CHAPITRE IL
HATIONS ÉTRANGiaES.
LoBsarB les Hébreux , après avoir long-temps erré dans le désert , arrivèrent à la frontière du pays d'Édom , qui les séparait de Canaan , Moïse envoya des ambassadeurs au roi pour loi parler en ces termes : « Tu connais tout ce qui est arrivé à ton frère Israël; tu n'ignores pas que nos pères descendirent en Egypte , qu'ils y fixèrent leur séjour, que les Égyptiens ensuite les traitèrent avec la dernière rigueur , et qu'enfin Jéhovah nous a retirés de la servitude. Nous voici à Kadès, tur tes limites : je t'en prie, permets que nous traversions ton pays ; nous n'entrerons ni dans les vignes ni dans les cbamps ; nous ne boirons pas de l'eaù de vos puits , nous ne nous détournerons pas du chemin royal. — Je m'y refuse, répondit le roi Édomite; si vous avancez»
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je «ors en armes contre tous. — - Mais pourquoi cela? nous ne te dernfindons que le passage, et s'il arrive que nous ayons recours à vos puits, pour nous et pour nos troupeaux, la valeur du service voas sera payée exactement: » Le roi persista; alors Moïse fît un circuit et réclama la même faveur du roi de Moab qui n'accueillit pas mieux sa prière : on respecta ses motifs et on se détourna du côté des Amorrhéens. La même proposition leur fut encore portée : mais le roi , non content de refuser, s'avança en force conti*e les Israélites ; ils acceptèrent la bataille dans un lieu nommé Jahas, et la victoire leur resta (16).
C'est une chose remarquable , qu'en les éxct-» tant à faire une conquête Moïse ne développa point en eux l'esprit conquérant. Il aurait pu leur donner cette direction; et, d'après l'énergie de son caractère , les dispositions militaires qui se* ront exposées , et. les impressions profondes qu'il communiquait aux hommes , on doit croire que de grands résultats en ce genre auraient couronne ses efforts. Mais d'autres desseins occupaient sa pensée ; U tempéra , par l'image des plaisirs de la paix , l'ardeur que le besoin de la conquête allumait dans les âmes, et il prévint le sentiment d'orgueil qu'inspire la victoire , en leur répétant que la valeur les servirait moins encore que le respect de la j^ustice > que la protection de leur
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Diea , quo la force du principe qui avait présidé €r leur organisation.
Paisibles dans leurs demeures, livrés aux travaux qui feront leur richesse et]afélicitédeleurvie.,les fiébreuxne doivent pas entreprendre par ambition des guerres offensives; ils n'attaqueront les nations étrangères que lorsqu'ils seront directement ou indirectetnent menacés par elles. Toutes les dispositions de leur loi tendent à les retenir dans leur patrie ; toutes à réveiller en eux plutôt la crainte de perdre leur liberté, que le désir de porter atteinte a la liberté des autres. Telle est même , sans compter la nature des temps , une des principales causes de la violence qu'ils ont déployée dans leurs querelles. Pour des intérêts ordinaires, l'ame reste aisément dans les bornes raisonnables ; mais l'homme frappé dans sa propre existence , ne combine plusses moyens. La comparaison que l'Écriture fait de Juda à un lion , à qui Ton veut arracher ses petits et qui déchire sa proie dès qu'il Ta saisie , exprime très-bien le genre de fureur dont ce peuple donna trop souvent l'exemple, et la mobilité étonnante qui le porte soudain des plus tendres sentimens aux plus tembles imprécations.
