‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 2 sur 73 · LITRE VIII · texte numérisé non relu

LITRE VIII

de la femme ^ suivant la coutume de certain»

prêtres d'Egypte '*.

Enfin Moïse n'a point oobliérhumanité envers les animaux > il a déjà défendu d'atteler ensemble à la charrue l'âne et le bœuf, à cause de la difficulté qu'aurait l'un de suivre l'autre ; il a ordonné de ne pas emmuseler le bœuf qui foule les grains , pour exprimer qu'on doit lui accorder «sa part des avantages qu'il procure. « Si en marchant dans un chemin tu trouves sur un arbre^ ou à terre^ un nid d'oiseau avec des petits ou des œufs couverts par la mère y tu pourras prendre les petits ou les œufs y mais tu laisseras à la mère sa liberté '». »

Ces préceptes de l'Isràélisme embrassent donc tous les principaux rapports des hommes entre eux. Que de grandes pensées brillent encore dans les chants réunis sous le nom de David^ dans les proverbes de Salomon qui prouvent une connaissance si profonde du cœur humain ^ dans les censures morales et politiques des prophètes^ enfin dans le livre de Job ! Ce livre est un poëme que quelques uns ont attribué à Moïse^ auquel d'autres accordent une origine arabe^ et qui> par l'expression générale. de douleur qu'on y remarque^ semble rappeler David, je veux dire un poëte postérieur à lui, auquel ce roi aurait servi de modèle.

Dans le pays de Hus, on Arabie ou en Mésopotamie, un homme juste possédait des biens immenses^ sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents couples de bœufs^ cinq cents ânesses ; il était père de sept fils et trois filles ([ai faisaient son bonheur ; il jouissait de Tamour et du respect de tout le pays ; sa fortune n'ayait point altéré son âme ; il n'était deyenu ni dur. ni perfide^ ni orgueilleux.

Un jour TEtemel, donnant audience à tous les Génies, dit à celui du mal : « D'où viens-tu ? — De parcourir la terre. — Que penses- tu de mon serviteur Job , qui n'a pas d'égal pour la justice et la bonté ? — Que son mérite est peu de chose ; tu l'as comblé de biens , tu l'as satisfait dans tous ses désirs; mais éprouve-le par la soufirance , et nous verrons s'il ne s'élève pas contre toi* — J'y consens. Prends tout pouvoir sur ce qui lui appartient , hormis sur sa personne. » Â ces mots , l'Esprit du mal disparut.

Un honune de la maison de Job arrive tout haletant, et lui dit qu'une troupe venue de Séba s'est emparée de ses bœufs et de ses ânesses, qu'elle a passé tous ses gens au fil de Tépée ; un second messager lui annonce qu'un feu terrible

tombé du ciel a consumé ses brebis et ses servi-

viteurs ; un troisième , que ses chameaux sont devenus la proie des Ghaldéens ; un quatrième.

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qu'un effnojable vent du tlésert a renversé la maison de son fils aîné ^ où tous Ms aiitres enfans faisaient un festin.

Job déchire son manteau , se jetle a terre et s'écrie : « Je suis sorti nu du sein de ma ntëre; j« rentrerai dans la terre tout ou. L'Etemel m'enlève ce qu'il m'avait donné : que son nom soit béni ! >»

Dieu dit au mauvais Génie : « Eh bien ! malgré les coups dont nous avons frappé mon serviteur , sans qu'il les méritât , a-»t-il dévîé de Son intégrité? — X^ela est vrai; l'homme prend son parti tant qci'ii n'est pas atteint dans sa per* sonne; mais livre^le<>moi tout entier ^ et nous vi^rrons. — Je te l'abandonne; seulement, respecte sa vie. »

Job est bientôt en proie aux maladies les plus affreuses. Loin de le consoler , ses amis Taceusent, et prétendent que œs maux envoyés par le Ciel sont une preuve naturelle de sa méchanceté. Il répond avec résignation que le malheur visite souvent l'homme le plus intègre ; mais ses contradicteurs lui font un crime de ces paroles qui tendraient à établir que le Mondé est mal ordonné, puisque le méchant serait épargné et le juste puni. L'imagination la plus brillante, malgré beaucoup de répétitionset de longueurs, préside à tous ces débats ; ce sont les preiuiors

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pas de la philo*yphîelhorale, revêtue d'une robe ipoétique : réloquence dé la douleur portée au désespoir, y déploie surtout sa richesse.

