CHAPITRE II
POLYGAMIE S9 DIVOECB.
FiDÈLB^ aux Tues de leur maître , les Hébreax ont tendu sans cesse à restreindre la polygamie. Dans tous les pays de l'Europe où ils ont eu la faculté dy recourir, ils.se sont bornés à prendre une seconde épouse, lorsque la première restait stérile après dix ans de mariage. Les Juifs de TArabie, qui résistèrent long-temps aux armes de Mahomet, lui reprochaient, entre antres cho« ses , d*aiioîr épousé trop de femmes. « Dès les premiers temps de leur dispersion , les Israélites répandus dans TOccident, dit le Sanhédrin de Paris, pénétrés de la nécessité de mettre leurs usages en harmonie avec les lois civiles des États dans lesquels ils s'étaient établis , avaient généralement renoncé à la polygamie , qu'ils considèrent comme une simple faculté dépendant d'eux-mémts. Le synode convoqué à Womis el
POLYGAMIE BT DITOfiCE. 973
présidé par le rabbin Gnerson prononce anathème contre tout Israélite qui épouserait plus d'une femme (24).
Toutefois n*existe-t->3 pas, dans la nature même des choses ; quelques raisons qui purent déterminer le législateur à ne pas la défendre d*une manière absolue , comme il avait prohibé tant d'auti*es usages ?
Remarquez en effet que, si la polygamie est abolie en droit , elle se perpétue en réalité chez les peuples occidentaux , comme en Orient. Des adages populaires semblent même la consacrer. Pour faire un ménage heureux, il faut que rhomme ait déjà usé de la vie. Quelques docteurs ont dit, que depuis sa puberté jusqu*à l'extinction de ses forces, il fallait à l'homme deux femmes , Tune pour la volupté, l'autre pour la propagation.
Le déToloppement de Thomme est complet peu de jours après celui de la femme , et la femme se fane long-temps avant lui. Il semble quç chez l'homme le besoin physique est en général dominateur : ce que la femme demande surtout à l'autre sexe , c'est de l'adoration , c'est un véritable culte moral qu'on lui doit, à cause de la majesté de son rôle dans la conservation de l'espèce. Ce besoin de l'ame, qu'elle ne perd jamais, ouvre le champ à son imagination , et forme le principal
374 UYBB Tn.—- GHÂP. u«
secret de son existence. Qu^nn homme de trente ans , sain de corps et d'esprit, et une femme de ▼ingt soient unis , ils se suffiront probablement Ton à Tautre , toute lenr vie , quoique l'homme ait déjà fait en amour une dépense de sentimens et de force équiyalente au moins à celle de Ta* ▼enir.
Cette activité et cette durée plus grandes du physique d'un des deux sexes, deyaitétre bien autrement sensible dans les premiers temps que dans le nôtre, par la raison que l'exercice sontenu de l'intelligence ne formait pas chez l'homme une puissante diversion , et que l'état de la société n'entourait pas la femme de tant de causes excitantes. Le législateur fat donc obligé de choisir entre la polygamie restreinte , et d'autres abus.
De nos jours encore, avant que l'homme atteigne l'âge qui le met dans un rapport convenable avec la seule épouse qu'il puisse reconniutre, ses sens lui parlent , et pour répondre à cette voix, quelle femme obtient-il 7 Alors , malgré lui-même, il est entraîné à mutiler l'amour» non seulement en séparant ses plaisirs de l'espoir d'être père , mais en les séparant du bonheur de sa compagne. Cette absence de contre-poids à l'ardeur de ses sens déprave souvent ses idées ; et bientôt , confondant toute chose, il ne voit
rOLTGAinS ET DITdlM». 875
pins dans la femme , cet être son égal et libre comme lui , qu'une créatnre inférieure , destinée seulement à satisfaire ses désirs. Voilà Tesprit avec lequel il lui arrire de se présenter au mariage , comme au terme de ses belles années ; Toilà comment il prive des premiers élans du cœur son unique épouse , après ayoir refusé ce nom à ses premières amours, à l'objet que les Hébreux appelaient ia femme de la jeunette; en fiiTeur duquel le prophète s'écriait : « Malheur à toi 9 si tu es perfide à son égard (30) » ; et le talmudiste : « Que l'autel pleure sur cet homme. » On connaît la folle harangue de Métellus Numidicus au peuple romain : « S'il était possible de n'avoir point de femmes, nous nous délWrerions de ce mal ; comme la nature a établi que nous ne pouvons guère vivre heureux avec elles ni subsister sans elles , il faut avoir plus d'égards à notre conservation qu'à des satisfactions passagères (36). » Que l'on compare cesparoles à celles de l'Ëcclésiaste : « J'ai appliqué mon cœur à me rendre raison des choses.... Suis en conséquence mes avis : mange ton pain et bois gaîment ton vin ; fais tout ce que tes mains sont susceptibles de produire ; que tes vétemens soient blancs en tout temps ; que le parfum ne manque point sur ta tête ; et passe joyeusement ta vie avec la femme objet de tes amomrfl^, qui t'a été donnée
