‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 24 sur 67 · DE LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

DE LA CONQUÊTE

Dans Tétude de la société humaine , il faai distinguer avec soin Tétat de nature, Tordre naturel et la marche, naturelle des choses. L'état de nature est le point de départ, la période où les facultés de Thomme reçoivent leur impulsion.

L'ordre naturel est le terme de cette impulsion , la situation dans laquelle chaque homme retirera le plus grand avantage possible de lui-môme et de tous les êtres environnans. Enfin la marche naturelle des choses est la série des circonstances qui conduit l'humanité de Tétat de nature a Tordre naturel , et qui la force à faire Tépreuve de chaque chose , en détail , et de toutes les combinaisons possibles des choses qui sont à sa portée.

Dans Tétat de nature, Timpnlsion physique

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domine; dans la marche progressive, le combat est engagé entre l'impulsion physique et la raison *; dans l'ordre naturel, laraisonauratriomp'hé.J^lors l'homme saura ce qui lui couTient, il aura à sa disposition tout ce qui lui convient, et il en jouira avec délices. Science, puissance, joaissance , seront l'expression rigoureuse de sa manière d'exister.

L'erreur de Rousseau consiste à avoir mis en opposition Tétat de nature et l'état de société. La société a commencé avec l'humanité ellemême , et sous ce rapport , on ne lira pas sans intérêt ce qu'en pensait Maimonide vers la fin du douzième siècle, lorsque les premiers croisés allant conquérir la terre-sainte , s'y préparaient par un épouvantable cametge des Juifs **. « J'ai

* Je n'oppose pas la raison k la force , parce que ces deux choses sont de nature à se trouver en harmonie : s*iL est vrai que Ibrce ne fait ni raison ni droit, il est vrai aussi que la raison et le droit font la force. Partout où existe une force injuste , on peut affirmer la possibilité d'en élever k sa place une autre équitable et plus grande. La diiOTérence qui existe entre elles est que la première s'affaiblit par le temps et par Tusage, et que la seconde s'accroît.

** A peine les croisés se furent armés pour aller en Palestine, qu'ils firent main-basse sur les Juifii, dans l'espoir de gagner par là des indulgences. « Lorsque nous allons si loin combattre les infidèles, disaient-ils, oom-

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déjà dit que Thomme est de sa nature un animal sociable et politique; et c'est ce qui le distingue des autres animaux : il ne peut rien faire seul; sa puissance naît de la communauté. La -variété infinie qui règne dans son organisation (car on sait qu'il a été composé le dernier) entraîne une variété correspondante parmi les individus. Tous les animaux d'une même espèce se ressemblent, à quelque chose près , tandis an contraire qu'il existe des hommes si différens , qu'on les prendrait pour des êtres d'espèces étrangères l'une à l'autre; celui-ci jetterait son enfant dans les flammes sans frémir, celui-là s'évanouirait à voir tuer un vermisseau !.... Dès que le principe de la société est admis, on conçoit la nécessité des lois qui ont pour but de ramener à un état nor-

ment laisserions-nous vivre ceux qui ont ^^ JHeu! » Le carnage fut proportionné à leur fanatisme et à leur férocité ; des flots de sang coulèrent dans toute l'Europe ; les bords du Rhin surtout furent le théâtre des cruautés les plus inouïes ; à Trêves , les Juifs ne trouvèrent d'autres ^«ssources que de se précipiter eux-mêmes dans le fleuve -, les mères , dit-on , égorgèrent de leurs propres mains leurs enfans , afin de les soustraire à la dent de ces loups fUrieux. ( Voyez tous les historiens de Fépoque). Le sou- • venir de la Saint-Barthélemi fait encore frémir toutes les âmes; mais peut^elle soutenir le parallèle auprès des Saint-Barthélemi sans nombre qu'ont subies les Hébreux?

