‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 4)Chapitre 31 sur 69 · MAGISTRATURE SACERDOTALE. I · texte numérisé non relu

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ni de sa tribu; enfin qu'il dépendit de sa volonté de prendre le titre de roi, et de se faire encenser comme un dieu. Mais, il nous le déclare lui-même , sa véritable ambition consista à devenir le roi des hommes justes ^ en d'autres termes, aussi juste qu'il est possible à l'humanité, «Ce fut un grand et noble désintéresse jment de la part de Moïse, s'écrie un historien allemand, de n'avoir anéanti la liberté ni à son profit ni pour son frère;... et cependant l'oppression eut été facile envers un peuple que, si long-temps, il avait fallu tenir dans l'état errant des nomades. Les Israélites, ingrats, abandonnèrent les descendans de leur grand-prophète : du temps des juges on les voit dans le besoin "***. >►

La désignation et l'institution du pontife n'appartenaient pas, ai-je dit, au conseil des sacerdotes, mais au sénat, et devaient en même temps emporter la sanction de tout le peuple : citons à l'appui quelques exemples.

Des quatre fils d'Aaron, les deux premiers ne laissèrent en mourant aucune postérité ; la dignité de grand-sacerdote fut accordée à Eléazar, ensuite à son fils et à ses descendans. Sous les juges, cette dignité passa dans la famille du second fils d'Aaron, quoique l'autre famille fût loin d'être éteinte. L'Ecriture ne dit pas pour quel motif, ni de quelle manière ce change-

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ment s'opéra; mais elle nous instruit des circonstances qui la rendirent aux enfans d'Ëléazar • Abiathar^ ayant pris parti contre Salomon, fut déposé et remplacé par Sadoc. Or, d'après lea chroniques, c'est la grande assemblée du peuple qui établit elle-^même Sadoc * pour pontife , et lui donna Vonction le jour où elle établit Salomon pour roi ''.

Josèphe , qu'on n'accuse pas d'abonder dans les idées démocratiques, et surtout d'enlever leurs droits aux sacerdotes, reconnaît que cette dignité était ou devait être déférée par le peuple. Lorsque le neveu du pontife Onias adresse publiquement à son oncle des reproches sur sa conduite, il lui déclare qu'il est étrange qu'ayant été élevé par le peuple à l'honneur du sacerdoce suprême, il soit si peu touché du bien de son pays". C'est le peuple qui, par un consentement général , donne le pontificat à Juda Machabéé; le peuple qui transmet la même dignité à Simon son frère "\ « Le pontife, dit Cunaeus d'après Maimonide lui-même, était constitué par le conseil des anciens *^. » En effet, le grand principe des Hébreux, dans lequel les nations modernes retrouveront le germe de leura

* Ces deux pontifes i-e partagèrent pend^pt quelque temps les foui-tions de leur charge; mais Sadoc devait être considéré comme suppléant; il fallait toujours un pontife suprême.

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idées sur les trois pouvoirs^ est celui-ci : <,<ll j a trois couronnes en. Israël : la couronne de Is^ loi, la couronne du sacerdoce, la couronne de la royauté : cette dernière fut accordée à David et à ses descendans, la seconde auxenfans d'Aaron; mais la couronne de la loi, qui l'emporte sur les deux autres, est le partage de tous les en* fans d'Israël; par elle les rois régnent et les juges de la terre rendent la justice '^. »

Chez les Romains, le collège des pontifes avait dans sa juridiction, les adoptions, les mariages, les funérailles, les testamens, les sermens, les vœux, les consécrations, la rédaction des annales, la disposition du calendrier, et la fixation , mais en concours avec les jurisconsultes , des règles et formes des procédures judiciaires, et de toutes les choses qui tenaient au droit sacré ^^.

