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Adolphe Adam. Derniers souvenirs d'un musicien. Notons

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Le P. Mersenne avait écrit, un siècle auparavant, à propos des hautbois : « Bien qu'ils semblent rudes, ils ont une gaîté naturelle qui les fait préférer » (aux flûtes) . Leur musique a est propre aux grandes assemblées... à cause du grand bruit qu'ils font... car ils ont le son le plus fort et le plus violent de tous les instruments, si l'on excepte la trompette » '.

Bach a magnifiquement utilisé ces vigoureuses qualités sonores, a dans les airs où il veut déployer une harmonie somptueuse, sans avoir recours au fracas des trompettes » ^ Dans telle ou telle cantate, un groupe de trois hautbois dépeindra les émotions du croyant et les fureurs de la colère divine. Mais surtout le hautbois excellera à traduire les sentiments pathétiques, les implorations, les élans de l'âme, car il est, selon la juste

qu'en 1720 les frères Besozzi, hautboïstos italicus, s étant fait entendre aux séances (In Concert spiritiiol, obtinrent une grande vogue. Il est vraisemblable que leur virtuosité piqua l'amour-propre et excita l'émulation chez leurs confrères.

I. Peut-être est-ce h cette sonorité, dont la violence doit étonner les hautboïstes modernes, que les hautbois devaient leur popularité. Autrefois, « en Normandie, en Bourgogne, et dans plusieurs autres provinces, les quatre dimanches qui précédent Noël, des ménétriers s'en allaient, jouant du hautbois de maison en maison depuis neuf heures du soir jusqu'à minuit. On les appelait h'aliaiithuisde l'Avait. » (V. La MoMuoye, Glossaire dfs Noi'ls hour^ui^nnns.) Au xyiii" siècle les hauboïstes devaient an besoin jouer de la (lûte ou de la trompette. Le nombre des hautbois équivalait à peu près à celui des violons, dont ils doublaient les parties : « Les violons et les hautbois jouèrent de vieilles pièces, mais excellentes » (Perrault, La Belle au hais dormant).

■1. A. Pirro. Loc. cit.

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expressiondeMattheson, un instrument a parlant ».

D'une sonorité plus douce, le hautbois d'amour, qui résonne à la tierce inférieure du premier, et que, dès 1722, Telemann avait employé dans son Triomphe de la Beauté, a traduit de calmes et suaves pensées. Chez Bach, tantôt seul, comme dans le Magnificat en ré majeur où il dialogue avec la voix du soprano, tantôt réuni à un second, comme dans la Cantate d'Eglise «° 8, il s'épanouit en floraison sonore.

Plus profond encore, le hautbois de chasse (qui correspond à notre cor anglais) possède une voix douloureuse et âpre, tragiquement entendue dans l'air « Ah ! Golgotha maudit », de la Passion selon saint Matthieu. Deux hautbois de chasse, joints à deux hautbois d'amour, forment, au début de la a Veillée des Bergers », dans VOratorio de Noël, la plus délicieuse des pastorales. Le hautbois de chasse peut aussi être apprécié dans le Dioclétien de Purcell et le Stabat mater de Haydn.

Le cor anglais proprement dit, résonnant à la quinte inférieure du hautbois, fut probablement inventé, vers 1760, par le hautboïste italien Ferlendes, établi à Strasbourg'. On a attribué son nom à la ressemblance offerte par sa forme curviligne avec celle d'une sorte de cor de chasse alors

I. C'est aussi à cette époque que remonte la contre-basse de bombarde, inventée par le facteur français Délasse, et que détrôna le contre-basson.

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usité en Angleterre. Nous en traiterons plus loin. C'est avec Haendel que le hautbois prend place au concert ; il ne lui dédia pas moins de six concertos. Mozart en écrivit un, malheureusement perdu. Soit dans lorchestre sy m phonique, soit dans les œuvres lyriques, le hautbois impose immédiatement son timbre clair et précis. C'est « avant tout un instrument mélodique ; il a un caractère agreste, plein de tendresse, je dirai même de timidité », Ne prenons pas à la lettre ce jugement de Berlioz ; lui-même nous y invite en disant un peu plus loin que c'est à un instrument si précieux que Gluck et Beethoven doivent « les émotions profondes produitespar plusieurs de leurs plus belles pages ». Par exemple, dans Tair d'Agamemnon à'Iphigénie enAulide, « ces plaintes d'une voix innocente, ces supplications incessantes et toujours plus vives pouvaient-elles convenir à aucun autre intrument autant qu'au hautbois » ? Beethoven a fait allègrement chanter le hautbois, mais il n'a pas moins bien réussi en lui confiant des phrases tristes ou désolées. Les exemples abondent, dans ses symphonies, de deux aspects si inconciliables en apparence et pourtant si réels'. 11 suffira d'évoquer le trio du scherzo de la Symphonie pastorale et l'andante finale de la Symphonie héroïque, sans oublier le trio pour deux hautbois et cor

I. Mirabeau aimait n ce bel inslruracnl si expressif et si varie, et peut-être le plus rapproché de la voix huiuaioe » (?).

