‹ Histoire des institutions de Moïse, et du peuple hébreu (volume 5)Chapitre 39 sur 73 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

DU B^trCB.

La nature des montagaes et leurs eflPrayantes déchirures / le désordre de quelques unes des couches: successives dont la terre est formée , au milieu d'autres couches remarquables par leur régqlarité , le i transport noient des déiiris de toute sorte d'animaux' dans les régions les plus opposées , les fossiles , l'origine des mers intérieures, tOQt annonce que notre globe a éprouvé de grandes i^volutions détenues d'autant plus rares que son organisation s'est mieujK affermie • Comme la masse d'eau qui fait équilibre avec les continens est immense y toujours ce fluide a dû jouer le principal rôle. Toutl'Onent conservait sur plusieurs de ces désastres des souvenirs profonds, et la .Genèse rend

!l5o LIVRE II. r-» CHiLP. II.

compte en ces termes du plus célèbre , que je détache ici de toute circonstauce qui tienne à l'allégorie ou à Thistoire.

« Au dix-septième jour du second mois de Tannée dix-sept cept eî|ir|ij^fe-^ix , depuis la formation du Monde , d'après le texte hébreu , et treize cents sept ans, d'après le Pentateuque samaritain , les souterrains de la grande masse furent rompus, les bondes des cieux ouvertes , et la pluie tomba pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux crttirent et se renforcèrent à tel point, qu'elles couvrirent les plus hautes montagnes, jusqu'à quinze coudéeë au-dessus. Toute chair qui se mouvait sur la terre.péiit* Alors un grand vent souffla, et les pluies et lesdébordemens cessèrent: mais les eaux s& maintinrent encore sur la terre pendant cent dix jours; après quoi eUes se retirèrent sans interruption : au dixième mois, les sommets de» montagnes se découvrirent, et au premier jour du premier mois dp l'année suivante, les eaux euitent- abandonné la terre, qui fut presque sèche: au vingt-septièqpbe jour du second mois ^, »

Quels efforts n'a-tK>n pas fait pour mettre cette description en harmonie avec les lois connues de la nature ! Il fallait surtout décider si l'inondation avait été générale ou^ bornée* à une portion'du globe.

D^LUGB. aSi

Les partisans de la première opinion observèrent que la Genèse parle des montagnes qui sontsous tous les deux . de la destruction de tous les habitans de la terre ; et on* leur répondit que le stjle hébraïque emploie très^rdinaire* ment le mot tout pour une partie, et l'expression toute la terre f pour indiquer la terre d'Orient.

Il serait impossible ; ajoutèrent-ils , qu'une inondation qui aurait surpassé de quinze coudées (vingt-quatre pieds environ) les plus hautes montagnes de l'Asie occidentale , ne se fôt pas étendue sur tout le globe. Cela parait indubitable ; mais en maintenant ce globe dans la position où nous le représente la Genèse , couvert jMir l'inondation et subitement découvert, foutes les eaux de l'atmosphère et de la mer ne suffiraient pas pour récouvrir toutes les montagnes à quinze coudées de hauteur; et lors même qu'elles seraient suffisantes, il resterait à remplir le vide produit dans, les mers et dans les abîmes par le transport de leurs eaux sur les continens. Vainement a4lon recours à une grande abondance de pluies venues des espaces ultra - atmgsphériques ; ce secours imprévu devant être mesuré de manière à ce que sou évaporation s'eflPectue dans cent quarante-cinq jours , ne peut combler le déficit. Bien plus, en admettant qu'une envelope aqueuse

aSa LIVRE ir. — CHAP. ir.

déplus de trois mille toises , eut réellement cou— vert tîout le globe , ce poids insolite ne l'auraitil pas précipité à jamais hors de sa route , n'au* rait-il pas causé un irréparable bouleversement? La disposition eu couches et en bancs des co* quillages et de la plupart des débris maritimes qu'on rencontre sur les montagnes, prouve-t-elle autre chose qu'un travail long et régulier, incompatible avec l'action désordonnée et passagère du déluge * ?

