‹ Histoire des instruments de musiqueChapitre 36 sur 70 · I. — INSTRUMENTS SIMPLES · texte numérisé non relu

I. — INSTRUMENTS SIMPLES

Ils sont très anciens, et dérivent probablement d'unecoquille ou d'une cornedans lesquelles pénétrait le souffle par un trou grossièrement pratiqué.

Leur développement fut assurément très lent, aussi ne faut-il pas prendre les mots de «trompette» et de « cor » dans des acceptions trop modernes en parlant des instruments antiques.

Les Hébreux', les Assyriens, les Egyptiens et les Grecs possédaient des trompes en corne et en métal. Les Romains étaient mieux pourvus avec la tuba de bronze au tube rectiligne, la buccina qui mesurait plus de 3 mètres de longueur", la cornu et le lituus, dont le modèle étrusque se rapproche de la trompette actuelle\ Une miniature reproduisant un lituus figure dans une Bible présentée en 85o à Charles-le-Chauve et que possède notre Bibliothèque nationale. Au xv° siècle, une série de trompettes existait en Italie, sur laquelle nous documentent les tableaux de Fra Beato Angelico et les sculptures de Luca délia Robbia. La trompette et le clairon son frère continuent d'être les instruments guerriers par excellence, et les archives

1. Les rabbins pensent que le premier schofar fut fait de l'une des cornes du bélier qui remplaça si obligeamment Isaac dans le sacrifice qu'allait faire Abraham. Mais c'est à la chatzozerath de mêlai que fait allusion Racine dans Athalie, lorsqu'il nous dit :

Sitôt que <le ce jour

La trompette sacrée annonçait le retour...

1. Non seulement chez Polybe et Végèce, mais chez Virgile aussi, nous trouvons mentionnée la huccina, témoin ce passage du onzième livre de l'Enéide :

Bello dût signun rauca cruenlum buccinii.

3. La luba et la cornu romaines étaient vraisemblablement des répliques de la salpinx et du keras helléniques. On rencontre le lituus. écrit à deux parties, dans la cantate de Bach: O Jésus-Christ, lumière de ma vie !

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de notre littérature en font foi. Dès le xiv' siècle nous en trouvons des témoignages : « Quand vint le samedi au matin, nous content les Chroniques de Froissart, on sonna trompettes et claronceaux. » La Chronique de Bertrand Du Guesclin nous parle de « trompette sonner », les Vaux-de-Vire d'Olivier Basselin proclament que

La trompette a sonné bien haut :

A l'arme, à l'assaut, à l'assaut !

Et Christine de Pisan nous montre « les trompettes du Roy (Charles V), à panonceaux brodés ».

Au xv° siècle Villon ne se montre pas moins belliqueux :

Quand on ouyt clarons sonner Il n'est courage qui ne croisse '.

Au siècle suivant enfin, Ronsard nous conte la fin tragique du roi Henri II,

Quand entre les clairons, trompettes et fanfares. Au milieu des tournois au chef il fut blessé.

Puis Agrippa d'Aubigné nous mande que « Saint- Gelais fit faire quelques chamades à son trompette, et puis l'envoia parler aux capitaines, si glorieusement qu'ils se rendirent ».

Montaigne, en ses Essais, nous rappelle le philo-

I. A cette époque nous rencontrons des trompettes en bois conjointement avec celles de métal : l'une d'elles fut achetée quatre deniers par le châtelain de Foncin en i43i [Archives de la Cdted'Or).

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sophe Cleanthes disant que « la voix, contrainte dans l'étroit canal d'une trompette, sort plus aiguë et plus forte ». 11 convient que le son de cet instrument met a le cœur au ventre », qu'il n'est « cœur si mol que le son de nos tabourins et de nos trompettes n'eschauffe ». EnQn il expose, d'après Plutarque, la merveilleuse histoire d'une pie qui, ayant ouï sonner des trompettes, apprit à « exprimer parfaitement leurs reprinses, leurs poses et leurs nuances ».

La marine, aussi bien que l'armée de terre, aimait ce bel instrument. Ainsi nous lisons dans une lettre de Duquesne à Colbert : « De tout temps, avec dépense pour faire honneur au service, j'ai eu un accord de trompettes des meilleurs qui aillent sur mer. »

L'application à la musique proprement dite, de la trompette — car le clairon en fut, sauf rarissime exception, toujoursexclu, semble remonter au début du xvu" siècle. L'ouverture de VOrfeo de Monteverde (joué à Mantoue en 1607) comporte cinq trompettes de tessitures graduées. En 1675 le compositeur vénitien Legrenzi les emploie dans son opéra Eteoclc e Polinice, tantôt à deux et trois parties, tantôt en solo accompagnant le chanteur.

C'est alors que commence l'âge d'or pour la trompette, considérée au point de vue de la virtuosité : Hœndel dans la Fête d'Alexandre et dans Judas Macchabée, Bach dans l'Oratorio de Noël

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et la Messe en si mineur, en font un resplendissant emploi. Seul ou en groupe le noble instrument projette ses gerbes étincelantes. A Buxtehude aussi il sert (< chaque fois qu'il veut faire resplendir la lumière ou la joie » '. Mais le grand cantor sait lui confier, lorsque l'occasion l'y convie, un rôle terrifiant et sinistre, et lui faire au besoin « hurler la rage d'enfer »". D'ailleurs les moyens d'exécution de maints passages nous échappent complètement, et nous sommes portés à supposer que les virtuoses d'alors usaient de « procédés techniques totalement perdus aujourd'hui »\ Quoi qu'il en puisse être, ces maîtres justifiaient à l'avance le programme tracé par Berlioz pour l'emploi de la trompette : « Son timbre est noble et éclatant; il convient aux idées guerrières, aux cris de fureur et de vengeance, comme aux chants de triomphe ; il se prête à l'expression de tous les sentiments énergiques, fiers et grandioses, à la plupart des accents tragiques. 11 peut même figurer dans un morceau joyeux, pourvu que la joie y prenne un caractère d'emportement et de grandeur pompeuse » *.

Chez Lully les trompettes collaborent avec les timbales pour l'obtention d'héroïques effets. Quatre de ces instruments sonnent la marche à' Annide,

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