« Nous nous étions assis au bord du fleuve de % Babylone, s'écriait-il dans ses anciens jours de » douleurs; et nous pleurions au souvenir de
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9 Sion. Nos harpes languissaient suspendues aux
» saules du rivage, lorsque ceux qui nous avaient
• amenés captife nous ont incités à les reprendre » et à chanter. Répétez-nous quelque chose des » Cantiques de Sion! — Ah! chanterions-nous » les cantiques de FÊternel sur la terre étrangè- » re ! Si je t'oublie, ô Jérusalem! que ma droite
• s'oublie elle-même! que ma langue reste atta- » chée à mon palais , si je ne fais à jamais de ton » souvenir le principal objet de ma joie! O Jé- » hovahi rappelle- toi ces cris des enfans d'É*- » dom, au jour de la ruine de Jérusalem : Dé- » couvrez-là, découvrez-là jusqu'en ses fonde- » mens! Et toi aussi, fille de Babylone, tu seras » ravagée ! Heureux celui qui te rendra le traite- » ment que tu nous as réservé ! heureux qui sai- » sira tes petits- enfans , et les froissera contre ta » pierre ! * »
Qu'on se garde toutefois, en lisant les pages sanglantes des annales hébraïques, de perdre de vue l'esprit dans lequel elles ont été écrites. Les chroniqueurs, qui étaient aussi les prophètes de la nation, indiquent souvent > en quelques mots, de longues années de paix et un enchaîne-
* Ce chant, compris daus le recueil des psaumes sous le n* 137 , est généralement attribué à Jérémie , et se ressent très-bien de sa manière.
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ment de victoires , tandis qu'ils s'appesantissent sur les catastrophes y qa'il les exagèrent, qu'ils les peignent sous les plus noires couleurs , afin d'avoir^ le droit de dire à leurs concitoyens : « Voilà où les violations de la loi vous ont conduits ; si vous ne vous amendez point, craignei des choses encore plus terribles. »
Mais le législateur, après avoir déterminé les limites de la teiTe dlsraêl, laisse une grande latitude aux mouvemens des Hébreux, etilprend en considération l'état géographique du pays. La guerre pourra les porter jusqu'à l'Ëuphrate; mais qu'ils n'aillent pas au-delà : l'Ëuphrate doit être pour eux ce qu'est le Rhin pour certaines nations européennes. Qu'ils ne cherchent pas non plus à tourner leurs armes vers l'Egypte ; ils ont les moyens de s'appuyer sur la mer , sur des montagnes i et sur un grand fleure (17).
L'esprit de prosélytisme n'est pas moins opposé à cette législation que l'esprit de conquête , avec lequel il a les plus intimes rapports, et cependant que de déclamations fondées sur l'opinion contraire! Voltaire^ si injuste envers eux , même quand il rapporte les faits les plus favorables, écrit sa propre condamnation: «Pourquoi Mahomet et ses successeurs, qui commencèrent leur sconquétes précisément comme les Juifs , firent-ils de si grandes choses et les Juifs de
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si petites? ne serait-ce point parce ()ae les rnulsuman^ eurent le plus grand soin de ioumeUre le$ va/mcu9 à leur religion f les Hébreux au contraire associèrent rarement les étrangers à leur culte... Le peuple hébreu craignait iurtout d'être (uservi, le peuple ai*abe au contraire voulut attirer tout à lui, et se crut fait pour dominer (18). »
On a cité l'exemple de prosélytisme barbare qu'offre la Genèse, mais il tient à des circonstances particulières et il porte avec lui son jugement : « Siméon et son frère Lévi ont été des instrumens de violence, s'écrie Jacob indigné, lorsque ses enfans, après avoir déterminé les Sichémites à recevoir la circoncision , les eurent fait tomber sous leurs coups. A Dieu ne plaise que mon ame ait eu part à leur conseil secret et que ma gloire dépende d'eux! Que leur colère soit maudite, car elle est grandie; que leur fureur soit maudite, elle a été inflexible (19). )>
On a cité aussi les princes Asmonéens qui forcèrent les nations vaincues à quitter le pays ou à embrasser le judaïsme ; mais il est facile de reconnaître qu'ils ne s'y résolurent que dans la nécessité de la défense , que dans des vues purement politiques. Ces nations voisines leur avaient causé beaucoup de mal ; ils crurent qu'en les soumettant à une loi qui rendait tous les citoyens égaux, ils se les attacheraient plus fortement. Ce n'est
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donc pas 9 comme Ta prétendu Voltaire , à cause de leur mépris pour les airtres Dations, que les Hébreux ne tenaient pas, ainsi que les Arabes, à leur imposer leurs propres coutumes ; ils respec* taient la liberté de tous , tant qu'on ne mettait pas en danger leur conservation personnelle.