Pour résister à cette attaque , on a fait disr soudre la terre dans les eaux du Déluge , et on Ta réduite au même état dix nous, l'avons vue au moment de sa formation, comme si cela pouvait s'accorder avec les montagnes de la Grenèse sur lesquelles s'arrêta l'Arche , et avec les oliviers chargés de feuilles que les eaux en se retirant laissèrent à découvert ! •

Mais il est une opinion d'une nature autrement grave et imposante , à laquelle la science sert de base , et qui , venant à Tappui de l'historien hébreu pour le fait principal, s'en éloigne dans tous les détails. « Une subite révolu U|pfi , dont la date ne yeut remonter à beaucoup au-delà de cinq à six mille ans , aurait fait disparaître

* 11 est probable que Taspi^ct de ces coquillages donija Ifeii à dej opinions 'qui passèrenl bientôt pour une tradition réelle.

DiLUGB. a53

sous les eaux les pajs qu'habitaient auparavant les hommes, et les espèces d'animaux aujourd'hui les plus connus : elle aurait au contraire mis à sec le fond de la dernière mer, et en aurait formé les pays aujourd'hui habités. C'est depuis cette révolution que le petit nombre des individus épargnés par elle se sont répandus et propagés sur les terrains nouvellement découverts , et , par conséquent , c'est depuis cette époque seulement que nos sociétés ont repris une marche progressive. Mais ces pays aujourd'hui habités, et que la dernière révolution a mis à sec , avaient déjà été habités auparavant , sinon par des hommes , du moins par des animaux terrestres; par conséquent, une révolution précédente les avait mis sous les eaux , et si l'on en peut juger par les diiFérens ordres d'animaux dont on y trouve les dépouilles, ils avaient peut-être subi jusqu'à deux ou trois irruptions de la mer ^. »

Dans sa Théorie de la terre , Thomas Burnet avait imaginé qu'avant le Déluge le globe offrait une surface unie , sans montagnes et sans mers. Toutes les eaux étaient renfermées dans son intérieur , comme dans une boule creuse ; mais , la croûte terrestre fortement échauffée par le

* Voir le Discours de Af . Cinier sur U's Réi'olutions du §lobt.

l54 LIVRE II. — CHAP. IL

soleil 9 dont l'axe était perpendiculaire à Técliptique ^ se sécha peu à peu et finit par se rompre en divers endroits , qui sont les sources du grand abîme. Alors les eaux dilatées s'échappèrent de tous cotés , écrasèrent le reste de la voûte et la réduisirent en débris , qui formèrent les montagnes, lescontinensetlesmers. Enfin Wisthon fait passer la terre à travers la queue d'une comète d'où elle emporta un nouvel atmosphère de vapeurs aqueuses : ces vapeurss'étantcondenséesy se transformèrent en pluies abondantes , tandis que la comète y par la pression qu'elle exerça sur les eaux du globe , les fit déborder , et causa la rupture de l'enveloppe terrestre qui retenait les eaux du grand abîme.

Que conclure de tout cela? qu'il existe des raisons presqu'invincibles contre l'universalité instantanée du Déluge y laquelle était d'ailleurs très-inutile aux desseins attribués à l'eTb/u//^ y que la haute Asie y à une époque bien antérieure au législateur hébreu , fut j dans un rayon plus ou moins étendu y le théâtre d'une affreuse catastrophe qui faillit anéantir la race humaine y peu nombreuse encore dans ces contrées; enfin que les traditions de diverses catastrophes plus anciennes, et d'un effet géologique plus profond et plus durable, furent probablement confondues dans ce récit dramatique , où le poëte

sacrifie beaucoup de choses à Tunité d'action j <ie temps ^ de personnes et de lieu. *

S'il faut redouter pour la suite des siècles des l>ouleversemens de ce genre ^ je l'ignore. Sans doute le monde terrestre doit finir ; le fait même de son développement et la régularité de la nature qui ne soumet pas des circonstances semblables à des lois différente^ ^ donne cpielque poids à cette idée *. Mais comment notre globe, qui n'est qu'un faible individu de la société ce* leste y peut il perdre l'existence? Mais de quelle manière les astres nouveaux sont-ils engendrés ? voilà le champ ouvert aux conjectures»

Puisse du moins l'humanité né pas s'exposer au malheur de subir cette destinée y sans avoir déployé l'ensemble des facultés que l'ordre supi^me des choses a mis de» les premiers temps en son pouvoir !

* n Le$ Juif:! sobC tcnu4 de croire qne le monde a coraracncé , mnis Icur5 opinions sur s^ fin ou «on éternité sont libres. » ( Mfore Neùoukùn ,paft^ Il ^ cap. xxYn.) Les diverses acceptions qn^empofte \e mat monde ^ntéU ruse des principsiles sovroet des discussions à ce sujet.

Page 1