LIVRE V. — CHAP. U
cherche à déblayer le terrain , mais que nous le 'voyons attendre au milieu des déserts aTec une incroyable résignation , le renouvellement entier des générations hébraïques.
La guerre étant résolue, Moïse et Josué * s'y présentent à armes égales. Us ne cherchent pas à séduire les peuplades de la terre-promise par de belles paroles , pour les opprimer ensuite : elles connaissent d'avance leurs intentions; elles attendent Tennemi; leurs villes sont fortifiées (7); leur courage est éprouvé ; leur nombre l'emporte sur celui des Hébreux (8) qui conduisent des vieillards , des femmes, des enfans, tou» exposés aux représailles ; des troupeaux qui seront, avec toutes leurs richesses , le prix du vainqueur. Leur attaque n'est donc plus une irruption du fort contre le faible ; c'est un défi de guerrier à guerrier : la valeur , Thabileté seules , et la confiance des divers peuples en leurs dieux décideront du triomphe. Tremblez donc , peuples de Gam ! et vous , hommes vaillans d'Amalec et de Moab ! Jéhovah est l'Étemel des armées ! car Vuniié à laquelle Israël sacrifie fait la force des masses
* Josué et Caleb furent les seuls hommes remarquables de rancienne génération qui entrèrent dans la terre de Canaan : Moïse n^accomplit que les guerres contre les peuples situés en dera du Jourdain , et qui youlurent euxmêmes tenter le sort des armes.
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combattantes , comme la force des États , comme )a force du Monde. « Les Cananéens furent détruits ) dit Montesquieu , parce que c^étaienl de petites monarchies qui neseconfédérèrentpoint, et qui ne se défendirent pas en commun (9). »
Cependant une ligue fut formée, mais trop tard. Les exemples de ces coalitions remontent très- haut; du temps même d'Abraham on Toit quatre rois conquérans ligués contre les rois des cinq villes situées dans la plaine qui a été enTa» hie depuis par le lac Asphaltide. Josèphe attribue aux Amalécites le projet d'une confédération ayec les peuples voisins , dès que les Hébreux parurent dans le désert : mais la promptitude de leur atta-^ que exclut cette idée. Ils fondirent sur les derrières dé l'armée et mutilèrent tous les hommes qui tombèrent en leur pouvoir. Ainsi l'expliquent les docteurs d'après ces paroles du Pentateuque : «N'oubliez pas la conduite d'Amalec quand vous fûtes sortis d'Egypte^ et effacez sa mémoire de dessous les cieux , vous savez comment il tomba sur nous, tandis que nous étions accablés de fatigue et de faim , et quel traitement il fit subir aux individus faibles qui étaient restés derrière (10). » Les rois de Madian et de Moab se ligu^ent ensuite pour arrêter Mo'ise ,mais sans succès.Ënfin, lorsque Josué eut déjà soumis une partie de la terre promise , un roi de Hatsor dépêoha des en-
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▼oyés à tous les rois des TÎUes du septentrion , du midi , de l'orient et de l'occident. La confédération rénnit des forces considérables près des eaux de Mérom , des chevaux et des chariots en grand nombre : le chef hébreu h'attenditpas d'être attaqué, il chargea impétueusement Tennemi, et obtint une victoire décisive (11)«
Mais quoiqu'il assure aux Hébreux la posses- < sion de la Palestine » Moïse fut loin de leur inspirer ce sentiment , que c'était à cause de leur supériorité naturelle sur les anciens habitans » qu'ils les remplaceraient, a Ces peuplades seront rejetées en punition de leurs iniquités ; car l'iniquité engendre la désunion et la faiblesse. Soyez donc attentifs à ne point commettre les mêmes crimes qu'elles ; autrement la terre-promise vous vomirait de son sein , comme elle aura vomi ceux qui l'auront habitée avant vous (12). »
Les sept peuplades de Canaan qu'il faut mettra en fuite ou combattre à outrance sont : les Hétiens , les Guirgaséens , les Amorrhéens, les Cananéens proprement dits , les Phéréséens , les Hévéens et les Jébuséens. (Quelle était Torigine de 4:es nations ? l'origine des Ammonites , des Madianites , des Moabites , dont le pays s'étendait i l'orient du Jourdain et du lac Asphaltide ; des Édomites ou Iduméens, situés du midi de Canaan à la mer Rouge i et auxquels le grand Newton
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attribae d'avoir exercé une inflaence paissante sur les progrès dés sciences et des arts? Quelle était Torigine des^ Philistins établis sur les bords de la Méditerranée *, où ils possédaient cinq villes principales, savoir : Gaza, Ascalon, Azot, Gath et Acaron? descendaient-ils de cespeuples pasteurs dont parle Manéthon,qni, après avoir tenu long-temps l'Egypte sous leur obéissance , en furent chassés et se répandirent dans la Syrie? descendaient-ils des tribus venues directement du fond de l'Arabie, ou du Caucase? Du moins est-il certain que , bien avant le temps d*Abraham, Canaan et la Phénicie étaient en partie peuplés ; que plusieurs de ces nations re« montaient à des souches communes ; et que diverses races d'hommes avaient passé dans ce pays , entre autres , la race des Anakinis et des Rephaïms , remarquables pac leur ardeur guerrière et leur taille démesurée. Dans la capitale des enfans d'Ammon, on conservait un lit de fer, long de neuf coudées (environ quinze pieds) sur quatre coudées de large; lequel avait dit-on ap- ^partenu a Hog, roi de Bazan, un des derniers rejetons de cette race gigantesque (13),
Ce n'est donc qu'aux sept peuplades , à Madian
* L'Écriture dit qu'ils venaient de Ghaphtor , qu'on a regardé comme étant Ttle de Crète.
