‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 1 sur 73 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

L*lioai«« |fl^^ TMI aneai qu* Hmoum fort ; et cdui qsi mtmwm wb c«nr mimi q«« l'K ^i prmd àm tiIIm.

PbOT. ITIy Ss.

L'agitation que les irruptions successives des Assyriens portèrent sur les rives occidentales de TAsie et en Egypte ; les déchiremens occasionnés par la division des successeurs d'A-

in.

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lexaiidre, el les guerres des Romains, a\:aien! développé chez tous les peuples une agitation morale correspondante. De toutes les causes qui exoitent la pensée, le malheur est la plus féconde. Il nous force à nous .replier sur nousmêmes, et à saisir l'état des oh jets extérieurs, afin d'échapper par quelque coin à la main cruelle qui nous oppresse.

Alexandrie est la ville où cette disposition fut suivie des plus grands résultats , où le choc et le mélange des idées s'accomplirent de la manière la plus active et la plus directe. Sa situation centrale entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe; l'accueil et les cncouragemens que les Ptolémées accordèrent aux savans de tous les pays, et le puissant attrait qui appelait les uns vers les autres tous les hommes doués de quelque intelligH^, relevèrent au plus haut degré de splendeur. Les opinions de tous les peuples, de toutes les sectes connues, y déployèrent leurs ressources. Le mysticisme de l'Orient, les anciennes doctrines de l'Egypte el de l'Ethiopie, la philosophie grecque, eurent leur trihune et leurs représentans. Les Juifs, qui entraient pour une partie considérable dans la population, ne restèrent pas en arrière. Leur rôle est en première ligne. Après de longs débals, des travaux iiiouïs, une émission prodi-

gieuse d'écrits de tout genre , le champ de bataille leur resta, en ce qui regarde Tordre moral ; et il sortit de là les préliminaires d'une espèce de traité tacite, qui reçut bientôt une forme vivante^ et dans lequel tCHiles les doctrines consentirent à reconnaître le mosaïsme pour leur suzerain^ sauf des conditions et des modifications diverses* Ce traité et cette forme tont le christianisme • Sa force se composa de celle de tous les élémens qui se réunirent dans son sein ; plus, le surcroit d'énergie qui résulte de la combinaison et de l'ensemble.

Cependant trois classes de juifs refusèrent d'accéder au nouveau pacte, les uns par superstition, les autres par un sentiment dont ils ne savaient se rendre compte, ceux-là enfin par une conviction profonde. Tous furent d'accord sur ce point, que la nouvelle forme renfermait des principes contradictoires ; qu'elle avait détourné l'ancienne doctrine de sa voie naturelle ; et qu'elle ne pouvait être que transitoire. Ainsi le mosaïsme conserva ses cohortes, et devint ' une véritable opposition religieuse qui, bientôt privée du droit de se faire entendre, protesta dans tous les climats de la terre par sa seule présence, et qui, en butte aux violences et aux outrages avec lesquels l'injustice du plus fort espère abattre ou déshonorer la constance du

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plus faible, sVnveloppa en quelque sorte dans son manteau.

Mais nous avons laissé Moïse et les Hébreux dans le désert, pour suivre le sort de ses institutions et \e caractère particulier qu-elles donnèrent à ce peuple ; revenons quelques instans à lui-même; nous dirons ensuite le principe d'4)rganisation sociale qui forme le chaînon réel entre la morale chrétienne et Tisraélisme.

Il est -des faits arrivés à certaines époques qui ne deviennent intelligibles qu'aux hommes à qui il a été réservé de traverser des époques analogues. Lorsqu'après avoir retracé les terribles jugemens rendus par Moïse , le Pentateuque assure qu'il n'existait pas sur la terre un homme plus doux que lui ', on serait tenté de prendre ces/ paroles pour une raillerie, si l'expérience ne nous avait dévoilé tout ce que le besoin, bien ou mal conçu, d'un salut général peut commimiquer aux cœurs les plus débonnaires.

