‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 4)Chapitre 42 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DB L*IBrDUSTRIB ET DES ARTS.

Les écrivains qui ont accusé Moïse d'avoir formellement repoussé l'industrie, oubliaient que l'agriculture n'est qu'une grande branche de cette industrie même , et que toutes ses lois avaient pour but de faire du pays d'Israël un atelier de production aussi actif et aussi bien entendu que pouvaient le permettre l'époque et la situation particulière du. peuple.

L'exploitation du sol exige des instrumens nombreux. Un sol d'une fertilité moyenne nourrit beaucoup plus d'hommes qu'il n'en faut pour le cultiver. Lors même qu'elle ne servirait pas à l'accomplissement de la plupart de nos besoins et à nos plaisirs , l'industrie proprement dite emporterait donc toujours avec elle cet avantage , de fournir de puissans secours à l'a-

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griculture et de protéger Tordre social , en uti- ^sant l'activité de la majeure partie des individus dont cette dernière branche n'a que faire.

Après avoir prescrit aux Hébreux de bien cultiver leurs champs, que leur recommande le législateur? de se loger dans de bonnes habitations. Voici ses paroles textuelles : « Travaille, et ton pays te rapportera de tout : tu mangeras et tu seras rassassié; tu bâtiras de belles maisons et tu y demeureras; ton gros et menu bétail, ton or , ton argent , tout ce que tu possèdes sera augmenté : mais^alors, que ton cœur ne s'enfle point jusqu*à oublier Jéhovah ton Dieu, qui t'a retiré du pays d'Egypte, de la Maison de servitude ®'. » Répéterai-je à l'appui la sentence de Salomon : « Fais ton ouvrage , travaille tes champs , ensuite embellis ta maison. » Mais le développement que le génie de Maimonide donne à cette parole fondamentale de Moïse est d'autant plus remarquable, qu'il renferme tout l'esprit de la loi hébraïque .

« Cette loi veut perfectionner deux choses :

le corps et l'intelligence. La première de ces perfections consiste à ce que le corps se trouve dans la meilleure disposition possible de santé. Or cela ne s'effectue point sans toutes les choses nécessaires : les alimens et tout ce qui regarde le régime diététique ; de bonnes habi-

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tâtions^ des bains ^ et tout ce qui à'ensuit. Un homme jie peut donc arriver seuVà cet état de bienêtre ; il faut la réunion des individus d'uqe cité Qu d'une contrée , ce qui revient à ce que j'ai déjà avancé : que l'homme est de sa nature un aninial politique et civil. Quant à la seconde perfection , elle a pour but de réduire en acte l'aptitude intellectuelle que chaque individu apporte en naissant; de lui faire connaître sur tout ce qui existe , tout ce qu'il lui est permis d'en connaître, suivant sa capacité personnelle. Mais il est évident qu'on ne peut atteindre cette deuxième perfection qu'après, avoir obtenu l'autre *• Comment un homme parviendrait-il à comprendre ce qui est intelligible , soit qu'on le lui enseigne , soit qu'il l'apprenne de luimême , s'il a à lutter contre la douleur , la faim, la soif, le chaud, le froid, et autres choses de ce genre ^^? »

Tous les objets de nécessité et de luxe , énumérés dans le Pentateuque et dans les livres postérieurs, font juger que, par rapport aux temps et aux circonstances, l'industrie et les arts n'étaient nullement, chez les Israélites, dans l'état de détresse qu'on a prétendu. Voyez en

* On voit dans tout cela les motifs qui ont fait appeler les Juifs peuple matériel et charnel, par opposition h ceux qui ne regardent lia chair que comme un objet méprisable

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effet la contradiction ! On a élevé au plus haut degré l'habileté^industrielle des Egyptiens, et Ton s'étonne que les fils de Jacob , qui avaient travaillé parmi eux et avec eux , fussent avancés sur beaucoup de points ! Il faudrait alors accuser leur intelligence : mais la contradiction ne cesserait pas d'exister, puisque les œuvres de leur intelligence même ont exercé l'action la plus générale, la plus profonde et la plus durable sur l'espèce humaine.

Ils faisaient usage de diverses étoflFes de laine, de lin , de coton , quelques uns disent de soie , de bjsse , qui était d'une nature plus fine encore que la soie et qu'on retirait d'un végétal sur lequel les avis sont partagés, et de poils de chèvre. Pour les obtenir ils réduisaient la matière en fil , et la tissaient avec la navette ou la travaillaient à l'aiguille. Ils eurent aussi des métiers ^^.

