‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 13 sur 17 · CHAPITRE Xl.I · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xl.I

; (xvie siècle.)

§ i. — Malgré les eidls et les massacres^ il y avait encore un certain nombre de Juifs en Espagne, qui, dans Tespoir de retourner secrètement au judaïsme, étaient restés dans ce pays sous le nom de Marannos ou nouveaux chrétiens. Cette espérance se réalisa pour ceux qui usèrent de la permission de sortir du pays, donnée en 4517; mais Juan III rendit plus sévère la défense d'émigrer, renouvelée en 1532. Nus tard, il fut aussi défendu aux nouveaux chrétiens d'immigrer dans les colonies espagnoles. Ce revirement de mesures arbitraires continua pendant les règnes suivants : Sébastien supprima cet ordre; Philippe III recommença à défendre Timmi^ra. tioD, et il hésita dans ses ordres, jusqu'à ce que Philippe IV eût annulé toutes ces défenses en 1629. Ce môme roi mit aussi hn aux peines des nouveaux chrétiens, qu'on avait traités jusqu'alors avec une cruauté extrême. Comme la plupart d'entre eux restaient au fond du cœur sincèrement juifs, ils expiaient dans des souterrains, dans des caves, les péchés qu'on les forçait de commettre sur terre, et quelques-uns d'entre eux perdirent la vie en se laissant surprendre dans ces synagiogues interdites^

Toutes les demandes et les offres faites par le cardinal Ximénès en leur faveur furent (refusées par Charles I^^* et les persécutions ne cessèrent plus sous les rois

Charles I", Philippe II et III. Pourtant plusieurs nouyeaux chrétiens tirèrent parti de la soumission des Pays- Bas pour y chercher un asile; ce pays s'ouvrit en effet aux malheureux, sous le règne de ces deux rois. Quelques milliers de Juifs, dont la haine pour le christianisme avait été augmentée par leur propre misère, purent enfin lever le masque et vivre religieusement. En Autriche, on agit différemment et Ton prit des mesures à leur égard. Gomme le gouvernement de Charles-Quint (1520) ne fit qu'accroître la barbarie en Espagne, les Juifs qui arrivaient furent placés, comme l'un des biens publics, sous la protection du royaumç. Il en fut de même pour les principautés allemande^ et les États qui n'avaient pas de privilèges préalables contre la réception des Juifs, comme la Prusse qui ne les avait presque jamais adnlis, le Palatinat, le Wurtemberg, le duché de Brunswick, ainsi que beaucoup de villes libres qui faisaient dépendre l'admission des Juifs, môme isolément, de leur caprice, ou d'un prix débattu avec eux, et où leur séjour était autorisé par le pouvoir qui dominait alors. Le roi n'arrivait pas à faire exécuter les conventions faites, il en résulta que les Juifs n'obtinrent, presque partout, qu'un droit de séjour de peu d'années, lequel, en cas de satisfaction réciproque, était renouvelé périodiquement.

Les prescriptions légales, mises généralement eo usage, obligeaient les Juifs établis à payer les redevances traditionnelles, les soumettaient sévèrement aux municipalités, sans le consentement desquelles ils ne pouvaient ni condure un traité de commerce, ni construire une synagogue; ni émigrer. Ils étaient exclus de toutes les fonctions. En revanche, on leur permettait de demander un intérêt supérieur au taux habituel de 5 pour 100, en reconnaissant qu'ils ne pouvaient vivre sans cela. Toute-

fois, on discuta souvent la justesse de cette exception.

Une ordonnance de l'empereur Maximilien I" (1573) annula, sous prétexte d'usure juive, tous les contrats et billets passés entre Juifs et chrétiens qui n'auraient pas été approuvés par l'autorité. Des défenses analogues émanèrent de Ferdinand P»*, Rodolphe II, Mathias, Ferdinand II, Ferdinand III et Léopold 1er* Il est vrai que Cbarles-Quint (1544) et Ferdinand P»* (1562) permirent aux Juifs de prendre plus de 5 pour 100; mais plus tard un ordre de la police de Francfort leur interdit de dépasser cette limite, et cet ordre fut renouvelé pour eux par un rescrit royal de 1654. L'empereur Ferdinand tourmentait les Juifs de la Bohême, plutôt à cause de leur rituel de prières qui lui paraissait dirigé contre le christianisme qu'à cause de l'accusation portée contre eux d'avoir provoqué des incendies. Cet état ne cessa que lorsque le pape Pie IV lui-môme s'interposa (1561) et obtint la délivrance des livres de prière transportés à Vienne pour être scrutés.

