‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 45 sur 67 · UY&B TI. — CHAP. UI · texte numérisé non relu

UY&B TI. — CHAP. UI

des femmes et des enfaos , une partie de ses compagnons hésite à exécuter ce qu'il leur propose, de se tuer eux-mêmes. « Guerriers juifs, je le répète, souYenez^yous de vos sermens, demain TOUS serez au pouvoir du vainqueur; sachezmoo* rir ! » Un cri unanime accueille ces paroles. Us pressent pour la dernière fois leurs familles dans leurs bras; les frappent de leurs épées;tirent an sort dix hommes pour accomplir le sacrifice, et, la flamme à la main , s'offrent eux-mêmes en holocauste à la liberté (134).

O peuple malheureux ! après avoir fait la part des temps , des circonstances , de tes erreurs et de ton fanatisme , Thistoire redevenue impartiale ne rendra- t-elle pas justice à tes grandes actioos? ne se hâtera-t-elle pas surtout de constater cette vérité d'un ordre supérieur , que pour débrouiller le chaos dont tu étais environné, il fallait une époque où ces mots , peuplé ^ loi, indépen d m ne e nationale, égalité, liberté, eussent reconquis tonte leur importance? ^

Un arc de triomphe, qui dure encore, atteste le prix que les Romains attachèrent au succès d^une guerre soutenue pendant sept ans entiers , et qui absorba , dit-on , quatorze cent mille individus de tout sexe et de tout âge. Quant aux Juifs, ils consacrent une solennité annuelle à cette triste catastrophe* Au milieu de la cérémo-

ROIS ST CVBBBB8. 313

nie y un cri douloureux se fait entendre; lo voile du temple se déchire, Jérusalem n'existe plus!... Toutefois la nation , ne croyant pas son destin attaché à ses murailles, conserva long-temps le dessein de regagner par la force , ce que la force loi avait enlevé. Un édit de Trajan , qui les privait du droit de lire la loi dans leurs assemblées , fut la cause d*une insurrection en Egypte , qui nécessita l'envoi de Martius Turbo, avec des troupes considérables. Cet exemple devenait trop dangereux pour tons les. peuples qui n'étaient pas moins las des Romains que lès Juifs. Une seconde insurrection éclata dans la Mésopotamie; une troisième dans Tile de Chypre , contre laquelle Adrien marcha à la iéte d'une armée imposante. La victoire resta bientôt aux Romains. Adrien , parvenu an trône, signa un édit qui défendait aux Juifs de circoncire leurs en fans ; et pour éteindre toutes leurs espérances , il envoya une colonie bâtir, sur remplacement de Jérusalem , une ville qui prit en l'honneur de sa famillelenom é^OEUa CapitoUna^ et où il éleva des statues à tous ses dieux, entre autres, au bel Antinous! On lui répondit par un cri de guerre; c'est la dernière convulsion de la force publique armée des Hébreux ; car je ne compte pas diverses réactions partielles qui eurent lieu jusqu'à l'époqlie où les Juifs ; accablés par les circonstances , oht réa-

M4 LITHB TI. ^^ORAP. Ilf.

lise ces paroles de Moïse : « Après aToir fait fuir vos ennerDis par sept chemiDa, vousfuirex à votre tour; on renversera vos murailles; on vous dispersera chez toutes les nations; et, dans l'étonnément où tous serez de la masse de maus qui tomberont sur votre tète , vous resterez pendant des siècles sans énergie, sans courage et sans voix (135). »

Cette dernière guerre émut tout Tempire , et aurait pn avoir d'immenses résultats, si elle avait éclaté quelques années plus tard, lorsque la monarchie romaine était à la veille de sa dissolution. Une foule de juifs remplissaient encore la Jndée. Domitien les avait persécutés. Nerva son successeur leur fut au conti*aire très-favorable. Il leur laissa le libre exercice du culte', et les exempta des taies qu'on avait mises sur eux après avoir vendn leurs terres. Les académies jadis établies à Jérusalem se distribuèrent dans les villes plus ou moins éloignées de cette capitale ,Bitter , Lydna , Jafné , Césarée , Zippora en Galilée , Tybériade. Des professeurs y enseignaient la doctrine mosaïque, et s'efforçaient de soutenir l'esprit national. C'est alors que la partie delà loi comprise sons le nom de culte reçut , comme j'en ai déjà parlé , une nouvelle extension qui passait, non sans fondement, pouruD des moyens les plus propres à atta** cher les Hébreux au souvenir de leurs pères,

ROIS BT GVËRRISS. 815

delenreonstiiiition publique et de leur patrie. La réputation que plusieurs de ces docteurs acquirent > aTait rainetié en Judée un très-grand nombre d'émigrés.