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mal tout ce qui offre de l'excès ou du défaut ;..... c'est pourquoi les mois junte et justice équivalent souvent à ceux*ci, être en proportion, en équilibre (1). »

Mais rétat social qui pesait sur Rousseau lui avait paru avec raison des plus vicieux ; la granddeur et la simplicité réelles ou exagérées des temps antiques avaient touché son ame. Au lieu de se jeter dans l'avenir, qui doit nous rendre cette simplicité épurée , il reporta sa pensée vers ces temps la, et plus en arrière encore. Pourtant quel homme a jamais imprimé aux esprits une tendance si vive vers un ordre de choses nou-

veau !

Plus les peuples se rapprochent de l'état de nature, plus ils sont disposés à s'attaquer, à changer de lieux , à se détruire; plus ils se trouvent sous le domaine des lois purement physiques. Ils se heurtent comme des corps inertes mis en mouvement ; le faible cède la place au fort, u Dans les premiers temps, dit Thucydide, les plus forts dépossédaient les plus faibles. On ne se souciait point d'amasser des richesses, de peur d'exciter l'ambition de ses voisins ; on ne cultivait des terres que ce qu'il en fallait pour vivre, et dans l'opinion qu'on pouvait subsister partout, on passait d'un lieu à un autre fort aisément (2).to Les choses depuis ont bien changé, du moins en

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Aéorie, et la plus belle conquête qui honore le siècle où nous vivons est la généralisation de ce principe , que , loin de gagner i l'infortune les uns des autres, tous les peuples, tous les hommes sont solidaires pour le bonheur.'

Moïse, qu'il faut considérer ici plutôt comme capitaine que comme législateur , fut donc entraîné à conquérir par la nature des circonstances. Pourquoi lui a-t-on particulièrement reproché de s'être emparé d'un sol que d'autres peuplades possédaient, et d'avoir refusé de se mêler avec elles ? Le même principe s'applique à toutes les conquêtes : un homme qui se rend maître par la seule force des armes d'une portion d'un pays, est aussi peu fondé en droit que celui qui , dans l'intérêt pressant du peuple qu'il commande , s'empare d'une étendue de terrain déterminée , et réunit en un tout ee que les autres auraient acquis par morceaux sur une plus vaste surface^ Romulus , qui s'allia avec les habitans qu'il avait subjugués , a été opposé au législateur hébreu ; mais que leur position est différente !

* Les Moabites avaient dépossédé les Emins; les Ammonites, les Zujsims; ils avaient été chassés à leur tour du cêté des montagnes par le roi des Amorrhéena : les Pliilistins avaient entièrement détruit les Hauriens {Dewter on. II). Cela n'établit pas le droit pour Moïse; mais . cela prouve la coutume.

Moïse en Egypte était forcé de rester esdaTet ou de soumettre ce royaume » ou d'exécuter sa retraite. Il ne pouvait marcher vers le midi, correspondant au centre de l'Egypte » ni vers le couchant y coupé par les bras du Nil et qui aboutissait à la Lybie» ni vers le nord» borné par la Méditerranée : il suivit la route de Test, et il arriva dans une solitude qui le mettait a l'abri d'une guerre subite , et où nous l'avons entendu proclamer ses premières lois»

Mais pouvait*il s'établir définitivement dans cette partie de l'Arabie, qui n'offrait aucune des conditions qu'exige un peuple stable ? Non , sans doute. Aussi I durant les quarante années qu'ils l'habitèreuty les Hébreux vécurent-ils en nomades , soumis aux privations les plus dures ; et ne f allutril rien moins que l'énergie du législateur et le tableau sans cesse o^ert à leurs yeux de l'heureux avenir réservé à leur postérité pour les y arrêter si long-temps.