En môme temps, les Juifs supportèrent bien des revers en Moravie, en Bohême et en Bavière. Un usage fut recommandé par Grégoire XIII (1584), celui de forcer les Juifs à entrer dans les églises, où ils devaient entendre des sermons de conversionistes ; s'ils se bouchaient les oreilles ou dérangeaient avec intention les offices, on les frappait, on les maltraitait, et on les surveillait sévèrement, surtout à Rome.

Dans les contrées de la Réforme, Luther recommandait de traiter les Juifs avec égard pour leur religion, mais il souhaitait c la transformation des usuriers en paysans et en ouvriers utiles, » et il s'exprime à leur sujet dans des termesde mépris: les continuateurs de la Réforme émettent la plupart les mômes idées. Les princes et les seigneurs,

mus par des considératîoDS inancière?» écoutèrent^ dans la mesure de leurs intérêts, les plaintes contre les Juifs et les demandes d'expulsion, comme le fit le margrave Georges de Brandebourg pour quelques villes de la Silésie ; mais, après de mûres réflexions, ils faisaient des exceptions, surtout pour les Juifs attachés à la cour à titres divers (Hofjuden). Parmi ces derniers, Ton remarque Lippold à Berlin (1S70), sous le margrave Georges; il occupait un poste analogue à celui de Menecier auprès de Charles le Sage en France. Mais il fut la victime de ses grandes richesses et des préjugés des Berlinois. Après maintes tentatives pour le renverser, on Faccusa de magie et on obtint de lui, par les tortures, les aveux les plus insensés ; on le conduisit ensuite par les rues de la ville en lui pinçant la chair avec des tenailles rougies an feu, on le roua sur le marché, puis on brûla une partie de son corps et Ton pendit le reste. Sa fortune fut dispersée par les frais du procès. Sa veuve se réfugia à la hâte avec ses enfants à Vienne, et se plaignit auprès de Maximilien de cette iniquité. On se contenta de demander un rapport au prince, lequel chassa bientôt de son pays le reste des Juifs. Ils se rendirent en Bohême ou en Pologne, et obtinrent plus tard la permission de visiter les marchés du Brandebourg. Pendant tout ce temps, FËspagne vit partir bon nombre de ses habitants les plus utiles et les plus instruits^ qui allaient augmenter le bien-être des villes de Bayonne et de Bordeaux, où ils jouissaient de certains privilèges. Ils se livraient au commerce le plus étendu, et ils étaient en relations avec leurs frères du comtat Venaissin et de lltalie du nord, surtout à Pise, Livoume et Venise *. Leur position civile était simple, et consistait à payer un droU de protection, pour qu'ils pussent circuler avec; wo liberté presque iUlpiit^e de rapports.

HISTOIRE DES ISRAfiUTSS ^

1 2.— Lorsque en 1481 le comté de Provence fut réuni à la couronne, les Juifs se trouvaient en grand nombre, dans celte province; ils étaient fort riches et fort estimés.! Mais l'avantage de devenir français ne leur profita guère! qu'à être soumis aux lois qui régissaient les Juifs du reste, du royaume, c'est-à-dire à être expulsés de leur patrie;, car, depuis un siècle, tous les Juifs avaient été prosciits de la France par le trop célèbre établissement d'expulsion de Charles YI, en date du i4 septembre 1394. Aussi un premier édit, en 1498, applique aux Juifs de Provence cette loi d'exil; mais comme cette Baesure ne fut pas rigoureusement exécutée, un nouvel édit du rw Louis XII, en date du ^ septembre 1^1^ renouvela la proscription, qui fut alors sévèrement exécutée; trois ans aprôs, le fisc s'empara de tous leurs biens..

