‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreuChapitre 7 sur 45 · EDUCATION · texte numérisé non relu

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agent du gouTernement égyplîeti , qnî maltraitait indignement un Hébreu ; il s'élança sur l'oppresseur, le combattit, le tua, et cacha son corps isous le sable *. Le lendemain , il rencontra deux Hébreux qui se battaient: « Pourquoi frappes-tu ton frère ? dit-il à l'offenseur. — Que t'importe !

* Je dis un agent de la tyrannie égyptienne , et non pas un simple Égyptien. Diaprés le texte , Moïse allavêrt ses frères et vit leurs travaux; il vit aussi un Égyptien qui frappait un HSbreu, un de ses frères, ÇS.x.oà. il, II,) C'est donc parmi les indiyidus soumis aux travaux que les choses se passèrent. Qu*arriyait-il dans ces travaux !^ Le texte nous Tapj^rend.... « Et le service qu'on exigeait des HShreux était plein de rigueur,,,. Et les exacteura

les pressaient et leur criaient : Achevez vos ouvrages

Même les commissaires d'entre les enfans d'Israël que les exacteurs avaient établi sur eux furent battus, et on leur dit : Pourquoi n*avez-vous pas achevé votre tâche en faisant des briques aujourd'hui comme auparavant f.„ et les commissaires des enfans d'Israël crièrent au pha^ raon de ce qu'ils étaient battus. » (£xod. i , y, 14, 10.) Les agens du pharaon avaient donc coutume de battre; cVst donc un de ces agens que Moïse tua. De là le courroux du roi et Vinexactitude de ces paroles, attribuées à Tapôtre. saint Etienne : « Moïse voyant u» de ses frère» à qui l'on faisait une injure , le défendit et le vengea en tuant r Égyptien, » (Act. des ApAtr. , vu , 14.) ]EUen n'autorise à ajouter le désir de la vengeance au besoin de la défense ; et Texpresaion , faire une injure, est bien douce envers un homme qui abusait de son pouvoir jusqu'à accabler un autre homme de mauvais traitemens. .

PB HOISE* :^

qui t'a établi prince ou juge sur nous? Voux-tu faire de moi comme de l'Égyptien ? »

Cette réponse éveilla ses craintes et causa son salut; car l'événement, présenté au roi sous les plus noires couleurs^ avait déjà fait dicter Tordre de le saisir et de lui ôter la vie (28).

n s'enfuit donc de l'Egypte, et il se retira dans une contrée à l'orient de la mer Rouge, non loin du Sinaï ; laquelle portait le nom de Madian , comme le pays des Madianites , situé sur les confins de la Palestine.

Il y arrivait à peine , que , sous ses yeux , plusieurs bergers cnassèrent quelques jaunes plies d'un puits où elles abreuraient leurs troupeaux. Sans songer à leur nombre et à sa qualité d'étran* ger , Moïse vola au secours des jeunes filles , et seul , armé de son bâton , il fit quitter la place aux pasteurs.

Leur père , appelé Jéthro, prêtre du pays*, fut

* Diaprés les commentateurs mahométans , Moi'se , introduit dans sa demeure , trouva le dîner prêt. « Assiedstoi, et mange avec i^ous, lui dit le vieillard. -^ Je n*accepte point ton offre, lui répondit THébreu , comme le prix du service que j'ai rendu à tes filles. Il est dans ma fanfille une loi inviolable : on fait le bien sans en attendre la récompense. — Et moi, répliqua Jéthr'o, j*aî conservé cette coutume , qui était celle de mes pères , de bien accueillir les étrangers et 4e les nourrir. » (Coran, traduc-^ tien de M. Sayigny , ch. xxviir.)

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touché de son dévouement , Taccueillît , et lui donna bientôt pour épouse Séphora dont il eut deux fils (29).

Devenu pasteur de son beau-père , Moïse promena sa science et ses méditations dans les vallées du Sinaï et d'Horeb , et sur les bords de la mer Rouge. La solitude et Tobservalion continuelle de la nature portèrent au plus haut degré son enthousiasme, le jetèrent dans de fréquentes extases et imprimèrent dans son imagination la teinte poétique qui se réfléchit sur toute sa vie. Alors il se proposa non-seulement de rendre la liberté à ses frères, mais de former un peuple qui deviendrait à jamais l'étonnement , peut-être un jour le type des nations.

Toutefois avant de mettre à exécution ses desseins, que de difficultés ne se présentèrent pas à sa pensée , que d'objections ne s'adressa-t-il pas à lui-même ? Il redoutait surtout un bégaiement auquel il était sujet depuis son enfance et qui le força de s'attacher son frère aîné Aaron , doué de Torgane sonore (30) dont Thomme qui doit émouvoir des masses retire des avantages si grands. Il redoutait la puissance égyptienne ,* et rindifférence avec laquelle les Hébreux accueilliraient ses énergiques paroles : enfin toutes se9 incertitudes s évanouirent , et il commença sa carrière , enti*aîné , comtne malgré lui , par cette