On se souvient de l'arrêt d'exil qui fermait à toute l'ancienne génération la terre-promise. Les séditions se multiplièrent; et certes, si la conduite du législateur est justifiée par la nécessité où il se trouvait de tenter un entier renouvellement des idées, la souflFrance, éprouvée au milieu des déserts par les Hébreux^ et le

sacrifice qu'on exigeaitd'eux, du présent à l'avenir^ expliquent d'une manière bien naturelle les mécontentemens dont ils donnaient de fréquens témoi^ages.

De tous les événemens que cet état des choses fit naître^ la conjuration de Goré le lévite, de Dathan et d'Âbiram, fut le plus déplorable.

Deux cent cinquante membres du conseî 1 général avaient suivi leur impulsion. Leur dessein était de nommer un autre chef pour sortir, à quelque prix que ce fut, du désert. La dignité accordée à Aaron servit de prétexte. Au jour inarqué les conjurés réunis s'emportent en reproches contre Moïse. Il n'en est pas ébranlé : «Vous avez tort, enfans de Lévi, j'ai fait pour vous tout ce qui convenait. Quel est celui qui pourra dire que je lui ai pris quelque chose ; que je me sois rendu coupable de la moindre injustice? Songes-y, Goré, je te laisse jusqu'à demain pour réfléchir; si tu ne reviens à des sentimens meilleurs, ose prendre l'encensoir et te présenter avec tes partisans devant l'Eternel. » En même temps il envoya à Dathaii et à Abiram l'ordre de comparaître devant l'assemblée des soixante-dix anciens. Ils s'y refusèrent : « N'est-ce pas assez^ que tu nous aies retirés du bon pays d'Egypte pour nous faire mourir dans le désert? prétends-tu encore nous dicter des lois? ne sommes-nous pas

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tous également saints aux jeux de l'Eternel? Oii est le pays de miel et de lait dans lequel tu devais nous conduire ? Où est l'héritage de champs et de vignes que tu nous avais promis? Nous ne t'écoutons plus. »

Le lendemain tous se présentent devant le tabernacle. Coré, l'encensoir à la main^ s'efforce d'exciter le peuple. Mais Moï^ apparaît à la tête des anciens d'Israël; il fait reciilerCoré, Dathan et Abiram vers leurs tentes; il ordonne à tous les Hébreux de s'en éloigner; et leur annonce d*une voix redoutable que ces hommes ▼ont subir un genre de mort jusqu'à ce moment inconnu. En effet, une explosion semblable à œile d'une mine ouvrit la terre et les eng^utit\

Je me borne à rapprocher ce fait de la science que les anciens avaient^ dit^n^ dans l'emploi du feu 9 et je ne m'arrête ni à la plaie éjpidémique qui frappa plusieurs mille hommes , et qui fut signalée comme une punition du Ciel; hi aux fleurs qui germèrent préférableinenl sur la verge d'amandier offerte par Aaron. Une chose plus importante sous le rapport politique , est la disparition de ce dernier après une a'ûtre révolte. Moïse^ accompagné de son frère tetd'Eléazar fils de. son frère, gravit la montagrfé de Hor, fit quitter à Aaron ses vêtemens sacèb-

MORAtE. 7

dotaux et en revêtit Ëléassar. A dater de ce moment^ le grand-pontife fut compté pour mort, et les enfans d'Israël , dont les murmures n'avaient été occasionnés que par leur fAcbeuse position, le pleurèrent pendant trente jours daiiis la plaine ^

Or c'est ce Moïse si terrible envers les autres, envers sa propre famille, envers lui-même, dès qu'il voit du danger pour la conservation du peuple, qui, lorsqu'il s'abandonne sans crainte à ses itispirations ou à ses souvenirs, trouve lés accèns les plus doux. J'ai dit que l'Evangile n'avait pas un précepte de morale pi'atique qu^ lui appartînt en propre ; qu'il n'a fait que donner une plus grande eltension aui principes* Israélites réunis en corps de doctrine plusieurs sièctes aVàiït Socrate et Platon. On en découvrira la preuve dans ce livré .