De même, en 1532, la cour de Hollande rend un arrôt, renouvelé en 1549, par lequel elle interdit aux luifs portugais ou néo-chrétiens le séjour de cette province» et ordonne aux habitants de les dénoncer aux«officiers d& la place %. Ainsi relégués d'une province à l'autre, quoique établis en France çà et làdepuis le commencement du, xvie siècle, ils finissent par recevoir du roi Henri 11^ en août 4550, des lettres patentes qui les naturalisent en France, leur permettent de se livrer au commerce, d'acquérir des immeubles, sans payer des taxes exceptionnelles, et leur promettent, dans le cas où il lui plairait, à lui ou à Tuu d^ ses successeurs, de les renvoyer, de leur accorder un terme d'un an pour liquider leurs affaires ^. Cet édit est renouvelé intégralement m novembre 1574, par Henri III.

Aussitôt les provinces agissent en conséquence. Le par» lement du Daupbiné (1557) permet aux luifs d'Avigaoa de poi^^r et de reyasseï par la priaci^auté d'Orange pooc

les besoins de leur commerce; cet arrêt est renouvelé en 1665 , mais on fait la restriction que ce séjour ne dépassera pas trois jours et surtout qu'on n*y discutera pas sur des matières théologiques. Presque en même temps, après un intervalle de quelques semaines, les Juifs obtiennent du maréchal de Vieilleville, gouverneur militaire de Metz, Tautorisation pour quatre familles juives de s'y établir, à la condition de payer un droit d'entrée et un tribut anïiuel, d'assister une fois par mois aux prédications, de ne point habiter dans les principaux quartiers de la ville, de ïie recevoir aucun juif étranger, enfin de ne prêter de l'argent qu'à un denier par semaine (8 p. 100). En 1565» ils furent un peu inquiétés : l'habitant juif Mardochée et Bon serviteur sont appelés devant le maître échevin de la ■ville, qui leur signifia qu'à la Saint-Jean prochaine, ils devront quitter la ville et le pays Messin; pareille injonction fut faite à Isaac, autre habitant de cette ville *. Cependant l'année suivante ils se trouvent encore dans la ville, et un5 nouvelle injonction, avec nouveau délai, leur est faite le 24 juin 1566. Enfin le 6 août 1567, Mardochée et Michel, établis à Metz depuis trois ou quatre ans, adressent une requête au maréchal de Vieilleville pour lui demander la permission de continuer là leur séjour. Le maréchal la leur accorde, en stipulant qu'une redevance apnuelle de 200 livres serait payée par eux au profit de l'hôpital Saint-Nicolas. Cette redevance fut plus tard augmentée et portée à 450 livres, en-1718.

En Itnlie, ils sont encore poursuivis de la haine du peuple. Quelques brigands, excités par l'espoir de l'impunité, pénètrent dans la maison du R. Moïse Ha-Cohen, à Pieve, province de Ferrare. Ce rabbin était absent; ils enfoncent les portes et exercent des cruautés sur la famille présente, tuent sa femme Hannah, sa fille Judith,'

ses fils Schem-Tob et Samuel, ainsi que les domestiques, pillent la maison et s'enfuient (1543). Mais Timpunité sur laquelle ils avaient compté, parce que les victimes étaient juives, ne leur fut pas accordée : quelques jours après, les investigations de la justice ayant fait découvrir Tun des coupables, on Texécula à Ferrare, après l'avoir battu à coups de verges^.

Quelques années après, on fut moins juste au sujet d'un assassinat commis à Âsti, sur un jeune homme de dîx-huit ans, dans une maison isolée près des fortifications , sans qu'on put retrouver l'auteur du crime (1553).