Et voyez aussitôt la contradition ! car les préjugés historiques répandus au sujet de ce peuple, surtout la haine native qu'on lui a prêtée envers toutes les autres nations, me forcent à transformer le lecteur en véritable juge , et à lui exposer les faits dans un ordre démonstratif. A côté de l'espèce de répudiation de tous les étrangers , que . Voltaire leur attribue, placez ce qu'en dit Prideaux qui avait fait une étude spéciale de la matière : « Quoique les Juifs ne crussent pas que les hommes qui n'étaient pas israélites naturels , fus« sent obligés à observer toute la loi, ils ne refusaient personne ; ils recevaient au contraire • avec ^ phUëir tous ceux qui voulaient faire profe^ion de leur religion. On remarque même que dans les derniers temps ils se donnaient de grands mouvemens pour les y attirer. Dès que ces prosélytes étaient initiés , ils jouissaient des mêmes privilèges' et étaient admis aux mêmes rites et aux mémeir cérémonies que les Juifs naturels. Ce fut dp cettedernière façon qn'Hyrcan reçut les lÈdomites à la religion judaïque; ils n'ont plus fait dépuis
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qu'un même corps avec les Juifs , les deux nations se sont confondues (20). n
Toutefois dans le cours ordinaire des choses, après avoir triomphé de leurs ennemis , à part toujours les peuplades cananéennes , ils les obligeaient, à ce que les docteurs assurent, de jurer certains préceptes considérés comme loi naturelle, et appelés Noaohides^ en souvenir de Noé, à qui Ton dit que Dieu les dicta : la défense de rhomicide, des unions contre nature, du vol, des sacrifices aux idoles , de la mutilation d^un être vivant, du blasphème, et le devoir de rendre ré- ^lièrement la justice (21). Mais en admettant cela pour véritable, ces conditions, prix de leur victoire, et qui dans ces temps là pouvaient passer pour un grand progrès de la civilisation, auraientelles constitué le prosélytisme? N'est-ce pas ainsi queGélon fit promettre aux Carthaginois, des- ^ cendus de ces mêmes peuples auxquels les Hébreux devaient imposer les principes Noackides^ qu'ils n'immoleraient plus leurs enfans au pied des statues de leurs dieux (22)? N'est-ce |>as ainsi que dans le premier enthousiasme de la liberté que vit naître la fin du dernier siècle, la France» si l'on peut comparer une grande nation moderne à un petit peuple des siècles barbares, s'était proposée de dire à ses ennemis abattus : En récompense de nos travaux et de nos succès nous exigeons que vous soyez libres ?
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On Ta sans doute crier au paradoxe , et , grâce à la puissance des faits, je ne m'en épouvanterai point. La tolérance est le caractère essentiel du mosaïsme, dès qu'on lui laisse à lui*inéme sa liberté. Perdrai-je le Juif ou le Gentil, s'écrie l'Éternel dans le Talmud de Babylone, l'un et l'autre ne sont-ils pas l'ouvrage de mes mains (23)?
Qu'importe que les Hébreux se soient crus, à tort ou avec raison , supérieurs aux autres peuples sous le rapport de l'oi^anisation et de la philosophie sociales : c'était leur orgueil national; et quel État n'a pas le sien ! Mais s'ils se proclamaient les élus de Dieu , et s'ils prenaient le nom de peuple de Jéhavah, ou consacré àJéhovah, parce qu'ils étaient constitués d'après le principe et pour la conservation du principe que ce mot renferme, ils n'en concluaient point que le Dieu de l'univers eut tout disposé pour eux seuls, ni^ qu'il fût indispensable au bonheur d'un homme de compter parmi les enfans d'Israël.