DE HOÏSS. 27

flamme intérieure dont le buisson ardent et incombastible d'Horeb est l'heureux symbole, et par la voix puissante qui, appelant à ellerhomme supérieur , lui impose d'illustres travaux. « As-tu entendu réciter l'histoire de Moïse ? s'écrie Mahomet dans le Coran : il a dit en voyant le buisson: Voilà le feu sacré! Peut-être en emporterai-)' e une étincelle qui servira à me conduire. (31) »

A rage de quatre-vingts ans , au plus cinquante ou soixante de notre époque, il rentra en Egypte. Combien sa position diffère de celle de tous les législateurs ! Lycurgue, Numa,Dracon , Solon, au milieu d*homraes réunis , déjà soumis à des lois et possesseurs d'une patrie , sont portés par le cours ordinaire des choses à leurs fonctions élevées ; Confucius dicte paisiblement de sages préceptes à ses concitoyens ; Mahomet enfin , ce puissant génie, après avoir médité quinze ans dans la solitude, présente à des peuples établis un code nouveau, mélange curieux d'anciennes sentences, qu'il approprie à leur imagination et à leurs moeurs , et dont il confirme la vérité par le succès de ses armes. Mais Moïse arrive seul , satis forc« matérieHe à sa disposition : les hommes dont il va faire un peuple n'ont point de patrie ; avant de leur proposer des lois , il faudra pour ainsi dire, les conquérir eux-mêmes , triom-

pber de leurs oppresseurs, da découragement dont ils sont saisis, et d une foule effrayante de circonstances contraires !....

SORXfS PBOYFTB.

Moï>e en ÉgypLp se hâta de se décourrir aux anciens ou aux plus expérimentés des Hébreux. L*usage s'était conservé parmi ce peuple de sou> mettre ses différends aux vieillards qui se réunissaient , comme un conseil de famille , autant que pouvait le permettre Toppression dans laquelle ils vivaient. Le gouvernement avait établi des commissaires qui les forçaient à remplir leur tâche , et qui , choisissant à leur tour des agens inférieurs parmi les opprimés , les rendaient responsables , ainsi que les chefs de famille , de la négligence ou de rinsubordioation des détachemens rangés sous leurs ordres (82). Moïse ex* posa ses desseins aux anciens, leur promit la liberté, répondit à leurs objections (38), commanda )a confiance.

Mais les fils de Jacob avaient allié aux sf^es pensées de leurs aïeux , la plupart des superstitions égyptiennes ; mais la servitude qui pesait sur eux ^puis tant d'années, avait , autant que la superstition , énervé leurs âmes; car ^^^ Ion-* gue servitude est comme un trop long soiçmeil ,

p'egtpte. 20

qui , loin de raQimer rfaomme » le dispose à dormir encore.

li fallait donc offrir aussitôt à leurs esprits un appât matériel et puissant : ainsi fit Moïse en leur promettant lapossession d^une terre heureuse où coulaient des ruisseaux de miel et de lait. Il fallait ramener vers un môme but leurs imagina** tiens pleines de rêveries opposées , les pénétrer . de la certitude du succès par la persuasion qu'ils étaient placés sous une égide invincible ; capti^ Ter snrtout Tattention d'une multitude ignorante^ et mettre à sa portée les principes de la plus haute science et de la plus saine raison. Or il y parvint, en les assurant de la protection immédiate du Dieu qui s'était dévoilé à leurs pères , du juste et 4u fort y en leur apprenant qu'ils épient consacrés à ce Dieu môme, en ce sens, qii'ils seraient }e premier peuple dont Tinstitution reposerait sur le principe de Tunité universelle , et aiirait pour dernier objet la conservation de ceprin* cipe éternel. Enfin il remplit toutes les conditions exigées , lorsqu après avoir solennelLeiiieiit déclaré que }a forme d aucun d^s êtres qui coqr vrent la terre ou qui se montrent dans le c^el n'était applicable à son Dfeu , il le revêtit' de forines vulgaires, et, selon les circonsta^pes et Jes inipres&ions qu'il avait a produire, il lyi^i prêta des sensations, des actions et un langage resseinblanf à ceux du commun des mortels.

« Pour qu'un peuple naissant pût goûter les saines maximes de la politique , a dit Jean-Xacqu'es , il faudrait que l'esprit social , qui doit être Touvrage de Tinstitution , présidât à Tinstitution même, et que les hommes fussent, avantleslois, ce qu'ils doivent deyenirpar elles. Voilà ce qui força de tout temps les pères des nations à recourir à l'intervention du Ciel pour entraîner

par l'autorité divine ceux que ne pourrait ébranler la prudence humaine. Mais il n'appartient pas

à tout homme de faire parler les dieux La

grande ame du législateur est le vrai miracle qui doit prouver sa mission (34). »

« N'avons-nous pas déjà vu , s'écriait vers le iliilien du douzième siècle le plus savant des docteurs juifs dont je dirai bientôt le nom, que noire Dieu n'a aucune forme connue? Mais vous répondez atlssitôt : A quoi bon alors ces expressions de la loi qui nous ' parle de choses placées sous ses pieds , de choses écrites par son doigt , des mains de Dieu , de ses yeux , de ses oreilles ? Tout cela a pour but de se faire comprendre aux hommes. Gé ^ont des métaphores , dés allégories*, des paraboles. Et croyez-vous, par exemple, que cette menace. Si f aiguise ma redoutable épée, soit littérale? non. Les uns ont aperçu Dieu vêtu de blanc , les autres d'une manière diiférente. Dans la mer il apparaît à Moïse comme un vail-