La rtiorale peut être considérée sous un doublé point de vue. Dans sa généralité elle embrasse tout ce qui regarde l'homme, et se confond avec la ][^ilosopbie dont lé but est de distinguer le vrai, du faux; ce qui convient, de ce qui est nuisiUe. La même chose arrive à toutes les autres branches des connaisisances humaines:

considérées dans leur plus vaste étendue, elles attirent tout dans leur sein; ou, si je puis me îiervir de celte image, elles ne îsonl que des

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portes différentes^ pour introduire dans l'unique édifice de la science de Vliomme *.

Mais dans son acception ordinaire la morale offre un sens plus restreint; elle préside aux rapports particuliers des individus^ et sert de complément à la législation, par les soins qu'elle prend de prévenir les iniquités qui échappent de leur nature à la puissance des lois.

Ces deux parties d'un même ensemble doivent donc reposer sur les mêmes principes. Gomment admettre à la fois la fraternité morale et l'inégalité politique ? comment soutenir l'existence de la liberté morale et rejeter l'autre ? « Si vous ne remplissez pas vos devoirs de citoyens, dit la Législation, si vous enfreignez les • défenses qui vous sont faites, je déploierai aussitôt ma sévérité contre vous. — Vous pouvez, en m'ôtitrageant, vous soustraire à la sévérité des lois, dit à son tour la Morale ; mais partout ou il j aura désordre, le mal suivra; les re-

* C*cst en ce aens que le mot industrie^ sorti de ses limites vulgaires, a été appiicpié à la science du développement des forces. Alors sta professeurs ont eu le droit de répéter le protocole usité de tous les savans : a II n*est pas de science plus étendue, pkis utile et plus belle que celle dont nous parlons : toutes les autres sont appelées à lui ofiVir le fruit de leurs veilles. En efiet» le discernement, la raison, le savoir, Fimagination , le génie, Tenthousiasme» les affections, Tamour, les passions, notant que des forces modiâées, doivent irrévocablement rentrer dans le système ÛHiustriel. »

mords, les douleurs, les revers privés et publics seront votre punition inévitable. »

La morale a dû s'exprimer dans tous les lieux où des hommes ont été réunis. Toujours l'être souffrant a réclamé du secours; toujours le faible, opprimé, a intéresse les cœurs généreux. Mais il y a loin de quelques préceptes isolés, à «m grand ensemble moral dont toutes les parties se fondent sur la nature de Thonmie. L'une de ces choses appartient à l'enfance de l'ordre social, l'autre à sa maturité ; et sous ce rapport, Tauteur du Pentateuque, lors même qu'il n'aurait pas aperçu toutes les faces de la nature humaine, était en avant de son siècle de plusieurs milliers d'années.

Les principaux caractères de la morale écrite d'Israël sont ïa franchise et la simplicité. Qu'on admire ce précepte, qui est dû originairement à Jérémie : « Présentez la joue gauche à celui qui vous aura frappé sur la droite ^. » L'homme ne fait point cela. Qu'on s'écrie : «Méprise-toi loi-méme », Moïse avait en vue d'inspirer beaucoup d'estime d'eux-mêmes à ses disciples.

C'est pourquoi l'orgueil, et non l'hypocrisie, semble le défaut dans lequel ils tombèrent plus particulièrement .

En principe fondamental, pour rendre heureux un seul citoyen, sa postérité comprise, il

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faut le bonheur de tout le peuple ^ qui exige à son tour celui de tous les citoyens. Si une pièce de la machine est en soufiPrance, toutes les autres s'en ressentent. Il existe donc un état conye^ nable à ces pièces elles-mêmes prises à part. Sous cet aspect la morale se confond presque entièrement avec l'hygiène ou la science qui prescrit les moyens dé conserver la santé : « Jouis de tout, mais évite tous les excès^ disent S»lomoû, les prophètes et les docteurs, ils con^ duisent pronq>tement à la mort. Dirige les désirs et les aflfectioûs de ton km» selon les règles de la saine raibon^ afin de produire dans ton être une harmonie parfaite > de laquelle dépendent les sensations douces, beaucoup d'intelligence, et une longue vie ^. »

Au sujet des rapports entre individus, la morale commande la bienveillance, l'amour, l'âs^ sis tance, l'indulgence réciproques, tout ce qui tend à conserver les êtres ^ tout ce qui leur évite des froissemens par lesquels ils sont trop prompt temetit usés. Ce sont les préceptes relatifs à cet état de choses que je retracerai bientôt.