Un Allemand, qui avait eu quelques démêlés d'intérêt avec un Juif, lança une accusation contre tous les Juifs de la ville; elle fut acceptée par la crédulité publique et par l'autorité, qui en incarcéra un grand nombre et les tortura pour obtenir l'aveu du crime. Mais leur innocence fut bientôt reconnue, car tous les supplices ne purent faire mentir ces martyrs. On fut donc obligé dfe les relâcher, sans toutefois punir celui qui avait osé porter une. fausse accusation. ;

A Pesaro, le gouverneur d'Urbino, Guido Ubaldo, les chassa. Soixante-dix Juifs s'embarquèrent (1558), et, ayant relâché à Raguse, quelques-uns descendirent pour rester dans le pays, d'autres continuèrent la route. Ils furent bientôt assaillis par un pirate chargé de les poursuivre; ils furent tons faits prisonniers et vendus comme esclaves en Apulie. Quelques jours après, d'autres Juifs de cette ville s'embarquent, également exilés-, mais^mis sur leurs gardes par la nouvelle du sort de leurs frères, ils parvinrent, à force de supplications et à prix d'or, à obtenir du capitaine qu'il changeât de direction et qu'il les conduisît en Istrie, province dépendant alors de Ve-

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Dise. Grâce à ce changement de voie, ils éci^ppôreot &l9<. poursuite dont ils fureat Tobjet.

Pour leur éviter ces périls en voyage, le pape Pie lY publie, le 15 août 1561, un décret qui leur permet de porter un chapeau noir^ mais en voyage seulement ; dans leur résidence, ils continueront à porter le chapeau de couleur glauque^. G^était un allégement apporté à la bulle du pape Clément VU, qui, en 1527, irrité de ce que c les Juifs avaient Faudace de se vêtir comme les chrétiens, » avait renouvelé aux Juifs l'ordre de porter toujours le chapeau jaune, sous peine d'amende de cent ducats d'or.

Son successeur fut moins tolérant. Il ordonne, le i6 février 1569, à tous les Juifs de ses États de les quitter dans trois mois; tous ceux qui, après ce délai, y seraient trouvés, soit comme habitants, soit comme voyageurs, y seraient dépouillés de leurs biens et vendus comme esclaves. Les Juifs de Rome et d'Ancône sont seuls exceptés de l'expulsion, mais ils restent soumis aux autres mesures édictées par cette bulle.

Le pape Sixte Y les rappela en 1586, en leur accordant tous les privilèges possibles et en leur rendant leurs synagogues et leurs cimetières.

En attendant, ils se réfugièrent en Yénétie, où leurs coreligionnaires se trouvaient depuis longtemps et où ceux de Mantoue avaient couru de grands dangers un jour de fête de Simchath-Thora (septembre 1562). Le prince de la place, Guillaume, ayant eu un fils, la populace, pour se réjouir, et excitée par des meneurs qui lui promettaient Timpunité, résolut de se jeter sur les Juifs et de piller leurs demeures. Les Juifs en étant avertis, demandent main-forte au prince, avec le secours duquel ils se défendent courageusement contre les émeutiers. Beaucoup des assaillants périrent, tandis que les Juifs

HISTOIRl^ DES, ISRAÉLITl^S W,

n'eureut aucun mort à déplorer. A la suite de Témeute^ le prince fît faire une enquête minutieuse; ou incarcéra, un grand nombre de ceux quiy|avaient pris part et on les punit avec sévérité.

On vit aussi, quelques ans après, arriver à Venise le R. Salomofl ben-Nathan^ en qualité d'envoyé extraordinaire de Sélim II, et il fat reçu avec grande pompe par le doge Aloïsio Moncenigo et par le sénat. Tout le peuple, accouru sur son passage, Taceueillit par des vivats frénétiques. Cette ambassade d'un Juif auprès de la république de Venise produisit beaucoup pour le repos de nos frères^. Ainsi, un chrétien ayant assassiné un Juif sur la route de Crémone, et poursuivi par les frères de la victime, se réfugia dans une église, espérant y être dans un asile inviolable; mais, sur la demande des frères, l'évoque le fit sortir de Téglise; et, conduit en prison, il fut bientôt jugé et condamné à être pendu, puis attaché à la queue d'un cheval et traîné. Les habitants trouvèrent qu'on avait eu tort de violer cet asile pour l'assassinat d'un Juif, et, avec les habitants de Pavie, ils demandèrent à Philippe II d'Espagne leur expulsion.

