‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu (volume 3)Chapitre 25 sur 60 · JUGES · texte numérisé non relu

JUGES

Samgar^ le cinquième juge, remporta des avantages signalés sur les Philistins; mais à sa mort, un roi de Canaan triompha âes Israélites qui élevèrent à la judicatiire une femme d'une capacité et d'une Taillance peu communes, l'illustre A poétique Débora *. Assise à l'ombre d'un pafmier sur la montagne d'Éphraïm et entourée des anciens et des chefs des tribus, elle leur donnait les plus sages conseils. Bientôt elle les appela ton's aux armes; elle traça les dispositions militaire^**, combattit Siséra, chef de Tarmée ennemie, qui depuis vingt ans tyrannisait le pays, fut victorieuse et chanta sa victoire. Qu'il soit le fruit de ses propres inspirations, ou qu'on l'ait écrit on arrangé plus tard , son Cantique offre trop bien tous les caractères d'un poème, et il peint avec trop dé majesté les mœurs du temps , pour que je le passe sous silence.

* Le nom ^e débora signifie ahêiUê,

** Elle fit Tenir Barac fils d'Abinoam , et loi dit : u De par rÉtemel , rassemble une troupe armée en la montagne de Thabor, prends avec toi dix mille hommes des enfans de Nephtali et des cnfans de Zabulon ; Siséra , chef de Tarmée de Jabin , sera attiré vers le torrent de Kîson , avec ses chariots et sa maltitade , et ta le tailleras en pièces; — J'ÎKaÀ, répondit Barac, à condition que tu seras avef; nous. — Tu le veux, j'y consens , mais Thonneur de Taffaire ne rejaillira pas sur toi; il appartiendra à une femme. » Jug, IV, 6, 7.

184 UTRB TI«—- CHAP. I.

c Israël est Yengé ; le peuple s'est porté de » boD cœur au combat. Bénissez TÉternel ! Rois, 9 écoutez; Princes, soyez attentif! Je chanterai » Jéhovah , je psalmodierai en Thonneur du » Dieu d'Israël. O Tout- Puissant! quand tu sorn tis de Sébir, quand tu passas à traders le ter- » ritoire d'Édom , la terre fut ébranlée , les » cieux se fondirent en eaux, les montagnes s'é- » croulèrent, et le Sinaï trembla en ta présence.

» Aux jours deSamgar, fils de Hanath , et aux * jours de Jahel, les grandes routes n'étaient 9 plus battues et ceux qui les fréquentent pre- » naient des chemins détournés. Dans la crainte 9 de Tennemi, les villes privées de murailles 9 restaient sans habitabs , jusqu'à ce que je me 9 sois levée, moi Débora, moi-même, pour être 9 la mère d'Israël. A peine ce peuple avait-il M choisi des dieux nouveaux , que la guerre et la 9 servitude étaient à ses portes, qu'on ne voyait » plus ni bouclier, ni lance, parmi quarante 9 mille d'Israël.

» Mon cœur e^t aux législateurs du peuple qui 9 ont montré de la bonne volonté. Bénissez TÉ- 9 ternel. Vous qui montez sur des ânesses blan- 9 ches, qui vous asseyez sur le siège de la ju^ 9 dicature , et tous qui allez par les chemins , 9 parlez.

» La voix des archers ne résonne plus aux

» lieux 0Ù l'on pnise de t'ean. Qu'on s*^ entren tienne désormais * des justices de rÉternel, » qu'on s entretienne de sçs fustices dans les vil* » les sans murailles : le peuple de Dieu descen* » dra aui^ portes.

» Courage! G%ttrage»9ébora, courage! Chante » leCantiqi^ç}. lièTp4oi, Bara<Q fils d'Âbinoaîn, » et amène les prisonniers que tu as faits!

; j» NcHi^.aomi^^^. dev4nii$ les maîtres deoenx qui 1» avaient de la repomniiée^ rÉternel nous aéieii yésau^lessus i^as plus, forts. Épbraïm acom*» P mencé a lutter contre ' Amalec ; Benjamin est » celle des tribus qi|i a marché ensuite ; de Ma* » kir, sont. descendasleslégislatears;deZabuloni^ » ceux qui tiennent le stylet du scribe» Les prin- » çipaux d'Issacar étaient avec Débora et avec » Barac; Issacar lui-même a été envoyé dans la 3» vallée. Mais Buben n'a pas quitté les barres u des étables qù Ton entend les cris des trou» 9 peaux; il y a eu chez lui de grandes divisions » et de grandes hésitations de cœur* Galaad est » resté au*delà du Jourdain , Dan sur les navires , » Aser aux ports de mer et dans les anfractuosités » du rivage ; mais Zabulon a exposé son âme àla 9 mort, et Nepbtali s'est d^loyé sur les faau* 9 teurs des campagnes.