D'éaYFTE. dl

lant gaetrier; sur la montaglie, comm^ un dé* puté à rassemblée d'Israël ; de sorte qne toutes ces formes et figures ne sont que le produit de Timàgination et de Textase du prophète. L'homme Tulgairene comprend pas ces -vérités; il n'a pas Tesprit d'investigation nécessaire pour les saisir; car il est écrit : Que celui-là qui aspire à sonder les profondeurs de notre Dieu , doit d'abord s'approcher lui-même de la perfecti<ft! (35). »

Bientôt convaincus de la mission de Moïse , tous les Hébreux témoignèrent la résolution de le suivre. Alors , appuyé des anciens qui représentaient eux-mêmes tout Israël , il alla supplier le pharaon , de la part du Dieu puissant et terrible , de briser des chaînes trop pesantes. Mais ce successeur de Ramessès-Meïamum^ qui est le Kamsès Y des monumens et i'Aménophis III des chroDologistes , donna l'ordre d'aggraver leurs travaux , afin qu'ils ne s'amusassent plu s à écouter des paroles de mensonge (36). « Je sais, dit Moïse à ses frères effrayés des conséquences fâcheuses de ses démarches , qu'il ne nous laissera point sortir de ce pays de plein gré , et que vous ne serez retii*és de laservitude qu'à la suite de grands jugemens , qu'avec une main farte et un bras éien^ du; mais abjurez vos craintes, l'heure de la déli- Trance est arrivée (37). »

Cependant il replut* devant 1« monarque qui

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eptreyoyait les dangers d'une révolte ouverte , et qui se sentait captivé par toQt l'ascendaDt qu'un homme si supérieur peut acquérir sur un esprit Yuigaire. Toutes les circonstances suscep* tibles de frapper les imaginations, furent utilisées par le sage Hébreu ; l'apparition successive des fléaux les plus redoutés dans ces climats ; insectes destructeurs , épidémie , épiiootie , tempêtes , et autres chosék sur lesquelles on n'a pas Ten* tière certitude de bien comprendre la pensée de rhistorien , soit à cause du laconisme et de Thyperbole du langage, soit même en raison de quelques unes des surcharges dont l'existence a été signalée d'une manière générale dans le Pen^ tateuque. « Dans la partie des livres sacrés qui traite de cette époque, dit M. du 3ois-Aymé, l'un des savans djB Fes^édition des Français en Egypte, il est plusieurs faits, qui, bien qu'extraordinaires , s'accordent néanmoins avec le ré-* cit des auteurs profanes et avec l'état actuel do pays (88). »

Divers philologues célèbres de l'Allemagne»

parmi lesquels Eicbhorn, se sont appliqués a démontrer que chacune des plaies d'Egypte était très-commune dans cette contrée, ce ne fut que l'interversion des époques où elles arrivaient ordinairement et leur succession rapide qui frappèrent de terreur (89), D'aiUeui's, la nature même

d'bgtpte. 88

des prodiges , faciles pour lei mages égyptiens , prévient à elle seule tout étonnement exclusif el généralise le problème. Quand des hommes changent devant d'autres hommes, aussi clairvoyans que Moïse et Âaron , une verge en serpent , de l'eau en sang , quand ils font naître II volonté des grènomlles (40), à quoi ne faut-il pas s'attendre ? « Si dans toute chose , comme Tobserve Jean- Jacques , il n'y a que ie premier pas qui coûte, ne doit-on pas, avant tout, être surpris qu'ils se soient arrêtés en si beau chemin ? »

Sur ces entrefaites > ses frères, qui recevaient rapidement ses ordres, et quilui communiquaient leurs pensées par le canal de leurs anciens , se procuraient des armes ets'organisaient avec assez d'ensemble pour que leur chef connût aussitôt le nombre des hommes capables de combattre.

Enfin , lorsque l'équité eut été vainement invoquée, bs prières et les menaces vainement employées devant le pharaon , qui promettait et se rétractait sans cesse, le Dieu de Moïse lui commanda de frapper un coup décisif. L'ordre fat transmis aux Hébreux d'obtenir des Égyptiens , par force et non par ruse, des vétemens et des vases d'argent et d'or . comme un faible dédommagement des longs travaux auxquels on les avait assujettis.

