‹ Histoire des instruments de musiqueChapitre 37 sur 70 · Berlioz. Loc. cit · texte numérisé non relu

Berlioz. Loc. cit

i48 INSTRUMENTS A VKNT

etles/e«.r Pythiens en réclamaient cinq. Même ils jouent une gigue pour le Carrousel de la Grande Ecurie en 168G '.

Les exemples sont nombreux et nous n'éprouvons que l'embarras du choix. Gluck, dans l'air de Pylade : a Divinité des grandes âmes », à' Iphigénie en Tauride, et dans l'arrivée des chevaliers, au cinquième acte (ÏArmide ; Rameau, dans le duo des athlètes, de Castor et Pollux : « Eclatez, fières trompettes », en peuvent témoigner, malgré la décadence de la virtuosité constatée par Jean- Jacques Rousseau s'écriantque « dans le royaume de France, il n'y a pas un seul trompette qui sonne juste » ". En Allemagne cependant la trompette s'immisçait jusque dans la théologie, témoin le singulier ouvrage intitulé Musica parabolica, ou la musique d après les paraboles, cest-à-dire éclaircissement de quelques allégories et figures qui existent dans la musique^ par lesquelles on démontre très clairement à ceux qui comprennent la musique, les plus importants mystères de r Ecriture Sainte [175^] '.

I. V. L. He la Laiirencic, f.iillr, et Eiuile Rhodes, li's Trompetles du lioi.

■i. Dans son Dictionnaire de musique, art. Fanfare. Il ne parle là, d'ailleurs, que des trompettes militaires, mais sa remarque était susceplible d'une interprétation plus large.

3. Vers la fin du xviii" siècle, le célèbre trompettiste Johann- Ernest Altenburg nous apprend qu'un virtuose concertiste emportait avec lui trois instruments ; une trompette en sol, dite anglaise; une trompette en fa, dite française, et une trompette en ré, dite

Avec Haydn s'ouvre la période dans laquelle le caractère spécialement harmonique de la trompette, sobrement mais judicieusement traité, va nous apparaître sous son véritable jour. Nous nous bornerons à en citer quelques exemples : pour ce maître le chœur final des Saisons, pour Beethoven Tandante et le finale de la V" symphonie; pour ^A'eber le finale du premier acte d'Euryanthe; pour Mendelssolin la Marche nuptiale du Songe d'une nuit d'été ; pour Auber la coquette sonnerie de l'ouverture de Fra Diavolo.

Mais l'héroïsme et la joie ne sont point les seuls apanages de la trompette. Dans la douceur ses sons offrent une poésie mystérieuse et noble, étrangement prenante. Lorsque un lent crescendo intervient alors, il semble qu'un rayon de lumière, surgissant de ce clair-obscur, vienne illuminer de sa pureté les autres teintes de l'instrumentation. Cet eifet se réalise pleinement dans l'ouverture A'Iphigénie en Tauride, dans la cantilène de Don Ottavio au deuxième acte de Don Giovanni, et dans l'air de Rezia au deuxième acte d'Obéron. L'impression de douceur religieuse n'a jamais été si admirablement produite que dans l'accompagnement du chœur

Dieu d'Israël, père de la nature,

allemande [Versuch einer Anleliung zitr hersischer musikalischen Trampetiiinst, Halle, 1795).

i5o INSTRUMENTS A VENT

au début du deuxième acte du Joseph de Méhul ; « les voix s'élèvent, presque seules, vers le ciel immense où n'a point encore pâli le scintillement des étoiles. Deux cors et deux trompettes murmurant les notes de l'accord parfait semblent annoncer le prochain rayon de l'aube. Chant religieux, voix de la nature, elTusion de tendresse, écho du souvenir, tout cela vibre en cette page mystérieuse et sublime » '.

Nous retrouverons la trompette aux paragraphes suivants. Signalons son très rare emploi dans la musique de chambre, en une Sonata A 5 de Vincenzo Albrici, compositeur italien du xvii° siècle, écrite pour deux violons, deux trompettes et un basson; et, plus près de nous, dans deux septuors, l'un de M. Saint-Saëns, l'autre de M. E. Duvernoy.

Ne quittons point la trompette sans rapporter son trioinphe le plus extraordinaire peut-être : il s'agit de la lutte entre un chanteur et un trompettiste allemand d'un prodigieux talent et fort admiré à Rome, pour lequel Porpora avait écrit l'accompagnement obligé d'un air composé à l'intention de son élève le fameux soprano Carlo Broschi, dit Farinelli. « L'air commençait par une note tenue en point d'orgue, et tout le trait de la ritournelle était ensuite répété dans la ])artie du chant. L'instru-

I. RenL- Broucour. Mchul (dans la collection des Musiciens cclchres). 11 semblerait que les o dolci tube u du Paradis Daulcsquc aient inspiré ici le grand musicien.