Les principales couleurs employées dans les premiers temps étaient le bleu céleste , le cramoisi, le pourpre, le jaune, qu'on obtenait, soit au moyen des végétaux, soit de quelques poissons à coquilles, soit des minéraux dont les Egyptiens et les Phéniciens leur avaient appris l'usage. On s'efforçait surtout de donner un beau blanc aux toiles qui formaient les tuniques et plusieurs autres parties des vêtemens.

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Les étoffes les plus riches entremêlées de fils d'or portaient toute sorte de dessins et étaient ornées de franges de diverses couleurs ^°. Les règlemens traditionnels prouvent que de tout temps la teinturerie fut un état très-pratîqué chez les Juifs. J'ai déjà compté la garance, le carthame, l'indigo, parmi les objets de culture : ils se servaient aussi de l'arbrisseau appelé hen-' nehy qui fournissait des nuances aurore, du kermès, qui est une excroissance faite sur le chêne par la piqûre d'un insecte, et de beaucoup de colorans d'une moindre importance»'.

Quand Moïse demanda au peuple, pour la confection du tabernacle, une partie des choses précieuses qu'on avait exigées de l'Egypte, les femmes industrieuses filèrent du fin lin , des poils de chèvre et des matières d'une couleur bleu céleste, pourpre, et cramoisi, qui, dans les mains d'hommes habiles, furent transformées en tapisseries très-longues , très-larges , semées de belles figures d'un travail délicat et jointes les unes aux autres par des crochets d'or *• Ils firent en même temps avec les poils de chèvre

* Remarquez que Moi'sc ne pouvait pas donner le nom d'ouvrages délicats et d*artistes intelligens à des œuvres grossières oa à des hommes inhabiles ; il avait passé toute sa jeunesse au milieu des grandeurs de la cour égyptienne.

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des espèces de nattes dont on recouvrit le tabernacle, et qui furent recouvertes à leur tour de peaux de mouton teintes en rouge ^\

Les détails de l'Exode, sur les proportions des pièces qui formaient la charpente de ce temple portatif et sur toutes les choses qu'il renfermait, indiquent Tusage d'une foule d'instrumens propres à compasser , à mesurer, à égaliser.

Avec l'art du charpentier, du fondeur, du potier, les Hébreux apportèrent d'Egypte l'art de graver les pierres précieuses en creux comme des cachets, de travailler les métaux, de plaquer en or et de mouler, si ce n'est de sculpter, en bosse et en relief ^^

En conséquence , rien de plus inexact que la défense qui leur aurait été faite de tracer des figures. Le législateur ne leur interdit que les images devant lesquelles on avait coutume de se prosterner; que la représentation de la divinité sous la forme d'un homme , d'une femme', on de tout autre créature. Hors de là leurs goûts étaient libres *. Ne fit-il pas sculpter lui-

* Est-ce seulemcDt par une .superstition religieuse que les Juifs refusèrent avec opiniâtreté de > oir les aigles romaines apparaître dans leurs murs, et la statue des empereurs s'élever dans le sanctuaire ? L'insurrection générale qui éclata bientôt après , et dans laquelle les zélateurs avaient pris pour devise : Lamort plutôt que iti snH'i'tncfe (Jost'phe, Guerre judàiff., cbap. xxx ), explique la «hose.

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même, sur Tarche, et broder sur les rideaux du tabernacle de belles figures humaines avec des ailes? La vaste cuve du temple appelée la mer d'airain ne fut-elle pas posée sur douze bœufs de ce métal, et les soubassemens du sanctuaire n'offraient-ils pas des images de bœufs, de lions, et des figures d'hommes ^'*?

Avouons toutefois , que la seule défense de donner à la Divinité des formes sensibles dut arrêter le génie des beaux-arts dans ses plus nobles élans. C'est lorsqu'ils étaient soutenus par l'espoir de faire tomber la Grèce entière aux pieds du dieu que leur ciseau allait produire, qu'un ardent enthousiasme s'emparait des Phidias et des Praxitèle. Mais, pour obtenir quelques chefs-d'œuvre , Moïse pouvait-il offenser la vérité , retenir les citoyens prosternés devant une pierre, et braver les conséquences alors si funestes, de cette erreur?

