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I. V. Mahillon, loc. cit

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Et Montaigne parle du « tabourin qui arme la jeune ardeur des compagnons ».

On sait quel rôle joue le tambour, comme instrument signal, dans les armées. Il offre une grande variété de combinaisons rj-thmiques, coups et roulements divers'. Dans la musique dramatique l'usage en est assez fréquent : Mozart Ta fait battre dans Cosi fan tutte, Meyerbeer la heureusement associé aux timbales dans la Bénédiction des poignards de ses Huguenots. Consulter aussi Bizet dans \ Artésienne, Massenet dans les Scènes pittoresques. En dehors même des situations scéniques où il se trouve tout indiqué, le tambour peut être judicieusement employé, ainsi qu'il le fut dans les ouvertures de la Gazza ladra de Rossini, et de Fra Diavolo d'Auber, et dans la Damnation de Faust. Rappelons aussi deux pittoresques emplois de tambour en solo dans le Capriccio espagnol de Rimsky-Korsakow et dans la Première ouverture sur des thèmes grecs de Glazounow.

La caisse roulante, de forme plus allongée et de sonorité moins claire, fut utilisée par Gluck dans Iphigénie en Tauride, et par Wagner dans la Walkyrie et Parsifal.

La caisse claire, plus plate au contraire et dune

I. Tlioiuot Arbcau nous apprend que les batteries de tambour conipi ciment soixante-dixsepl combinaisons rythmiques difle rentes. « Le Français, ajoute-t-il après une longue et minutieuse description de l'instrument, fait servir le tambour pour tenir la mesure suivant laquelle les soldats doivent marcher » [Orchésographie) .

INSTRUMENTS A MEMBRANES aSg

sonorité indiquée par son qualificatif, a été employée par M. Saint-Saëns dans sa Marche héroïque à la mémoire cV Henri Regnault.

Le tambour occupe une certaine place dans la littérature, où ses divers emplois se trouvent caractérisés'. Ainsi dans ces vers de Malherbe :

Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre, Si ce n'est pour dauser n'aura plus de tambours !

D'autre part, Agrippa d'Aubigné, en ses Tragiques^ nous montre la frayeur gagnant de proche en proche

Quand les tambours français sont de loin entendus.

Shakespeare appelle le tambour a l'excitateur du courage » (the spirit-stirring drum » -) , dans Othello. Henri Heine, dans le tambour Le

1. C'est plutôt de la morale et de la psychologie que de la littérature que relève cet intéressant passage des Souvenirs de ma jeunesse du P. Gratry :

0 Un jour, j'eus un moment de consolation, parce que je rencontrai quelque chose qui me parut accompli. C'était un pauvre tambour qui battait la retraite dans les rues de Paris Cet homme

battait la caisse de telle manière que si difficile et si chagrin

que je fusse, il n'y avait absolument rien à reprendre. On n'eût pu concevoir plus de nerf, plus d'élan, plus de mesure et de netteté, plus de richesse dans le roulement ; le désir idéal n'allait pas au

delà. J'en fus surpris et consolé Le bien est donc possible, me

disais-je, et l'idéal parfois peut prendre corps. »

2. Encore y fallait-il certaines conditions, d'après de graves auteurs : Praetorius, s'appuyant sur Salmulh, annotateur de Paucirollus — et Descartes lui-même (!) assurent que, tendue sur un tambour, une peau d'agneau ne résonnera point si. de l'autre côté de la caisse, vibre une peau d'agneau (V. A. Pirro, Descartes et la musique).

aio INSTRUMENTS A PERCUSSION

Grand emploie cette expression plutôt hardie : « tambouriner une mélodie » '. Auguste Barbier, dans la Curée, a signalé « les longs roulements des tambours », et Bernardin de Saint-Pierre a écrit, dans Paul et Virginie : « Leurs tambours, voilés de longs crêpes, ne faisaient entendre que des sons lugubres. » Et c'est effectivement un son très impressionnant, « les vibrations de la membrane demeurant étouffées, comprimées, pour ainsi dire repoussées au dedans » ".

La grosse caisse, outre sa fonction rudimentaire consistant à marquer les temps forts, sait imiter le bruit du tonnerre et celui du canon (voir la Marche hongroise de Berlioz'). On peut lui demander un caverneux trémolo à l'aide des baguettes de timbales (voir Hercule au Jardin des Hespérides de M. Henri Bùsser et la Procession nocturne de M. Henri Rabaud) . Gluck l'a fait frapper avec une double mailloche dans louverture d'Iphigénie en Aulide ; Gounod, dans 1' a Air des bijoux »,

I. On peut rapprocher cette expression de celle qu'emploie l'auteur de Victor Iliign raconté par un témoin de sa vie, lorsqu'il nous assure que le graml poète, pour composer un air destiné à être chanté dans sa f.iicrèce Borgia, se mit à en dire les vers qu'il accentua de coups de poings sur la table du souffleur, et ajoute que le chef d'orchestre n démêla un air dans les coups de poings et les nota sur-le-champ » !

a. C.-M. Widor. t.oc. cit.