Des bandes de partisans ne cessaient de se maintenir dans les montagnes, et défaire une guerre journalière aux Romains. Les édits de Trajan et Tinsurrection d'Egypte avaient accru lenr audace. A la nouvelle des succès de Martius Turbo il se retirèrent sans renoncer à faire leurs pi^éparatifs , et à porter en secret des ar^eset des munitions dans les lieux les mieux fortifiés ouïes plus susceptibles de Têtre. Enfin l'édit d'Adrien fut le signal. Soixante ans environ après la ruine de Jérusalem , Tan 182 de notre ère , le juif Goziba, un des chefs des partisans, se mit à la tète de Tinsurrectton , et changea son nom en celui de Barcokébas fih de V étoile y par allusion à l'étoile conquérlinte signalée dans le Pentateu*qne. «Déjà sa renommée s'étendftit au loin, disent les historiens des empereurs; les Juifs qu'on avait dispersés en tout lieu s'ébranlèrent ; des étran^ gers mêmes se joignirent à eux, et le feu de l'iiitsurrection allumé dans la Judée devenait un embrasement universel qui menaçait tout l'empire. »

Adrien n'avait d'abord attribué à ce mouvement aucune importence ; bientôt il envoya un renfort de troupes à Tinnius Rnfus , commandant de

, 316 LITBB TI« CHAP. lU.

cette province, qui fat complètement battu. Alori on jugea nécessaire de réunir les meilleures troupes et les mMlewrt eapiiaine» , et on fit venir du fond même de la Bretagne, Julius Severus regardé comme le plus grand homme de guerre de son temps (1B6). Le dessein des chefs insurgés était de livrer soudain une bataille décisive, afin de ne pas laisser refroidir l'ardeur de leurs troupes, et de compenser par le nombre et Timpétuosité, ce que les Romains avaient de supériorité dans la sc^ience militaire et dans tous les moyens i leur disposition. Severus,au contraire , pensa qu*une bataille décisive, si on la perdait, pourrait devenir un sujet de révolte pour beaucoup d'autres peuples , et qu'il fallait abattre la chaleur des insurgés en les fatigant. Il s'occupa donc à les séparer les uns des autres, à les attaquer par détachemens, aies harceler sans relâche.Tous les disciples des académies s'étaient joints à Barcokébas : le docteur Akiba , qui passe pour un très-savant homme parmi les Juifs , était son principal conseil. Dans toutes les forteresses, dans tous les bourgs qui offraient la moindre possibilité de défense, les Romains eurent un siège à faire* La guerre dura près de trois années , non moins terrible que la guerre de sept ans. Le dernier exploit des armées impériales fut la prise de Bitter; les assiégés s'y défendirent comme à

EOIS ST 6V<RBB8. 817

Jérusalem , et eurent à supporter toutes lès horreurs delafaim et de la soif; Barcokébas y trouva la mort. Akiba et ses (ils , prisonniers du vain» qneur , périrent dans les tortures. Les historiens romains portent à 580,000 ie nombre des juifs tombés dans cette guerre, les armes à la main , sans compter ceux que détruisirent la faim , le feu 9 les maladies. On peut juger de l'effroi qu'ils causèrent à Tempire par le bruit répandu contre eiix , suivant Fumage du parti le moins rassuré , qu'ils mangeaient les prisonniers et qu'ils les écorchaient tout vivans. La perte des Romains fut aussi très-considérable. Bîon Cassius indique le souvenir qu'elle laissa, en supposant. qu'Adrien , qui n'était pas sorti de Rome , avait écrit au sénat une lettre dans laquelle cette formule aurait été omise : « Si vous et vos enfans vous vous portez bien, je vous en félicite; moi et les armées nous sommes en bon état, n

La grande dispersion des Juifs date de cette époque , après une existence de seize cents ans environ-, comme corps politique. Adrien fit ren- Tcrser tous les monumens qui parlaient encore à leurs souvenirs ; les pierres du temple servirent à bâtir un théâtre, et la statue de Jupiter Capitolin s'éleva à la place même où les pontifes d^Israêl prononçaient «vec une solennité respectueuse le nom sacré de Jéhovah. Il fut défendu sous peine

de mort à tout Hébreu d'eotrw dans Jérasalem. On se relâcha plus tard de cette rigueur , et» une fois Tannée seulement 9 on leur accorda, au poids de Tor, d'aller pleurer quelques jours sur les ruines de leur patrie*

A la forée d'activité succéda la force d'inertie qui n'a pas produit des effets moins étonnans. Comme guerrier^ armés , les Juifs étaient morts à leur poste sur la brèche et danslabataille. Com* me défenseurs des principes positifs de l'ordre généi'al , ils eurent i^n nouveau poste à garder où leur consigne fut d'attendre et de souffrir. Cette seconde partie de leur tâche est terminée. La troisième commence, moins douloureuse et plus belle; ils la partagent avec Thumanité tout entière; c'est l'eiplosion de leur force intellectuelle et morale trop long-temps oomprimée, dans l'intérêt des lois , des peuples et de la vérité.

Page 1