876 UTRE yn.— cotAT. u.
soos le soleil pour toas les jours de ta vanité ; car c'est là ta portion et ce qui te revient de ton irarail (97). »
Tous ces faits , qui sont d'une haute importance dans l'appréciation difficile des meilleurs rapports a établir entre lesdeux sexes, expliquent déjà pourquoi Moïse, après avoir porté des lois contre les atteintes au mariage et contre la prostitution y fut conduit, non pas à consacrer en principe la polygamie comme un bien^ mais a la tolérer. Les femmes , à ce qu'il paraît, étaient en assez grand nombre chez les Hébreux ; car dans les pays froids et tempérés oii les recensemens faits non seulement sur les naissances, mais snv les individus dans l'âge adulte , donneraient un égal nombre d'hommes et de femmes, on sent que si leur activité n'était pas modifiée par ces climats mêmes, il faudrait d'autres combinaisons. Montesquieu dit que dans certains climats de l'Asie où les garçons sontplus nombreux , il existe une loi qui permet à une femme de prendre plusieurs maris (38). A Rome ^ la même coutume fîit admise. Gaton prêta sa femme à Hortensius , sans regarder cela comme une action déshonnête.
Mais un principe tout différent les dirigeait; c'est que chez les Romains la femme passait pour la propriété de l'homme, qui pouvait dès lors dis« poser d'elle comme.de toute autre chose.
P0LT6AHIR BT DITORCB. 877
La stérilité, commune en Syrie, Fut encore pour Moïse une puissante raison de tolérer la polygamie qui permettait d^y obvier soudain. Enfin une autre raison moins directe naissait de la nature particulière du climat et de la gêne extrême que des maladies redoutables avaient forcé d'établir périodiquement entre les deux époux.
La plupart de ces motifs sont étrangers à la température de nos contrées et à notre civilisation. Ses questions à résoudre semblent donc devoir être posées de la manière suivante :
Faut-il que Thomme arrivé à Fâge de puberté épouse une femme à cet âge ? s'il faisait cela , n'aurait-on pas à craindre qu*avant le terme clei son existence pour l'espèce l'équilibre ne se rompît , de sorte qa\\ éprouvât, presque malgré lui, des désirs qui le porteraient vers d'èmtres objets? Si l'on admet entre l'époux et l^pouse une Tnégalité d'âge qui leur ouvre une égale carrière , sera-t-il utile au détetoppement desSotcultés de l'homme , et sera-t-il possible que depuis l'heure de sa puberté complète jusqu^à celle du mariage, il se soumette a une contrainte morahe absolue ? Si la contrainte est utile et possible , pourquoi une prostitution légale, dont le plus grand désa- Tantage ne consiste pas dans les atteintes à la santé publique, mais dans la dégradation avouée de l'être auquel nous devons le plus d't^onneur
878 UTBB TH.— GBAP. lU
sur la terre ? Si la contrainte est impossible , pourquoi ne pas imaginer des combinaisons moins odieuses ? pourquoi ne pas envisager les choses sous un point de vue plus haut , et ne pas tracer un cercle dans lequel toutes les variétés individuelles qui sont f ormécfs par la nature elle-même puissent se mouvoir à l'aise ? pourquoi enfin ne pas anéantir ces oppositions choquantes entre la loi morale d'un pays, et sa loi positive, qui conduisent bientdt au mépris de l'une ou de l'autre et quelquefois de tontes deux ?
Je laisse aux hommes doués d'une expérience beaucoup plus sûre que la mienne, et aux fem- Sies dont le tact o'est pas moins puissant que toute notre raison , de déterminer ce qui existe de fondé ou d'imaginaire dans tout cela. La seule chose que je regarde comme certaine , c'est que , malgré le juste orgueil que doivent nous inspirer les progrès de notre civilisation, nous avons encore , sur une foule de points , le pied dans la barbarie.
