‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 27 sur 73 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

JBHOVAH.

Sans parler des choses miraculeuses ^ tout système religieifx se compose de deux parties , qui dans la pratique se confondent bientôt : l'une , philosophique ^ comprend tous les faits et tous les principes de ce système ; l'autre» allégorique j est destinée au langage et àTtoutes Içs formes et figures au moyen desquelles on revêt les pensées d'un véritable corps. *

Un homme jetant ud regard superficiel sur la terre et les cieux n'y puise que l'idée d'uii tableau brillant, mais sans vie. Un autre , sous le nom d*unii^ers^ de monde ^ ou de natiwe ^ ne signale que l'assemblage harmonique des astres

^ De ih l<*s doctrines teorètes et les doctrines publiqnes des anciens ; les doctrines ésotériques e^ exotériqoes \ les d^g^es t^t lef mylhrs; les initiés et le vulgaire.

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à la poiHéc de ses sens. Un troisième, donnant le plus grand essor possible à sa pensée, tire de la contemplation des choses connues , et des lois générales, la conviction intime qu'il existe au delà de ce monde visible, d'autres sphères et d'autres intelligences, d'autres mouvemens et d'uulros lois, qui, par une influence réciproque et jK^rpétuelle, constituent l'ensemble vivant le plus universel.

Mais , quels que soient ses efforts pour embrasser cette immensité, il juge bientôt que ses sens et son esprit, lors même qu'ils acquerraient la plus extraordinaire énergie , resteraient impuis^ns à concevoir la forme et la fin de l'Etre incommensurable, à la dési^rnation duquel l'expi^ession vulgaire et matérielle tVrtnivrrs, ne suffit plus.

Ainsi naît chez lui l'idée d'une existence infinie; d'un infini positif, d'où rentcndement humain ne peut sortir , et auquel conviennent tous les grands caractères marqués par les théologues. L'unité ; car la supposition de deux ou plusieurs infinis changerait leur nature et les rendrait /bus au point de leur contact.

L'existence absolue ou I'Etre proprement dit; attendu que c'est au moyen les uns des autres que tous les êtres secondaires se soutiennent . tandis qu'il est et vit seul. L'éternité; comment

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imaginer sa fin , lorque tous les acçidens auxquels nous attachons les idées de composition et de décomposition , d'espace et de limites , de naissance et de mort , tou tes les révolutions des astres qui produisent les jours ^ les siècles^ et le temps ^ se passent en lui , et que chaque être en particulier lui rend tout ce qu'il en a reçu. Enfin, ruiDiyisiBiLrrÉ; car ce principe, « On doit distinguer deux choses ^ P Universmatière et Dieu y » quoiqu'il offre deux abstractions, des plus nécessaires dans la pratique» n'a pourtant qu'un rang secondaire. Dieu, sous ce rapport, n'est pas la plus grande pensée à laquelle puisse arriver l'homme ; il ne représente qu'une subdivision de l'unité infinie, de cet Etre universel et étemel^ à la fois actif et passif, qu'Abraham et Moïse appelèrent du nom de Jéhovah; lequel nom dérive, comme on le Terra bientôt, de la racine aïa ou twa, être.

Qu'on ouvre l'histoire de Tlnde et de TEgypte, on retrouvera partout cette conception , mais accompagnée desplus faussesconséquences. Elle passe dans la Grèce , où de nombreux . sophistes l'étoilfient sous de stériles et interminables disputes touchant la matière * , l'es-

* Dans le langage ordinaire , le mot matière exprime très-bien «n état relatif de choses; dans le langage absolu, il est vide de «Mins. Suivant la doctrine r«?ligiruse. Dieu est partout, dans Je