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anglais. Haydn se plaît aux solos de hautbois ; signalons dans les Saisons un bel adagio et un assez long passage imitant, avec un plaisant réalisme, le chant du coq'. Weber, l'admirable poète de la clarinette, a peu mis en relief le hautbois; il convient toutefois de mentionner le spirituel accompagnement de l'ariette d'Annette, au deuxième acte du Freischiitz. Hummel, non content d'avoir écrit pour cet instrument d'intéressantes Variations avec accompagnement d'orcliestre, lui a confié le thème de Ylncarnatus de sa messe en mi bémol. Il faut enfin citer le Concertino de Kalliwoda et les trois Romances de Schumann, et se garder d'oublier le pathétique solo par lequel Berlioz, en son Roméo et Juliette., a exprimé la tristesse de son héros errant le soir parmi les jardins des Capulets. Nous rappellerons aussi le prélude du troisième acte de Tannhœuser., le charmante mélodie qui orne la marche de la caravane dans le Désert de Félicien David, les Pièces en canon (hautbois et violoncelle) de M. Théodore Dubois, et maintes pages de la Korrigane de M. Widor.

Le cor anglais, ignoré de l'orchestre symphonique des maîtres classiques, semble avoir fait

1. C'est aussi le hautbois qui clame le chant du coq annonçant l'aube, dans la Danse macabre de M. Saint-Saëus. Voir aussi l'ironie que traduit cet instrument dans le Rouet d'Omphale du même maître.

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son apparition à Vienne, en 1762, avec VOrfeo ed Euridice de Gluck. Dalayrac lui confie la musette de sa Nina. Beethoven lui consacre des Variations sur le thème La ci darem la mano de Don Giovanni. Parmi les plus beaux effets qu'en aient tirés les maîtres signalons chez Rossini Vandante de l'ouverture de Guillaume Tell., où le cor anglais dialogue avec la flûte' ; chezDonizetti l'accompagnement de l'hymne du prieur dans /a Favorite ; chez Meyerbeer un amoureux andante au quatrième acte de Robert le Diable; chez Schumann leRanz des vaches dans Afan/red ; chez Berlioz l'accompagnement de l'air de Marguerite dans la Damnation de Faust, et aussi les réponses alternées du hautbois et du cor anglais dans la Scène aux champs de la Symphonie fantastique ; chez Wagner le poignant solo du quatrième acte de Tristan et Iseult. Ilalévy a employé, non sans bonheur, deux de ces instruments en duo dans l'air d'Eléazar au quatrième acte de la Juive. Aucune voix dans l'orchestre n'est plus pénétrée d'une tendre et inconsolable tristesse.

Mentionnons pour mémoire le hautbois baryton, résonnant à la quinte inférieure du cor anglais, et le hautbois soprano qui correspond dans cette série à la petite clarinette. M. Paul Vidal l'a employé dans la Burgonde.

I. Primitivement la partie lit'volue au cor anglais était destinée ;i un lenoroon, sorte de lia.<^son alto, proche parent du hautbois do nh asse, et qui probablement rappelait la sonorité du cor des Alpes, interprète naturel du rariz des vaches.

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Le hautbois a de bonne heure tenu dans la poésie une place importante, due principalement aux ressources que son nom gracieux fournit à la rime. Dès i573 Baïf parle des « Chores » du théâtre des Anciens

Au son des hauboys s'égayans.

En 1G19, Claude d'Esternod, dans rEspadon satyrique, nous enseigne

qu'un son varié contente mieux l'oreille,

Tantôt la flûte est propre et tantôt le hautbois.

La Fontaine a célébré Des amoureux bergers la flûte et le hautbois ;

Et Corneille l'a fait figurer dans la sérénade contée par Dorante, au premier acte du Menteur.

Boileau, Chaulieu, Jean-Baptiste Rousseau ont également embouché Tanche double, a Oui, ma fille », s'écrie un personnage du Préjugé vaincu de Marivaux, a neveu d'une trompette et frère aîné d'un tambour ; il y a même du hautbois dans la famille ! ». Les poèmes d'Ossian — ou plutôt de Mac-Pherson — nous apprennent que a la voix du hautbois est flatteuse comme le souffle du zéphyr qui murmure à l'oreille du chasseur, quand il s'éveille d'un songe heureux et qu'il a entendu les concerts des esprits qui habitent les montagnes ». Lamartine nomme dans Jocelyn

Le fifre aux cris aigus, le hautbois aux sons clairs ;

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mais nul n'a mieux goûté celui-ci que Victor Hugo, disant dans les Orientales :

J'en ai pour tout un jour des soupirs d'un hautbois ;

et

Un bel oiseau des bois

Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois ;

puis dans les Rayons et les Ombres :

Vaste tumulte où passe un hautbois qui soupire.

Baudelaire, comme Hugo, a senti la douceur de l'élégiaque instrument :

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, Doux comme les hautbois, verts comme les prairies...

[Correspondances.)