Leur chef songea donc à les établir sur un sol favorable, dans le pays de Canaan. Les montagnes et la mer qui Tenvironnent de toute part , rendaient sa défense facile contre toute invasion : il rapportait en abondance du blé, de l'huile, des fruits,, et toutes les choses utiles à la vie. Enfin ^ à ce so| même se rattachaient des idées susc^tibies d'exciter r leur enthousiasme : ils y

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troayeraient les ossemens de leurs ancêtres , de ces hommes éclairés par Le Gel , qpi avaient prédit queja terre cananéenne serait le partage de leur race future*

Après avoir eu connaissance du terrain nécessaire ; le législateur raisonna ainsi : Les Israélites se mêleront aux peuplades vaincues ; ou celles-ci prendront la fuite , car elles ont du terrain devant elles ; ou bien , si elles se refusent à fuir, nous les combattrons à outrance, nous les détruirons ou nous serons anéantis.

L^établissement au milieu des nations vaincues ne lui parut pas admissible. Les vainqueurs adoptent les idées , les mœurs de ceux avec lesquels ils se confondent : or les peuplades de Canaan s'abandonnaient à une aveugle idolâtrie qui les conduisait aux derniers excès de la dépravation , de la superstition , de la cruauté , jusqu'aux sacrifices humains, a Elles seront re jetées de cette terre ; car elles font pour plaire à leurs dieux , ce qui est en abomination au nôtre. Qu'elles n'habitent donc jamais parmi vous^ de peur qu'elles ne vous corrompent, qu'elles ne vons entraînent à servir leurs dieux ^ et bientôt à prendre leurs usages et leurs lois (3). n

D'ailleurs, en supposant que le terrain put suffire aux peuplades vaincues et à leursr vainqueurs , ellets conserveraient toujours le sentiment

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d'une haine et d'une vengeance naturelles : une occasion farorable les réunirait contre eux$ elles auraient jugé de leur nombre et en triompheraient d'autant plus aisément » qu'ils seraient dispersés, qu'ils auraient déposé leurs armes. « Si tous ne chassez point les habitans de cette contrée , ils seront comme des épines pour vos yeux, et des pointes à vos côtés ; ils vous serreront de près et finiront par vos détruire (4). »

Toutefois les docteurs pensent qu'il leur proposa la paix ; que par son ordre Josué inscrivit sur ses drapeaux : Fuir, capituler ou combattre a outrance. (Fugiat qui vult; infœduê veniat qui vuii; pugnet qui vult) (5). Les Cananéens , en e£fet , ne furent pas expulsés. Ils vécurent long-temps parmi les Hébreux, soit avec leur indépendance, soit comme tributaires , soit comme alliés ; et de là s'ensuivit la plupart des choses prévues par le législateur. Les Israélites prirent leurs filles pour femmes, marièrent leurs propres filles auxen&ns des Cananéens, firent ce qui déplaît à Jéhovah, oublièrent ce Dieu lui-même, servirentles idoles, plantèrent des bocages sacrés, et tombèrent bientôt dans la plus honteuse servitude (6).

Le texte ne me semble donc attribuer à Moïse que les deux propositions, fuir ou combattre; car son dessein de former un édifice neuf de toute pièce est si évident , que non seulement il

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cherche à déblayer le terraia , mais que nons le -voyons attendre au miliea des déserts aTec une incroyable résignation , le renouvellement entier des générations hébraïques,

La guerre étant résolue , Moïse et Josué * s'y présentent à armes égales. Ils ne cherchent pas à séduire les peuplades de la terre^promise par de belles paroles, pour les opprimer ensuite: elles connaissent d'avance leurs intentions ; elles attendent l'ennemi; leurs villes sont fortifiées (7); leur courage est éprouvé ; leur nombre l'emporte sur celui des Hébreux (6) qui conduisent des vieillards , des femmes» des enfaos, tous exposés aux représailles ; des troupeaux qui seront, avec toutes leurs richesses, le prix duvainqueur. Leur attaque n'est donc plus une irruption du fort contre le faible ; c'est un défi de guerrier à goerrier : la valeur , l'habileté seules , et la confiance des divers peuples en leurs dieux décideront da triomphe. Tremblez donc , peuples de Cam ! et vous , hommes vaitlans d'Amalecet de Moab ! Jehovah est l'Étemel des armées ! car VênUé à laquelle Israël sacrifie fait la force des masses

* Josué et Calebfurentlcs seuls boxâmes remarquables de Fancienne génération qui entrèrent dans la terre de Canaan : Moïse n^accomplit que les guerres contre les peuples situés en de<^a du Jourdain , et qui voulurent eux* mêmes tenter le solrt déft armes.