Leurs occupations , durant les périodes de repos dont ils jouirent sous les juges, ne nous sont pas assez connues. Si dans les livres de Samuel ou voit que les Philistins ôtèrent pendant quelque temps à une partie de la nation les moyens de forger des armes »^ , il ne faut pas conclure de cet accident leur inap* titude ou leur répugnance pour l'industrie; bientôt après, sous le règne de David, il$

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traTaillèrent le fer et ils surent s'en servir avec avantage .

Le règne de Salomon fut brillant pour les arts. Les travaux du temple , les maisons royales, leur riche ameublement, des jardins agréables, de beaux ouvrages en or et en argent , en ivoire , des concerts composés de chanteurs ;, de chanteuses et de toutes sortes d'iiistrumens de musique, prouvent les encouragemens qu'il leur donna. Des villes et des'forteresses furent bâties et réparées®^; la brillante Palmyre ou Tadmor^ située au nord^estde la Judée, au-delà de Damas, lui dut l'existence *; les grands chemins dont l'entretien avait été fortement recommandé par Moïse furent multipliés : dans toute la Bible , un des principaux signes de décadence est exprimé en ces termes : « Les grandes routes ne sont plus battues, les chemins de Sion wènent deuil ^t, » Salomon, dit l'historien Josèphe, avait fait paver en pierre noire tous ceux qui aboutissaient à Jérusalem ^^. Qu'importe que ce roi ait écrit au roi de Tyr : « Ordonne

* Palmyre et Tadmor signifient, Tun en grec, Tautre en hébreu , palmier. Un soi fertile , des eaux pures , dans un canton que des sables arides enveloppaient de tous côtés et que la nature semblait 9éparer de tout autre terre; placée dans un état d'indépendance entre deux grands empires : la première attention des Romains ainsi que des Parthes, dans la circonstance d'une rupture, fut tou^ jours de s'assurer do Palmyre {£nc/cl. métkod., art. Palmyre ).

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qu'on coupe des cèdres du Liban et que tes serviteurs travaillent avec les miens ; car tu sais qu'il n'y a pas de gens parmi nous qui s'entendent mieux que les Sidoniens à couper et à faire voyager le bois de construction. » Cela marque une branche particulière du commerce des Sidoniens , et rien de plus. Qu'importe qu'il ait appelé un célèbre artiste, fils d'un Tyrien, pour présider aux travaux du temple. Hiram n'était point entièrement étranger, puisqu'il appartenait par sa mère à la tribu de Dan ou à celle de Nephtali : d'ailleurs , faudrait-il en cou* dure qu'il n'y avait pas d'artistes en Judée ? le texte dément cette assertion. La lettre de Salomon au roi phénicien est conçue en ces termes : « Envoie-moi maintenant quelqu'homme trèshabile à travailler en or , en argent, en airain, en fer, à faire des ouvrages de couleurs variées, et qui sache graver, afin qu'il s'entende avec les artistes que j'ai avec moi en Judée et à Jérusalem. » Et le roi de Tyr répondit : « Je t'envoie un homme des plus habiles , issu d'une femme de la tribu de Dan, il sait tout ce que tu exiges; il fera toute sorte de gravures et de dessins, et il travaillera avec les hommes d'esprit que tu as et qu'a eus mon seigneur David ton père ^^. » Comment, en effet, cet artiste remarquable aurait-il accompli, seul, le

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nombre étonnant d'ouvrages précieux qui sortirent sHors des ateliers juifs; entre autres ce trône dont on n'avait jamais vu le pareil. Il était d'ivoire incrustée d'or; on y montait par six degrés; le dossier était rond; deux lions sortaient des accoudoirs, et chaque degré portait un lion d'un côté et d'autre ■"°.

Mais lors même que le texte ne donnerait pas tous ces détails , pourquoi ne pas tirer de la demande de Salomon cette conséquence, avant toutes les autres : que les Hébreux honoraient le talent étranger, et qu'ils ne professaient pas rinsociabilité qu'on leur a si souvent reprochée. Les maçons du roi se lièrent bientôt avec les maçons de Tvr par une espèce de compagnonage, un véritable nœud de fraternité; d^où est sortie, avec des ornemens empruntés à l'Egypte et à l'Inde , la pensée de faire fraterniser des ouvriers de toutes les nations, pour la réédification morale du temple de la Vérité.