Les obstacles opposés par la loi hébraïque à la polygamie n'étaient pas illusoires, dans ud pays où le mari dotait lui-même la femme, où la constitution publique ramenait perpétuellement les richesses vers l'équilibre. L'homme qui prenait une seconde épouse devait toujours à la première, lors même qu'elle aurait commencé par
POCYfiJUUS m BITOBOE. 379
être sa senranftp , tonte l'eiécution des trois obligaiîoiis principales du contrat, nourriture, entretien^ anUiié conjugale; sans quoi elle. sortait libre de chez lui (80).
Les mots épou$e et coneubineê sont souvent eq[iployés l'un pour l'autre dans les anciens livres. La nuance qu!ils indiquent est Texpression d*nn fait qui, quoique non admis par les lois moder-^ nés , se renouvelle dans les mœurs. Les Romains avaient deux degrés dans le mariage : le mariage par achat (per eoempiionem), en vertu duquel la femme (wfor) devenait comme la propriété dn mari qui prenait sur eHe toute la puissance du père, et le mariage par rapprochement (peru$Hm)y dans lequel cette femme appelée nwtrone res|ftit sons la puissance paternelle et conservait la propriété de ses biens.
Toute femme libre dlsraêl , en se mariant à un homme déjà lié à d*aujtres femmes, restait entièrement indépendante de celles qui l'avaient précédée. Et en cela , remarquez l'avantage de faire donner la dot par le mari. On avait du moins l'assurance f s'il adoptait plusieurs femmes, que c'était pour elles-mêmes et non pas pour accumuler plusieurs dots.
D'autres avantages résultaient de cet ordre de choses. Un homme ne pouvait épouser plus d'une femme que lorsqu'il avait uïie certaine richesse;
uyMB m. -^Ciup« II.
et| par le fait même de «on mariage, sa richesse se répartissait. Ën&i , il naissait de là plus de facilité à confondre les classes; et le nom de utesaUiance n'entrait pas dans la laugue du pays.
Quel moyen légal, en effet, une femme née dans les classes inférieures avec une sensibilité profonde et des dispositions remarquables a-t-elle de nos jours pour arriver au rang qui convient à sa nature? aucun. Nous nous sommes beaucoup occupés de nous-mêmes; nous avons marqué notre indignation que Thomme supérieur n'eût pas la facilité d'être porté rapidement du plus bas au plus haut de réchelle , et nous avons oublié que le même besoin existé, avec les modifications qui lui sont propres , dans Tautre sexe. Noos avons oublié que la jeune fille renferme en elle autre chose que la richesse ou la puissance attachées à son nom *, qu elle a une importance personnelle qui doit être comptée dans Tordre social ; ei^fin , non-seulement nous n avons ouvert aucune voie à son émulation légitime, mdis, prenant pour modèle le plus grand homme de l'époque qui, sorti des rangs intermédiaive^ , ne jugea pas la veilu d'une de ses concitoyennes digne de donner un successeur à son trâne , nous avons admis comme dernière combinaison morale que la richesse devait se marier a la puissance i la puissance à la richesse, et rien de plus.
TOhTGAïax VS BiyOBCI. 881
Lorsqu'un Hébreu faisait de son esclaTO sa con* cobine, elle changeait de position , mais elle conservait envers la première épouse une sorte d'in* fériorité qui disparaissait parmi les enfans. C'est de cette manière qu'en usent encore les Musulmans qui , dans les classes moyennes , ont bien moins recours à la polygamie qu'on ne le croit en général. L'épouse légitiioie a sous ses ordres les épouses de second rang qui l'entourent de respects et qui ont pour la maison du chef un attachement beaucoup plus étendu que de simples servantes.
Les préceptes de Mahomet sur ce point sont une imitation de Moïse , accommodée aux mœurs des Arabes, et ils dénotent un très-grand fonds de sensibilité et de justice relative dans l'ame du législateur musulman.