Leurs livres disent qu'en faisant le soleil, les astres, et toute l'armée céleste, Dieu voulut que ses bienfaits fussent communs à tous les peuples de la terre, et qu'il traita alliance avec Noé , le père de tous les humains. Jamais le législateur ne pressa son beau-père , prêtre de Madian , de renoncer à ses dieux. LabonneNohémi, quittant le pays de Moab , dit à ses d«ux brus, Orpha et
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Rath : « Pourquoi viendriez-vons avec moi qui suis tant affligée ? ce sacrifice serait trop grand* Que Jéhovah tous rende tout le bien que tous avez fait à mes fils et à liioi-méme! allez, retout^nez à vos peuples et a -vos dieux ! (24). » Les am* bassadenrs de Jephté parlent avec respect de Kémos , dieu des en fan s d'Ammon. Michée va même jusqu'à prophétiser , de la manière la plus formelle , la plus positive ^ les temps de la tolérance générale : Un jour, tous les peuples cesse* font de combattre et prendront plaisir à la paix; ehacun marchera , en invoquant le nom de son dieu; Israël y toujours le nom de Jéhovah (25). Enfin , malgré Tobjection tirée des Samaritains , qui n'étaient pas originairement une secte , comme nous l'avons vu , mais une nation étrangère et ennemie; malgré la condamnation de Jésus, qui 9 aux yeux des Hébreux avait sapé le principe fondamental et immuable de la loi , dans des circonstances où cela augmentait les dangers de la patrie , on jugera , quand je parlerai des sectes hébraïques, s'il était possible de porter plus loin la liberté des consciences et de la pensée.
Ce point de doctrine est tellement irrévoca^ ble, qu'un écrivain,. qui a acquis une certains célébrité on matière d'intolérance , et qui sait distinguer les hommes pour et contre lui, le fait servir comme preuve de Timperfeetion du mosaïs-
me : preuve étrange, qui pourrait à elle seule, si d'autres pensées n'absorbaient les esprits, assurer un succès nouveau à cette constitution antique ! « Les Juifs , liés par leur loi , ne pensaient pas que les autres hommes fussent tenus de l'embrasser, dit M. l'abbé de La Mennais.... Les prosélytes, à moins qu*ils ne fussent pas auparavant livrés a l'idolâtrie, n'étaient pas des convertis, selon le sens que nous attachons à ce mot, mais des éti*angers que Ton consentait à incorporer dans la nation. Quelque idée qu'eussent les Juifs de leur prééminence sur les autres peuples, ils reconnaissaient que le vrai Dieu avait partout des adorateurs. Le Talmud, ajoute-t^il, reconnaît qu^il existe, dans toutes les nations de la terre, des hommes justes et pieux , et qu'ils auront part, aussi bien que les Israélites , au monde futur. Maimonide, Manassé-ben-Israêi enseignent la même doctrine. Ce que croyaient leurs pères , les
Juifs modernes le croient encore Leur crime
est de rejeter Jésus-Christ, de refuser d'obéir à ses lois, do persister dans leur rébellion contre la suprême autorité qui les proclame. Sous ce rapport, ils ressemblent singulièremeut aux déistes (26). » Quel crime en effet que de ressembler aux déistes ! et surtout quel motif concluant pour se récrier sans cesse sur la superstition originelle et incurable des Juif s !
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Mais afin de mieux faire ressortir la différence des doctrines et la cause prédominante des ^icissitades qu'a éprouvées ce peuple, depuis le temps où Constantin eut remplacé la force morale du christianisme par une force physique et coactîve, hâtons-nous d'observer que l'expression erreur des Juifs , s'ils sont dans Terreur , eût été plus charitable ici que ce mot crime ^ qui justifie et provoque les supplices. Aussi M. de La Mennais s'écrie : <( Peuple autrefois , le peuple de Dieu , devenu , non pas le tributaire , le serviteur d'un autre peuple , mais ïezcla/foe du genre humain , qui , malgré son horreur pour toi , te méprise jusqu'à te laisser vivre ! (27) »
Que prouve pour l'histoire cette apostrophe ? Trois choses principales : qu'avant l'ère nouvelle, la seule qui ait véritablement d étroit l'esclavage , les Hébreux ne pouvaient pas ressentir une haute dose d'amour pour des maîtres qui les avaient en horreur et qui ne les laissaient vivre que pwr mépris , que la plupart des reproches adressés aux Hébreux esclaves doivent retomber sur leurs maîtres; enfin, qu'ils ne sont pas dans la voie de la vérité , ces hommes , ces prêtres qui ont horreur de leurs semblables , et qui ne trouvent d'autrps raisons que le mépris , pour s'empêcher de tremper les mains dans le sang *.