Gomme devoir envers la patrie > elle ordonné aux citoyens non-seulement de remplir là volonté des lois, et d'élever leurs esprits jusqu'aux grandes vérités desquelles ces lois déc30ulent, mais de la i^mplir avec affection et xèle ; d'être

MORALK. f t

inibtts d'un amour sans cesse actif pôuf le bien, d'une haine sans cesse active contre l'oppression . « Ecoute Abner », diisâit le grand -pontife Joad, formant avec les priticipaux capitaines* de l 'armée et aveu les a^cietis d'Israël une conjuration c(ui devait rendre à la loi son poiiVoif , et au {peuple ses droits :

« Je saib que Tinjustice en secret vous iirite , » Que vous avez encor le cœur Israélite ; » Le ciel en soit loue! Mais ce secret coiutoux, » Cette oisive vertu, vous en contentez-Tous? »

« Ce n'est pas en affligeant ton âme un jour, en te couvrant d'un sac et de cendres, que tu te rendras agréable au Dieu d'Israël, s'est déjà écrié, d'une voix digne de traverser les siècles, le prophète Isaïe, mais en dénouant les liens de la méchanceté, en détruisant toute espèce de joug, en laissant aller libres ceux qui sont foulés, en brisant toute oppression *. Alors ta lumière éclorra comme l'aube du jour; la guérison de tes maux commencera à l'instant; la justice marchera devant toi, et la gloire suprême sera ton arrière-garde ^. »

•Celui qui dfl au ni<k*hhnf (on pouvoir), tu ci juste, .sera maudit par les pcu|»le5> détesté par les nations ; mais ceux qui \v. r<5prii^nden( leur seront ngr^bles. et la bént^diction se répandra sur eux {Ptvs^. xxiv, i^ ).

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« Celui qui ne connaît pas le texte des lois et les règlemens^ disent les docteurs^ et qui ne s'occupe pas des discussions à ce sujet, est indigne d'habiter parmi les hommes. Deux ou trois individus qui se promènent, ou qui font ensemble un repas, ne doivent pas se quitter sans avoir parlé quelques instans de la loi ; car là où il n'y a pas de vie politique, il n'y a point de loi; et là où il n'existe pas de loi, il n'existe pas de peuple 7. »

Enfin la morale doit présider aux rapports des peuples. J'ai démontré la grande erreur qu'il y avait à dire que la loi de Moïse inspirait , par principe, de l'inimitié aux Hébreux envers les peuples étrangers. J'ai prouvé au contraire qu'elle leur recommandait la justice pour tous, et qu'elle leur donnait l'assurance qu'un jour toutes les nations seraient également heureuses. Mais, outre l'amour de la justice et l'espérance d'un bonheur commun, il doit exister entre les peuples dont la réunion forme l'humanité, comme entre les citoyens qui forment le peuple, une affection, puissante qui les intéresse les uns à la prospérité des autres, et qui fasse dominer chez eux cette pensée, que pour le bien parfait de chacun, le bien de tous est indispensable. Or ce sentiment ne fut pas assez développé chez les Hébreux : le temps et t'état

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«les choses s'y opposèrent. Comment le législateur aurait-il excité ce peuple à prendre une part active aux événemens de l'extérieur, quand il était si difficile de maintenir l'union de ses propres élémens !