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prit, et la oomposition intime des choses : de sorte que^ quelle que soit Topinion qu'on adopte, ou celle des docteurs hébi*éux et des Pères de l'Eglise qui soutiennent que les brames et les prêtres égyptiens mirent à contribution les écrits de Moïse et les dévoilèrent aux Sages de la Grèce^ ou celle des philosophes du dix-huitième siècle qui voulaient que ce législateur leur eât tout emprunté, on reconnaîtra l'analogie des principes et la vérité de notre assertion.' Ne semble-t-il pas d'ailleurs que l'antiquité

caillou le plua dur comme dans le cenreau le plus actif. Selon le système philosophique , il y a de la force, du mouvement, de la YÎe dans le caillou comme dans tous les autres êtres. Les mots sont des combinaisons de sons appliqués à des choses; mais id la chose n*a pas dVxistence réelle ; et la matière considérée comme principe est tout c€. qu'il y a au m*ond^c plus idéal, A quoi aboutissent donc les rai^onnemens qui commencent à établir comme fait primitif ce qui est en question ? a quoi aI)outissent les interpellations de ce genre? La matière prnse-t-elie ou ne pense-t-elle pas? S'il pous plaît de nous servir du mot matière, par opposition au mot esprit, force, mouvement, ou toute autre chose, ce mot résout à lui seul le problème ; il se réduit h ces termes : « Ya-t-U de la matière qui ne soit pas de la matière? ou bien y a-t-il de la vie dans un objet qui , d'après la nature qu*il nous plaît de loi accorder, est préalablement mort? » Si Ton n*établit pas cette première distinction -, si Ton app441e matière les minéraux. , les végétaux, les animaux, excepté l'homme, la question se présente ainsi : u L'ensemble des actes qui fait conclure que l'homme peBW se rctrouve-t-il en tout ou en partie chez les êtres inférieurs? » On s'étonne que certaines questions n'aient pas été résolues depuis des milliers d*années. Il .serait bien plus étonnant qu'elles eussent obtenu une solution. Un poiut d'interrogation ula6n d'une phrase ne suffit pas pour valoir une réponse. 1 1 en est d'une question mal posée comme d'un problème qui porte eh lui-niéinesa raison d'absurdité.

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elle-même lui attribuât ces idées? A travers de graves anachronismes et sa manière étroite de présenter la chose , Strabon ne raconte-t-il pas*« que, mécontent de -la religion établie , Moïse sortit de l'Egypte , suivi d'une foule d'hommes qui honoraient comme lui la Divinité ? Il enseignait que c'était une grande erreur de donner à Dieu la forme des animaux , ou une figure humaine. Dieu, en effet, pourrait bien n'être que ce que les Grecs appellent le ciel, le monde, Tuniversalité des choses. Or, quel homme jsensé , disait Moïse , oserait le représenter sous une forme quelconque ' ? »

Aux yeux d^Hippocrate , un même accord de toutes les parties, une même tendance, une même harmonie constituent l'être-homme ^ : aux yeux de Moïse , un même accord , une même tendance, une même harmonie de tous les citoyens et de tous leurs esprits constituent Têtre-péuple : aux yeux de l'apôtre Paul , tous lés hoiàmes sont les membres d*un même corps, qui est Têtre-humanité , ou Christ. Maimonide établit, d'après l'Ecriture, que les astres sont des êtres pleins de vie ; que lé Mobde lui-même, celui que nous bornons à l'espace où s'étendent xiôsyeux, est un 'être-individuel , existant dans

* Consfft^us units , conspiixuio iina , consenliftiiia omiiia.

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son g-enre , pour me servir de ses propres expressions, comme Siméon ou Ruben dans le sien, et dont tous les globes secondaires- 5ont les membres ^ Maintenant réunissons tous les êtres et toutes les intelligences secondaires , connues et inconnues; ajoutons un même accord , une même tendance , une même harmonie, voilà l'existence universelle.

Mais n'est-ce point le panthéisme ? mais alors chaque chose n'est-elie pas Dieu? le mot pan ^ signifie toiit^ et l'expression un tout^ indique une œuvre faite, terminée, bornée. Or, l'Etre universel n'a pas de bornes dans notre esprit, puisque , après avoir épuisé toutes nos facultés à le percevoir , nous sentons qu'il peut encore être agrandi sans cesse. Au lieu du mot pan y plaçons le mot infini; faisons, si l'on veut, l'infini-théismc , et soudain la première objection disparait. Remarquez d'ailleurs que dans ces paroles de Moïse, « Jéhovah sera votre Dieu, » le mot Dieu n'a nullement pour but d'expliquer l'essence de cet être ; il signifie que l'unité d'existence sera le principe vers lequel les Hébreux devront tourner leurs pensées et dont ils subiront les conséquences, comme les autres nations tournent leurs pensées vers les idoles futiles qui sont leurs élohim ou leurs dieux *-

* Il n'fii rsit pas de mâmc tic ce principe chrélien : Dieu est un

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Quant à la seconde objection , on ne peut conclure de ce que chaque chose j chaque être doué ou non doi^é d'intelligence y tient à l'Etre absolu et dépend de lui, que cette chose ou cet être doive s'appeler Dieu . Chaque citoyen en particulier est-il le peuple? chaque membre de l'étre-humain est-il l'homme? et parce que saint Paul dit que tous les hommes sont les membres d'un seul corps qui est Christ , chaque chrétien constitue-t-il en personne ce Christ lui-même?