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combattftiite$ ,*coiDine la force des États , comme la force du Monde. « Les Cananéens furent dé«truits , dit Montesquieu , parce que c'étaient de petites monarchies qui ne se confédérèrent points et qui ne se défendirent pas en commun (9). »

Cependant une Ligue fut formée, mais trop tard. Les exemples de ces coalitions remontent très- haut; du temps même d'AbrçJiam on iroit quatre rois conquérans ligués contre les rois des cinq villes situées dans la plaine qui a été enyahie depuis par le lac Asphaltide. Josèphe attribue aux Amalécites le projet d'une confédération avec les peuples voisins , dès que les Hébreux parurent dans le désert: mais la promptitude de leur atta* que exclut cette idée. Ils fondirent sur les derriè*res de l'armée et mutilèrent tous les hommes qiri tombèrent en leur pouvoir. Ainsi Texpliquent les docteurs d'après ces paroles du Pentateuque : «N'oubliez pas la conduite d'Amalec quand vous fûtes sortis d'Egypte^ et effacez sa mémoire de dessous les cieux , vous savez comment il tomba sur nous, tandis que nous étions accablés de fatigue et de faim , et quel traitement il fit subir aux individus faibles qui étaient restés derrière (10). » Les rois de Madian et de Moab se liguèrent ensuite pour arrêter Moïse , mais sans succès. Enfin, lorsque Josué eut déjà soumis une partie de la terre promise, un roi de Hatsor dépêoha des en-

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▼oyés à tons les rois dos vilks du septentrion 9 du midi y de l'orient et de l'occident. La confédération réunit des forces considérables près des eaux de Mérom » des chevaux et des chariots en grand nombre : le chef hébreu n'attendit pas d'être attaqué, il chargea impétueusement l'ennemi, et obtint une victoire décisive (11).

Mais quoiqu'il assure aux Hébreux la possession de la Palestine , Moïse fut loin de leur iàs* pirer ce sentiment , que c'était à cause de leur supériorité naturelle sur les anciens habitans , qu'ils les remplaceraient. <i Ces peuplades seront re jetées en punition de leurs iniquités; car l'iniquité engendre la désunion et la faiblesse. Soyez donc «ttenti& à ne point commettre les mémcis crimes qu'elles; autrement la terre-promise vous vomi-* rait de son sein , comme, elle aura vomi ceux qui l'auront habitée avant vous (13). »

Les sept peuplades de Canaan qu'il faut metti*e en fuite ou combattre à outrance sont : les Hétiens, lesGuirgaséens, les Âmorrhéens, les Cananéens proprement dits, les Phéréséens, les Hévéens et les Jébuséens. Quelle était l'origine de ces nations? Torigine des Ammonites , des Madianites , dès Moabites , dont le pays s'étendait à l'orient du Jourdain et du lac Âsphaltide ; des Êdomites ou Iduméens , situés du midi de Canaan à la mer B.ouge » et auxquels le grand Newton

GONaUETE.

attribue d'avoir exercé une influence puissante sur les progrès des sciences et des arts? Quelle était l'origine des Philistins établis sur les bords de la Méditerranée *^ où ils possédaient cinq irilles principales, savoir : Gaza, Ascalon, Azot, Gath et Acaron? descendaient-ils de cespeuples pasteurs dont parle Manéthon , qui , après avoir tenu long-temps l'Egypte sous leur obéissance , en furent chassés et se répandirent dans la Syrie? descendaient-ils des tribus venues directement du fond de TArabie, ou du Caucase? Du moins est-il certain que , bien avant le temps d'Abraham, Canaan et la Phénicie étaient en partie peuplés ; que plusieurs de ces nations remontaient à des souches communes; et que diverses races d'hommes avaient passé dans ce pays , entre autres , la race des Anakims et des Rephaïms , remarquables par leur ardeur guerrière et leur taille démesurée. Dans la capitale des enfans d'Ammon, on conservait un lit de fer, long de neuf coudées (environ quinze pieds) sur quatre coudées de large; lequel avait dit-on appartenu à Hog, roi de Bazan, un des derniers rejetons de cette race gigantesque (13).