Mais lorsque les circonstances changèrent^ lorsque l'accroissement et le mélange des populations eurent fait sentir la nécessité d'établir entre elles des points de contact qui leur permissent de se combiner et de se confondre, l'extension du principe ibndamental de la doctrine de Moïse surgit du sein même des Hébreux. Après avoir proclamé un Etre universel qui embrasse tout, qui est tout et partout^ le législateur avait représenté le peuple comme un être vivant, du nom d'Israël, qui comprend tous les citoyens, qui est tous les citoyens et qui commande à tous; il l'avait représenté comme un seul homme dont les membres, outre leur vie particulière, ont une vie d'ensemble Les Juifs novateurs complétèrent la doctrine en disant : « Non -seulement le peuple d'Israël, mais l'humanité tout entière doit être regardée comme un seul homme, comme un être de raison dont tous les hommes sont les membres, et qui souffre des injustices et des malheurs dont le globe terrestre est le théâtre, de la même manière qu'un homme réel souffrirait si ses

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membres étaient déchirés, si son cœur était percé de coups. »

Tel eat le Si^qs naturel de la figure de Jésus* Christ 9 considérée comipe im^ge symbolique.

Il a été expliqué par le rabbin SauU devenu 1$ principale lim^ièr^ du christiamsme sous le i^om de saint Paul» d'une mapière beaucoup plus précise que je ne pourrais le faire : « Le corps n'est qu'un, quoiqu'il ait plusieurs membres; et tous les membres de ce corps^ quoiqu'ils soient plusieurs, ne font qu'un corps : de même est Christ ; ..^. dès que l'un des membres souiFre quelque chose, tous les autres souffrent avec lui. Or vous éte^ toqs, Juifs, Grecs, esclaves ou libres, le corps^e Christ, et vous êtes, cnacun en particulier, un de ses membres ®. »

Tel est le chaînon positif qui rattache la morale chrétienne au mosaïsme, et qui établit une espèce d'emboîtenaent de l'unité individuelle ou de l'homme, dans l'unité nationale ou le peuple; de l'unité nationale ou du peuple, dans l'unité humaine ou l'humanité; enfin de l'humanité elle-même dans l'unité universelle ou Jéhovah. Telle est enfin la grande vérité pratique que la sagesse israélite revendique pour son propre compte dans la doctrine chrétienne, abandonnant sans peine la plupart des nombreux ornemens dont ou l'a enveloppée, à la

philosophie grecque et au mysticisme de VOrient.

Mais voici les préceptes moraux dont une partie s'est déjà offerte à nous. L'intérêt de la chose, et la nécessité de motiver l'assertion que j'ai avancée^ exigent du lecteur et de moi-même que nous fermions les yeux sur la monotonie d'une assez longue énumération.

« Vous ne ferez rien contre l'équité ^ ni dans le jugement, ni dans ce qui sert de règle. N'opprimez pas votre prochain; ne gênez jamais l'étranger; n'affligez ni l'orphelin ni la veuve. *Ne convoitez point ce qui appartient à autrui. . Ne vous appropriez rien ni par ruse ni par violence. Ne parlez point mal du sourd, et ne mettez rien devant l'aveugle pour le faire tomber. Ne soyez pas délateur au milieu du peuple^. »

A ces préceptes de stricte justice succèdent d'autres préceptes d'une morale plus élevée, tamour du procliairiy le respect aux vieillards y Vauhli des injures y le bien rendu pour le maly Vobligeance réciproque y VhospiiaUié.

« Aime ton prochain comme toi-même, qu'il soit citoyen ou étranger. Que ta femme soit ta bien-aimée. N'aie rien de plus cher qu'un ami *.

* jlut ainicus tjucm diiii^is siait aiiimam tuam (Dcut. mu). Deux valent mieux qu*un , dit l*£ccl<'siastp j si rnii «Irs deux tombe. Pautre relèvera son compagnon. Malheur à celui qui est

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I^vez-vous devant les cheren blancs, et honorez l'ancien» — La raison de cela, disent les fat modistes, est qa'il faot songer anx vicissitodes qui ont passé sur sa tète. Mais il existe une raison plus forte encore : chaque génération est^ à regard des générations suivantes, comme on père auprès de ses enfans. La sagesse d'un siècle résulte de ses efforts joints aux efforts des siècles antérieurs ; et c'est aux dépens de leur repos que nos aïeux nou^ ont légué l'expérience • Nous livrorions-nous donc à l'orgueil ? Userions-nous contre eux d'ingratitude , de cette arme odieuse que nos descendans tourneraient bientôt contre' nous?

