‹ Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreuChapitre 6 sur 45 · NAISSANCE ET EDUCATION DE MOÏSE · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET EDUCATION DE MOÏSE

L'éducation de Moïse , et les premiers évènemens de sa vie, tels qu^ils sont racontés dans le Pentateuque même, donnent Texplication la plus naturelle du développement extraordinaire de ses facultés intellectuelles. Il sera libre ensuite à chacun de corroborer, suivant son esprit et sa propre conscience, les faits positifs par des raisons d'une autre nature : ainsi, après avoir dit que ce législateur était instruit de toute la sagesse

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dWîne et humaine dont un grand et noble génie peat être orné , Bossuet c^jonte : « L'inspiration ne fit que porter à la dernière certitude et perfection , ce qu'avaient ébauché Tusage et les connaissances du plus sage des empires (20). »

Dans le vingtième siècle avant notre ère ^ suivant la chronologie comparée du texte sacré, deManéthon et des monumens, une famille de bergers , originaire de TArabie ou de la Ghaldée, avait quitté le pays de Canaan , voisin de la Phénicie, pour se transporter en Egypte. Elle comptait parmi ses ancêtres Héber * , d'où lui vient le nom ÔL Hébreux , et le patriarche Abraham « célèbre dans toutes les contrées orientales. Un de ses membres , appelé Joseph , avait été élevé , par un concours de circonstances singulières^ au rang de premier ministre de ce royaume. Lé pharaon, c'est-à-dire le roi, quatrième monarque de la dynastie des pasteurs, qui, après avoir violemment subjugué l'Egypte > cherchait à y consolider sa domination , les accueillit avec bienveillance **, et leur assigna pour demeure la

* Le mot hébreu eher signifie au-delà f Ton a dit que ce nom lui avait été donné parce qu^il venait à'au-delà ITuphrate ; ou bien , en mettant son séjour en Arabie , parce qu'il venait de r£thiopie,qui ealq^^delà de la mer AoDgc.

** Ce n'est pas à cause de leuv qualité de pasteurs qu'il

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terre de Goscen, située entre les branches les plas orientales du Nil, et fertile en pâturages. Là , les Hébreux conservèrent le culte de leurs pères, qui avaient adoré un Être infini et unique , qu'aucune forme ne peut représenter ; et leur postérité , jouissant de Tabondance et de la paix, s'accrut dans la progression la plus étonnante. S'ils ne s'allièrent pas avec les habitans du pays , ce n'est pas^eux-jnémes qu'il faut personnellement accuser y car ils avaient contracté des mariages avec d'autres peuples (21) : la cause en est surtout dan-î l'espèce d'horreur que le vulgaire égyptien manifestait contre les étrangers (22).

Plusieurs siècles s'étaient écoulés, lorsque le retour des anciennes dynasties changea leursort. Une politique cruelle s'appesantit sur eux ; et les priva à la fois de toute protection intérieure , et de la faculté de retourner dans leur première ré« sidence. « Agissons prudemment, dit-on dans le conseil des nouveaux pharaons , de peur qu'ils ne se multiplient, et que s'il arrivait quelque guerre, ils ne se joignissent aux ennemis, ou ils ne quittassent malgré nous l'Egypte (28). »

On les arracha donc à leurs foyers ; on les condamna à la servitude, aux travaux les plus durs^

les re(;ut, car il semble que Joseph ne Ven aveitit que lorsqu'ils furent en Bgyjte. (Oen. , xi.vi , 82. )

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à bâtir péniblement des ailles, parmi lesquelles Rahamsès et Pitbom. Enfin , pour réduire leur nombre, sans se priver des avantages qu'ils procuraient, on ordonna que tous les mâles nouveau-nés seraient pendant quelque temps voués à la mort.