Cet acte de haute justice influa comme d'habitude sur les pays voisins. Le grand-duc Ferdinand !«' accorde aux Juifs de Livourne des privilèges qui leur assurent une liberté parfaite d'aller et venir, ainsi que de commercer (1593). Cette communauté était placée sous la direction d'un conseil général dé soixante membres, choisis par le souverain. 11 en était choisi chaque année cinq membres^ Qommés massari ou syndics, qui jugeaient les procès civils des Juifs entre eux. Les Juifs avaient aussi trois censeurs, choisis par le souverain^ chargés du contrôle et du payement de leurs dépenses, ainsi que de la surveillance des Juifs étrangers arrivé» à Uvourne.

fis HISTOIRE'DES ISRAÉLITES

Ils avaient grand besoin d'une ville aussi libre pour B'y réfufner lors de Texil de Gênes (1598). Cette république avait commencé par décréter de nouveau Tusage des marques distinctives que les Juifs devaient porter. A leur demande pour obtenir le rappel de ce décret ou tout au moins son adoucissement, il fut en effet modifié en leur faveur, mais non rapporté. Enfin ce gouvernement finit par les exiler complètement de son territoire. C'était là certes un funeste usage da la liberté. En Italie, où les Juifs furent toujours assez bien traités, et dans une république comme celle de Gênes, c'était un abus étrange d'une autorité tyranniqué. Cette défense faite aux Juifs de séjourner sur le territoire de Gênes fut maintenue pendant un siècle environ.

A Naples, le roi Roger leur témoigna une bienveillance spéciale et les rendit égaux aux autres citoyens. A [son lit de mort, il engagea son fils à agir de môme; mais celui-ci, loin d'obéir, voulut les baptiser de force, et causa ainsi leur émigration.

A Livourne, Ferdinand 1er (1593) les traita favorablement, leur accorda des privilèges, et toute sécurité d'entrée et de sortie pour leur commerce.

§ 3. — Par suite de lois plus libérales, leur état était plus florissant à Venise, Florence, Pise, Livourne et dans plusieurs villes de la Lombardie, où les communautés s'accrurent notablement par l'expulsion des Juifs de Naples et de Sicile, dont une partie s'était réfugiée en Turquie (1540). Cette persécution n'était qu'une suite' de celle de l'Espagne, produite par le sentiment personnel de l'empereur Charles 1". La richesse excessive des Juifs, dont tous les grands étaient les débiteurs, donna sujet au renouvellement des démarches espagnoles. On raconte en outre queTempereur fut très-irrité de la conduite de

Salomon Malchu, néo-chrétien du Portugal, revenu au judaïsme en Turquie, qui, à Tinstigation de David Rubeni, un faux Messie, joua le rôle de prophète, et sollicita l'empereur Charles et le roi François I" à embrasser le judaïsme. Cette témérité fut chèrement payée par tous deux : Ton monta sur le bûcher à Mantoue, et l'autre subit en Espagne la peine du carcan.

Au point de vue littéraire, on vit se répandre alors par l'imprimerie les écrits religieux des Juifs, et les convertisseurs trouvaient en eux le plus sérieux obstacle à leur zèle. Le pape Jules III porta le Talmud sur le bùchef ; Paul lY, Pie V et Clément XIII eurent soin d'en détruire les exemplaires qui avaient échappé; ce zèle ne servait qu'aux imprimeurs, qui rétablissaient bien vite ce qui avait été perdu. Le concile de Trente rendit la vie au Talmud, en ordonnant seulement la suppression des passages anli-chrétiens. En Pologne cependant, on le réimprima intact, et il se conserva tel, sans les suppressions de la censure.

Rome et les environs avaient beaucoup de synagogues, et dans l'Italie du Nord les communautés ^'augmentaient. Leur position légale résulte des prescriptions ecclésiastiques de ce temps. Le pape Paul IV exerça (1555) sa sévérité en leur défendant d'accroître le nombre des synagogues, d'employer des serviteurs chrétiens ; il leur ordonna de porter le signe de distinction pour les séparer d'autant plus des chrétiens 8. On remit en vigueur les institutions de conversion établies par Paul III. Pie IV (i562) améliora leur situation dans ses États en élargissant le Ghetto de Rome, en leur permettant d'acheter des biens-fonds jusqu'à la valeur de 1,500 ducats. Peu d'années après, Pie V anéantit ces dispositions. Mais "lorsque, par suite d'une bulle de proscription, les Juifs

bitant de Ferrare, rendu célèbre par son ouvrage Medr endim, à plus juste titre que son contemporain Gbedaliah Yachia, fils d*un rabbin dlmola, et auteur de l'ouvrage historique Schalschéleth ha-kabbalah.