n Ne le venge point. Ne dis point : Je ferai à dit honmie-là comme il m'a fait; je lui rendrai lo mol que j'en ai reçu. L'homme patient vaut mieux que l'homme fort*, et celui qui

sful, |>«r(yffii(*, «^lAiit Uiinbé, il n*auni personne qai le relève. Trois aoAi oncoiT \A\i» !iùr!i, U corde à trois bouts no se rompt pas aisé Wfttt (iv, lO, Itt).

* On se stMivient dr U mapniriqiic épigramiae de J.-B. Rousseau :

t» C i l KM» k«rM Mi r^M»l |Miv b f*nt ^ k S^IMi lit ««M tt>w M » f imf«^^ «M ««tirr

» P» Mtt wf «m) . v>Nl ir* ^pi» |*f fti* ^rr

maîtrise son cœur, mieux que riiomme qui prend des villes '". Quand ton ennemi sera tombé ne t'en réjouis point; Dieu détournerait sa colère de dessus lui sur toi. Offre-lui à manger quand il a faim, à boire s'il a soif. Si tu trouves son bœuf ou son âne égarés, ne manque pas de les lui ramener ; si tu vois son âne abattu sous la charge, porte-lui du secours ".

» Reprenez-vous les uns les autres. Soyez hospitaliers; que l'étranger participe à vos festins de réjouissance; que l'esclave réfugié chez vous j trouve sûreté et liberté. Quand vous entrerez dans la vigne d'autrui , vous pourrez manger des raisins jusqu'à satiété; mais vous n'en emporterez point : quand vous entrerez dans ses blés, vous pourrez froisser quelques épis dans la main; mais gardez-vous d'y porter»la faucille ". »

On doit s'étonner des doutes élevés sur la foi dans les promesses et la religion du serment chez les Hébreux. .Te ne parle ici quo de leur loi ; car^ quoique la majorité de leurs docteurs émette à ce sujet les opinions les plus sensées, je me garderais d'avancer qu'il ne s'en "trouve pas qui , cédant à des considérations passagères , ou à des ressentimens , aient écrit des principes contraires à l'équité naturelle. Il serait extraordinaire en effet qu'une jii. j.

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opfiro&siofi pro(oocléfnerit iiniiiorale eùl porté pour fruit une serviluile pleine de moralilé. Kc' nous faisons pas iliusiou : à coté de la morale absolue, il en est une relative que prescrit la fonx' inéine des circonstances. Tuer unlionime eiA le plus ^rand des forfaits : mais, à défaut d'autre moyen , frapper un niéckant dppt le brasserait levé sur un être sans défense^ devient un acl<.' méritoire^ .

, i^i l)c:ca|ogueadit, sans condition<Ie serment» «Tu ne [Kirteras pasde faux témoigna^ contre tpn prooliain»; ce qui ne. s'applique pas seulement aux. actes de la justice i mais à toutes les choses de la vLo. Ixi I^vitique fait cette recommandation : « Qu'aucun dç vous ne meqte.à $p;i prochain '\.>». David eut .plusieurs fois rçpours au mensonge, mais c'était dans lia nécessité de la dlîfensr; il s'agissait de sa propre'vie«Up de ses clianM signale comm^ une des quêtes de riiomiue de bien^ de déclarer ]^ vérité tellis qu'elle est gravjc'^c dans le oœur^ {Ififin tous le», prophètes font de la fidélité dapp les. parQ.leS: ixp' devoir sacré. Oi>peut rédi^ire à cesi^ot^;toiis.lp^ avlriclcs de la loi qui. s'y rapportent.: <v Evite touti^ parole fausse 4 Quand tu jurej-as, /c^uid r«?i aq spit pas au u,om^ des dieux étrange r^rSi^U) ^leptS:, gai\Jc-toi de joindre à .la honte du,men^Qgfey Taudaw de lo couvrir du nom de l'ÉtefrneU.Ji^