« Le désir d'épouser une femme , soit que vous le fassiez paraître , soit que vous le reciéliez dans Tos cœurs, ne vous rendra point coupables devant Dieu. Il sait que vous ne pouvez vous empêcher de songer aux femmes. Mais ne leur promettez pas en secret, à moins que l'honnêteté de vos paroles ne voile votre amour. Ce que vous leur donnerez doit répondre à vos facultés; le riche et le pauvre les doteront différemment; la justice et la bienfaisance doivent régler les dons. Si vous avez pu craindre d*étre injustes envers les T. II. 33
orphelins I craignes de 1*4 tre envers tos femmes : ehoisisseï celles qui TOUS auront piu; si vovs ne ponvei les maintenir avec équité, n'en prenes "qu^une, on bornez^vous à vos esolaves; cette eon* dnite sage vous facilitera les moyens d'être justes et de les mieux doter (40). »
L'exemple le plus ancien de bigamie est celui ^ Lémec. L'une de ses iemmes donna le four à •Jabal, père des pasteurs, et à Jubai ^ inventeur -àé plusieurs instrumens de musique^ l'autre à Tiibalcaïa, le premier forgeron. Abraham eut plusieurs épouses, parmi lesquelles Sara, Agar 'et Kélùra. La Genèse en donne trois a £saii, quatre à Jacob : c'est pourquoi quelques rabbins élèvent à quatre, comme les Mabométans, le nombre des femmes légitimes. Moïse et Aaron n'eurent qu'une seule épouse. La femme éthiopienne du premier indique* toujours la fille de Jétro , à eause du nom d'Élhiopie qui s'étendait au pays arabe. Anne et Phénena sont l'es noms de celles du père de Samuel. Ce lévite, de la tribu d'Éjphralm , né s'était associé la dernière qu'à cause de la stérilité de l'autre : son amour pour Anne ne cessait pas; dans les fêtes, il lui réservait la portion la plus honorable du sacrifice, et quand il la voyait occupée de son malbeiir et des traits piquans que Phénena lui avait lancés, il 4ui dbait: «Anne, pourquoi pleur es-tu? pourquoi
S0I.TAA1IIB ET DIYOAOB* 8S8
no manges^ ta pas? pourquoi cette pFofondeaQiction de ton cœur? Est-ce que l'amour que fai pour toi n'équivaut pas au bonheur d'avoir dix enfans?»
David eut un grand nombre d*épouses dont huit sont désignées par leur nom; mais il faut songer que c'était dans ce temps-là un moyen de donner à de jeunes filles une espèce d'état. En souvenir de ce prince , les rabbins ont porté lus* qu'à dix-huit les femmeis que le iH>i avait le droît d3 s'attacher. Quelle singulière manière de déve-^ lopper ce principe de Moïse , « Le roi ne s'enlou* rera pas de beaucoup de femmes. » Enfin Salomoa fut plus loin que son père et que tous ceux qni l'avaient précédé : il eut sept cents épouses et trois cents concubines. A la vérité ce grand homme nous assure» dans le livre de l'Ecclésiaste , qu'il avait le dessein 'd'expérimenter toute choses pour distinguer la raison, de la folie. Ce but est très-louabie , sans doute; mais il faut l'avouer, ô sage Salomon , vous poussâtes bien loin le goût des expériences !*
* « Salomon , 6 sage fortuné , » Roi philosophe et Platon coaronné... « » Mille beautés servaient à votre usage ! » Mille ! on le diL C'est beaucoup pour un sage. » Qu'on m'en donne une , et c'est assez pour moi , A Qui n'ai Fhonneur d^ètre sage ni roi. »
VOITAIBX.
UVAl yil. CBAP. II.
Je passe au divorce. D'après la loi , un homme qui prend sa femme en aversion, à cause de q^lr 9M0 cko9ê de hanteuofy lut remet Técrit de divorce qui s'exprime ainsi: « Ce jour, moi, nommé tel, de tel lien^ je te renvoie , et j'écris cet acte, afin que tu sois libre d'épouser l'homme qui te plaira.» Mais de graves discussions se sont élevées sur les mots quelque chose de h4>nte%up. Le législateur ne Tonlut-il pas désigner les vices physiques susceptibles d'inspirer du dégoût et de rendre la femme impropre à remplir sa destination. C'est ainsi qu'il est défendu à l'homme privé de sa puissance d'épouser une fille d'Israël, et que la jurisprudence permet à la femme de demander la séparation , lorsque le mari porte en lui quelque maladie susceptible de se propager, et dont elle n'avait pas eu connaissance à l'heure du mariage (41). Deux Écoles célèbres chez les Juifs leur donnèrent beaucoup plus d'extension; celle de Chammaï compta parmi les motifs de répudiation toutes les actions contraires à la pudeur; l'École de Hillel, tout ce qui peut déplaire au moral comme au physique.