On distingue en outre , parmi les savants d'alors, le grammairien' Samuel Arkevolti, de Padoue, Samuel et Salomon Usque, qui écrivirent en espagnol et traduisirent les poëmes de Pétrarque , Tbislorien Joseph Kosen, David Ascoli, défenseur de sa nation contre Paul IV, Abrabam Colorni, que le duc de Ferrare envoya à Prague pour affaires d'État, auteur de la Skolographie (1395), et Debora Askarelli, poëte. — En général, les Italiens rendent alors de grands services par les éditions de la Bible et en maintenant l'exégèse. La seconde grande Bible de Bomberg (1525) doit sa supériorité aux soins du massorète Jacob ben-Ghaïm, venu de Tunis en Italie; la 3» éditioji a été surveillée par Tallemand Adelkind, et la 5e par Juda Arié Léon da Modena (1617). Ce dernier, né à Venise où il se fixa, écfrivit plusieurs livres et eut beaucoup de succès par son Histoire du rituel.

Pendant que les savants se livraient à ces études,* ils ne négligeaient pas celles du Talmud et de la kabbale combinées ensemble, et ils formèrent ainsi une école dite postérieure, à laquelle appartenaient : Mardochée Dato, kabbaliste ; Emmanuel-ben-Yekulhiel, aussi kabbaliste en même temps que grammairien ; Menachem Azariah Fano, rabbin de Reggîo et de Mautoue ; l'exégète Abraham Menachem Porto à Crémone, le rabbin Emmanuel Porto, Emmanuel Aboab, connu par son ouvrage Nomologia, défendant la tradition contre le scepticisme; Raphaël Meldula et son fils David, fonctionnant à Bayonne et conservant leurs relations avec l'Italie; le rabbin et médecin de Venise, Jacques Lumbroso, défenseur 'du

judaïsme; Simon Luzzatto, auteur d'un écrit sur l'État des Juifs de tout l'Univers; le converti, médecin et philosophe , Isaac Cardoso, né en Portugal, d'abord médecin à Madrid, puis défenseur zélé du judaïsme à Venise, son séjour; Moïse Sacouth, fils d'un savant néo-chrétien redevenu juif à Amsterdam, poëte, talmudiste et ami d^ la kabbale; Jacob Sasportas, de la Barbarie, à Livoume, puis à Hambourg ; le médecin Raphaël Rubeni, à Padoue; le poëte mystique Moïse Ghayïm Luzzatto; les rabbins Isaïe Bassani, à Padoue, et son fils Israël Benjamin Bassani; Aviad Basilea, à Mantoue, et son fils Raphaël Basilea; Simson Morpurgo, à Ancone, et son fils Moïse Ghayïm Schabbathaï; Isaac Lampronti, auteur du recueil Pachad Itschak, à Ferrare ; Benjamin Cohen, à Alexandrie; Gbayïm Cohen, à Livourne; Jacob Saraval, à Mantoue* qui perdit trop tôt la vue ; Josué Segre, de Verceil, rabbin à Scandiano, et qui publia dans sa jeunesse un savant écrit contre le christianisme.

L'accroissement des études rabbiniques n'exclut pas le goût des essais scientifiques et poétiques, comme en témoignent les œuvres grammaticales de Simon Galimani, à Venise, et les essais bibliographiques de Ghayïm David Azulaï, qui dépassa en ce dernier point tous ses prédécesseurs, bien qu'il travaillât à la hâte.

Cette forte tendance d'activité, appliquée aux sciences, se retrouve dans les nouvelles communautés du Nord, liées au moins par le souvenir aux vieilles communautés allemandes ou polonaises, et penchant vers leur méthode. Celle d'Amsterdam a le premier rang ; d'elle sortent les rabbins de Hambourg et de Londres , qui correspondent avec riialie.