]MOMALK. H)

Sur ces principes, et d'après tous les traités coDcernant la matière y les rabbios du consistoire de Paris, récemmeDt consultés pour savoir si le serment ordinaire liait, même religieuse^ ment, les individus de leur communion, ont fait cette réponse : « Nous déclarons, au nonk et en hommage de la vérité, que, d'après nos dogmes et nos rites, le serment judiciaire, prêté par un- Israélite dans quelque cas et enquelque lieu que ce soit, en prononçant ces paroles, Je jwrey selon la forme généralement en usage en France, est pour lui un acte religieux qui a toute la force et toute la rigueur du serment, et qpi l'oblige en conscience à dire la vérité; et ce, sansqu'auGune autre intervention, aucune formalité , cérémonie quelcooopié , ' soient né^ cessaires ^. A celaiU auraient pu ajouter c lies temples. ou les assemblées d'aujourd'hui^ «et le temple d'autrefois, sont deux choses tout» je&it différentes ; les rabbins ne comptent pas comme :8acerdotes de la f'an^ille d'Aaronpde ■ . . ..'<)•.■

* On peut voir à ce sujet les |ilaidoyers <run avocat de Nîmes, doué d*une haute éloquence, M. Créniieux. 11 a principalement envisagé la question soùs le rapport ile- la liberté générale des cultes. La cour royale de Nimes, adoptant ses conclusions, reiulit i auua Ja pr<^âdencu de F honorable M. de .Cassaignole , ^çiqi députa; des arrêts qui consacrent par des motifs tràsi ^le>|é9,;ré^aljité du sennc9t .devant la loi, pour tous les Français. LfLGo^ de cassation, a depuis confirme cette jurlspriiidençe.

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sorte que ceux qui voudraient faire prêter aux. Israélites modernes le serment religieux, selon l'usage antique et solennel^ devraient d'abord se résoudre à reconquérir la Palestine , à rebâtir le temple, et à transporter ]X)ur chaque affaire les parties à Jérusalem.

« Que le salaire de l'ouvrier ne demeure pas chez toi jusqu'au lendemain du jour où il a demandé le prix de son travail. Garde-toi de faire lé moindre tort au mercenaire pauvre, qu'il 3oit citoyen ou étranger; mais donne-lui son salaire avant que le soleil ne se couche, car il est pauvre et il s'attend à le recevoir *^ »

. On a vu que le travail était une obligation formelle imposée au peuple en général, et à tous les individus en particulier. « Vous vous reposerez le septième jour; mais après vous être occupés les six jours précédens. » Salomon a dépeint la mollesse sous des traits qui n'ont pas été dédaignés par nos plus grands poètes : « Un peu donnir, un peu sommeiller, étendre les bras, rester couché *, voilà ce que tu fais; et la

* Et lasse de parler , succombant sous Tetfort, Soupire, étend les bras, ferme rœil ets*endort.

J'observerai que Timage de Salomon est beaucoup plus exacte querelle de Boileau. L*bomroe laborieux, comme Tbomme lirrë ^ la mollesse, est las de parler, succombe sous l'effort, étend les bras et ferme Tobil avant de sVndormir. Le poëte bébreu suit une

MORALE. ai

|>ativrelé viendra à fa rencontre , et la disette s'emparera de toi comme un homme armé. Parle moins, et travaille plus '^.

On a vu les divers droits des étrangers pauvres» de la veuve et de l'orphelin;, leurs droits sur les dimes de la troisième année -^ sur l'angle du champ à moisscMiuer ; sur les restes des épis-^ des fruits de la vigne et des oliviers après la première cueillaison. Moïse les confirme en disant : « Fais en sorte qu'il n'y ait jamais chez toi . de pauvres abandonnés* Tu n'endurciras pas toncœur^ mais tu leur donneras sauA regret. Quand ton frère sera tombé dans la pauvreté et qu'il tendra vers toi ses mains dér Jaillantes» tu le soutiendras; tu en feras de même pour l'étranger '^« »

