Sonne, sonne, ô piva : sonne, instrument sauvage
INSTRUMENTS POLYPHONES A RÉSERVOIR D'AIR igS
de roseau, çà parle, çà dit ce qu'on pense... çà aime comme avec le cœur, çà vit, çà existe! » '
De cette famille ï orgue deBarftarieest le membre le plus connu. Il n'a d'ailleurs rien de commun avec son appellation géographique, simple corruption du nom de Barberi, facteur italien qui l'inventa. Il se compose d'une caisse dans laquelle des tuyaux de bois et de métal sont actionnés par des cylindres mus par une manivelle. Déjà il était en vogue à la fin du xviii° siècle, et le P. Engramelle publia en 1776 une Tonotecknie, ou art de noter les cylindres des serinettes, des orgues portatifs, etc. ^ A ce genre de mécanisme appartiennent la merline et la serinette (d'abord nommée turlutaine et originaire de Nancy). L'éducation vocale des serins tint une grande place au xviii" siècle, ce qui n'empêchait pas le prince de Ligne de dire : « L'éducation n'est qu'une serinette, j'aime mieux le chant de l'alouette que celui de l'oiseau le mieux appris'. »
1. Faisons remarquer, à titre de curiosité, que la cornemuse a été employée comme terme de comparaison par Ambroise Paré et par Bossuet, le premier pour représenter la forme du ventricule et le second celle du poumon. Dickens s'en est servi pour railler les discours des membres du Parlement, qu'il nomme n le bourdonnement des bag-pipes parlementaires » [David Copperfield).
2. Dès l'âge de trois ans, le futur compositeur de l'Etoile du Nord prêtait l'oreille aux airs joués par les orgues de Barbarie, et les retrouvait ensuite sur le piano (V. L. Dauriac, Meyerbeer).
3. Une boutade de Taine, en son Voyage aux Pyrénées, nous affirme que sur huit jeunes filles apprenant la musique, une seule devient musicienne, o Des sept autres, trois deviennent de bonnes orgues de Barbarie, quatre de mauvaises orgues de Barbarie. »
Les jeux de flûte de l'ingénieux Davrainville jouirent d'une grande réputation. L'un d'eux, commandé par le roi Louis-Philippe, fut donné par lui aux sous-officiers de la corvette Recherche qui fit le tour du monde. Nommons aussi le panharmonico mathématique dû au Hongrois Bulyowski, et les orgues mécaniques d'Yver et de Gavioli,
Ces divers instruments n'ont pas laissé de marquer leur légère empreinte dans la littérature. Béranger, en sa touchante et jolie « Chanson-prospectus » destinée à favoriser la vente des œuvres d'Emile Debraux, écrivait :
Debraux dix ans régna sur la goguetle,
Mit l'orgue en trairi el les chceurs des faubourgs ;
et Ion trouve dans le Poème de la Jeunesse de Félix Frank une invocation émue adressée à l'orgue de Barbarie, dont voici le vers initial :
Je t'aime, orgue banal résonnant jusqu'aux nues ! '
Du même instrumenta été évoquée, en un poème accompagné de musique,
L'âme du son qui pleure en ce coffre d'ébène.
(René Brancour, le Château du rêve.)
I. M. Jean Richepiu a clé aussi bion inspiré dans sa Chanson des gueux, lorsque dos Variations de printemps et des Variations d'automne sur l'instrumeul populaire lui font ouïr
Un air d'orgue arrivant sur le vent printanier,
puis
La voix lamentable et meurtrie Des vieux orgues de Barbarie-
INSTRUMENTS POLYPHONES A RÉSERVOIR UAIR igS
Victor Hugo ne partageait pas cette prédilection et, si nous en croyons Théophile Gautier, il haïssait principalement les orgues de Barbarie.
Enfin, M""" de Genlis, dans V Emploi du temps, constate que « l'on a perfectionné d'une manière surprenante le mécanisme des serinettes et des orgues de Barbarie, vulgairement appelés turlutaines ». Néanmoins, et en dépit de tous les perfectionnements, l'on ne saurait considérer comme un éloge l'opinion de Mérimée mandant à son inconnue que « Mademoiselle Alboni chantait admirablement, avec l'expression d'une serinette » .
m. — INSTRUMENTS SANS TUYAUX ET A CLAVIER
Le principe en est identique à celui qui régit l'accordéon et leconcertina. Un format plus ample et l'addition d'un clavier les en différencient. L'org^ue expressif, inventé par Grenié au début du xix" siècle, perfectionné par son élève Mullet, puis par Charmeron, Fourneaux, Martin, Rodolphe Dietz et surtout par Alexandre, par Debain et par Mustel, et tour à tour nommé mélodium, organino, antiphonel, harmoni flûte, poïkilorgue, etc., enfin et surtout harmonium, a rendu et rend d'utiles services à l'église et au salon. « Les sons du mélodium, écrit Berlioz, étant d'une émission lente, comme les sons de l'orgue à tuyaux, le rendent plus propre au style lié qu'à tout autre, fort convenable au style religieux, aux mélodies douces, te n-
dreset dun mouvement lent. » On doit à Lefébure- Wély et à César Franck un certain nombre de pièces pour l'harmonium, dont Huysmans a fort justement noté « la voix traînante d'accordéon agrandi » '.