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II. — INSTRUMENTS A TUYAUX ET SANS CLAVIER

Voici d'abord la série des musettes et des cornemuses; le réservoir, formé d'une outre en peau, des premières étant alimenté par un soufflet, celui des secondes par le souffle de l'exécutant. Les Romains les connaissaient déjà sous le nom de tibia utricularis, et Procope les désigne comme des instruments guerriers de l'infanterie romaine. En outre Suétone prétend que Néron en jouait. Diodore de Sicile en attribuait l'invention à un certain Daphnis. En descendant le cours de l'histoire nous voyons la cornemuse figurer dans la nomenclature donnée par Guillaume de Machault des instruments qui composaient l'orchestre de Charles VI ; et Froissart la signale comme ayant fait partie des musiques qui jouèrent au siège de Valenciennes.

Puis la faveur s'éloigne de ces instruments pour

I. L'on m'objectera peut-être que Banville l'a deux fois placé en ses Odes funambulesques, mais ce fut simplement pour octroyer, grâce à lui, une rime inégalablement opulente à Odéon.

igo INSTRUMENTS A VENT

ne leur revenir qu'au xvii" siècle. Le P. Mersenne constate que a lorsqu'on a ouï la musette entre les mains de ceux qui en jouent en perfection... il faut avouer qu'elle ne le cède point aux autres instruments ». On l'habille de velours et de soie, elle figure aux fêtes de la cour, et les cornemuses du Poitou, particulièrement renommées, ont leur place dans la bande instrumentale de la Grande écurie. Au xyiii" siècle Philippe Chédeville fut envoyé à l'Opérapour y jouer delà musette. On lui doit, en collaboration avec son frère Nicolas, une suite de pièces pour deux musettes.

Ces instruments produisent des sons assez variés par l'air qu'y insufflent la bouche ou le soufflet en sortant par trois chalumeaux nommés le grand et le petit bourdons, et la flûte (qui serait plus logiquement dénommée « le hautbois », puisqu'elle comporte une anche). La musette a donné son nom à des airs de danse fort gracieux. Elle devait donc, ainsi que sa sœur, offrir de grands agréments aux auditeurs.

Les vezes.bouzines et cornemuses sonnèrent haruionieusement,

nous assure Rabelais, en son Pantagruel ; et Ronsard a pris la peine, en seize vers, de nous peindre l'action du pâtre qui

Comme saisi d'une angoisseuse peine, Pâle et pensif, avec le triste son De sa musette ourdit cette chanson.

Mais d'autres poètes — moindres à la vérité — professent un goût opposé :

De gros ménétriers, gonQant tous leurs poumons. Sous leurs doigts font crier leur a-igre cornemuse.

écrit Parseval-Grandnaaison ; et le chevalier de Piis s exclame encore plus dédaigneusement :

Peste soit du fausset de 1 acre cornemuse !

Quoi qu'il en soit, en France comme en Italie et en Angleterre, en Ecosse ou en Russie; cornemuse, pibole, chevrette, véze, loure. biniou, saceomnse, piva ou zampogna' bag-pipe', pibrocb, walnica, ont longtemps vibré et vibrent encore.

On a parfois imité à laide d'autres instruments le son de la cornemuse, pour des effets champêtres, notamment Boieldieu dans la Dame blanche et Meyerbeer dans le Pardon de Ploérniel ; enfin on possède une Messe pastorale de Natale, dont l'offertoire renferme une partie de cornemuse obligée. — En Angleterre, le a Queen's piper » Ulleam Ross avait réuni une collection de 243 marches et airs divers écrits pour son instrument.

1. Dante a introduit la zampogna (ou sampogna) dans son Paradis :

si come al pertugio.

Délia sampogna vento che pénétra.

(Canto XX.)

2. Et non hug-pipe, ainsi que l'orthographie à tort Victor Hugo : a Tu m'as pourtant assez ennuyé avec ton bug-pipe. On appelle ça biniou en Bretagne » [Les Travailleurs de la mer;.

igî INSTRUMENTS A VENT

Aussi la poésie anglaise n"a-t-elle pas oublié le bog-pipe. Chaucer le mentionne :

A bagpippe welle couth he blowe and sowne.

Shakespeare parle du bourdonnement d'une cornemuse du Lincolnshire. Mais nos poètes ne lont pas non plus négligée. Lamartine, dans Jocelyn, nous montre

La musette vidant son outre dans les airs.

Brizeux a inscrit dans les Cornemuses une pittoresque évocation de la piva italienne ' ; et Maurice Rollinat a nommé la Cornemuse une courte et intense poésie qui débute ainsi :

La cornemuse dans les bois Geignait comme le vent qui brame.

Parmi les prosateurs rappelons Beaumarchais dans Le Mariage de Figaro : « Tous nos jeunes vassaux des deux sexes sont en bas avec les violons et les cornemuses »; et Fromentin, dont le Dominiçue entend retentir» la musique aigre et cadencée des cornemuses jouant un air de contredanse ». George Sand, dans les Maîtres sonneurs, a justement indiqué l'impression produite sur les paysans par la musette, qui sait interpréter les récits du « vent qui cause dans le feuillage et de l'eau qui grelotte au long des cailloux. Ce méchant bout

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