9 Les rois de Canaan ont livré bataille prés » des eaux de Méguiddo i leur avidité pour Tar*-

188 LIVRB ▼!• — CHAP. I.

» gent et le butin n'a pas été satisfaite. On a 9 combattu des cieux , les étoiles même ontcom- » battu contre Siséra, leur général : le torrent » de Eison a emporté leurs cadavres.' O torrent » de Kison ! ô torrent de Kidoumim ! mon âme % a, ioulé aux pieds la force : dans la rapidité de » leur fuite , la corne des pieds de lenrs t;hevaux » s*est brisée.

H Mandissat Méroc , A dit l'enTO^^é derÉtèrilelf » maudisse^ ses babitans qui ne nous ont pa)i m porté du secours. Bénie soit Jabel , femme dé » fiéber, par dessus toutes lés femmes qui se 9 tiennent dans les tentes. Siséra épuisé de fa- » tigue a demandé de Teau; elle lui a donné du » lait, elle lui a offert de la crème dans la cotipè » réservée aux personnes distinguées. Mai^bien- « tôt saisissant un clou de la main gauche et le n marteau des ouvriers de la droite, elle a frappé N Siséra à la tête pendant son sommeil, et elle » lui a ouvert la tempe. Il s'est courbé, il est » tombé à ses pieds; il a été étendu sans mouven ment et tout défiguré.

« La mère de Sisé|*a regardait par la fenêtre, » et s'écriait à travers les treillis : Pourquoi son » char tarde-t-il à venir? Pourquoi ses chariots n vont41s si lentement ? £t les plus sages de se^ N femmes lui faisaient cette réponse, qu'elle s'a- ». dressait aussi à elle même : C'est qu'ils ont

. . * jv6Eâ. 187

» trouvé du butin ; c'est qu'ils le partagent : une • jeupe fille, deux jeunes filles pour chacun ; des » vétemeds de couleur pour Siséra, des Téte- » mens de couleur , . brodés des deux côtés , et n des ornemens pour le cou!....

» Qu'ainsi périssent, ô Éternel, tes ennemis; » et que ceux qui t*aiment soient comme le soleil » qui se lève dans sa force (8). »

Or le pays fat en paix pendant quarante ans, Ensuite Qé4éon vainquit les. Madianites , les Âmalécitçs ,e t une troupe c(»)sidérabJe d'Arabes , qui depuis sept ans ravageaient la contrée. Dans l'excès de leur rjeconnaissance, ses concitoyens lui offrirent la couronne héréditaire. « I^i moi, ni mes fils, s'écria ce juge, ne devons dominer sur vous, que Jébovah, que la loi seule soit votre maître. (9). » Me^is un de ses fils plus ambitieux , Abimélec',jà>l%.téte. de quelques vagabonds soldée , entr&tin[t des intelligences avec les principaux de Sicbom , à qui il propos cette question : S'ils ne tirou.ve»*atent pas meilleur d'être gouvernés |>ar un $e«dbQ6ime quepiur soixante-dix? Bientôt jl s'empai^a de leur ville , il fit mourir tous ceux qui mettaîte^l obstacle à ses desseins, et il fut reconnu roi piirles Siebémites , a qui Jotham,un de ses propres frères échappé au massacre , réota du haut de la montagne de Guérisim lapologue suivant : -,

188 Liyas yi. — ghap* i.

« Un jour les arbres ayant résolu de se donner un roi, furent en toute diligence yers ToliTier et lai dirent : « Règne sur nous. » Mais Tolivier ré* pondit : « Loin de moi de renoncer à mon huile exquise, agréable aux dieux et aux hommes, pour la royauté. » Ils firent la même proposition au figuier, qui préféra produire son fruit doux et savoureux ; à la vigne qui mit au-dessus de tout l'avantage de fournir le jus divin qui réjouit le cœur de l'homme. Enfin ils s'adressèrent aubuisr ^ son épineux : « Viens et règne sur nous. — J'accepte, dit-il, mais puisque vous voulez que je sois votre roi , accourez et retirez-vous sous mon ombre : sinon que la flamme sorte du buisson épineux et dévore les cèdres du Liban (10). »

