‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 4)Chapitre 19 sur 69 · DU DECALOGUB , OU DES PRINCIPES · texte numérisé non relu

DU DECALOGUB , OU DES PRINCIPES

Le mot décalogue signifie dix paroles. Ce sont les dix préceptes que Moïse proclama pour servir de base à ses lois; ils ont inspiré aux législateurs modernes la première idée de la déclaration des Droits de l'homme,

J*ai déjà dit que je ne faisais pas mon objet essentiel de la manière dont les principes et les institutions allaient se peindre dans l'esprit de Moïse . Leur nature est ce que je dois examiner, préférablement aux canaux par lesquels ils lui arrivèrent. Sans doute je pourrais d'avance établir que, dans le langage politique et moral , la parole du Jéhovah , loin de représenter une voix articulée semblable à celle de l'homme , correspond identiquement à la vérité , la raison , l'utilité ; cette voix qui , dans les premiers temps surtout , n'é-

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tait perçue que par des intelligences privilégiées! Sans doute, comme le dit David, « les cieux racontent, • « • et on entend leur voix, quoiqu'il n'y ait en eux ni langage ni parole ^ » : sans doute enfin , comme Moïse lui-même l'atteste , à la face du ciel , le Dieu qu'il invoque est VÉRITÉ , ÉQUITÉ ^ : mais toutes ces choses , si elles sont exactes , résulteront mieux des faits des lois et de toutes les déterminations comparées aux temps , aux lieux ^ aux personnes • Les Hébreux furent à peine arrivés dans les vallées solitaires du Sinaï et d'Horeb, que le législateur jugea le moment favorable pour la proclamation des principes. Mais elle devait être accompagnée d'un appareil imposant, qui laissât des souvenirs durables. Que fit -il? il commença par soumettre ses inspirations aux anciens qui l'entouraient depuis son retour en Egypte et qui formaient le sénat provisoire , de l'organisation duquel je parlerai bientôt. Un accord unanime les accueillit ®. Alors il transmit aux Hébreux l'ordre de se purifier et de se tenir prêts pour le troisième jour; et il établit, à quelque distance de la montagne , une barrière qu'il fut défendu à qui que ce soit de dépasser ®. Le Sinaï , qui par sa réunion avec le mont Horeb forme une double cime , est la plus haute des montagnes environnantes. Quelquefois, peu-

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dant les jours l^s plus sereiaa y son sommet 4e-^ vient tout à coup le théâtre de phéoomènes brijlans et terribles qui l'ont rendu l'objet d'un effroi respectueux pour tous les habitans de la contrée^ D'épais nuages et de noires vapeurs s'y amoncèlent , des gerbes de feu font succéder à l'obscurité la plus profonde , d'ébloui3saiite9 clartés ; la foudre le déchire , et de ses entrailles s'échappent des mugissemens , qu'on prendrait de loio pour i«i coneoui^de voix humaines , et qui sont O0mme les parolîs de ce bruyant concert -.

G'ept durant une scène si pompeuse que le DEeu d^ Moïse va se faire entendm *. Mai* au premier coup de tonnerre les Hébreu^i: , dont il tieait depuis plusieurs jours les esprits en suspens ^ &ont saisis de crainte. « Va écouter toi-

* Le matin du troisième jour, dit Thistonen Joscphe^ le ciel était (ijBiS plfis purs : ^opt à coup une tauée couvrit le carup des Israélites et fut accQmpagnéc d'un vent impétueux^ de pluie et d'un trèçgrand orage. Des éclairs éblouissans jetèrent la terreur dans les esprits, et la foudre, jqui tombait ayec fracas, marqua lapvésenc^ de Dieu. Je laisse à ceux qui me liront à en juger comme il l.eur plaira ; mais j*ai été obligé de rapporter ce' qui est écrit dans les livr^ -saints. Une tempête si extraordiuaive et un bruit si éppi}«vantablc joints à la créance commun^ qpe Dieu habitait sur cette montagne étonnèrent à tel point les Hébreux , qu'ils n'osaient sortjr ie leurs tentes. Ils crurent qu^ Dieu arait fait mourir Moïse çt qu'il les traiterait de la même manière. Mais ce législateur arriva

bientôt tout rempli de majesté et tout éclatait de gloire L'air

reprit sa s^énité, et le prophète , après avoir f?it a^semblçi tQU^ le peuple , et avoir choisi un lieu élevé d'où chacun pût l'entendre , leur parla en ces termes. ( Antiq. Judaûj, Hv. III , ch. iv. )

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inéme^Iui disent -ils, ce qtie l'Etemel exige pour notre félici té ; tu nous en rendras compte • » A ces mots , il igravit la montagne , et on le suit des jeu9C jusqu'à ce ^u 'il se perdedans les nues ^. . L'faistdlre^ je le demande, pFésçnte-rt-elle une soiemiité plus poétique , plus suhlime?