Sous les règnes subséquens , des villes , des forteresses nombreuses s'élevèrent avec leurs arsenaux ; on inventa des machines de guerre , on déposa toute sorte de vases précieux dans le trésor public, et des aqueducs furent dirigés vers Jérusalem *°'. Isaïe , se plaignant du luxe des filles de Sion , énumère presqu'autant d'objets qu'en peut offrir la toilette d'une femme

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moderne. « Les filles de Sion portent la gorge découverte , leur regard est hardi , leur démarche bruyante : c'est pourquoi l'Eternel les punira. Il leur ôtera toute leur parure; les chaussures garnies de sonnettes , leurs réseaux précieux , leurs croissans d'or , les colliers , les bracelets, les voiles, les tiares , les jarretières, les ceintures , les corsages , leurs pendans d'oreille , les anneaux , les ornemens placés sur le front , les robes superbes , les tuniques , les manteaux , les bourses élégantes , les miroirs de métal , le linge fin , les bandeaux , les capuchons , leurs parfums '"' ; tout ce qui flatte leur

vanité *. »

Toutes ces grandes maisons contre lesquelles s'emportent les prophètes , ces palais de pierre de taille; ces logemens d'hiver et d'été; ces maison^ à* ivoire ^ dans lesquelles des maîtres nonchalans se couchent sur des lits précieux , se nourrissent du meilleur des troupeaux , boivent le vin dans de larges coupes, s'enivrent des parfums les plus exquis , fredonnent au son Ae% instrumens, et composent comme David des paroles pour les mettre en musique, sans s'in-

* Sur chaque mot du texte il y a divcr>ité cropinions j maia toutes s'accordent pour indiquer vingt-deux objets de toilette^ tous riches ou élëgans.

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quiéter en rien des plaies du peuple '"^ , attestent une certaine industrie.

A l'heure de la captivité, les artistes étaient très-nombreux à Jérusalem. Sur dix mille chefs de maison transportés à Babylone, lors de la première invasion , il y eut mille maîtres d'ateliers, en bois ou en métaux '*'^. Dans son histoire de l'Art, Winkelman leur donne une destination particulière , très-hasardée , sans doute ; mais la remarque qu'il fait n'en a pas moins de valeur. » Noussommes très-peu instruits de l'art, chez le peuple hébreu; il faut pourtant qu'il l'ait porté à un certain degré de perfection , du moins pour le dessin et pour le fini du travail ; car parmi les artistes que Nabuchodonosor amena captifs de la seule ville de Jérusalem, il y en avait mille qui travaillaient en ouvrages de marqueterie : on aurait de la peine à en trouver autant aujourd'hui dans les plus grandes villes '**\ » Enfin, les qualifications d'hommes d'esprit, d'hommes intelligens et savans *°^, que les Hébreux se plaisaient à accorder aux citoyens industrieux, aux artistes renommés, semblent prouver qu'ils avaient pour eux la considération qui anime l'industriç et les arts, et qui est leur première récompense. Au nombre des hommes qui font la force de Juda, Isaïe ne manque pas de compter V artiste habile '""'^

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11 n'existe pas des documens détaillés pour la période qui sépare le retour de la captivité , de l'élévation des M achabées : mais comme la loi du jubilé «fut alors négligée , comme il se forma une classe de grands propriétaires, le nombre des individus obligés à chercher leur existence dans des arts purement industriels dut s'accroître. C'est aux princes dont je viens de parler que remontent les plus anciennes monnaies hébraïques aujourd'hui connues. Cependant, divers auteurs pensent que, dès les premiers temps, les Hébreux eurent des pièces marquées à leur coin : on ne peut douter qu'ils ne travaillassent les métaux; or, si les autres peuples avaient des monnaies , pourquoi s'en seraient-ils privés ? pourquoi auraientils eu recours aux monnaies étrangères? cela ne s'accorderait point avec leur caractère national. Sur ces premières pièces on aurait gravé, d'un côté Jérusalem , de l'autre la figure ou seulement le nom du roi. Dans les pièces des Machabées , un côté porte une coupe , ou un vase du temple , ou une lyre ; l'autre , un palmier , une gerbe , une feuille de vigne avec le nom de la monnaie et l'année depuis la délivrance de Sion. Leurs successeurs arrivés à la royauté y firent imprimer leurs images * .

