LIVRE TII
Obéissez aux lois , travaillex arec xMe , et ^ohs deviendrez riches, et Dieu vous bénira^ DBOTIK. , xxviii, raoviRB. VI.
Dès que les Hébreux furent arrivés aux frontières de Canaan , Moïse , sur la demande expresse du peuple^ choisit parmi les tribus, 4ouze chefs, pour reconnaître le pays dont on allait commencer la conquête'. Il avait lui-même des notions exactes sur cette terre promise, soit qu'il les eût puisées dans des Mémoires :anciennement rédigés par Joseph; soit qu'il l'eût visitée quand il traversa deux fois l'isthme de Suez et pendant son long séjour hors de l'Egypte, Ce ne fut donc que pour condescendre au vœu des Israélites , qu'il donna à ses émis-
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saires * les instructions suivantes : « Franchissez la montagne et voyez quelle est la nature des lieux; si les habitans sont faibles ou forts, en petit ou en grand nonabre ; s'il y a beaucoup de villes murées, ou s'ils vivent dans des tentes; si le sol est gras ou maigre, couvert ou dépouillé d'arbres ; apportez-nous en même temps un échantillon des fruits que vous trou-
verez',»
Les douze chefs restèrent quarante jours à accomplir leur mission, et ils rapportèrent pour preuve de la fertilité du sol, des figues, des grenades , et une énorme grappe de raisin qu'ils suspendirent à un bâton , de crainte de la flétrir. Mais dix de ces envoyés exagérèrent à l'assemblée la force des indigènes et la difficulté de l'entreprise. Les deux autres, Caleb fils dé Jéphuné et Josué fils de Nun , s'efforcent en vain d'arrêter l'impression que produit leur discours. Le peuple , effrayé des dangers qu'on lui retrace , fait entendre de toutes parts des cris de découragement : « Que ne sonamesnous morts au pays d'Egypte ou dans les déserts, plutôt que de voir nos enfans et nos femmes
* Quelques uns ont donné à ces hommes le nom d'espions. Mais ils ont écarté ce mot de sa signification naturelle, aujourd'hui encore, tout conquérant envoie en rçconnaisscuice , avant d'entrer dans un pays inconnu.
devenir la proie de l'ennemi ! Etablissons-nous un autre chef et rebroussons chemin. »
A ces mots , le législateur, se prosterna le visage contre terre. Josué et Caleb déchirèrent leurs vêtemens , supplièrent d'une voix pathétique les Hébreux de changer de langage et leur promirent la victoire : on ne leur répondit que par d'affreuses menaces^
Mais, qui le croirait? quand l'irritation est au comble, Moïse se relève tout à coup pour s'en rendre maître et pour proclamer une détermination extraordinaire , qui exigeait la plus inébranlable volonté. Convaincu que les idées superstitieuses et toutes leurs l||pséquences ne s'effaceraient jamais de l'esprit de la vieille génération composée des hommes sortis d'Egjpte à l'âge où elles avaient jeté des. racines profondes, il conçut de refaire entièrem^it le peuple ;. et d'attendre ppur entrer dans* la terre -promise une génératic||^|agvelle , qui n'j apportât d!autres sentimetn|||^Hy|iorreur de la servitude et l'espérance du boraKr procuré par le travail et parles lois. .
Il s'avança donc au milieu du tumulte , et comme si ses yeux ne distinguaient personne de ceux qui l'entouraient, il invoqua l'Eternel et il répéta à haute voix les paroles que ce Dieu lui fit entendre : « A cause de ses nmrmures et
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de sa méfiance , ce peuple sera inévitablement détruit dans le désert. — Quoi! répond Moïse, tu le ferais mouric comme un seul homme ? Que diraient les Egyptiens ? que diraient les habitans de ces contrées qui ont appris que tu marchais à notre tête t toi , qui es plein de miséricorde, malgré ta sévérité, pardonne, je t'en supplie, sa rébellion. » Frappés dfe sa contenance et de la vengeance céleste dont il les menace , les Hébreux se taisent, s'humilient. « Dieu pardonne , s'écrie-t-il ! vos enfans entreront dans la terre de miel et de lait. Mais que les hommes qui ont murmuré tant de fois , -quoiqu'ils aient vu les grandeëPchoses accomplies jusqu'à ce jour, ne la foulent pas de leurs pieds ) que leurs cadavres,.... ceux d'Aaron, de Moïse lui-même, restent couchés dans le désert " . »
Cet arrêt d'exil prononcé d'une voix solennelle changea soudain leur colère en douleur : honteux d^ÈÊÊf faiblesse , ils demandent à voler ^yl^HPR^t.; mais l'ordre est donné de retoumWrers la mer Rouge , et les guerriers qui s'obstinèrent à attaquer les Cananéens, furent battus et poursuivis.