Quelle pensée que œÛe qui fait sortir d^s vé-^ rites consolantes du sein de la nature en fracas \ Que nos édifices, nos riches tentures, nos ha-* bâts brodés d'or et de soie , toute notre magni-^ ficence moderne , sont vains à coté de ce speo* tacle ! Que le législateur de Sparte , recevant d'une sibylle décrépite l'attestation qui le déclare presque Dieu ** ; que celui de Rome , inspiré par la nymphe Ëgérie , paraissent avec déisavantage auprès du législateur d'Israël !

Mais entrons aussitôt dans le fond même d« décalogue , que je ne puis me dispenser, à cause de son importance, de suivre dans les derniers détails , et ne craignons pas d'employer certains motb qui , au premier abord seulement , paraît troat d*une origine trop récente aux yeux du lecteur.

^ Or y tont le peuple ayant peur, dit ù Moïse : Parle-nous toi" mânCf et nous t'eeouUrons , mais que Vélohim ne nous parle pas, car cela nouê ferait mourir. Et Moïse les rassura et motiva le mi-* racle en ces termes : Ne uous épouvantez point ; car Dieu est i*enu four vous éprouver et t^n que vous ayez une crainte de lui , qui vous empêche de tomber en faute. ( £xod. xx , ao. )

Il renferme, sous des formes appropriées aux mœurs des Hébreux, le principe fondamental de Y unité universelle et nationale , et ses deux conséquences immédiates, qui sont lès principes à^égalité politique et de liberté. En même temps il dicte en faveur de ces principes quelques mesures indispensables : il posé les bases d'une institution qu'on a coutume de regarder comme entachée d'absurdité , tandis qu'elle satisfaisait aux premiers besoins de la législation : enfin il énumère avec simplicité les principaux devoirs des hommes entre eux.

Son préambule , quoique laconique , est des plus expressifs : Jéhos^ah dit toutes les paroles suivantes : mais il s'adresse aux Hébreux en corps, à Israël , à tout le peuple ; il n'admet parmi ses membres aucune distinction primitive; il reconnaît à tous les mêmes droits, et il leur impose les mêmes devoirs fondamentaux * ; de sorte que par ce premier fait , le principe de Vuuité nationale, et sa conséquence immédiate, Végaàté commune, sont déjà consacrés.

* Quoi qu*en aient dit des publicistes très-respectables , les mots droits et devoirs ne sont nullement déplacés dans le langage le plus positif. Ils forment les synonymes du mot rapports; mais avec cette nuance que le droit est un rapport considéré des autres a nousmêmes, et le devoir de nous-mêmes aux autres. En conséquence > tout droit conduit à un devoir et réciproquement»

Pour mieux exprimer Tun de ces principes , les Hébreux se servaient d'une locution pleine de force et d'élégance : « Israël se lève , répond et agit comme si ce n'était qu'i^/z seul homme. » Quant à l'égalité , l'abbé Guénée dit à Voltaires « Chez eux , point de ces flétrissantes distinctions de castes établies chez les Egyptiens et les Brachmanes , ni de ces outrageans mépris d'un ordre pour l'autre ; ni de ces règlemens barbares qui réunissaient ailleurs dans une partie de la nation , les privilèges et l'autorité, . . . Tout y ramenait à I'egalité naturelle ". »

Don Calmet^ après avoir déclaré que le travail est prescrit à tous les citoyens d'Israël, sans exception, affirme qu'il n'existait pas de différences de condition^ de nobles et de roturiers ^ ce que Maimonide et la déclaration des Droits de l'homme rendent en ces termes : « Toute la loi est dans l'intérêt de la nation tout entière et non pas de tels ou tels particuliers *\ Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. »