3. Au début du xvi" siècle Virduni; enveloppe la grosse caisse (appelée en allemand Hunipelfass, tonneau à faire du bruit) et les autres instruments de cette famille, dans la même réprobation : I' Ce sont, dit-il, des inventions diaboliques, pour tourmenter les vieillards, les malades, les gens pieux dans les couvents, etc. u

de Faust^ a mystérieusement uni sa sonorité à celle des cymbales dans la nuance pianissimo'. Nous avons vu, au sujet de ces dernières, comment on les avait trop constamment associées à la grosse caisse. Dans l'allégro de l'ouverture de Guillaume Tell, Rossini a pris soin d'indiquer que « la gran cassa è senza piatti » '.

Cet obèse instrument a été noté par Victor Ilugo dans une pièce déjà citée, en ces termes épiques :

La caisse aux mille échos, battant ses flancs énormes, Fait hurler le troupeau des instruments difformes.

et Banville l'a fait résonner dans ses Odes funambulesques.

Le tambourin est une sorte de tambour allongé, d'origine provençale, que l'exécutant frappe de la main gauche au moyen d'une baguette, tandis qu'il souffle dans un galoubet tenu par la main droite. Florian parle d'une « joyeuse aubade » donnée par le tambourin et la flûte; et dans les Prétendus, opéradeJ.-B. Lemoyne, représenté en 1789, seren-

1. Berlioz avait introduit un solo de grosse caisse pianissimo dans l'ouverture des Francs-juges [Lettre à Ilumhert Ferrand).

2. Dans A travers chants, Berlioz, après avoir mentionné que ce fut dans V Iphigénie en Aulide de Gluck, que la « grosse caisse se fit entendre pour la première fois à l'Opéra de Paris, mais seule, sans cymbales ni aucun autre instrument à percussion, accuse ironiquement Rossini d' « avoir mis la grosse caisse partout », et spécialement dans le fameux iinale du troisième acte de Moïse, où la grosse caisse, les cymbales et le triangle frappent dans les forte les quatre temps de la mesure, et font en conséquence autant de notes que les voix, qui s'accommodent comme on peut le penser d'un pareil accompagnement ».

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contrentde piquants effets de tambourin etdegaloubet scandant une ronde. Un exemple du même genre se trouve dans la farandole de V Arlésienne de Bizet, et accompagne ces paroles du chœur :

Le flûtet se marie

\n pan pan pan du tambourin '.

Notons, en terminant, qu'on donne également les noms de tambourin de Gascogne et de Béarn à des instruments montés de cordes de boyaux que percute une baguette de bois recouverte d'étoffe, et qu'accompagne le son d'un galoubet ou cbirula-.

Le tambour de basque est un simple cercle de bois muni de petites cymbales et que recouvre une seule membrane. On peut s'en servir de trois manières différentes : en frappant la peau avec le dos de la main; en la frôlant avec le pouce, de façon à faire vibrer à la fois la membrane et les pièces métalliques; en agitant l'instrument. On trouvera dans la Carmen et la Djamileh de Bizet d'intéressants exemples de l'emploi du tambour de basque. Consulter aussi la scène du bal, dans le Roméo et Juliette de Berlioz, la Rapsodie norvégienne de

1. Une fctc donnée en i85a, à Aix, lors du passage du princeprésident — tout près de devenir Napoléon III — permit d'entendre quarante tambours et soixante tambourins. V. p. io6.

2. Au xviii" siècle on donne le nom de tambourin à une dause n fort à la mode aujourd'hui sur les tliéAtres français. L'air en est très gai et se bat il deux temps vifs. Il doit ctrf sautillant et bien cadencé u. Ainsi s'exprime J.-J. Rousseau, qui d'ailleurs confond le tambourin (instrument) avec ce qu'il nomme le galoubé.

Lalo, et la Shéhérazade de Rimsky-Korsakow. D'où lui vient son nom? On l'ignore, car il paraît certain que les Basques ignorent cet instrument, d'ailleurs très ancien. Au xviii® siècle on le voit en faveur : « Je donne tous les jours un violon et un tambour de basque à très petits frais ; et dans ces prés et ces jolis bocages, c'est une joie que d'y voir danser les restes des bergers et des bergères du Lignon », écrit M""" de Sévigné à sa fille ; et uu personnage des Fâcheux annonce ainsi l'entrée des danseurs :

Monsieur, ce sont des masques

Qui portent des crins-crins et des tambours de Basques.

Au xviii° siècle Bernardin de Saint-Pierre nous montre de « jeunes bayadères chantant et dansant au son des tambours de basque » ; et M""" de Staël nous apprend que Corinne dansait « en frappant l'air de son tambour de basque, avec une ampleur, une grâce, un mélange de pudeur et de volupté, qui pouvaient donner une idée de la puissance que les bayadères exercent sur l'imagination des Indiens » .

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