INSTRUMENTS A EMBOUCHURE i5i

mentiste prit cette note avec tant de douceur, il en développa l'intensité jusqu'au degré de force le plus considérable par une progression si insensible, et la diminua avec tant d'art; enfin, il tint cette note si longtemps, qu'il excita des transports universels d'enthousiasme, et qu'on se persuada que le jeune Farinelli ne pouvait lutter avec un artiste dont le talent était si parfait. Le tournoi cependant continua, faisant honneur aux deux adversaires, mais ce fut en fin de compte le chanteur qui remporta la palme, et l'instrumentiste fut obligé de s'avouer vaincu'. »

La trompette, on l'a vu plus haut, occupe dans la littérature une place glorieuse; celle-ci s'étend sur une vaste période. Le Livre de Job nous montre le cheval s'élançant « au son de la trompette », et le Pentateuque, le recueil des Psaumes et les écrits des prophètes citent à maintes reprises le lier instrument. N'est-ce point aussi une voix sacrée, celle que fait retentir Joseph Chénier, secondé par les patriotiques accents de Méhul, dans le Chant du départ :

Et du Nord au Midi la trompette guerrière A sonné l'heure des combats !

Mais les poètes entendent la laisser à son légi-

I. Fétis. Biographie universelle des musiciens. Voir aussi, pour quelques différences dans le récit de ce curieus duel, Burney ; The présent state of music in France and Italy.

:5a INSTRUMENTS A VENT

time usage : Nous avons déjà entendu La Fontaine préférer, pour accompagner la voix, le théorbe à la trompette. Boileau, lui, se plaint d'un « rimeur aux abois », qui

Jette là, de dépit, la flûte et le hautbois.

Et follement pompeux, dans sa verve indiscrète,

Au milieu d'une églogue entonne la trompette.

Et Lesage, en son Turcaret^ met dans la bouche de ce personnage cette phrase digne de M. Jourdain : « Une belle voix soutenue d'une trompette, cela jette dans une douce rêverie. »

Puis voici Béranger disant, dans ses Adieux à la Gloire :

J'ose en trompette ériger mes pipeaux.

Notons enfin que, se rencontrant avec l'illustre musicien Heinrich Schùtz, qui aimait les « instruments haultains, comme clairons, trompettes et hautbois », le mélancolique Keats croit ouïr, en son Eve of St-Agnes, a gronder les trompettes d'argent » '.

Le clairon est et demeure un instrument exclusivement militaire", mais de lui dérive la lignée des bugles et des ophicléides. Outre Villon, qui,

■ .Signalons .lussi une ('trange et puissante comparaison imaginée par M. Wells dans Tono-Bungar : o Hère and there strange blossoms woke the dark infensitics of grccn with a trumpet rail of colour. »

a. Nous n'apercevons d'autre usage de cet inslrument que dans le Divertisstment pour clairon avec accompagnement d'orchestre sur des airs slaves, de Smelana.

INSTRUMENTS A EMBOUCHURE i53

nous l'avons vu plus haut, l'a célébré, Barthélémy, aidé de son collaborateur Méry, l'a fait sonner en ce vibrant distique :

Le clairon, le tambour, les cris qui frappent l'air Annoncent Bonaparte aux soldats de Kléber !

Chateaubriand, dans les Martyrs, écrit : « Je n'ai jamais entendu, sans une certaine joie belliqueuse, les fanfares du clairon. »

C'est le clairon qui vibre magnifiquement d'un bout à l'autre de l'admirable pièce par où s'achève la Légende des siècles, de Victor Hugo : La trompette du jugement. Enfin il a inspiré à Emile Zola ces lignes frémissantes : « Gaude empoigna son clairon, l'emboucha, sonna au ralliement d'une telle haleine de tempête qu'il semblait vouloir

faire se dresser les morts Une envolée de

balles l'abattit, son dernier souffle s'envola en une note de cuivre qui emplit le ciel d'un frisson'. »

Rappelons aussi « l'air lent et doux finissant par une note aiguë » que Fromentin entendit sonner au loin par « un clairon de cavalerie »\ .

Le cornet de poste mérite une mention particulière. Ce petit instrument, que faisaient résonner les postillons, a eu la gloire d'inspirer trois grands musiciens : Bach, dans son Caprice pour le départ de notre très cher frère, a écrit, en guise de finale,

Page 1