Enfin, par cela même qu'il ne fait que répéter la parole de la personne universelle , le législateur semble donner une nouvelle force au principe en question. Si la déclaration eût été publiée en son nom propre , il serait sorti des rangs du* peuple; il aurait rompu l'unité

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nationale fictiye ; tandis qu'en ne se disant quU^rgane accidentel de ce dieu/ de la raison éternelle^ il demeurait toujours doumis, comme individu, comme citoyen, comme frère, saxx choses qu'il proposait pour le bonheur de tous.« C'est en présence et sous les auspices de fEtre^ Suprême^ que l'assemblée nationale reconnut et déclara les Droits de l'homme» Les temps étaient changés. Qui lui assurait d'ailleurs que cet Etre -Suprême la recevait sous ses auspices? ii ce n'est sa propre intelligence.

Or Dieu dit : Moi Jékovahyje suis ion étohim^ ton dieu»

Ce nom sacré, qui renferme le principe fon-^ damental, se trouve naturellement à la tête du Décalogue. L'autre expression, ion dieu y ton élohimy sur laquelle je reviendrai dans la suite ^ signifie que Jéhovah, dont toutes les volontés sont dans l'intérêt de la patrie , doit remplacer les idoles et les prétendues volontés des idoles ^ qui étaient les élohim des nations contemporaines. De là vient que le style hébraïque accompagne ordinairement ce mot d'un signe distinctif : il dit, ton élohim ^ notre élohim ^ Vélohim d'Abraham, les élohim de l'Egypte, de Babylone .

C^est moi qui €ai retiré d^ Egypte y de la Maison d^ esclavage* .

Ainsi , le premier e£Pet de la Volonté de ce dieu 9 là conséquence immédiate du principe fondamental est^ après l'égalité commune^ le principe de liberté. Les Hébreux sont sortis de la Maison d'esclavage , pour former un peuple aussi libre que pouvait le comporter le teiilps , comme on s'en convaincra , à mesure que nous avancerons dans la connaissance de leurs lois« i^u'il nous suflSse en ce moment de déduire, sous le rapport théorique, cette deuxième con* séquence, et d'en prouver l'exactitude.

Pour obtenir V unité jnibUque ou un ensemble social parfait, il est indispensable que cha^ cun occupe également la place la plus avantageuse à lui-même et à la société dont il est membre; sans quoi il résulterait dans la ma-^ chine , un mal -être d'autant plus sensible , que ia valeur des individus lésés serait plus grande^ Il faut donc que chaque personne, sans aucune exception, se trouve avec toutes les autres dans des rapports tels , qu'elle puisse développer et qu'elle soit même comme forcée à développer toutes les facultés qu'elle tient de sa propre nature. Or cet heureux état, hors duquel l'unité est impossible , doit , sous le nom de liberté y être l'objet constant des pensées du législateur; car les hommes ne ntUssent pas libres > comme l'a dit , en thèse générale > l'aj»-

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semblée constituante ; ils naissent pour devenir libres. A quoi leur servirait autrement l'intelligence qui aperçoit de loin ce noble but; la volonté qui les soutient dans leur marche pour l'atteindre ; la force enfin qui les fait triompher de tous les obstacles?

L'apôtre Paul , élevé parmi les docteurs hébreux, s'écriait, en transportant la politique d'Israël dans la constitution de sa république spirituelle : « Que celui qui se sent appelé à la prophétie, au ministère, à enseigner, à exhorter, prophétise, soit ministre, enseigne, exhorte : que l'œil remplisse ses fonctions sans dédaigner la main ; que la tête remplisse les siennes sans mépriser les autres parties '^. » Tel est, en effet, conformément aux idées modernes, le caractère d'un Etat libre , que chaque individu puisse y faire la chose à laquelle il se sent appelé : qu'on y range en première ligne les supériorités morales; que tout citoyen soit conduit par le mouvement même de l'ensemble, au grade qu'il peut remplir dans l'intérêt commim : enfin, qu'on n'y renverse jamais l'ordre des choses en abandonnant des fonctions à certains membres incapables, aux dépens d'autres membres organisés pour ces fonctions mêmes.