Moïse rentra donc dans le silence de la solitude pour continuer a dicter ses lois , parmi lesquelles celles qui ont rapport aux richesses ne sont pa^ les moins importantes.
SaBS renoncer aux objections de détail sur lél avantages pratiques des mesures qu'il adopta, on est forcé de reconnaître au premier abord que , pour composer ou pour coordonner le Pentateuque, il fallait un homme ou des hommes doués des facultés les plus hautes y surtout quand on considère le "temps où ils écrivirent. Or il est impossible que ces hommes, qui prenaient pour base le droit du peuple ; qui mettaient au-dessus m tout l'intelligence; qui présentaient enfin comme but essentiel de toutes les pensées humaines , la prolongation de la vie , l'accroisse-r ment de la population, l'abondance et la satisfaction de tous les besoins et sentimens naturels ; il est impossible , dis-je , que ces hommes , en marchant de leur principe à leur but , n'aient pas rencontré les vérités les plus utiles , n'aient pas obtenu des résultats positifs. « L'utilité , dit Maimonide , a dicté le moindre précepte de la loi, et les personne3 qui n'ont pas aperçu cela doivent surtout s'en prendre à elles-mêmes \ »
Supposons, pour un moment, que le législateur d'Israël apparût soudain au milieu de ' abus ; il aurait le droit de dire : « Enfin ma parole s'est réalisée ; ce que vous vous glorifiez d'exécuter aujourd'hui, je l'ai fait, autant qu'il dépendait de moi : j'ai brisé les portes de la Maison de servitude; j'ai subs-
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rftué à des castes, une nation; à des^ réglemens imposés^ une loi égale pour tous et miversellement adoptée; j'ai préféré la paix à la guerre, les choses utiles^ aux vanités; j'ai ambitionné pour tous les citoyens la part la plus égale possible des travaux et des jouissances de la vie ; pour tout le pays d'Israël , des terres bien cultivées , de bonnes habitations , de riches troupeaux , une population saine , nombreuse , et contente. Il est laux que j'aie proscrit toute industrie; il est faux que j'aie eu en horreur, à l'exemple de l'Egypte, les nations étrangères: hors les violences dans lesquelles m'entraînèrent la nécessité des circonstances et la nature des temps, il n'existe au monde aucun législateur qui ait montré à l'étranger autant de justice , autant de tendresse que moi. Ce n'est pas tout : j'ai rêvé l'égalité intellectuelle , et, loin d'être jaloux de la supériorité que Dieu et mes travaux m'avaient donnée, j'ai nourri dans mon cœur l'espoir que toutes les lumières que j'avais seraient communes un jour aux moindres citoyens. Marchez donc, marchez sans crainte dans la doctrine du Jéhovah , à laquelle vous êtes revenus après tant de siècles , et la prospérité qui s'échappera pour vous de sa main, puissante , sera bien supérieure encore à celle; où vous prétendez. »
Dans le langage ordinaire , on donne le nom de richesses à une certaine quantité d'objets, quels qu'ils soient , dont la réalisation en argent monnoyé produirait une sommé plus ou moins grande. Dans un langage plus élevé, ce mot s'applique aux facultés comme aux choses. Sans métaphore, un Etat est riche de l'énergie, de l'industrie et de l'union des hommes qui l'habitent', autant que par son sol et par ses métaux )^ tel homme possède dans ses talehs une richesse non moins positive que celle de tel autre qui consiste en billets.
D'un autre- côté , les objets matériels qui peuvent être transformés en argent monnoyé , existent dans deux états diflPérens : l'état brut ou imparfait dans lequel ils ne sont d'aucune utilité directe 4 l'homme , et l'état parfait qui les rend susceptibles d'être immédiatement consommés * .
La richesse , proprement dite , s'offre lionc sous trois formes générales inextricablement liées : Tune est \e fonds de terre et toutes les matières premières : l'autre est Vacti^^ité inhé-
* Il faut distinguer la consommation des choses, de leur emploi. La chose consommée perd de sa valeur, la chose employée gagne. Un ébéniste consomme ses outils et emploie le bois de ses meubles j un peintre consomme ses pinceaux, emploie ses couleurs et sa toile \ un barbouilleur consomme sa toile , ses couleurs et ses pinceaux.