Qui s'imaginerait, en effet , que ce fut an abus

M SOBTIB

de confiance de leur part qui les mit en pps&es« sion de toutes ces choses? Les enfans d^Isràélsor^ Uretni en armes du ^ays d'Egypte (41). Voilà le fait consigné dans le texte, reconnu par la Yulgate , et sur lequel il ne peut s'élever de contestation sérieuse *, Bien plus , le mot k^breu qui signifie emprunter , signifie aussi requérir ; et le texte nous apprend que les fils de Jacob butiné^ ren*(42), sans résistance, les Égyptiens. Comment donc se fait-il que cette même Vulgate ait traduit en ces termes : « Vous direz à tout le peuple que chaque homme demande à son ami , et chaque femme à sa voisine, des vases d^or et

* Bientôt après , Josué ^ dans le désert , fut chargé par Moïse de chasser les Amalécites à la pointe de l'épée. (£xod. XYii.) S^il plait à Fhistorien Josèphe, qui passe , comme par oscillations, de la plus haute philosophie à la plus excessive crédulité, d'ajouter au miracle, en armant les Héhreux du fer des Égyptiens submergés , quoique le texte n'en dise rien, nous ne sommes pas tenus de le suivre , nous ne pouvons même pas le suivre , à cause de ces mots expressifs : Ainsi les en fans d'Israël montèrent ceints de leurs épées. D'ailleurs, à part même cette expression du fait y comment eut-il été possible que des hommes- qui étaient divisés en corps , commandéa par un chef principal, qui emportaient des vétemens, des vases, des outils de toute sorte, et jusqu'à des drapeaux, qui étaient appelés enfin h faire une conquête sur des populations armées , eussent oublié la chose la plus indispensable pour eux , leurs armes P

d'bgtftb. 80

d'ai*gent (43) ? » Qaoi! les Hébreux, si horriblement opprimés , auraient eu chacun un ami égyptien, et ils étaient six cent mille hommes an-des* sus de vingt ans !.. Quoi! six cent mille hommes, et même soixante mille capables de combattre, demandei^iau même jour, à la même heure par tout le pays , les choses les plus précieuses que possèdent leurs oppresseurs , et on les leur accorde^ de plein gré I Ils les demandent , «près que neuf plaies sont tombées sur l'Egypte, et la Vulgate' cite cela comme un prêt amical ; et elle ne voit pas que le mot hébreu signifie non-seulement un ami , mais le prochain , le voisin , de sorte que Tordre fut donné à chaque Hébreu de butiner l'Égyptien qui serait le plus près de lui , le mieux à sa portée. De nos jours encore, toute armée conquérante in/oite les habitans des pays qu'elle traverse à lui délivrer de l'argent et des vivres. C'est une invitation de ce genre que firent les six cent mille hommes à qui Ton devait la plus large compensation par tant d'années de travaux. S'il y eut miracle , il consista en ce que l'ame des Égyptiens , surnaturellement énervée , leur céda de bonne grâce.

Mais prenons garde à ceci : le style hébraïque ne met pas en scène Dieu , la nature et l'homme ; il ne parle que de l'homme et de Dieu. Tout ce qui se rattache au développement général de

l'hntnàiiité vient de Dieu , tous les faits vrais et nécessaires dérivent de lui. Il produit Tenthoustasme du grand homme et le vertige du despote, la force et la faiblesse de cœur. En conséquence , il ne faut pas confondre des langages très-différens et chercher un accident surnatiiP6l partout où ce nom est prononcé. Pour ne l'avoir pas fait, des philosophes eùx-mémes sont tombés dans des erreurs singulières , et ont donné quelque poids à des déclamations railleuses , dont le législateur, s il les eût entendues, aurait bien euie droit à son tour de se railler.

Manéthon, à qui Ton ne conteste plus sa bonne foi, raconte, d'après les annales sacrées de TÉgypte , qu'il avait à sa disposition , et d'après les traditions populaires , deux évènemens remarquables , séparés par deux siècles environ, et entre lesquels on avait à choisir celni qui s'appliquait à la sortie des Hébreux. L'un et l'autre présentent la chose sous l'aspect militaire ; mais , dans le second , elle est enveloppée d'un conte que l'amour-propre national avait propagé, et que Josèphe foudroie en deux mots.

Voici le plus ancien , qu'il a puisé dans les an* nales sacrées. « Sous le règne de Timaûs , l'un de nos rois, dit^-il en substance, Dieu, irrité contre nous , permit qu'une grande armée venue de l'Orient se fendit sans peine maître de notre

pays, le dévastât, le rédaîsît en servitude, et établit un roi nommé Salatis. Ce nouveauprince , arrivé à Memphis , imposa un tribut aux provinces tant supérieures qu'inférieures , et y mit de foi*tes garnisons. Ayant trouvé dans la conb'éo de Saïte, à4*orient du fleuve Bubaste, une ville nommée Avaris, dont la situation lui parut très^ avantageuse , il la fortifia , et y renferma , ainsi qu'aux environs , deux cent quarante mille hommes. Ce roi et ses successeurs régnèrent cinq cent onze ans. On les nommait hyaot, c'est-à-dire rois pasteurs ; car %c, en langue sainte , signifie roi, et sa«, en langue vulgaire, signifie p^^teurs. Quelques-uns disent qu'ils étaient Arabes.

