LITRE VU. CHAP. IV
commun ; c'est pourquoi Ton disait qu*un bâtard instruit devait avoir le pas sur un pontife suprême ignorant (73). Le soin qu^ils mettaient à conserver leurs généalogies était exigé par les époques périodiques où chacun, devant ressaisir la propriété de sa famille , avait à présenter son titre. Cest une chose assez singulière queBossuet, parlant des abus qui , dans les derniers siècles de la république , avaient dénaturé la constitution primitive , s'exprime en ces termes : « A ces maux se joignit un bien plus grand mal, l'orgueil
et la présomption* Us se crurent d'une autre
espèce que les autres hommes , et ils les regardèrent avec un insupportable dédain. Être sorti d'Abraham, selon la chair, leur paraissait une distinction qui les mettait natui*ellement au-dessus de tous (74).» Mais que faisait Bossuet luimême ? n'employait-il pas toute son éloquence pour la conservation d'un état de choses , dans lequel être sorti, selon la chair, de quelques ancêtres recommandables inspirait toutes ces présomptions-là ?
Les descendans de Moïse, de Josué , de Samuel , se perdirent dans la foule , et ne pensèrent pas que la seule grandeur de leurs ancêtres leur donnât le droit de s'élever au-dessus de leurs frères. Le titre d'enfans d'Israël était le plus noble à leurs yeux. Dès lors', on ajoutait dans ïes ac-
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tes , au nom particulier d'un chacun , les noms de son père, de son aïeul , de sa ville, de son canton, de sa tribu ; on disait: Josué fils deNun ; Caleb fils de Jephuné ; Obed , fils de Booz fiU de Salînon , du bourg d*E*phral , en Belhléem, de Juda.
Montesquieif écrit en faveur des noms héréditaires quelques raisons qui n'ont rien de péremptoire: « Les noms qui donnent aux hommes l'idée d'une chose qui semble ne devoir pas périr sont très-propres à inspirer à chaque famille le désir de perpétuer sa durée. Il y a des peuples chez lesquels les noms distinguent les familles ; il y en a oii ils ne distinguent que les personnes , ce qui n*est pas si bien (75). »
Les docteurs hébreux ont écrit de longs commentaires sur les successions, sur la dot et sur toutes les autres parties du droit civil. Il ne m'appartenait pas d'entrer dans leurs discussions , mais de rapporter les traits caractéristiques et historiques de la législation fondamentale j et de faire voir , car c'est Tun des premiers objets de mon livre, comment toutes les questions s'enchaînent les unes aux autres ; comment un principe admis exerce son influence , soit qu'on le veuille, soit qu'on s'y refuse, sur un plus ou moins vaste rayon.
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