« Prend-on Israël pour un esclave ! » s'écriait douloureusement Jérémie '^ « Les Israélites

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étaient parfaitement libres^ dit l'abbé Fleuiy en termes qui n'ont rien d'équivoque; il n'y avait pas chez eux toutes ces espèces de suggestions qui nous sont si ordinaires.... Ils jouissaient de la liberté chérie des Grecs et des Romains ; c'était l'intention de Dieu *^. » La nature même du bienfait que ce Dieu aime à leur rappeler, quand ils s'écartent de la route qui doit les conduire au bonheur, sera pour le moment une dernière preuve. «C'est moi qui vous ai retirés de la Maison d'esclavage, et qui ai rompu le joug dont vous étiez accablés, pour vous faire marcher la tête levée ''. ♦>

Les articles suivans renferment des prohibitions nécessitées par les mœurs de l'époque.

Tu n^ auras point d^autres dieux devant ma face*^ car on adopterait avec eux d'autres priur cipes que l'unité , l'égalité, l'utilité publiques. — Tu ne feras point des images taillées ^ ni aucune ressemblance de ce qui mt dans les cieucCj sur la terre y ou dans les eaux sous la terre ^ pour te courber deuant elles et les adorer.

Dan$ sa première ignorance, en efifet, l'homme divinisa toute sorte d'êtres, un crocodile, un

* On sait déjà que cette expression devant ma face s^emploie communément en hébreu , qu'il s^agisse de choses animées on inani • mées, pour la préposition devant, en présence. Je reviendrai plus tard sur la locution parler face ùjace.

bœuf; un autre homme ^ et s'humilia aux pieds de leurs autels pour obtenir leurs faveurs. Sans Jes fâcheux résultats qu'il entraîne , ce genre -de culte n'eût été que ridicule ; mais il pervertissait toutes les idées de politique ^t de morale. En se prosternant devant un être particulier et de peu d'importance , les hommes s'habituaient à croire que l'ensemble des choses était dans la dépendance de cet être, et à juger qu'une des parties, qu'un de^ membres pouvait l'emporter sur l'ensemble, ou sur toute la personne. Or ce principe d'idolâtrie, dès qu'il fut appliqué à l'ordre social, les rendit esclaves ou despotes, attendu qu'il leur fit:adniettre la possibilité que des masses d'hommes eussent été créées exprès pour quelques hommes, et même pour un seul *. « De là les absurdités de l'idolâtrie, dit avec une précision des plus remarquables l'auteur de la Législation primitive, qui commença par faire un Iwmme de Dieu , et qui finit par faire ses dieux des hommes *^.

Veillez soigneusement sur vous-mêmes, de peur que vous ne vous abusiez au point de vous

Quel homme à ses égaux le premier osa dire :

Tous sont faits pour un seul, respectez mon empire. Préjugé monstrueux ! système criminel!

Que réprouve à la fois la nature et le ciel.

Pop£. Epit. JJJ^ traduction de Pontanes.

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prosterner devant des fibres représentant un homme ^ une ffemme ou quelqn'animal que ce soit ; . * . . ou de peur que levant les yeux vers le ciel, et y voyant le soleil, la lune et les étoiles,, vous ne soyez poussés à les adorer *». »

Pour donner un plus grand poids à ces recommandations, le Décalogue les accompagne d'images énergiques, destinées à subjuguer les esprits* Tu ne te prosterneras pas devant les idoles; carjesiUsJékovah tonDieu^ port, jaloux, 4jui wsite F iniquité des pères chez les eiifans jusqtj^ala troisième et la quatrième race de ceux qui me 'haussent; et qui fais miséricorde , après mille génértUions , à ceux qui aiment et gardent mes préceptes.

Quoi! s'est- on écrié, le dieu de Moïse participe ddbc à toutes les passions humaines? En aucune manière. Ce législateur a déjà recommanjdé ''de ne jamais prendre pour un homme , Têtre qu'il invoque. Toutefois, dans le discours, iïest forcé de présenter aux Hébreux des images palpables' et de leur faire entendre des mots qui leur soient familiet^i Alors il a recours aux locutions figurées qu'on a nonimées antropomorphismesy c'^est-a-dire qu'il exprime les lois les plus importafites de l'ordre général, dans ses rapports atec la société politique, au moyen <l^é|iithètes applicables à la personnalité hu-

maine . Son dieu est le fort par eKcellenoe ; attendu qu'aucune force particulière ne peut lutter contre la force des choses* Sa parole est la vérité y Véquité; Tun des premiers résultats politiques de son existence est la liberté. Or en lui donnant à lui-même les diverses qualifications qu'emportent ces idées dès qu'on les personnifie , il est zélé; car la vérité exige du zèle chez l'homme qui aspire à la découvrir ef à la répandre; il est jaloux comme l'équité et la liberté, sous ce rapport qu'elles ne transigent jamais; qu'il faut choisir, sans balancer, dé les abandonner ou de les suivre, d'être injuste ou équitable, de rester esclave ou de passer à l'état d'homme libre.