* D'aprcs Maimonide , le sicle d'argent , ou la pièce, renfermait

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Dans le cours de sa tyrannie , Hérode déploya par politique la magnificence romaine. Des villes, des ports, des temples, des palais superbes, en l'honneur des empereurs, ses maîtres, furent construits et ornés d'objets précieux. L'ordre d'architecture grecque , déjà introduit du temps des M achabées , fut substitué au goût égyptien qui avait dominé dans les âges antérieurs.

Mais on a demandé, d'une manière générale, pourquoi les Hébreux n'ont pas laissé , à l'exemple des Egyptiens eux-mêmes , quelques uns de ces grands monumens de pierre ou d'airain qui luttent avec succès contre les siècles *. La

<ie ce métal pur le poids de cent soixante grains d'orge, Calmet Testime Sa sous 5 deniers; Brerewood le porte à 3 liv. 9 s. : suivant d*autres, il équivalait à a fr. do c. Le sicle se divisait en den»i-sicle ou béka, en tiers de siclc et en quart de sicle, drachmes ou deniers : il se décomposait aussi en 20 guéra ou oboles. Il fallait 60 siclcs pour la mine : 5o mines faisaient le talcttt d'argent , et 16 talens d'argent le talent d'or. ( Voyez Gilmet, sur tes Jffonnaies des Hébreux; Encyclop, méthod., art. Monnaie; dans Koscnmuller, Exod. xxx; Garnier, Histoire des Moruiaies.)

* « Il ne nous reste rien de l'architecture primitive des Juifs à Jérusulrm que la piscine probatique. On la voit encore près de la porte Saint-Etienne , et elle bornait le temple au septentrioD. C'est un réservoir long de cent cinquante pieds et large de quarante.... Cette piscine est maintenant desséchée et demi-comblée ; il y croit quelques grenadiers et une espèce de tamarins sauvages dont la \erdure est bleuâtre ; l'angle de l'orient est tout rempli de nopab... Joicplic appelle cette piscine Stagniun Salomonis; l'Evangile la nomme probatique , parce qu'on y puriûait les brebis destinées aux sacrifices.... Je mets les sépulcres des rois et les tombeaux ^'Absalon, de Jobnphat et de Zacharic , au nombre des monumens

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nature de leur pajs ne le comportait pas : une haute politique avait fait prescrire de n'élever dans l'Etat qu'un seul temple ; et il n'existait pas une grande partie des citoyens jetée dans les derniers rangs et dont le repos offrît de graves dangers à la classe dominante. La construction des fameuses pyramides , dit Voltaire , est une preuve de l'esclavage des Egyptiens : rien ne pourrait contraindre un peuple libre à élever de pareilles masses '*'^. Leur temple, le palais de leur loi est le seul édifice monumental dont les hommes gardent le souvenir. Il partagea les destinées de ceux à qui il devait l'existence : après avoir servi de forteresse dans les derniers efforts de la liberté , ils s'écroulèrent ensemble sur les ennemis. On admire Sparte qui n'a rien fait pour les arts; et quelle trace eût laissé Rome républicaine *?

De tout ceci , comme on voit, je ne veux pas

grecs et romains exécutés ]>ar l(>s Juifs, m (M. de Chateaubriand , Itinéraire , loni. II. )

* Les beaux-arts ont ce double caractère de servir d'asile aux grandes idé<?s de simplicité, de lib<îrlé et de beauté, lorsqu'elles sont chassées de la société humaine j et d'être ensuite le foyer d'où CCS mêmes idées s'élancent pour se répandre encore <Ians la société. Les arts de Rome dégénérée recueillirent Phéritage de Home vertueuse. Les arts dans le moyen âge ayant réveillé toutes les nobles pensées, nous reudirent le dépôt (pii avait été renfermé dans leuc sein.

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inlérer que l'industrie et les arts soient arrivés à un haut degré de perfection chez les Hébreux : ce n'était pas leur principal objet , et l'on conçoit très-bien une division générale de travail parmi les peuples comme parmi les membres d'une même société. Mais leur législation ne renferme aucun dessein de leur être contraire ; bien loin de là, elle pose les principes les plus propres à leur donner l'essor dans des tenïps opportuns ; elle fait du travail une obligation universelle , et elle présente sans cesse la paix et les jouissances réglées de la vie comme le terme des efforts de l'homme.