1 4.— Un grand nombre des exilés d'Espagne se réfugièrent aussi euTurquie^ où ils jouhrent de la liberté du cnlte,

moyennant un impôt sur leurs personnes et leurs biens.

En effet, par l'établissement de la monarchie turque, leur position fut la: môme qu'auparavant , et dans Tempire byzantin, il n'était pas resté beaucoup de Juifs ; du moins, ils avaient disparu aux yeux des historiens occupés des scènes de massacre de la cour et des événements du royaume. Leur situation ne pouvait que gagner au contact des Turcs, qui se montrèrent effectivement favorables aux Juifs, car ils avaient principalement pour but de faire prévaloir l'idée de la liberté des cultes, en ne vexant et en ne maltraitant comme ennemis que les chrétiens. La coutume des princes musulmans, d'avoir près d'eux des médecins juifs, se retrouve aussi en Turquie. Déjà Mourad H (1451) avait un médecin juif, qui fonctionna également comme tel près du conquérant de Constantinople. Ce juif reçut du sultan, dans les termes les plus flatteurs, et avec les surnoms de Galien et d'Hippocrate, une patente qui l'affranchissait lui et toute sa famille de toute contribution ; cette pièce fut renouvelée encore cent vingt ans plus tard,' par les successeurs dç Mahomet IL De môme, Joseph Hamon f\it le médecin de Sélim, et son fils celui du grand Suleyman, ainsi que plusieurs autres chez les sultans postérieurs. Les fonctionnaires des monnaies étaient habituellement des Juifs, tels qu'Abraham Castro en Egypte sous Soliman; et d'autres sultans se servirent de préférence des Juifs dans les affaires d'État. Ainsi, après l'achèvement de la guerre de Chypre, Sélim II envoya à Venise le médecin Salomon, et Mahomet III dut à Gabriel Bonaventure un armistice avec l'Espagne.

Parmi ces diplomates se distingua le prince-don Joseph •. C'était un riche Juif portugais, ayant vécu dans son pays natal çonune chrétien forcé spus Iç nom 4e don Juan

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Miquez; mais fatigué de celte violence, il s'était décidé à s'établir ailleurs comme Juif et à se procurer, ainsi qu'à ses coreligionnaires, tous marannos (convertis de force), la liberté du culte. Après avoir mis sa fortune en sûreté, il se rendit à Anvers, puis à Venise. Là. il sollicita du sénat l'acquisition d'une île pour l'établissement d'une colonie juive (1367). Lorsque cette proposition, sur Tavis de Philippe II, fut refusée, il se rendit à Constantinople avec beaucoup de ses frères, où régnait Soliman, et conquit la confiance illimitée du prince Sélim, alors gouverneur de Coutahiyé. Il est à supposer que sa richesse, encore augmentée par un mariage qu'il fit à Constantinople, y contribua.

Il produisit encore davantage par son expérience, par ses capacités et par son esprit entreprenant. Il indiqua à Sélim, à peine monté sur le trône, le moyen d'enlever Chypre aux Vénitiens, et il sut enflammer de plus en plus ses désirs de faire cette conquête. Sélim le nomma aussitôt duc de Naxos et des douze principales Cyclades, pour lesquelles le duc payait par an 40,000 ducats. Depuis ce moment, Joseph porta le titre de Nassi (prince) ; il demeura le plus souvent à Constantinople et il devint l'ami ntime du sultan. Malgré ses titres, il n'exerça guère d'influence sur ses coreligionnaires ; cependant il c'était occupé d'eux en maintes circonstances. En outre, il publia en 1577 un écrit de polémique religieuse, dans lequel il combattit surtout le christianisme.

Par les succès qu'obtinrent dans le royaume turc tant de Juifs en qualité de savants, de médecins et de commerçants, bien d'autres, qui étaient persécutés au dehors, se trouvèrent portés à entrer dans ce royaume, où, en payant une imposition sur leurs corps et leurs biens, ils pouvaient e^ercçr librement leur culte. En peu de temps.