Mais l'arrêt qui fait ressentir les iniquités des pères aux enfans , n'est-il pas une barbarîfe ? Non. Il ne dicte ici ni une loi politique ni un précepte de morale ; au contraire, sa loi dit : « Lels pères ne seroiit point punis pour les enfans, ni les enfans pour les pères.; mais chacun sera responsable de sa propre faute '° . » D proclame une vérité naturelle, un fait qui se renouvelle chaque jour.

Dans sa langue , haïr Jéhovah et sa parole , c'est haïr l'unité , l'utilité commune ; c'est s'exposer par suite à toutes sortes de malheurs. Or, ces malheurs, qu'ils arrivent dans le particu-

lier ou en général^ se feront naturellement ressentir aux enfans mêmes de ceux qui les ont occasionnés; surtout si ces enfans^ comifie le dit la paraphrase chaldaïque^ s^enfoncent de plus en plus dans la fausse route qu'on leur aura' tracée. Est-ce que les fautes d'une nation n'ont pas toujours pesé sur les générations suivantes? Est-ce qu'un père qui détruit follement la prospérité de sa maison y ne cause pas d'inévitables infortunes à ses fils ? « Que prétendez-vous , s'écrie Ezéchiel, qui, sans rien changer à la nature du fait signalé par Moïse , développe , sous le rapport du droit public et de la morale , cette menace , objet du blâme de quelques uns de ses contemporains; que prétendez-vous, vous qui faites au pays d'Israël l'application du proveAe, I^es pères ont mangé le verjus ^ et les dents de leurs jUs en sont agacées? Ecoutez. L'homme juste vivra ; si son fils est un méchant , ce fils mourra; si le fils d'un homme méchant n'imite pas son père, il vivra certainement. La pureté du juste rejaillira sur lui-même; l'iniqUité du méchant «ur le méchant : si le méchant devient juste, il vivra à cause de sa justice; si le juste se pervertit, il sera puni à cause de son iniquité '*. »

Enfin , le livre des Rois nous fournirait , au besoin , une nouvelle preuve de l'exactitude du

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sens de la loi citée , et de rinconséquence des reproches adressés au législateur. « Lorsqu*Amatsia se fut afifermi sur le trône , il fit mourir les meurtriers de son père, mais il ne fit pas mourir leurs enfans; attendu qu'il est expressément écrit au l,ivre de la loi de Moïse , que Jéhovah a commandé qu'on ne punirait pas les pères pour les enfans, ni les enfans poijir les pères ^ mais que chacun supporterait le poids de sa propre faute * ». Dans le même esprit, la miséricorde, après mille générations, signifie que le peuple ou l'homme , quels que soient les maux auxquels ses erreurs l'auront condanmé , renaîtra toujours au bonheur, dès qu'il sera rentré dans le sentier de la sagesse .

Après ces choses , le Décalogue prescrit de respecter le nom sacré de Jéhovah, non-seulement , comme on a coutume de le dire , pour que les citoyens s'abstiennent de l'invoquer

* II. Rois, xiy, i6. Dans le récit de la punition d'Hacan , sous Josué, il faut observer que ces mots , alors la colère de Dieu s'em' Arasa et ffacan ne mourut pas seul pour son iniquité^ ne s*appliquant en aucune manière à sa famille , mais aux guerriers morts dans le combat dont le mauvais succès fut attribué à la violation , par Hacan, de la discipline jurée. Il ne peut s'élever aucun doute- sur ce point : le texte est précis. De même il indique très-bien que Hacan subit seul le châtiment judiciaire: c Et tout Israël le lapida , et on brûla les choses qu*il at^ait dérobées, et on /!ej- couvrit de pierres , et on éleva sur lui un grand tas de pierrres » ( Josué, xxii , ao. VII , 25 , a6. ) Je parlerai plus loin de la mort de Corè, qui fut HAç lutte politique.