En effet , la discorde éclata bientôt entre les Sichémites et le roi ; on s'insurgea. Abimélec détruisit la ville, incendia le fort où s'étaient retirés ses adversaires. Mais ausiége de Tébès, une grosse pierre lancée par une femme, du haut d'une tour où il allait mettre le feu, le frappa à la tête et ne lui laissa que le temps de donner à son ecuyer l'ordre de le percer de son épée ; afin qu'on ne pût pas dire*, que c'était de la main d'une femme qu'il avait reçu la mort (11).

Les autres juges furent successivement : Tola , vers la fin du treizième siècle, époque à laquelle correspondent la fondation <te l'empire des Assy-

JOGES.

riens , par Ninns fils de Bel , rexpédition des Ar* gonantes dans la Colchide, et la guerre des sept chefs contre Thèbes, terminée par lears fils, les Épigones ; Jaïr , de la tribu de Manassé; Jephté, contemporain de la guerre de Troie qui finit en 1184, et qui, ayant donné lieu à une foule de petits États de se réunir , fit de la Grèce un ensemble politique vivant. Ce juge fut témoin des plus sanglantes discordes entre les enfans de Galaad et les hommes d'Ephraïm. Ceux-ci reprochèrent aux Galaadites d'avoir trarersé leur pays pour aller faire la guerre auroid*Ammon, sans leiv* demander ni leur participation , ni leur consen* tement. Ils perdirent labataille; et les vainqueurs, s'étant emparés des passages du Jourdain , forcèrent dans leur cruauté tous les fugitifs à répéter le mot chibolei * (un épi) ^ avec lequel ils distinguaient les Ëphraïmites qui np savaient pas le prononcer autrement que siboleif et soudain ieuf donnèrent la mort (12).

Le juge Ibsan , de Bethléem , fut père de trente fils et de trente filles. Le juge Elon était de la tribu de Zabnlon, et Abdon de la tribu d'Ephraïm,

* Ce mot 8Îgni6é plutôt le bruit que font les épis agités parle vent; c'est pourquoi le livre de Job s'en sert pour épi (xx.iy, 24), et les psaumes pour ruisseaux, à cause de leur murmure (ixix, 3, 16). D'autres Font traduit par ornement du cou. ^

199 UVBB VI. — ^HAP. I.

A samort, les Philistins soumirent le pays ; alors parut Samson , THercule des Hébreux | ver» le milieu du siècle douzième , auquel correspondent les conquêtes de la veuve de Ninus , Sémiramis. Il jugea vingt ans Israël. On connaît les singu* lieras actions qui lui sont attribuées : son désir de secouer le joug; le lion rugissant qu^il déchira comme un chevreau ; son énigme tirée des abeilles qui allèrent déposer leur miel dans la gueule de ce lion et qui firent succéder la douceur à la force; les trois cents renards qu'il attacha deux à deux par la queue, avec des flambeaux, pour mettre le feu aux moissons des Philistins; la fameuse mâchoire qui lui servit de ceste contre mille hommes; et les portes de la ville de Gaza qu il emporta sur la montagne. Il éprouva plus cruellement encore que le héros grec le pouvoir 4les femmes suf les cœurs les plus intrépides. L'esprit de Dieu , qui lui donnait tant d'énergie athlétique pour la délivrance du pays , ne l'empêchait pas de s'abandonner à des courtisanes. L'étrangère qu'il aima par dessus toutes les autres, surprit le secret de sa force , l'endormit sur ses genoux et le trahit. Mais sa mort fut aussi fatale que sa vie aux Philistins ; il s'ensevelit avec plusieurs milliers d'entre eux sous les ruines d'an de leurs cirques (18).

Héli succéda à Samson ,jîu , selon l'avis de dî-

jveBs. 191

Ters chronologistes , les trayaux de l'Hercule sacré ne furent qu'une épisode de l'époque où.

vécut ce magistrat. Cest en lui que le peuple réunit, contre le vœu de la constitution mosaï-^ que, la judicature et le pontificat suprême, qui furent de nouveau séparés sous Samuel. Mais l'histoire de ce dernier juge, et la révolution po* litique qui s'opéra alors , sont de trop grande importance pour n'y pas consacrer un chapitre particulier.

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