Au milieu du déluge d'accusations plus ou moins fondées auquel chaque historien se croyait indispensablement tenu envers les Juifs , on n'a pu s'empêcher de reconnaître que cette nation ait porté de puissans élémens d'industrie dans tous les pays où elle a passé. L'esprit méthodique et positif de leur loi donne, encore plus que tout autre chose , la raison des succès qu'ils obtinrent en ce genre. Mais les circonstances ne leur permettaient pas de fournir une longue carrière. Il y avait une opposition si profonde entre leurs besoins, leurs croyances, leurs* intérêts et leur fanatisme particuliers et ceux des peuples , pour la plupart étrangers à toute idée de législation et d'ordre public , dans le seia

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desquels ils se trouvèrent jetés malgré eux, qu'il en résulta bientôt des chocs dans lesquels leur faiblesse numérique les rendit victimes *. Il leur fut donc impossible de mettre de la suite dans leurs travaux industriels ; par conséquent d'en retirer pour eux-mêmes et pour les autres tous les avantages moraux et matériels qu'ils doivent produire. Déjà avant la ruine de Jérusalem les discordes civiles et les faveurs de quelques princes en avaient conduit un grand nombre en pays étranger, et surtout en Egypte et à Cyrène : mais la paix qui les avait attirés ne dura pas long-temps. Dans son Oraison contre Flaccus, gouverneur de cette province, Philon le juif, qui semble armé de toute l'éloquence de Cicéron, retrace les causes et le tableau des malheurs qu'ils y éprouvèrent : on dirait le résumé de tout ce qui leur est arrivé depuis. C'est par la libre concurrence et non par des massacres qu'il voulait qu'on luttât contre eux. « Dans les provinces de l'Europe et de l'Asie où ils s'étaient

* En parlant du massacre qu'on en fit dans plusieurs villes d'Espagne , où d*ardens fanatiques allaient de maison en maison pour encourager à ces exécutions sacrilèges, un historien ajoute avec un regret naïf : « Cette portion de Tliumanité était bonne au moins k réveiller l'industrie , à payer des impôts, et à fournir des hommes qu'un gouvernement plus doux aurait ramenés à la véritable croyance. » (Ifist. de Ferdinand et d'IsaheMe, tom. I , p. ioq-BSS. Paris, 1796.)

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répandus , les Juifs , dit-il , se livraient au travail avec zèle ; ils conservaient un saint respect pour la métropole qui renfermait le temple du Dieu Très-Haut ; mais ils ne se montraient pas moins attachés à leur nouvelle patrie qu'au séjour de leurs ancêtres. Combien, en eflPet, serions-nous coupables de ne pas payer de réciprocité ceux qui nous permettent de vivre selon.

nos mœurs! Mais l'ambition et l'avidité de

Flaccus changea leur sort. Pour se faire valoir de la multitude, il résolut d'opprimer les Juifs. . . . Les Egyptiens séchaient d'envie , ce vice qui leur est naturel , soit à cause des succès des Juifs, soit à cause des faveurs que les empereurs leur avaient accordées , soit par une antique haine. Ce n'était point la classe éclairée et juste de la nation , mais cette multitude oisive , paresseuse , qui ne s'occupe qu'à parler , qu'à médire et à

enfanter des calomnies On commença par

l'outrage ; on voulut ensuite les obliger à des choses contraires à leur culte et inutiles à l'ordre public , à recevoir dans leurs assemblées

religieuses la statue de l'empereur Bientôt

Flaccus publia un édit violent, leur ôta le droit de se défendre , les condamna de prime abord ; et, ce qui est le dernier terme de la tyrannie , il réunit en lui les divers rôles de dénonciateur, d'ennemi, de témoin, de juge et d'exécuteur.

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Enfin les Juifs furent forcés dans leurs domiciles et dans leurs ateliers ; on les dépouilla de tous leurs biens , on les traita comme les babi-

tans d'une ville prise d'assaut Mais ces

rapines étaient moins fatales encore que la destruction complète de toute industrie : plus de sûreté dans les transactions ; le Juif, livré à l'agriculture , à l'état de pilote , de commerçant, d'ouvrier, ne peut continuer ses travaux ordinaires Bien plus, la pauvreté pesante que

nous lèguent nos ennemis n'est pas le comble de nos infortunes ; ils nous affligent de tant de manières, ils nous accablent de tant dejourmens, que celui qui veut les rapporter semble tomber dans l'exagération, et qu'on nç trouve pas des mots propres pour rendre une cruauté si inusitée '''9. »

3ao LrvRfe m. — chap. vi. '^

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