Ce n'est donc qu'aux sept peuplades, à Madian

. * ^Écriture dit qu'ils venaient de Chaphtor, qu'on a regardé comme étant Tile de Crète.

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et à Amalec que s'appliquent ces mots : « Vous ne traiterez aucune alliance avec elles ; vous ne leur ferez pas de grâce ; tout lieu où vous mettrez lepiedvQus appartiendra (14). » Envers toutes les autres nations ^ le législateur ramène au droit commun, à ce droit des gens, qui, dans toutes les démarches antérieures à l'emploi des armes , offre chez les Hébreux le plus haut degré de justice, qui, dans toutes les choses postérieures, est empreint du tsaractère général de barbarie de répoque, rendu plus repoussant encore, parce qu'il semble la froide conséquence d'un système arrêté. On croyait alors, et ce principe s'est conservé jusqu'à nos jours, puisque Jean*Jacques a senti la nécessité de le combattre (1^); que la victoire procurait la possession des personnes et des choses. On ne distinguait pas deux êtres dans l'ennemi, l'individu luttant pour un sujet quelconque, et l'homme proprement'dit : l'un expugnable , en tant que les armes qu'il agite peuvent nous atteindre; l'autre qui survit à la défaite de celui-là , et dont les droits sont inviolables *, A cela ajoutez l'insufEsance des moyens qu'on avait

* Ce principe de rinviolabiHté de Fespèce humaine a été récemment pris pour base d'un travail remarquable sur la peine de mort, par on jeune avocat du barreau de Paris, M. Lucas.

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pour réprimer les vaincus et pour se soustraire à leur vengeance ultérieure , et nous aurons l'origine de ces ordres sanguinaires qui faisaient écraser un ennemi abattu , comme on écrase sans remords un animal dangereux.

La faute qu'avaient commise les Cananéens de ne pas se coaliser dès l'arrivée des Hébreux, fut répétée par les Hébreux eux -mêmes. Moïse avait recommandé qu'aucune tribu ne s'établît dans la province qui lui serait réservée, avant que toutes les autres eussent acquis leur portion ; et l'on divisa le pays sans l'avoir soumis dans toute son étendue. Une tribu se dirigea vers l'occident, l'autre vers le midi, l'autre vers le septentrion; celle-ci fut victorieuse, celle-là éprouva des échecs ; les intérêts se heurtèrent ; des invasions partielles arrivèrent chaque jour; toutes les tribus en ressentirent les effets , et alors survint la pensée qu'une modification dans le gouvernement remédierait à ce mal. Samuel leur affirma qu'ils tombaient dad^ Terreur ; sa voix ne fut pas écoutée; des guerres civiles éclatèrent,. et le quatrième roi gâta les choses à tel point, que la république , qui devait trouver dans l'union toute sa force, se divisa en deux royaumes ennemis. C'est ainsi qu'un grand principe violé , soit dans la politique extérieure, soit dans la politique intérieure, ne pardonne pas les nations etfaitsentir

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ses conséquences à travers une longue suite de races; c'est ainsi que tout le bruit, toutes les guerres, toutes les complications qu'ofiî^e l'histoire peuvent souvent êt^e ramenés a un fait de la nature des axiomes. « Vous êtes au nombre de douze, avait dit Moïse aux tribus, combattez comme un seul homme. — Point du tout , répliquèrent-elles , chacune frappant à son gré et sans concert aura bien plus de force. » £t elles apprirent à grands frais toute la fausseté de ce calcul.

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