Mais ici , deux remarques importantes : l'une relative aux pauvres hébreux , l'autre à la pauvreté en général. En vertu des lois déjà citées , l'Hébreu restait: toujours ^propriétaire ; l'aliénation de ses biens avait un terme, et quelqqe peu étendu que fût ce bien , il lui labsait une qualité honorable « il soutenait -sa fierté , et le nourrissait de l'espoir de reprendre un jour son

marche îiiYerse : it cite d*abord le dormir commun h tqifs l^Mrea. Après aroir dormi, Thomme laborieux se lève, mais la mollesse M>mmeille ; quand elle est la.«se de sommeiller, elle <^U'nd les bras et elle reste couchée sans fermer Toeil.

îa LIVRE vrii.

rang parmi les familles aisées d'Israël. Quanta •là pauvreté en général, il y en a^d^ trois sortes^ qui entraînent trois sortes de bienfaisânbe • L'une, naissant de la paresse de Tindividuy estun fléau social à extirper ; et dans ce cas y la bienfaisance doit moins s'attacher an don des cboMS, lequel entretient le mal, qu'à l^enfiploi des mésurespropresà persuader les hommes que leur dignité et leurs jouissances s'accroissent en raison de INitilité dont ils sont. La seconde , produite par un concoui^ subit de circonstances indépendantes de l'individu , réclame à grands cris les secours de la' nation entière ; et c'est ici surtout que le développement bien cond^iné du prin^ cipe qu'enferment ces mots, assurance mutuelle ^ compagnies d'assurance ^ peut devenir fécond en beaux résultats. Enfin, une troisième sorte de pauvreté est la conséquence naturelle d'un état social im][>arfait , d'un état dans lequel les canaux de la richesse sont si mal disposés, <^'ii y a débordement d'une part, et sécheresse complète de l'autre. Si l'on ne soulageait cette. pauvreté-là que par des aumônes, ce serait une iniquité; et la tendresse apparente qu'on lui montrerait tiendrait du caractère de l'hypcH

crisie *.

* Le mot chanté qui entre dans < cttc locution , faire la charité p

A des vues morales sont dus les préceptes suivans , qui y en raison de Tépoque y supposent un très-haut degré de philosophie : « Tu ne consulteras ni prétendus magiciens y ni devins y ni ceux qui pronostiquent des jours heureux ou malheureux, usent d'augures ou d'enchantemens; qui consultent des esprits , disent la bonne-aventure y interrogent les ombres : tu ne te feras pas d'incisions en pleurant les morts y et jamais tu n'imprimeras sur ton corps ni figure ni marque quelconques ''. »

x4.pi-ès avoir frappé les actions contraires à l'ordre naturel y la loi dit à la femme y au propre comme au figure, de ne point revêtir l'habit-de l'homme, et à l'homme, de ne pas revêtir celui

n'est païf le synonyme de charité chrétienne, Celui^i a bien plus d'extension, il est réquivalent de Tamour du prochain , de ce précepte du Pentateuquc : « Vous aimerez votre prochain comme vous* mêmes. » C*cst en ce sens qac la charité chrétienne a quelque chose d'onctueux qui est précisément le contraire do l'intolérance, de U violcnceet de l'aigreur. C'est en ce sens que le proverbe, CfMrité bien ordonnée commence par soi, loin de renfermer une pensée d*<î;;oïsme, signifie qu'avant de blâmer les autres, de médire des autres, de prétendre imposer des lois aux autres , il faut se blâmer et se morigéner soi-môme et s'Imposer h soi-même de< lois. Mais les exprcssions.^/â»^ la ckarUé; recevoir la charité , rappellent une idée d*au tant. plus pénible que, dans un état libre et moral, elle est absolument fausse. Si l'individu a droil à des sect>nrs/cc n'est ptu5 une charité dans le sens du mot; c'est an devoirxiueqndLqnesétresîgénéreifKs'i^tfbreeAt de remplir, à défaut de la société inîrlifrércntc et coupable. Si l'individu n'y a aucun droit, ccltir chiritc n'(*st ptiïs qu'nnc faîWess*; ou une décevante ostentation. t .

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