Dans la prétendue théocratie des Hébreux (et y a-t-il rien de plus digne de remarque?), leurs fonctions iarent loin d'obtenir une extension si grande. Ils n'étaient nécessaires ni au mioment de la naissance des citoyens , ni dans. les mariages, ni à leur mort. «La circoncision se faisait aussi dans les maisons particulières^ dit Fleury, sans ministère de prêtres ni de lévites. Leurs mariages n'étaient revêtus d'aucunecérémonie de religion, si ce n'est des prières,

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du père de famille et des assistons pour attirer la bénédiction de Dieu..r, Tout se passait entre parens et amis, ce n'était qu'un contrat civil '''J. » Une loi expresse les empêchait d'assister aux funérailles; ils n'avaient pas la charge de disposer le calendrier et d'intercaler les jours pour mettre l'année lunaire en harmonie avec l'année marquée par le soleil • Ce n'est pas à leurs mains, mais à celle dés anciens et des chefs du peuple qu'étaient confiés les registres du dénombrement , qui avaient quelques rapports avec les registres actuels de l'état civil *,

Mais lorsqu'une question de quelque importance, soit judiciaire soit administrative, avait été débattue par une assemblée de province, sans amener de résultats satisfaisans, on la portait dans la ville capitale, au grand -conseil et aux sacerdotes; ceux-ci la décidaient dans le sens de la lettre de la loi, dont ils étaient les conservateurs-nés; ceux-là, profitant de leur avis, y ajoutaient V esprit àe celle loi qu'il leur appartenait de développer eux-mêmes. « Quand

* Or Moïse y Aaron et les chefs des tribus convoquèrent toute rassemblée le premier jour du second mois , et on enregistra chacun selon sa famille et selon sa tribu , et on les enregistra nom par nom, depuis Page de vingt ans et au-dessus , chacun par tête. (Nombr. 1,17, 18. ) Ici Aaron avait un double rôle ; celui de veiller à l'opération , comme chef de la magistrature sacerdotale ; celui de veiller à la perception de la pièce d'argent qui était payée par tétc pour le trésor du tabernacle dont je parlerai plus tard.

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il sera pour vous trop difficile de juger entre meurtre et meurtre , entre cause- et cause , ^ntre plaie et plaie, et toutes les choses qui sont un sujet de débats dans vos villes, vous vous rendrez dans la ville capitale , vers les sacerdotes, et vers le juge (qu'il ne faut pas prendre ici pour un seul homme , mais pour un être collectif, comme on le verra plus loin) , vous les interrogerez , et ils vous diront ce que porte le droit '*. »

De là vient que , dans la bénédiction poétique qu'il donne aux douze tribus, Moïse, faisant allusion aux fonctions dévolues à la tribu de Lévi et au devoir qui lui était imposé de proclamer et de soutenir, en toute circonstance , ce que la lettre de la loi exigeait rigoureusement, ne craint pas de s'écrier chez un peuple pénétré du respect filial : « Lévi dira 4e son père et de sa mère , qu'il ne les a pas vus, de son frère, qu'il ne le connaît point; même il ne connaîtra pas ses propres enfans : ainsi ils garderont ton alliance, ô Jacob; ils publieront tes droits et ta loi, ô Israël '^. »

Je parlerai ailleurs de l'inspection légale cju'ils avaient à exercer sur une classe de maladies redoutables. Enfin, le grand -sacerdote hébreu , comme les pontifes de Rome et de la Grèce , rendait des oracles , sur la demande du

sénats des chefs ou du peuple^ soit pour revêtir les déterminations déjà prises d'une sanction imposante ; soit pour rompre subitement de fâcheuses incertitudes. «La question qu'on lui présentait devait être clairement posée^ disent les anciens^ et la réponse sans ambiguïté; ce n'était pas un oracle à la manière du trépied de Delphes; il n'était pas permis à un simple particulier de le consulter^ mais seulement au sénat y au roi ^ ou à l'homme placé à la tête de la république ^**. »

De tout ce que j'ai dit de cette magistrature^ il résulte qu'elle tenait du caractère de la pairie moderne et de la prêtrise ; mais avec ces diflS^rences que^ dans un pays agricole ^ elle ne passédait point comme la première de grandes propriétés 9 et que le culte dont elle faisait le service était tout entier dans l'intérêt d'une constitution d'Etat^ qui s'occupait exclusivement du bonheur positif des citoyens.

La nature des temps/ les circonstances extérieures^ et l'état général des mœurs sont les premières causes des abus qui s'y attachèrent. Bientôt les sacerdotes furent beaucoup plus occupés des formes de leur loi que du fond^ de Faccessoire que du principal y de leurs intérêts privés que de la prospérité nationale. De là ces sage9 reproches que leur adressent les

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prophètes : « Croyez -tous que ce soit avec des sacrifices 9 des oblations^ des chants et des parfums, que vous plairez à notre Dieu?