« Périsse le jour où je vis la lumière , et la nuit, où l'on dit qu'un enfant màlè était lié! que d'obscursnuageslescouvrent ; que les ét?oilésdes cieuitTni'y brillent point.... Pourqpoi ne $uis*^e pas mort au momient où je sortis eu sein de ma ïùère? pourquoi m*a-tron reçu sur les genoux? pourquoi m'a-t-on présenté des mamelles? je serais couché , je dormirais , je reposerais là où il n'y a plus detourmens. Ah ! que la vie n*éfet-elle refusée à celui dont le cœur est tout afnertume ; qui appelle la mort sans qu'elle lui réponde , et qui la trpuverait jpréférable à tous les trésors?

» Quels sont mes crimes? Ai-je eu recours au mensonge? ai-je tendu des pièges à autrui? ai-je oublié que mes serviteurs étaient mes égaux; que nous avons tous été engendrés de la même manière? ai-jê refusé au pauvre? ai-je laissé pleurer la veuve? n'ai-je pas élevé Torphelin, comme eAt fait son propre père?.,.. Ai-je mis ma confiance dans Tor? me suis-je enflé de mes richesses? ai-je éprouvé la moindre joie du malheur de celui qui me baissait ? l'étranger a-Wl passé la nuit hors de ma demeure? n'at-elle pas toujours été ouverte au voyageur?

O Etemel ! c'est toi qui m'as formé ; ce n'est

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pas moi qui t'ai demandé de me faire naître ; allège donc ma souffrance , ou accorde-moi ^e mourir'**! »

Alors Dieu descend dans un tourbillon épais pour mettre un terme à toute discussion. Il se plaint de Thomme qui préfère s'élever contre lui, que de penser à des lois générales sous lesquelles tout doit se ranger ; il fait sentir à Job sa faiblesse intellectuelle ; il lui fait sentir que la raison des choses les plus simples lui échappe. Le ppëte accumule dans sa bouche des apostrophes pleines de grandeur.

« Jcfr, prépare-toi comme un vaillant homme î je t'interrogerai et tu me montreras ta science. Où étais-tu quand je jetais les fondemens de la terre? Depuis que tues au monde, as -tu commandé au jour, et désigné à l'aurore le lieu où tu voulais qu'elle se levât? Les gouffres de la mer, le fond de abîmes, les portes de la mort, se sont-ils découverts à toi ? Fais paraître à ton gré les constellations , conduis la petite ourse et les étoiles ; dispose du gouvernement des cieux. Les nuées t'obéirontelles quand tu leur demanderas de l'eau, et la foudre, docile à tes ordres, viendra-t-elle tedii^. Me voici *? » Ensuite, passant aux qualités des

* Le poète ne prévoyait }ki.s (|iriiii jour Franklin pourrait xér fondre à cette domicre question d*une maaicre aflirrofttÎYc.

animaux , il fait cette belle description du cheval, que tant de poëtes ont imitée :

« As-tu donné sa force au eheval et son hennissement éclatantcomme le tonnerre? il bondit |' aus^i léger que Tinsecte , et le souffle de ses na^^ rînes répand la terreur; il frappe du pied, et. fier de sa vigueur il marche à la rencontre dé rhonmie armé. Rien ne Tépouvante, ni Tépée^ ni les flèches qui sifflent autour de lui^ ni le fer de la lance et du javelot. Au son de la trompette , il frémit, il creuse la terre , et dans son impatience, il semble dire : Allons ''.••• Comment, pourquoi toutes ces^ choses existent-elles? Veuille me l'apprendre. »

Job ne peut les expliquer. Dieu pardonne ses doutes , et après lui avoir accordé le grâce de ses amis qui avaient tant abusé de sa position , il le rend plus heureux qu'auparavant. Ainsi finit le poëme dont la moralité est un optimisme consolateur, destiné à attacher au sentiment de nos peines les plus cruelles, lacéi^itude qu'elles ne seront pas perdues pour un biea universel ^ dont l'effet se répandra sur nous-niémes ou sur l'avenir*.