Qu'en sera-t-il de la femme? la loi ne lui défend pas , d'une manière absolue , l'initiative dans la répudiation directe : elle garde un silence éloquent; car cette femme recevait sa dot du mari; elle pouvait emmener ses enfans qui ne perdaient en rien leurs droits à l'héritage^ elle pouvait alln-
POLYGAMIE ET BIYOBCB.
mer des haines terribles entre des rivaux ; enfin elle est douée d^une susceptibilité plus grande qui, sur le moindre ^ujet^ Taurait fait peDt*étre recourir à ce moyen. Nul doute que la conduite des maris romains ne fut très-reprochable, et que le désir de faire usage d'une liberté long^temps comprimée , n'occasionnât ce fâcheux entraînement; mais quarriva-t-ii lorsque » malgré la loi de Romulus , et la loi des douze Tables , les femmes furent autorisées à donner elles-mêmes la répudiation? « Bientôt aucune n'en rougit, dit Sénèque, bientôt elles ne comptèrent plus les années par le nombre des consulats, mais par le nombre dos maris ; elles se mariaient pour répudier, et elles répudiaient pour voler à de non- Telles noces (42).» Il n'en fut pas de même chez les femmes grecques auxquelles la loi accorda cette permission , que la sagesse des magistrats sut mieux limiter.
Mais si la loi hébraïque ne semble pas laisser à la femme la répudiation directe, elle lui permet de réclamer Tintervention des anciens pour Texécution de toutes les clauses du contrat. Après plusieurs remontrances , si l'époux persistait dans son injustice , il était censé ne l'aimer plus et la répudier de fait; elle sortait libre comme si la lettre de divorce avait été réjsUement donnée. C'est ce qui résulte avec ceiftitude de cq principe
SM Liras iru«*-*GHAP« ii.
déjà cité : « Quand on homme , après avoir épousé sa jeune servante , envers laquelle il s*est conduit selon le droit des filles , pr^d une autre femme ^ il ne doit négliger en rien la première, sans quoi, ^lle sort libre de sa maison , emportant sa dot*»
Deux cas particuliers faisaient perdre à l'époux tout droit de répudiation : lorsqu'il avait séduit sa femme avant de l'épouser; lorsque, après Ta* voir épousée , il l'avait accusée calomnieusement devant les juges (43). Ce scandale étant pour la femme un grand empêchement à trouver un autre époux, il ne pouvait s'en séparer de lui-même» Mais quelle confiance ne fallait-il pas avoir dans la puissance des mœurs et des magisti^ats , pour ne pas craindre les effets de son ressentiment contre elle?
Ce qui s'était passé à Rome , &illit se répéter en Judée. Salomé , sœur d'Hérode , jalouse d'imiter les dames romaines, expliqua à son profit le silence de la loi, et répudia Gostobare son époux, gouverneur de lldumée» Son exemple fut suivi par quelques autres femmes de distinction ; mais le mépris qu'inspira cette conduite arrêta les pro« grès du mal.
Il o'est pas besoin d'observer que lé divorce avait lieu dans le cas d'incompatibilité mutuelle, physique ou m orale. Peu importait de quelle part vînt la répudiation ; il suffisait qu'elle fât possible.
P0LT6AMIB ET DIYOIIOB* 887
Qaant an mode a suivre, les docteurs sont tous du même avis: ils exigent tant de formalités com* pliqnées et minutieuses, qu'avant d'avoir r^nia la lettre de divorce , si les raisons n'étaient pas très-puissantes, on revenait & de plus doux sentî-^ mens et on se réconciliait (44).
La femme répudiée emporte sa dot et tous les biens qu'elle avait au moment du mariage, on qui lui étaient advenus depuis. Le mari les avait assurés en ces termes dans le contrat : « Je prends sous ma garde et garantie tous les biens dotaux et non dotaux que mon épotise a apportés, et tous ceux qu'elle pourra acquérirxians la suite. Je donne hypothèque envers moi et m es successeurs et héritiers, sur tout ce que fe possède, et tout ce que )e posséderai, meubles ou immeubles, afin que mon épouse puisse rentrer dans la jouissance de ces bvens pendant ma vie , comme à ma mort. "^ m'obligeaut à ce qoe je viens de dire, je re« nonce aux avantages que la c on texture particu^ lière du contrat pourrait me fournir, et je m'en tiens à la force et à l'effet ordinaire des contrats de mariage usités parmi les Israélites , ^t confort mément à la tradition et aux préceptes de nor docteurs de pieuse mémoire (45). Les mêmes principes sont répétés dans le Coran.»
Lorsqu'une femme répudiée épouse un autre homme, elle ne peat plus revenir au premier, soit