* Mais rappelions aussitôt que liûstoire nous montre
HATIOHS isTEARGÈRES. i^
Enfin cette vérité si belle , si consolante , si peu connue , est proclamée en ces termes par
beaucoup de prêtres et de pontifes qui , pleins d^huma- Uité,. protégèrent de toutes leurs forces les Juifs contre des troupes fanaticpies excitées par des paroles dont la violence ne surpassait pas ce que je viens de citer. Un évéque qui se glorifie d'avoir toute sa vie combattu avec inflexibilité l'injustice , d'avoir servi de tous ses moyens la cause de la liberté politique , civile et religieuse , et qui a acquis des droits éternels , dans les deux Mondes , à la reconnaissance de ceux qu'on avait trop long^temps» opprimés, M. Grégoire parle du clergé et des papes en ces termes : « Si les Hébreux sont une race dégénérée , c*est l'ouvrage et le crime de nos ancêtres , dont les descendans seront complices > tant que les Juifê auront des droits politiques et civils à réclamer. Depuis Vespasien» leur histoire n'offre guère que des scènes de douleur. Fugitifs et proscrits dans les diverses contrées de l'univers oii ils se traînaient en mendiant des asiles , le» Juifs furent en proie à d'innombrables calamités , et leur existence fut une longue agonie , excepté sous la domination de» papes; c'est un témoignage que Basnage même, quoique protestant, est forcé de rendre.... Quand les Juifs étaient tourmentés par une politique rapace , par une populace effrénée, ils se réfugiaient toujours sous les ailes des pasteurs et surtout des pontifes romains.... On admire le courage dont s'arma saint Grégoire-le-Grand contre leurs oppresseurs. On lit avec transport une épttre d'Alexandire II aux évéques de Srance qui avaient condamné les yiolences exercées contre les Juifs. Ce monument honore à jamais la mémoire du pontife romain et des prélats français. Saint Hilaire d'Arles était tellement chéri des
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le sanbédrin de Paris : u Tout individu professant la religion de Moïse qui ne pratique point la justice et la charité envers tous les hommes reconnaissant la dirinité , indépendamment de leur croyance particulière, pèche liotoirement
contre sa loi Le Décalogue et les livres sacrés
qui renferment les commandemens de Dieu à cet égard , n'établissent aucune relation particulière, et n'indiquent ni qualité , ni condition, ni religion , auxquelles ils s'appliquent exclusivement , en sorte que tout Israélite qui les enfreint envers qui que ce soit est également criminel et répréhensible aux yeux de la Divinité. Celte , doctrine est depuis long-temps enseignée par les docteurs de la loi , qui ne cessent de prêcher famour du Créateur et de la créature ;•... et l'on trouve dans les prophètes des preuves multipliées qu'Israël n'est, en aucune manière, l'ennemi de eçux qui professent une autre religion que la ^ tienne (2S). n
Juifs , qu'à ses obsèques ils mêlèrent leurs larme» à celles des Chrétiens et chantèrent des prières hébraïques. Saint Bernard, qui avait prêché la croisade, écrivit partout contre, la fureur des croisés qui massacraient les Juifs. Tandis que V£urope les égorgeait au quatorzième siècle , Aviron devint leur sauvegarde, et Clément VI, leur consolateur et leur père , n'oublia rien pour désarmer les persécuteurs et adoucir le sort des persécutés « {Sist. des. seci. reUgieus. , tom. Il , p. B51).