Dans ces malheureuses circonstances , vers Iq milieu du seizième siècle avant notre ère, Jocabed, femme d'un Hébreu nommé Amram , donna le jour à Moïsç. Trois mois entiers sa naissance resta secrète ; mais dans la crainte de ne pouvoir le dérober plus long-temps aux recherches, sa, mère préféra le confier aux flots du Nil , que de le voir tomber entre les mains de ses bourreaux. Elle enduisit de bitume une petite corbeille de jonc, et le déposa, sous la surveillance de sa jeune sœur, parmi les roseaux qui bordaient le ' rivage. La,filleduph€Lraon, suivie de ses femmes, alla se baigner de ce côté ; elle découvrit la corbeille, et Tayant fait ouvrir, elle fut attendrie à l'aspect d'un enfant très-beau, qui lui tendait les bras en pleurant. « Je ne t'abandonnerai pas, dit-elle; tu seras mon fils, et tu porteras le nom de Moïse , parce que je t'ai tiré des eaiM (?4) » ; et comme la sœur de l'enfant s'approcha aussitôt pour lui proposer une nourrice , elle confia son allaitement à Jocabed , sans savoir qu'elle était sa propre mère.

22 CDVCATION

-: • "Le jeune Hébreu grandit parmi les hommes

>>"* les plus savans et les plus puissans de TÉgypte.

Initié à leu^s mystères, il s'empara de leurs connaissances ; témoin du mécanisme de la cour, il .'ajiprit comment elle en imposait au irulgaire; entouré de tous les genres de séduction, il n'oumià pas un seul moment que ses frères étaient opprimés. Mais tandis que sa réputation de sagesse gfàndisSàit avecluiets'étendaitauloin (25), son origine, la tendresse de la fille du roi, et l'indépendance naturelle de son caractère lui ** suscitèrent les ennemis les plus redoutables.

" Jûsèphe raconte que durant son enfance le î', le tenant dans ses bras, lui posa son Hs^ir^la tête; Moïse l'arracha soudain , le

' j^. rj^lf a ses'j^iëds et'léïoula. Long-temps après , les , ,*ÉtHiôpietik'ba:ttii'ent lés troupes égyptiennes et , . :iftehaçèréTitBÎIfemphis.Dans^^ Ther-

muti's ^sa* Mère' âdppt.ive, proposa do lui^ donner le commandement de l'armée. Il vainquit' les agresseurs , lés 'asisiégea jusque daiis leur capitale et conclut un traité des' plus avantageux. Mais, 4oin de lui valoir la reconnaissance de la cour , sa fortune accrut la haine de ses ennemis ', surtout des prêtres égyptiens qui firent entendre au roi , que les talens et la popularité de cethomme pourraient devenir fatals à sa puissance , si l'ambition s'emparait jamais de son cœur (26).

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Qudle que soit Ifi foi qa*on ajoute à ces asseiv tioDs , il est certain que le pharaon , dont la fille a?ait peut-être cessé de vivre , ou qui élait luimême nouvellement couronné, changea à son égard , et quvon ne chercha plus qu'une occajsion de le perdre. D'après les monumens*, Ramessès* Meïamum ou ami d'Ammon , le quatrième roi du nom de Ramsès^ était monté sur le trône, Tan 1559, cinq ou six ans avant la naissance de Moï* se : il mourut en 1393 ; THébreu aurait compté dans ces jours-là soixante ans qui, calculés suivant le rapport qui existeentre quatre-vingt ans, belle vieillesse pour notre époque , et cent vingt qu'on obtenait fréquemment alors, produisent quarante années. Mais ce fait était reconnu dans les derniers temps de larépublique des Juifs , qu'il n'avait, quand la colère du roi éclata, que quarante ans (27), correspondant à vingt-cinq ou trente de notre âge, de sorte qu'elle aurait signalé la vingt-sixième année environ du long règne de Meïamum ; ce qui semble appuyé par Tirapëtuosité de caractère dont Moïse va nous donner des preuves.

Un jour, en allant visiter ses frères , il vit un

• On peut voir dans la Notice chronologique que M- Champollion Figeac a ajoutée aux Lettres de M. Champollion le jeune y son frère , Timportant tableau des dates fournies par les monuments. ■♦

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