Bien plus, quelle distance immense entre ces exemples et l'Etre supérieur ! Si par la pensée on retranche du peuple un nombre d'individus trop grand , il périt ; la vie de l'homme tient à l'intégrité de ses organes. Qu^on retranche au contraire le nombre le plu^ considérable d*êtres et d'intelligences secondaires, quelle atteinte portera-t-on à l'Etre universel, puisqu'il est infini *?

pur esprit , où les mots un pur esprit ëttnt cx'plkaftifk' demandent à leur tmir une explication qu*ils ne peuvent recevoir que de la proposition renversée , le pur esprit est Dieu, Le principe de Mahomet se rapproche davantage de celui de Moïse , Dieu est Dieu ; il n*a rien d'explicatif. Mais Moïse parle bien autrement à rintelligence : I/ètre est un^, il n*y f qu'une existence absolue, qu*Hn ftrùe; le terbe étre^ dont toutes ivs créatures sont comme les modes et les temps.

* Le mot composé n'est pas toujours le contraire de simple. 1 1 existe Jeux genres principaux de simplicité : la simplicité chimit/ue., qui est le caractère d\in<orps homogène , indécomposable, tel qu*un

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Tout ce qui existe p<;ut$e représeoter^ea quelque sorte, par des quantités. Ëlevoos rhodime à 1 , rhumauité à 1 00 , Têtre terrestre à 1 000, le monde planétaire à iO^OOO, runi^ers visible , en y comprenant^ sans en rien omettre^ tout ce qu'il renferme de substance et d'in-

morceau de ter , certains gaz très-subtiU*. A prôprcinirat fiarler, il n*y a pas de corps absoluinent simple \ car le morceau de fier , « cause de sa porosité , renferme une quantité (l*air plus ou moins composé qui n'en est jamais complètement séparable. l^ thmffiieiti philosophique est toute différente : elle forme le synonyme d^nnité^ elle exprime que, dans un ensemble , chaque chose, est ce qu*il fknt qu'elle soh , sans accessoires inutiles pour elle-même et pour le but commun. Ainsi, plus on descend dansTéchelIe des êtres, plus on marche vers la simplicité chimique, plus on remonte sur cette échelle , plus on s*approche de la simplicité philosophique. L*étrc le plus parfait doit donc être regardé à la fois comme le plus simple et le plus composé de tous.

L'erreur du célèbre jfkif Baroch Spinosa, ne à Amsterdam en i633 , et dont on ne parle en général que par ouï-dire, consiste à s'être ^ervi d'un mot qui rappelle la simplicité chimique ;il opposaà la substance incarpor^Uf des spiritualistcs absolus, sa suffBtanetréeÊe qui est Dieu. Au fond, les deux doctrines sont les mêmes ; elles admettent, fn termes différons, ce fait , qu'il est des êtres qui commcncdtit et finissent, et un être essentiel et éternel. Mais Spinosa avait signalé une substance ré<'lle; or une substance réelle , dit-on, est évidemment de la matière ; donc Spinosa est un pur matérialiste, donc, etc. etc. Bayle a surtout répandu ces idées tlans une triste réfutation , que M. Bcn).imih-Constant vient à l'heure même de caractériser très-exactement en ces termes : « Le célèbre article de Bayle contre Spinosa est d'une métaphysique à laquelle

le plus mince écolier d(* nfts jours n'attacherait pas son nom

Ses objections sont misérables. » (De la Beligion, tom. Ili, p. 37. ) On peut voir, au rest(>, plusieurs des idées du philosophe hollan<lais dans Maimonide qui, comme Aristote, et d'après l'Ecriture elle-même, attribue à la J'arme on aux modalités de la substance première toutes les qualités des corps.

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