CHAPITRE PREMIER
Rousseau s'est écrié : « O sexe que Hiomme opprime on qu'il adore, et qu'il ne peut pourtant rendre heureux ni Tétre qu'en le rendant égal à lui ! » Mais cette égalité est-elle absolue? Faudra-t-il en faire des hommes, comme Lycurgne et Platon dans leur république ? Non sans doute. L'égalité pour elles, comme pour les citoyens entre eux, consiste à ce qu'elles puissent, aussi bien que l'autre sexe , déyelop{>er avec régularité toutes les facultés inhérentes à leur propre nature. Malheur au peuple qui se priverait de ces facultés précieuses , et chez lequel le cœur de la femme, éprouvant sans cesse un mal- aise indéterminé, lui inspirerait, comme par instinct, la pensée que les relations de tout ce qui l'entoure avec elle-miéme reposent sur de fausses bases!
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D après la Genèse , la femme est envers Tbamme un aide semblable à lui} ils forment denx parties distinctes d'un seul être ^. C'est pour cet être même qu'ils sont faits l'un et l'antre » et non pas seulement la femme pour Thomme : leur destinée est de courir ensemble à la recherche du bonheur. Il faut donc qu'un principe commun préside aux dispositions qui les concernent; que la loi travaille avec un même zèle à l'accomplissement de leurs besoins.
Mais pour la formation de cet être unique et fictif, quels rapports ne doivent pas exister entre les deux parties composantes? Et c'est ici que git La difficulté. Les différences qu'offi'ent, soit an physique soJA au morat , les individus de l'espèce humaine» sont nombreuses, sont profondes! A quels signes exacts reconnaitra^t-on les conve* aancee indispensables ? £t s'il arrive que , loin. d'avoir pour but de diminuer les chances d'une man/vaise uaion, la lai, les mœurs, les préjugés les accroissent , qu'en résultera-t-il? un joug souveot insupportable, à la plaça dulien qui devrait donner le pkis grand charme a la vie,
* Quand BdLoïse dit : « Tu accompliras, tes festins de réjouissance, toi , ton fils, ta fille , ton serviteur, ta servante, la veuve , etc.. », il fait allusion à cela. Cie n'est pas par oubli des femmes , comme on Ta avancé : ne signale-l-îl pas la fille , la servante , la veuve ?
»EX]ffi8. ttS
De foute part oait doac la nécessité penr la femme, comme pour l'homme, de chercher TinstroiCtioD, d'akner la civilisation , dont les progrès apprennent à discerner l'es choses utiles , des choses nuisibles. Par elles leur physique et leur moral seront perfectionnés ; ils reconnaît tront mieux leur valeur réciproque , et sll existe toujours «atre les individus des dissemblances difficiles à saisir an premier aspect , elles seront renfermées dans des bornes assez étroites pour ne plus les exposer à des chances trop malheureuses.
Les jeunes filles étaient instruites de la loi , et élevées pour les soins domestiques : en cela consistait toute Tédiication du temps qui correspondait à G^lle des hommes* 11 est vrai que lorsque rétude des lois devint plus compliquée , les doclettr$ r'ecommandèrent dé ne pas diriger Tesprit des femmes de ee côté , par la raison que leur nature les pot*te, disent-ils, ou bien à traiter trop légèrement tout ce qui tient à des doctrines ou à les pousser jusqu'à la dernière exagération (2). Dans l'origine elles ne craignaient pas , rickes ou pauvres , d'assister aux moissons , de conduire les ti'oupeaux , de puiser une eau bienfaisante pour le TOyageur. «le suis nohe, mais je suis belle , dit la fiancée du Cantique des cantiques, ce sont les regards du soleil qui m'ont
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touchée* » Il ne faut dooc pas , à l'exeiaple de quelques conuneDtateurs « coDclure du root alma^ qui signifie oachéss en même temps qaejewmefiUe, qu'on les cachait à tous les yeux avant le mariage; le contraire se démontre a chaque pas ; leur goût pour la parure en est surtout une preuve frappante. La jeune Rébecca reçoit avec )oie auprès du puits où se réunissaient ses compagnes, la ba* gue et les bracelets d*or que lui remit le serviteur d^Abraham; sous Saiil elles aimaient à porter des tuniques de pourpre relevées par des ornemens d'or; enfin Isaïe fait entendre des plaintes amères au sujet des filles de Jérusalem qui marchent avec bruit, le sein découvert, et tournant fièrement les yeux de tous côtés , qui se complaisent devant leurs miroirs , se frisent, se parfument et se couvrent d'ornemens futiles (8)«
Mais il existait deux états différons pour les filles juives comme pour les filles romaines. Dans le premier elles recevaient le npm deaUtna^ parce que leurs charmes étaient encore cachés ; dans le second elles devenaient bétaula 9 c'est-à-dire vierge nubile ; les unes et les autres partageaient le nom générique de noor», qui est le féminin de naar^ jeune garçon, jeune homme.
Dans une civilisation commençante , l'âge et les signes physiques pouvaient servir de base à cette distinction. Une civilisation avancée exige
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d'autres déTeloppeuèns, le terme d*nne édncatioD qui apprenne aux femmes leur véritable destinée ; qui leur apprenne qu'elles n'ont pas seulement pour tâche de fournir des enfans au pays et de porter l'ordre dans le gouvernement intérieur de la famille, mais de suivre à leur manière les progrès de rintelligencc et de les seconder de tout leur pouvoir*
Soit qu'ils retracent le bonheur ouïes désastreis d'Israël, les prophètes ne manquent jamais de placer dans le tableau la figure des jeunes vierges, riantes ou baignées de larmes ^; elles forment comme la jeunesse de l'autre sexe , un véritable corps de l'État , dont les intérêts et les droits doivent être continuellement pesés dans la balance publique. Leur nom même est pris souvent pour celui de la patrie entière : La vierge de Sion soupire , signifie que Jérusalem est
* Chose étrange! chez le peuple où la galanterie a long-temps dominé en souveraine , les expressions destinées à rappeler ce qu'il y a au monde de plus intéressant et de plus pur ont toutes été flétries; et nous sommes au dépourvu pour signaler d'un mot l'être virginal que Ton ne se Uasse pas de comparer à une ieur! Le féminin d'un substantif usité est infâme; le titre dont une Jeanne d'Arc s'honorait , fait rougir ; vierge ne se dît pas ; fille a besoin d'une épithète; demoiselle est prétentieux ou BtT\\\t\'jeune personne peut s'appliquer indistinctement aux deux sexes.