à Tappui d'un faux serment, mais dans le même sens que les moralistes de nos jours pourraient recommander de ne pas prononcer avec témérité certains mots qui renferment de généreuses pensées et que l'ambition personnelle détourne trop souvent à son avantage. Tu ne prononceras pas Ew VAIN ( c'es^ à-dire avec imprudence , par orgueil, dans un intérêt personnel, comme on le verra mieux quand il s'agira des lois qui mettent ce précepte en action) le nom de Jéhos^ahy ton Dieu;- car il ne tiendra pas pour innocent celui cjui aura pris son nom en vain.

La deuxième série des préceptes du Décalogue traite de l'institution du jour de repos, appelé sabbath , de la racine hébraïque cliabaty se" reposer.

Dans ses élégies touchantes sur les malheurs de son pajSj Jérémie s'écriait : « Nos ennemis tressaillent de joie en nous voyant abattus.. ... et ils tournent en dérision nos jours de sabbath/'. » Au premier aspect, en eflfet, cette institution semble des plus bizarres : il n'en est pasr^ ainsi dès qu'on connaît sa nature et son but..

Après s'être occupés pendant six jours de leurs affaires privées , les Hébreux consacrent le septième , non pas à un repos stérile , mais au Dieu de la patrie ; ce qui veut dire qu'ils

ramènent leur pensée vers les principes, les lois et le bien commun.

C'est en ce jour que l'assemblée publique se forme devant la principale porte de toutes les villes de TËtat * ; là on lit , on explique les lois, on s'entretient des intérêts de ces villes, de la tribu, de tout le pays, et on prête une oreille attentive aux hommes doués de sagesse et d'éloquence, qui prêchent avec d'autant plus de ferveur contre tous les genres d'abus , que le droit de la parole était illimité ; et que la vraie manière de vivre noblement^ pour me servir des expressions d'un auteur religieux , consistait à conserver soigneusement sa liberté , à n'être sujet qu'aux lois et à la puissance publique "^^

Les femnies, dont l'influence est si grande sut les mœurs des citoyens, et les enfans euxmêmes assistaient à ces réunions de chaque semaine, pour se pénétrer de bonne heure de l'esprit national. De là l'ordre qui fut donné sous le climat chaud de la Syrie , de ne pas allumer en cje jour le feu dans l'intérieur des demeures , afin que les femmes , ayant préparé

* Les mots synagogue et église sont dérivés du grec et signifient également assemblée. Mais on sait que celle-ci sVccupc des intérêt^ spintuols, tandis que Tautro sWcupait <Ics intérêts nationaux et Icmporcls. •.

les alimens dès la veille , restassent , comme les hommes/ exemptes de tout travail domes*tique •*.

Cette institution offre donc dans son origine un grand caractère d'utilité naticmale ; elle fait aussitôt concevoir pourquoi les prophètes et les docteurs l'ont considérée , comme le plus puissant moyen de conservation pour l'esprit public, durant la vie politique d'Israël , pour l'esprit religieux depuis sa dispersion. Enfin, c'est cette institution même qui semble avoir inspiré à Rousseau , nourri de la lecture des livres sacrés, les paroles suivantes du Contrat social : « Outre les assemblées extraordinaires que des cas imprévus peuvent exiger , il faut qu'il y en ait de fixes et de périodiques que rien ne puisse ni abolir ni proroger, tellement qu'au jourmarqué, le peuple soit légitimement convoqué par la loi , sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune autre cooivocation formelle ^-^ . »

Mais le législateur ne regarda pas comme une mesure suffisante, que le peuple, toujours paresseux pour la chose publique , fût convoqué, n favorisa de tous ses moyens la tenue des assemblées^ en faisant bientôt adopter la loi sévère qui ordonne à tous les individu^ , sans exception, et 'sous les plus redoutables peines, de suspendre en ce jour les travaux privés auxquels l'égoïsme

go LIVRE l. GHAP. I.

aurait le plus souvent sacrifié l'intérêt général *.

Quanta la forme même du précepte , elle convenait à l'esprit du temps. D ne se borne pas à déclarer l'utilité du septième jour; il ne dit pas que l'Etemel exige impérieusement que l'on consacre ce jour au repos; il frappe au contraire les imaginations par le rapprochement le plus flatteur. Après avoir travaillé six jours à produire le Monde, Jéhovah se reposa le septième et contempla son œuvre : que le peuple d'Israël inûte ce Dieu puissant '^ ! ! !

