les habitans et les magistrats eux-mêmes prenaient part à la rébellion , on la jugeait et on prononçait contre elle une sentence de mort : les maisons étaient renversées , les terres partagées entre les villes voisines (64). R^dirai-je la déplorable lutte avec la tribu de Benjamin et l'afireux jugement contre lavillede Jabés, regardée comme complice , pour n'avoir pas envoyé un seul député à l'assemblée générale! C'est ici surtout qu'il faudrait recourir à la nature des temps ; qu'il faudrait rappeler les jugemens de la confédération amphictjonnique , qui s'était engagée par serment à ruiner de fond en comble les villes grecques rebelles. Mais une foule d'évènemens non moins terribles ont ensanglanté les époques les plus modernes. L'homme a toujours porté dans son cœur une grande disposition à la violence : le, développement complet de sa yraisqp pourra seul l'effacer.
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