Les théologiens chrétiens ont .signalé de

* 11 est impossible de ne pas trouver quelques rapports culrv les amis de Job et la poignante raaliee de Taufeur fortiliié de Candide, entre roptiraismc de Job et celui du malheureux Rousseau.

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grands Uaits de ressemblance entre la ligure de Job et ceUc. 4^. Jésus-Christ y ei^uiie i^^ ont fait calite ^nafl^Tçgae: a Un homi^e jlnt^r^, qui s9]a0[)(^{4L)nec; ,ré5ign^tion des mà^x qu'il oe poM Qi.préyeQ.ir,^icQrriger^ dévoila saqs jdoute;4»m yerttt ,trîès4iavtai mftis \i9 Dieu ieû qui iréaide tdut^: Is^ puis^ajoice , soufFr? ; pardonae et ibeui^ pour l'Q bonhçur^de^ hommes; voilà la morale dans toute ^a^Kubliwiité! >^.A€êlii, lesdocteuns hébji^i^ çppo^eut plusieurs .mgnmeuB ; maiis çommQ iUue, sont pas indispebsables à Ja manch^ dç mon snjeti^ i)^- les pas$e aoua silence. .':.:: . Ces docteurs ont donné des déTeiappemens trës-é tendus à tous les principe^ de, leur jkû-, et lappu^si^^Q^qUÏ couvre le,urs écrits peut'SOTile eixpliquer Ja iréprpbatian dcmt ot% les aacc9iU€b en m^sse^^'^X'hQnimç intègre, disent-ils., «le ebeothe pa^ les riôbes^es pour en jouir s^lj il e^t tûenfAi^nt ; il ^Limel>ieu:> bs homma^i; l^équité; il ue se. Uiw© fi^. éblouir par la glçjire ; Hjifi slire pas* vanité de son sav<>ir ; il p|irt9g^ I4 f>eiiiQ de soj» piToebainj il est^tou-^ jour^ prét:à riçiîQ»»aître rinuoçenw ;i ilîcherche la paix et la vérité ". » . •; : î

'*• <r Lés disciples <lc Moïse ëtcn'cfirent etidèveloppèrenld^une manière touchante les préceptes dt» ce grand homme, dit M. Pastoret j on Içjf.voit pénétrés comme lui. de Tcsprit d'humanité qui présida

aupL,lpts.qup.,n(l^.Ay9i^^ .i^PPO'^*^^ en.(avc!ar dje» /mfdUeqreuiiL {» ( ^«1. Jete i^jri)/., ]|om. IV , p, 63 ).

J>atM4é)à m^r^fiié \m jM^iadpa^3 /eànsea dos gr^e^-vÂâiissÂitu^M que; U morsde a éprau¥ée$ çbeii Jk^ Hé)>reu;$.j«léfl aU mUieu des peupled* Tput a$t Ué danft leut e:^ij9|;aiuîe : ; Ionique àim forces puissantes pesaient, mv. leyrs tébea, 4ds idées qu'elles renfermaient ne pouvaient que fléchir. Mais les plaies dont les ont couverts plus de vingt siècles de souffrances se cicatrisent à peine, que Tarbre moral honoré par leurs ancêtres commence à reverdir sous leurs mains ; et qu'un de leur synode, réuni dans une des capitales du monde civilisé, a fait entendre ces paroles solennelles , « Que , suivant leur doctrine , celui-là pèche contre la loi d'Israël qui, indépendamment de leurs croyances particulières , ne pratique point envers tous les autres hommes la justice et la charité '\ »

. Mais il est d'autres vicissitudes d'un intérêt plus général, La législation des mœurs et la législation civile et politique ne se sont pas encore rencontrées en barmonie parfaite. Dans les temps anciens , les mœurs universelles des peuples valaient beaucoup moins que les lois. C'est ce qui donne aux principaux chefs de ces tempsla , aux grands hommes pénétrés du désir d'imprimer de nouvelles directions aux esprits , une majesté à laquelle les âges modernes n'ont rien de comparable. Mais à mesure que les nations

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ont marché y que la législatioû des mœurs s*est améliorée , elle a voulu à son tour réagir sur la doctrine des lois : de là les chocs et les combats nombreux où la majesté tout entière a passé du» côté des peuples.

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