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Ce n'est donc ni par le pouvoir des armes , ni par ce prosélytisme insensé qai rompt les liens de la nature , qui enlève les enfans à leurs pères , qui ouvre les cachots , ou allume les bûchers, que la loi dlsraél devait s'étendre au loin : Moïse compta sur un moyen plus puissant, l'intérêt même des peuples. Si les Hébreux exécutent ses lois , ils seront heureux et forts , en raison surtout du peu d'étendue de leur territoire. Alors les nations étonnées chercheront à connaître les causes de cette force peu ordinaire, et à obtenir de pareils résultats. « Conservez les principes , les statuts et les lois que je vous prescris, et exécutez-les ; ils seront la preuve de votre sagesse et de Yotre intelligence aux yeux des nations^ qui, en les entendant, diront certainement : Ce peuple est intelligent et sage , cette nation est grande ; car quelle est la nation , si grande qu'elle soit , qui ait des statuts et des lois justes comme toute la loi que je vous propose aujourd'hui (29) Terre sois attentive ! ma doctrine se répandra comme une pluie bienfaisante; ma parole pénétrera dans les cœurs , comme une douce pluie pénètre l'herbe tendre , comme une grosse pluie pénètre la plante avancée (30). » Enfin , c'est en développant les propres paroles du législateur, que les prophètes se sont écriés: a Un temps viendra où la gloire de la maison de
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Jéhovah sera mieux affermie que toutes les montagnes. Les nations se diront entre elies : « Allons vers la demeure du Dieu de Jacob ; il nous instruira de ses voies » : car la loi sortira de Sion ; il donnera son jugement sur les peuples ; il en censurera plusieurs* Alors on les verra transformer en instrumens utiles le fer de leurs lances ,et de leurs épées ; ils n'auront plus besoin de combattre; chacun d'eux se reposera sous sa vigne ou son figuier sans craindre personne (31). »
Quelle est donc la domination universelle vers laquelle on a reproché aux Hébreux de tourner leurs espérances ? Est-ce une domination politique fondée sur la servitude des autres peuples ? L'ignorance et quelques locutions étrangères ont seules pu faire concevoir cette idée. Les Hébreux, je ne parle pas des insensé^ si communs chez toutes les nations, et. si abondans chez eux , les Hébreux , considérés dans le fond même de leur doctrine , paraissent plus conséquens ; ils espèrent que les peuples , éclairés un jour sur le droit , les reconnaîti*ont pour leurs aînés dans la connaissance des véritables bases delà loi, et pour des modèles de persévérance.
Ainsi nous arrivons au caractère qui distingue essentiellement la. philosophie hébraïque d'avec la philosophie chrétienne ; et l'inlerpré-
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prétation donnée aux prophètes juifs par les uns , avec l'interprétation de ces mêmes prophètes suivant les auti*es. Il a existé de puissantes monarchies; celles des Assyriens, des Perses, des Macédoniens, des Romains; elles se sont appuyées sur la force : un cinquième empire doit se former qui s'appuiera sur le droit et la loi. G'es^là, d'après la doctrine des Hébreux , la république iniel^ lectuette des prophètes; un royaume positif établi sur la terre et dont les avantages seront la paix générale, Tabondance générale, le développement général de Tintelligence et le bonheur. Mais dans la doctrine chrétienne, ce royaume, comme on sait, est devenu le royaume spirituel placé hors de la terre et où le rôle de Thumanité a fini. Selon les Hébreux, la loi sortira de Sion, parce que le germe écrit de la science législative est dans les livres de Moïse : la montagne de la maison de Jehovah sera un jour plus thermie que toutes les mon^ iagnes; parce que les peuples, après avoir mis long-temps en oubli ce principe supérieur, reviendront à lui, le consulteront, et trouveront dans ses volontés la plus énergique censure d'une foule de leurs coutumes. L'homme inspire qui déterminera l'existence de cette monarchie intellectuelle sera le sauveur, le libérateur, le Messie. Les temps où elle existera porteront le nom de temps du Messie. Les signes de sa venue manquent encore :