Non : faites aimer fa droiture; enseignez au peuple les lois; défendez tous les opprimés; propagez la haine de la servitude : voilà vos premiers devoirs ^'. » S'ils ne les ont pas rempli ces devoirs , avec intégrité , la peine de leur faute est retombée sur eux ; ils ont vu leurs autels renversés, leur patrie dévastée, et leur propre race perdue au milieu des débris d'Israël.

Gardons-nous cependant d'être injustes à leur égard ; de leur attribuer les principales fautes politiques qui ébranlèrent l'Etat, et surtout de faire reposer, comme on le répète chaque jour, l'emploi du mot tfléocratie , sur l'idée que le gouvernement fut , sinon par le droit , du moins par le fait entièrement livré à leurs niains.

Ce n'est pas en qualité de grand-pontife que Moïse gouverna la nation; il n'était que simple lévite par sa naissance ; il n'offrit des victimes qu'avant que le sacerdoce légal fût institué : c'est comme chef et législateur d'un peuple qu'il avait ftrraché à l'esclavage . Son successeur , Josué , chef comme lui de la nation , appartenait à la tribu d'Ephraïm. Sous sa magistrature , le pontife Eléazar présida , de concert avec ce juge ,

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la commission des douze citoyens qui , sous les yeux des tribus , réglèrent le partage des terres, et le sacerdote Phinée , son fils , fut mis par le peuple à la tête des dix*députés envoyés aux hommes de Ruben et de Gàd, pour leur faire des remontrances sur quelques démarches auxquelles les autres tribus avaient donné une fausse interprétation *. Hors de là, l'histoire ne parle d'eux que pour le simple service du culte; bien plus^ elle ne nomine pas les sacerdotes dans l'assem'* blée solennelle du peuple que tint Josué vers la fin de sa vie , et où tous les fonctionnaires actifs du gouvernement sont désignés , savoir : les anciens d'Israël, les chefs des tribus, les juges proprement dits, et les officiers civils ou hommes d'autorité ^'.

Les juges suprêmes qui succédèrent à Josué furent tous comme lui étrangers à la tribu de Lévi. Ce n'est que plus de trois cents ans après, et quatre siècles environ avant la fondation de Rome, que le peuple confia la judicature au pontife Héli, homme plein de douceur et d'intégrité .

Mais ne .commirent-ils pas une faute capitale eu réunissant sur la même tête des fonction^

* Il s*agissait d'un autel élevé par les tribus fixées en- deçà du Jourdain , et qui fit croire aux autres qu'elles avaient l'intention de déserter le culte d'Israël. ( Josué xxii. )

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qui, par leur nature, devaient rester séparées? Ne portèrent-ils pas une atteinte directe à la constitution de Moïse qui se serait fait reconnaître lui-même grand-pontife , ou qui du moins aurait désigné pour son successeur un membre de la famille sacerdotale ; Phinée fils d'Eléazar, par exemple , qui avait déjà donné des preuves de ses talens pour la guerre ?

L'essai fait sur le pontife Héli ne fut pas heureux. Après sa mort on revint à l'ordre primitif: Samuel fut revêtu de la judicature , tandis que la dignité sacerdotale resta dans la famille de son prédécesseur.

Loin de saisir les rênes de l'Etat, sous les rois , les sacerdotes virent le peuple abandonner fréquemment le culte dont ils étaient les ministres. Gouvernaientrils , lorsque dans un accès de frénésie Saiil se vengea d'une prétendue offense , en faisant frapper de mort le pontife Abimélec et une foule de membres dé la famille sacerdotale? N'est-ce pas le juge suprême et les anciens, et non les sacerdotes, qui avaient présidé à l'élévation de ce roi? N'est-ce pas les anciens et le peuple , et non les sacerdotes , qui traitèrent avec David , qui instituèrent et oignirent Salomon , dont le premier acte fut de déposer un grand-pontife ^^? Quelle place les chroniques du temps accordent-elles au pontife suprême ?

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