« Ce temps écoulé, les rois de laThébaïde et de toutes les parties de TÉgypte qui n'avaient pas été domptées leur déclarèrent la guerre. Enfin Alisfragmoutophis les vainquit et les chassa du territoire. Ce qui en resta fut se réûigier dans lo canton d'Avaris , qui contenait dix mille mesures de terre. Tbémosis , fils du vainqueur , les attaqua avec quatre cent quatre-vingt mille hommes ; mais , désespérant de les forcer , il leur fit cette condition , qu'ils sortiraient librement de rÉgypte. Leur nombre était de deux cent quarante mille* Ils emportèrent tous leurs biens, trayersèrent le désert de Syrie , et craignant les Assyriens qui dominaient alors dans toi^te l'Asie, ils

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se retirèrent dans un pays que l'on nomme aujourd'hui Judée, où ils bâtirent une ville assez grande pour contenir celte multitude , et qui est Jérusalem. Remarquez ^ ajoute Manéthon , que j'ai trouvé dans d'autres livres , que ce mot hyc- 808 ne signifie pas rois pasteurs, mafs pasteurs captifs; car hyc, en langue égyptienne, et hac^ quand on le prononce avec aspiration , doit signifier captif; et cela paraît plus conforme à l'ancienne histoire (44). »

Or le motif qui ferait adopter cet événement pour celui qui correspond à la sortie d'Egypte, est, que l'Écriture semble placer la retraite des Hébreux peu de temps après le nouveau roi, dont Joseph n'était pas connu ; en conséquence , il faudrait rejeter la presque totalité des quatre siècles qu'ils passèrent dans ce royaume , sur les cinq cent onze ans déjà cités ; et Moïse , loin d'ôtre né dans le seizième siècle , appartiendrait au dïY'huitième. Mais d'après M. Champollion , deux cent soixante ans forment toute la durée des rois pasteurs , et deux cent quarante huit ans la durée de la dix-huitième dynastie , par laquelle ils furent expulsés ; de sorte que c'est sous les der-« niers règnes de cette dynastie, aux époques déjà marquées, qu'arrivèrent et l'exode et le second événement dont Manéthon parle comme d'une ancienne tradition.

Le roi Amenophis ambitionna, à Teiemple d'un de ses prédécesseurs , de voir hi dieux. Un prêtre des plus savans lui déclara qu'il fallait pour cela chasser tous les hommes atteints de lèpre et de maladies semblables. On en compta quatre-vingt-dix mille, parmi lesquels plusieurs prêtres , et on les envoya travailler dans des carrières à Torient du Nil. Ils obtinrent bientôt pour demeure la ville d'Avaris ; ils s'y fortifièrent , levèrent l'étendard de la révolte , et reçurent des secours des pasteurs qui habitaient la Palestine. Le roi marcha contre eux à la tête de trois cent mille hommes ; mais , sur la foi d'une prédiction qui leur assurait la domination de l'Egypte pendant treize ans , il n'osa pas risquer la bataille , et il se réfugia en Ethiopie. Lés insurgés se livrèrent à toutes sortes de violences : ils eurent pour législateur un prêtre d'Héliopolis , qui leur apprit à mépriser les simulacres des dieux et les animaux sacrés , et dont le nom d'Osarsiph fut changé en celui de Moïse (45).... Mais quelle étrange armée pour épouvanter trois cent mille hommes, qu'une cu*mée de lépreux ! £t ce qai estbien plus étrange, dit l'historien juif, c'est que le chef de ces masses lépreuses aurait commencé par faire des lois qui éloignaient du camp et de l'assemblée tout individu seulement soupçonné de cette maladie.

De tout cela cependant résulte la connaissance

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des monyemens dont TÉgypte a été le théâtre.

Et en rappelant toutes les circonstances : le roi nouvellement porté au trône , et qui n'avait pas entendu parler de Joseph ; la crainte de voir les pasteurs captifs se joindre aux pasteurs du dehors ; les prétendus lépreux livrés aux travaux des carrières ; leur révolte ; le mépris que leur dicte leur chef pour les dieux du pays et les ani-^ maux sacrés; leur résistance à trois cent mille hommes ; les conditions qu'un roi égyptien aurait accordées aux guerriers quHl n'avait pu vaincre ; les conditions que Moïse voulut obtenir du pharaon, et le soulèvement unanime des Hébreux pour échapper à Tesclavage , on reste convaincu de Texistence absolue du fait principal et du caractère guerrier qui renforçait la puissance în-* tellectuclle à laquelle cette révolution était due , de la même manière qu'on distingue très-bien la masse d un édifice placé hors de la portée ordinaire des yeux, sans pouvoir se rendre un compte exact de tous les détails et de ses rappoi*ts aveo les objets qui Tentourent.

Mais pour opérer avec quelque sûreté la re«»

traite, il fallait produire une stupeur profond» chez • les Égyptiens accessibles à des terreurs su* pei^titieuses. En effet, au même instant, dans^ tout le pays , une foule de premiers nés furent immolés par représailles aux m&nes des enfans hé*

d'égtftb. 41

breux. Qui pourrait dii*e qomment les choses se passèrent^ Mais un cri affreux retentit au loin : « Sortez ! sortez ! » Et ils quittèrent leurs demeu-' res dans les premiers jours du piintemps, armés « organisés, ayant sur les épaules leurs sacs aveu des vétemens et des livres et précédés par les bestiaux et les bagages (46)* Ramessès fut le lieu où ils se réunirent dos différons points de la con-r trée ) au nombre de six cent mille homipes au-^ dessus de vingt ans , d'après le texte actuel du Pentateuque ; au nombre de deux cent quarante, mille , si on leur applique le récit de Manétbon ; de soixante mille environ, si dans ce récit on ap* pUque le nombre indiqué aux individus et non pas aux bommes de guerre , ou enfin de six mille seulement, c^e l'avis do Volney *.

