PLAIT
cPheiireux élémens de cÎTilisation* Que d'evémens moderoes paraîtraient fabuleux à la pos^ térité / pour peu que le langage se prêtât aux formes vagues et hyperboliques ! Faut-il d'ailleurs s'arrêter à certains détails dont il est impossible d'expliquer la nature ou d'ai&rmer l'exactitude, et qui me forcent à dire avec Josèphe y après sa description du passage de la mer Rouge : Je laisse à chacun d^en penser ce quHl voudra? Considérons le but. Un peuple entier, femmes , enfans , vieillards, est mis enmouvement par une seule tête : la renommée des conquérans ne l'a pas séduit; il va devenir libre ;^ il va se soumettre à la domination des principes, à la souveraineté de la loi, à ce qu'il y a de plus saint parmi les hommes. Aussi le législateur avait-il le juste sentiment de la grandeur de cette conception , quand il s'écriait : « Informe - toi des temps passés \ d'une extrémité du monde à l'autre; tu verras que jusqu'à ce jour on n'a rien exécuté de semblable ^^. »►
PLAN DE l'ouvrage.
Mais ce n'est pas seulement la hardiesse dé ses entreprises qui fait son génie et qu'il faut chercher dans le Pentaleuque , ce sont ses insti-
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iutions mêmes. Par elles il a étendu sa puissance à travers les siècles : elles ont donné une physionomie spéciale au peuple hébreu ; et, chose étonnante! après avoir parcouru un circuit immense y la politique humaine , cédant à une force irrésistible, ré vient aux pensées de Moïse, sans leur faire subir de modifications que celles qui sont nécessaires pour les acconmioder aux mœurs du temps et pour appliquer au gé* néral, ce qu'il n'avait eu le pouvoir de prescrire qu'au particulier.
Hâtons-nous donc d'exposer les faits. Ils prou- Teront Terreur des philosophes cjui l'ont déficmcé conmie l'apôtre du despotisme : ils prou-^ veront que loin de fonder, ainsi qu'on ne cesse de le prétendre , une théocratie dans le sens que ce mot entraîne aujourd'hui * , sa loi repoussa le genre de théocratie qui régnait en Egypte , pcnir y substituer une démocratie tempérée , un gouvernement basé sur la supériorité naturelle de l'intelligence ; une véritable constitution d'Etat, comme la nomme- Bossuet**, librement acceptée par la nation soumise à son empire : enfin,
^ Le mot théocratie f composé de deux mots grecs qui signifient gouvernement de Z>i€ii 9. s'applique en général aujourd'hui à toilt gouTemeraent livré aux mains des prêtres et constitué dans leur intérêt personnel.
^^11 D*y eut jamais une plus belle constitution d'Etat que celle où vous verrez le peuple de Dieu. {Polit. Sacr., pag. 1 . )
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ils dévoileront toute la moralité des oblisay- J;ions constantes imposées parce prophète, soit aux citoyens entre eux, soit dans leurs rapport» avec les autres hommes.
Sans doute les préjugés à détruire sont nombreux , datent de loin et s'étayent pour la plupart de raisons spécieuses et d'autorités imposantes. Mais la vérité historique ne s'épouvante pas devant les préjugés. Voltaire surtout a formé contre Moïse et ses disciples une école des plus étendues : son génie, absorbé par quelques hautes pensées, pour le triomphe desquelles tous les moyens lui parurent convenables , ne découvrit jamais dans ce peuple que la base des abus contre lesquels sa haine pour l'hypocrisie et l'intolérance avait dirigé ses redoutables armes *^ Ses erreurs de fait et de raisonnement sont donc si graves, qu'elles ne comportent pas de réfutation sérieuse , et que les publicistes les. plus renommés de nos jours se sont vus forcés de déclarer « que les écrivains du dix-huitième siècle qui ont traité les livres saints des Hébreux avec un mépris mêlé de fureur, jugeaient l'antiquité
* On peut dire que la haute littérature a souvent en vue Tattaque et la défense des idées , comme l'art militaire Tattaque et la défense des pays; elle a par conséquent sa tactique, son genre de bravoure et ses capitaines, qu*il faut juger d*après le but qu^ils se proposent, les obstacles qu'ils rencontrent, et les moyens^ qu*ils ont en leur pouvoir.
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^OM manière misérablement superficielle ; quç les Jui£s aopt^ de toutes les nations^ celle dont ils ont le plus mal connu le génie j le caractère y les institutions religieuses; etcjue, pour s'égayer avec Voltaire aux dépens d'Ezéchiel ou de la Genèse , il faut réunir deux choses qui rendent cette gaîté assez triste , la plus profonde ignorance, et la frivolité It plus déplorable *. »
Jean-Jacques au contraire, ayant appliqué son âme à la recherdhe de la vérité absolue , comprit, sans la résoudre, toute l'importance de la question; et après avoir reconnu que ce législateur avait osé faire d'une troupe errante et servile un corps politique , un peuple libre ^^ , il s'écria avec son éloquence habituelle : « Tout honmie peut graver des tables de pierre, ou acheter un oracle , ou feindre un secret commerce avec quelque divinité •••. Celui qui ne saura que cela pourra même assembler par hasard une troupe d'insensés, mais il ne fondera jamais un empire ••.. La loi judaïque, toujours subsistante, annonce encore aujourd'hui le grand honune qui l'a dictée , et tandis que l'orgueilleuse philosophie ou l'aveugle esprit de parti ne voit en lui qu'un heureux im-
* M. Bcnjamin-Confitant , dans son savant ouvrage sur la Relig^n considérée dans sa source . ses formes et ses développeoiens , t6m. 11 ,p. 3IO.