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et à Amalec que s'appliquent ces mots : a Yom ne traiterez aucune alliance avec elles ; vous ne leur ferez pas de grâce; tout lieu où vous mettrez le pied vous appartiendra (14). » Envers toutes les autres nations, le législateur ramène au droit commun, i ce droit des gens, qui, dans tontes les démarches antérieures à l'emploi des armes , offre chez les Hébreux le plus haut degré de justice, qui, dans toutes les choses postérieures, est empreint du caractère général de barbarie de réppque, rendu plus repoussant encore, parce qu'il semble la froide conséquence d'un système arrêté. On croyait alors , et ce principe s'est conservé jusqu'à nos jours, puisque Jean-Jacques a senti la nécessité de le combattre (1^); que la victoire procurait la possession des personnes et des choses. On ne distinguait pas deux êtres dans l'ennemi , l'individu luttant pour un sujet quelconque, et l'homme'proprement dit : l'un expugnable , en tant que les armes qu'il agite peuvent nous atteindre: l'autre qui survit à la défaite de celui-là, et dont les droits sont inviolables *. A cela ajoutez l'insuffisance des moyens qu'on avait
* Ce principe de rinviolabilité de Tespèce hamaine a été récemment pris pour base d'un travail remarquable sur la peine de mort, par on jeune avocat du barreau d& Paris, M. Lucas.
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pour réprimer les Yaîncns et pour se soustraire à leur vengeance ultérieure , et nous aurons l'origine de ces ordres sanguinaires qui faisaient écraser un ennemi abattu, comme on écrase sans remords un animal dangereux,
La faute qu'avaient commi&e les Cananéens de ne pas se coaliser dès l'arrivée des Hébreux , fut répétée par les Hébreux eux -mêmes. Moïse avait recommandé qu'aucune tribu ne s'établît dans la province qui lui serait réservée , avant que toutes les autres eussent acquis leur portion ; et l'on divisa le pays sans l'avoir soumis dans toute son étendue. Une tribu se dirigea vers l'occident, l'autre vers le midi > l'autre vers le septentrion; celle-ci fut victorieuse, celle-là éprouva des échecs ; les intérêts se heurtèrent ; des invasions partielles arrivèrent chaque jour; toutes les tribus en ressentirent les effets, et alors survint la pensée qu'une modification dans le gouvernement remédierait à ce mah Samuel leur affirma qu'ils tombaient dans Terreur; sa voix ne fut pas écoutée; des guerres civiles éclatèrent, et le quatrième roi gâta les choses à tel point, que la ré- ' publique, qui devait trouver dans l'union toute sa force, se divisa en deux royaumes ennemis. C'est ainsi qu'un grand principe violé , soit dans la politique extérieure, soit dans la politique intérieure, ne pardonne pas les nations etfaitsentir
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ses conséquences à travers une longue suite de races; c'est ainsi que tout le bruit, toutes les guerres, toutes les complications qu'offre l'histoire peuvent souvent être ramenés à un fait de la nature des axiomes. « Vous êtes au nombre de douze, avait dit Moïse aux tribus, combattez comme un seul homme. — Point du tout, répliquèrent-elles , chacune frappant à son gré et sans concert aura bien plus de force. » Et elles apprirent a grands frais toute la fausseté de ce calcul.
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