* L^étendue des vallées où campa toute cette popolation qui , dans la première hypothèse , devait s'élever à plus de deux millions d'ames ; la difficulté de lui [faire traverser Fespace dont je parlerai bientôt, dans (quelques heures de la nuit ; Faccroissement extraordinaire accordé k une famille de soixante-huit ou soixante-dix hommes dans les temps que semble indiquer le Pentateuque , sont les principaux argumens avancés pour en montrer Fexagération. Suivant Wallace, le nombre des descendans d*un seul couple au bout de 433 ans et un tiers, est de 24,576 personnes vivantes ; ^e sorte qull trouve plus de 1600 mille individus lors de la sortie d'Egypte , parmi lesquels 600 mille hommes. Mais Wallace ne compte eu

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Unefottle d'étrangers les suiyit et fat incorporée à la nation (47). Cette masse se divisait en douze corps principaux, dont chacun faisait remonter son origine à l'un des fils de Jacob et portait son nom. La première tribu était celle de Ruben , fils aîné de ce patriarche ; ses membres s'appelaient les Rubénites ; la seconde , celle de Siméon ou des Siméonites ; la troisième , de Léyi ; la quatrième , de Juda ou des Juifs , dont , par extension et par abus , le nom a été donné à tous les , .«nfans dlsraêl. Les autres tribus étaient celles de Dan, de Nephtali,de Gad , d*Azer, dlssachar^ de Zabulon , de Joseph qui fut divisée en deux tribus, Êphraïm etManassé;et de Benjamin.

Cependant les Égyptiens , revenus du coup qui les avait frappés , brûlèrent d'assouvir leur vengeance. u£h quoi! s'écria le pharaon, nous avons laissé partir Israël, nos esclaves! » Mais tandis qu'il assemblait son armée et ses chariots de

général qu'une femme pour chaque individu, et un enfant et un vieillard pour trois couples , ce qui est en opposition directe avec la base même du calcul. Je ne parle pas duPèrePét^u, qui marche aussi vite dans raccroissement des populations que dans les multiplications en chiffres. Michaêlis s'étaie , comme les rabbins , des mariages précoces , de la longévité , de la polygamie et de Texcessive fécondité en Egypte. Le lecteur jugera.

d'égtpte. 48

guerre , les Hébîeux se hâtaient à travers un pays coupé de montagnes , ayant en tête, pour éviter qae les diverses bandes ne prissent de fausses routes , un grand feu de matières résineuses, qaî, de nuit , faisait apercevoir une vive flamme , et de jour, une épaisse vapeur. Les Arabes en usent encore ainsi ; Alexandre eut recours à ce moyen (48), et l'historien sacré , lui-ménie , nous force à prendre cette idée de la colonne condnc> trice ; car loin de marcher seule , elle était diri^ gée par les hommes qui connaissaient le mieux le pays. « Je t'en prie, dit-il à son beau -frère Hobab de Madian, ne nous quitte point , tu nous serviras de guide, attendu que tu connais tous les lieux où nous aurons à camper dans le désert. Nous te récompenserons plus tard de tes soins (49). »

On ne suivit pas le chemin des Philistins , qui était le plus court pour aller dans la terre promise , afin de ne pas se placer aussitôt entre deux puissans ennemis; et après avoir remonté vers l'isthme de Suez , on fit comme un crochet qui ramena au midi , vers la mer Rougp. La première pause fut dans un lieu nommé Succoth (tente), à cause des tentes qu'on y dressa ; la seconde fut à Êtam. Moïse commanda ensuite un nouveau circuit, pour donner le change à Tennemi, en lui suggérant que les Hébreux s'étaient perdus dans

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le désert (50) ; et il porta son camp assez loin de Pi-hahiroth, à côté de Migdol^ et vis-à-vis de Baal-Zéphon '^ , dans un espace compris entre la mer Rouge et la chaîne de montagnes qui se prolonge sur les bords de cette mer (51). Sa position était d'autant plus favorable qu'elle devait empêcher l'ai*mée du pharaon et ses chariots de guerre de s'étendre et faciliter, en cas d'attaque subite, la défense de la partie du' peuple qui ne combattrait point.

 peine avait-il fait ses dispositions , que l'armée égyptienne , dont la marche avait été plus rapide , parce qu'elle ne se composait que de ^guerriers, arriva et sembla lui fermer toute retraite.  cet aspect, le grand nombre d'hommes faibles , de vieillards , de femmes et d'enfans qui remplissait le camp hébreu , fut saisi d'épouvante et murmura contre son chef. « N'y avait-il pas assez de sépulcres en Egypte ; pourquoi nous amener mourir au désert? n Mais Moïse leur répondit avec calme: « Ayez bon courage, vous obtiendrez bientôt votre délivrance. »

La mer Rouge , ou mer de Suph , est un golfe

♦ Le mot désért est employé ici pour solitude. Migdol et Baal-Zéphon , qui signifient une tour et le dieu du septentrion, ou ridole de Zéphon, ont été pris, ainsi que Pi>hariroth , pour des villes, des moatagnes, des anfractnoùtés de la mer.