Enfin, Sainte-Beuve, se rencontrant, assurément par hasard, avec le P. Mersenne, associe, en rhonneur de la Rime, le hautbois et la trompette :

Rime, écho qui prend la voix

Du hautbois Ou l'éclat de la trompette '

Le basson dérive des gros- b ois ; on le rencontre aussi sous le nom de dulcian. Dès le milieu du xvi" siècle, le tuyau simple qui atteignait, pour les deux individus composant cette catégorie, les

I. Mentionnons, à titre de curiosité, le macabre jeu de mots, jadis assez répandu el que propose Sorel en l'Histoire comique de Francion : « La trahison joue de la trompe, car elle trompe tout le monde, et la justice joue du haut l/ois, parce qu'elle fait élever des potences ».

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longueurs respectives d'environ 2 et 3 mètres, se dédoubla, d'où le nom ironique de fagot appliqué à l'ensemble des deux tubes accolés. On attribue souvent cette opération au chanoine Afranio de Ferrare, mais l'attribution est douteuse. Pra;torius nous présente ainsi la série des bassons existant au xyf siècle, le nom français ayant acquis dès lors droit de cité dans notre pays, tandis que fagott ou fagotto persistaient en Allemagne et en Italie :

Discant- fagott. Quart-fagott.

Fagott piccolo. Quint- fagott.

Cborist-fagott.

On travaillait aussi à la confection d'un fagottcontra i^contre-basson).

Le basson apparaît pour la première fois en 1671 dans l'orchestre de la Pomone de Cambert, où se signala également, nous l'avons dit plus haut, la première apparition du hautbois. Ni Hacndel, qui employa d'abord le basson en 171 1 dans son Hinaldo, ni Bach, qui pourtant l'a mis davantage en relief, n'ont semblé voir en lui autre chose qu'un moyen de renforcer les basses. Cependant ce dernier maître n'a pas ignoré la force de sonorité que pouvait donner au besoin ce que Mattheson nomme a le fier basson »'. C'est seulement

I. Il convient aussi de relever le rôle caractéristique joué par le basson dans la scène de la pythonisse du Saûl de Haendel.

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peu à peu que les facultés très diverses du basson ont été exploitées, et sa fortune, à cet égard, rappelle celle de la clarinette. Le basson peut être entièrement pathétique ', il peut aussi donner l'expression d'une souffrance qui cherche à s'exprimer et à qui la force manquerait pour y parvenir. Enfin il sait être bougon et même grotesque.

Haydn, dans le menuet de sa Symphonie militaire, a placé un solo de basson d'une amusante bonhomie. C'est aussi ce caractère que 1 on constate dans le solo de l'ouverture de la Dame blanche^ de Boieldieu. Voulons-nous pousser jusqu'au grotesque? Rappelons en ce cas Berlioz, avec la scène de la « Cave d'Auerbach » et le chœur des soldats, dans la Damnation de Faust' : « Mais la raillerie bouffonne se convertit en un ricanement sépulcral qui donne froid, lorsque Meyerbeer fait jouer aux bassons cet effrayant passage de la a Résurrection

I. <i Le basson est lugubre, et doit être employô dans le pathétique, lors même qu'on n'en veut faire sentir qu'une nuance délicate; il me paraît uu coutre-sens dans tout ce qui est de pure gaîto » (Grétry, Mémoires). On verra dans la note suivante que le musicien a donné tort ici à l'esthéticien, et lui a infligé un amusant démenti.

a. On pourrait allonger la liste des exploits du bassou, dans le domaine comique, eu citant tout d'abord les amusants cllets qu'en tire Mendelssohn dans le Songe d'une nuit d'été, puis l'acoomiiagncmcnt de la sérénade de Mépliislophèles, dans le Faust de Gounod ; l'ahurissant entr'acte de ta Rosière de Salency, de Grétry, le piquant n sermon du capucin » exposé par quatre bassons dans le WaUcnstcin do M. Vincent d'Indy, enliu le réaliste effet voulu par Gounod dans son Médecin malgré lui, et que précède uu elTot de (lùle non moins évocateur.

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des nonnes maudites «', dans lequel « une sonorité pâle, froide, cadavéreuse » est obtenue par a les notes flasques du médium \ »

A Cherubini nous sommes redevables d'un beau solo dans son opéra de Médée; à Mozart d'un concerto, sans parler des nombreux passages de ses opéras et de ses symphonies, où le basson est si judicieusement traité. Beethoven l'emploie aussi aA^ec une prédilection marquée. De l'effet naïvement comique du scherzo de la Symphonie pastorale où le basson place imperturbablement le do et le fa partout où le permet l'harmonie', jusqu'à l'admirable finale de la Symphonie avec chœur, dans lequel l'instrument accompagne l'exposition du thème par les altos et les basses, bien d'autres exemples seraient à citer. Le concerto de Weber et son Rondo hongrois ne sont pas les seuls témoins de sa connaissance parfaite des ressources du basson. — Dans Euryanthe, lorsque l'héroïne est abandonnée, dans le Concert-stùck pour piano et orchestre, le basson fait entendre sa voix implorante et voilée. La 'Shéhérazade de Rimsky-Korsakow contient aussi de curieux épisodes confiés au basson.

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