Outre les assemblées de chaque semaine , la loi en établit plusieurs autres à temps fixe , les assemblées du premier jour du mois lunaire, ou les néoméniesy et trois grandes assemblées générales et annuelles dans la ville capitale de l'État.

Isaïe, se plaignant delà conduite de ses concitoyens dans ces assemblées diverses, indique

* On a sourent exagéré les exagéi^tioiLS mêmes d«5 Juifs, dont les malheurs avaient accru les superstitions. Les talmudistes rc connaissent plusieurs cas dans lesquels c*est non-seulement chose permise , mais c'est un devoir de rompre le sabbath : s'il s'agit de la défense de TÉtat , du service du prince , de porter du secours dans une incendie, de sauver nn homme, quel qu*il soit, du moindre danger. Si dans cette dernière intention , disent-ils , vingt personnes rompent le sabbath , pour une chose qui n*en exige qu'une seule, elles ne font point mal , au contraire. (Manusfortis , ou. Abvé%é du Talmudy toni. 11 , 78 , 80. )

en peu de mots leur nombre , leur nature et les intentions du législateur • « Qu'ai-je besoin ^ dit Jéhovah , de tant de sacrifices y de vos oblations et de votre parfum ? Toutes ces choses m'obsèdent et me font trouver ^e l'ennui à vos nouvelles lunes:, à vos jours de sabbatb y à la publication de vos convocations et à vos assemblées

solennelles Recherchez le droit, redressez

celui qui est foulé , rendez justice à l'orphelin : soutenez la cause de l'étranger et de la veuve ; alors Sion méritera d'être nommée Cité juste et fidèle '^ »

« Honore ton père et ta mère afin que tes jours soient prolongés sur la terre. Tu ne tueras point. Tu ne commettras point d'adultère. Tu ne déroberas point. Tu ne porteras point de faux témoignage. Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ^ , ni sa femme , ni son serviteur, ni sa servante , ni son bœuf, ni son âne, ni rien qui lui appartienne '*®. »

D n'est pas besoin d'observer que ces préceptes , énoncés avec d'autant plus de laconisme qu'ils sont d'un intérêt plus immédiat, con-

^ Le mot maison est pris ici pour 1 étal de la famille , comme on disait la maison d'Israël^ Il y a une variante dans la répétition du Décalogue que renferme le Deutéronome (chap. v) : la femme est nommée d'abord, h Tu ne convoiteras pas la femme de ton pro~ chain . Tu ne souhaiteras pas la, maison de ton prochain , ni son champ, etc. »

sacrent le principe de la liberté positive des individus , et prescrivent que chacun soit resj pecté par tous les autres hommes séparés ou réunis^ dans sa personne son repos et sa propriété.

Les grands principes et les recommandations générales renfermées dans le Décalogue se réduisent donc aux suivans :

Principe fondamental de Tunité, dont les premières conséquencespolitiques sont^ égalité, liberté. Unité universelle ou l'Etre -Dieu, Jb- HOVAH. Unité nationale ou Têtre-peuple, Israël» Nous parlerons plus tard de l'unité individuelle ou de l'homme*

Devoir pour l'homme de ne jamais accorder à ses semblables ni à d'autres créatures, le genre d'hommages qui n'appartient qu'à la Divinité.

Droit pour le peuple de s'assembler tous les sept jours , dans l'intérêt des lois et de la prospérité du pays. Devoir pour chaque citoyen de partager son temps et ses pensées entre les intérêts privés et les intérêts publics , dans la proportion au moins de six jours à un.

Enfin , devoir de respecter les persooaes et les propriétés; droit d'être respecté soi-même.

Telle est la déclaration des principes. On aura remarqué que la possession de la terrepromise n'est nullement présentée comme une obligation fondamentale qui dirige sur elle

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raffection exclusive des Hébreux. Un sol peut devenir la proie d'une force ennemie. Faudra-t-il avec cette portion de la terre abandonner les principes qu'on y professait? Faudra-t-il que ces principes même s'anéantissent sous les remparts abattus ? « Non , dit le législateur; si ton courage a succombé dans leur défense , ta voix te reste pour célébrer leur sagesse, et ton cœur pour les aimer. »

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