de rOcémn qui s'aTance du midi an nord , dans nne étendue de plus de quatre cents lieues , de^ puis le treizième degré enTÎron de latitude boréale jusqn^au trentième. Elle ressemble à un large canal placé entre TArabie, au levant , l'Abyssinie et l'Egypte , au couchant. Sur ses rives occidentales vivaient les anciens Troglodytes , ou habi« tans des cavernes. Elle se termine au nord par deux petits golfes , sujets de tout temps à de fortes marées , et que je comparerai , pour la forme, à deux doigts de la main écartés Tun de Tautre. L'oriental s'appelait chez leis anciens stmis HeropoUieSj et l'occidental, qui n'est séparé de la Méditerranée que par l'isthme de Suez, simtf JEhnite», du nom de la ville d*JEïanaj bâtie sur ses bords.

A l'extrémité du golfe occidental Moïse s'était «arapé dans une situation diflKcile à déterminer «ufourd'hui, à cause des grands changemens 4]u'une longue suite de siècles a fait subir à ces rivages (p'S)* Le stmis JElamtes n'offre encore à sa pointe qu'une largeur d'une ou deux petites lieues. Les marées y sont d'environ deux mètres , Ht l'ouvrage sur l'Egypte ; et dans les tempêtes y lorsque le vent du sud' souffle avec violence , elles «'élèvent quelquefois à trois ou quatre mèti*es , ' ce qui est plus que suffisant pour noyer une armée nombreuse (53). Le général en chef de l-ex-

péditioD, revenant un jour des fontaines de Moïse, situées sur la rive orientale, voulut profiter de la marée basse , et traverser la mer Rouge à pied sec ; mais il fut sm^pris par la nuit, et» s'étant égaré au milieu de la mer montante» il eux à peine le temps d'échapper au reflux des eaux (54).

Moïse, qui avait étudié ces parages pendant tout le cours de sa vie pastorale, fit passer le soir, sur les derrières, les feux qui jusqu'alors étaient restés à la tète du peuple, soit pour cacher aux Égyptiens , au moyen d'une vapeur ' épaisse, les mouvemens de son camp, soit pour 4eur montrer, à la lueur de la flamme, une partie de ce camp immobile^, tandis que Tautre exécuterait sa marche en silence *,

Bientôt le flux, aidé par un vent violent, commença; et les eaux, en se retirant, offrirent une disposition remarquable, qui rend raison des faits postérieurs d'une manière bien plus satisfaisante que rexplication iiaturelle proposée par Josèphe, suivie par saint Thomas, Grotius, et plusieurs

• Le texte dit : La colonne de vapeur partit de devant eux , et se tint derrière , et elle vint entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël , et elle était potir les uns une vapeur et une obscurité , et pour les autres elle éclairait la nuit : et Fun des camps n'approcha pas de Taùtre de tout le soir. ( Eûiod. xiv, 20. )

savans rabbins, d'après laquelle les Isra^iles auraient décrit une ligne demi-circulaire dans la mer pendant le flux , et seraient revenus sur le même rivage d*où ils étaient partis (3^. Un haut fond transversal et beaucoup plus élevé que le reste du lit du golfe, resta à découvert, de sorte que les eaux de Textrémité de ce golfe se séparèrent peu à peu de la masse qui rentrait sur ellemême et formèrent une espèce de lac auquel le haut fond servait de digue. Cette disposition , trèsfacile à concevoir , et dont les observations faites par M. du Bois-Aymé sur les lieux mêmes semblent confirmer l'exactitude (56), est exprimée à la lettre dans la partie historique du texte qu*it faut bien se garder de confondre avec la partie poétique que je citerai plus loin. « La mer se retira toute la nuit par un vent d'orient très-fort, et elle fut à sec et les eaux se divisèrent (57). »

Aussitôt les diverses tribus entrèrent sur le haut fond et se développèrent d'autant plus qu'il s'élargissait davantage : elles s'avancèrent, ayant à gauche la partie des eaux que j'ai nommée le lac, qui de ce côté les arrêtait comme un mur^ et à droite, les eaux de toute la mer qui, à mesure qu'elles s'éloignaient du lac , semblaient se fendre pour leur ouvrir un passage. Dès qu'ils eurent aperçu ce mouvement , les Égyptiens suivirent ,

ou SOBTIE

» geance sera assouvie : je tirerai mon épée , et » ma main les anéantira. Mais ton souffle est ac- » couru de nouveau ; les abîmes les ont recou- » verts f et ils se sont enfoncés comme du plomb Il dans les eaux violentes.

» Parmi les dieux qu'on adore, en est-il de » semblable à toi ; aussi grand , aussi digne d*étre » chanté , qui fasse des choses aussi magnifiques ? ^ » Tu as étendu ta droite, et la terre les a en- » gloutis. Après avoir délivré ce peuple, tu l'as » guidé toî-méme : et tu le transportes par ta force » dans la demeure de ta sainteté. Les peuples » l'ont appris , et ils en frémissent : la douleur a M saisi les habttans de la Palestine , les princes » d'Edom sont épouvantés ; le tremblement s'est 1» emparé des hommes de M oab ; tous les habi- M tans de Canaan se dessèchent de peur.

» Que la puissance de ton bras maintienne sur » eux la stupeur et l'effroi ; qu'ils restent immo- » biles comme la pierre , jusqu'à ce que ton )i peuple, ô Jehovah , le peuple que tu as acquis, I» soit passé.

I) Tu le déposeras , tu le planteras sur la mon- » tagne de ton héritage ; dans le lieu préparé » pour ta demeure , dans un sanctuaire affermi » par tes mains.

» Jehovah régnera à jamais, à perpétuité , car » le cheval du pharaon , son char et ses cavaliers

d'Egypte. 51

» sont entrés dans la mer, et il a fait retourner « les eaux sur eux, et les enfans dlsraêl ont » pa^sé à sec.

» Chantons le Dieu qui s'est élevé fièrement » et qui a précipité dans la mer le cheval et le » cavalier (59). »

Après trois jours de marche dans la solitude , les Hébreux arrivèrent sur un point qui reçut le nom de Mara (amertume ), à cause de la mauvaise qualité des eaux : elles furent rendues potables , au moyen de Tinfusion d'un bois dont l'historien n'indique pas la nature , ou plutôt par le soin qu'il prit, comme l'observe Josèphe, de faire renouveler l'eau des puits (60), qu'avait altérée une trop longue stagnation.

A Élim,ils campèrent autour de douze sources d'eau pure qu'ombrageaient soixante-dix palmiers. Bans la vallée de Sin , ils commencèrent à unira la nourriture fournie parles troupeaux, une espèce de gomme friable , très-douce , susceptible d'être pétrie en gâteaux , et qui , paraissant sur le sol le matin après la rosée , fut appelée fnafm«, parce qu'en la voyant on sëcna; Mon- ^? (qu'est-ce?). Josèphe assure qu'il tombait encore de son temps, dans l'Arabie, une prétendue rosée pareille à celle qui avait nourri les Hébreux. Saint-Ambroise , Saumaise, Bochart pensent comme lui, que la manne était une sub-

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stance naturelle. Prosper Alpin rapporta que les moines du Sinaï en ramassaient autour de leur monastère, pour l'ofïrir au consul d* Alger; et les Toyageurs modernes en ont signalé l'existence (61 ), Mais quelle quantité n'aurait-il pas fallu que la presqu'île en produisit pour une si grande multitude ?... *

Dans la même Tallée tout le camp profita du passage de ces oiseaux voyageurs qui , réunis en grand nombre, vont chercher les douces températures. « Les cailles fatiguées d'un long trajet , dit la Description de l'Egypte ^ se laissent encore prendre à la main , sur le même rivage où elles servirent de nourriture aux Hébreux«(62)# »

A peu de distance , la disette d'eau s'accrut au point qu'on menaça Moïse : aidé de la <îonaaissance des lieux, il fit jaillir d'une roche une source abondante"^*. £n même temps^ un de ses lieute-

* Le texte dit aussi qu'il n'en tombait pas le septième jour, mais que ce fut seulement quelques hommes du peuple qui n'en trouvèrent point : car le peuple lui-même restait en ce jour dans ses tentes. (Exod. xri, 27, 29). Les Orientaux croient encore que la gomme terengahime, qui a tous les caractères de la manne mosaïque , et que produit l'arbrisseau nommé alhagi , tombe comme une rosée. (Toumefort, Aosenmuller^ p. I, t. ii, pag. 316.)

** Diaprés Tacite , ce sont des ânes sauvages qui, en se dirigeant vers une roche verdoyante , auraient indiqué lès sources à Moïse. (Hist. liv. v.)

nans , Josné , fib de Num , de la tribu d'Éphraïm , siÙTi d'ane troupe choisie, mit en déroute la tribu nomade des Amalécites, qui harcelait les dcr^ rières de l'armée et mutilait les tridnards (06).

Enfin , après trois mois , dont la majeure partie s'était écoulée dans les campemens , les Hébreux, ayant parcouru quatre-Tingt-dix lieues environ , arrivèrent dans la yallée déserte du Sinaï, dans l'angle formé par les deux petits golfes qui terminent au nord la mer Rouge. C'est là que Moïse , pasteur , s'était livré à^la contemplation de la nature ; là qu'il avait formé le dessein de les arrêter quelque temps (64) , pour les rendre plus dociles à sa voix et pour assurer leur organisation^ loin des chances d'une guerre sériease.

Telle est l'expédition de la sortie d'Egypte , qni remonte à l'an 1473 avant notre ère , cette année même que les monument marquent pour la disparition d'Aménophis et l'avènement au trône de Sésostris- le -Grand, son successeur. En y ajoutant les quatre cent trente ans du séjour des Hébreux, on tombe précisément au règne du pasteur Aphobis, le pharaon qui nomma Joseph son ministre. Dians la même période , Gécrops quitta l'Egypte, à laquelle il devait, comme Moïse, ses preipaières connaissances , pour aller porter sur les rives de l'Attiqae d'heureux élémens de civilisation. Que d'évènemens modernes paraîtraient fa-

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