les communautés devinrent fort nombreuses en Turquie, en Asie et en Afrique, aussi bien qu'en Europe, par l'arrivée des émigrants de l'Espagne, du Portugal et de Naples. Partout ils obtinrent dans ces villes un quartier spécial, suivant leur désir d'habiter près de la synagogue, et dans le pays ils ne subissaient nulle part de reslric* lions à leurs affaires. Ainsi, dans la ville, les négociants pouvaient acheter ou louer, avec de certains droits, des magasins, des bazars, des bâtiments de fabrique et d'autres pièces. Leurs devoirs à accomplir régulièrement envers l'État consistaient à payer le 'Haradj, ou impôt personnel pour tout homme, proportion faite de l'estimation des biens. Le pauvre payait douze dirhemSy l'homme aisé le double, et le riche le quadruple. Les riches durent avoir soin de la rentrée de ces contributions. Les représentants des communautés étaient môme chargés d'en partager quelques-unes et de les remettre entre les mains du fonctionnaire public. Ils épargnaient d'ordinaire les pauvres et surchargeaient plutôt les riches; aussi Tou ne saurait, d'après ces impôts, faire un relevé de statistique , car on cherchait à dissimuler le nombre des habitants afin de ne pas surcharger les contribuables. C'est pourquoi cette fonction a été tant recherchée par le Divan, parce que le défaut de surveillance permet d'en faire le plus mauvais usage, soit à l'avantage, soit au détriment des imposés, qui devaient apparaître chaque fois au conseil avec le rouleau de la loi, pour affirmer par serment la justesse de leurs obligations. On les maltraitait le plas dans les pachaliks éloignés, surtout dans la Palestine, qui a été peuplée malheureusement — comme elle Test encore — de tant de Juifs pauvres, désireux de mourir en Terre sainte, au prix des plus grands sacrifices. A ces habitants^ qui ne vivent la plupart que de la charité pu-

blique, les pachas, sous toutes sortes de prétextes, demandent des somnoles énormes que les riches avancent et que Ton recueille ensuite par des envoyés en Europe et en Afrique. Il en vit à Jérusalem seule, environ six mille familles, dit-on ; et plus leur nombre augmente, plus les charges de la communauté croissent, et avec celles-ci survient la misère des pauvres habitants et des pieux émigrants. En dehors de ces lourdes charges et de l'inimitié qui en résulte, les Juifs vivent libres en Turquie, soit comme rabbins et professeurs, soit comme ouvriers, comme pasteurs, comme agriculteurs, comme fabricants, comme négociants, plusieurs d'entre eux comme receveurs des revenus de l'État, enfin comme meuniers, douaniers et courtiers de marchandises turques. La classe pauvre se nourrit de travaux manuels dans les fabriques, de la vente d'épiceries et du brocantage, petit commerce auquel se livrent les femmes. Quelques pauvres exécutent aussi des auditions musicales, aux jours de fête nationale, devant le sultan et devant les courtisans, pour obtenir un gain minime. L'activité importante des imprimeries, introduites depuis longtemps d'Italie, et le grand nombre de livres sortis de ces ateliers, démontrent en général leuf intérêt élevé pour la littérature, qui s'anime encore par les riches soutiens en faveur des écoles et des synagogues, pour lesquelles se forment des associations. Enlin, le gouvernement recherche de préférence à utiliser les Juifs capables, parce que, suivant la régie générale, leur fidélité est reconnue. Tout pacha a son ageat juif. Il se trouve donc rarement des traces de persécutions.

Une grande école fut ouverte et soutenue par les contributions des Espagnols à Gonstantinople et dans d'autres localités (1560). L'érudition y est tellement estimée,

t«0 HISTOIRE DES ISRAÉLITES

en i530)y promoteur d'uM nouvelle méthode qui consiatait à donner aux élèves des devoirs tels, qu'ils soient à même de présenter spontanément des objections et de discuter avec lui, jusqu'à la complète solution des problèmes; c'est le piîpoul^ dans l'exercice duquel raffinèrent les plus perspicaces. Pour en faciliter la mémoire, on employa un certain ton uniforme, qui se transportant dans la conversation usuelle, imprima au langage des luifs cet accent déplorable que Ton n'entend pas san^désagréTmentet que le talent même n'efface pas^^.

Après ce rabbin, qui ne se distingua pas comme écrivain, apparurent à la fois Salomt)n Louria, à Ostra, et Moses Isserles, à Gracovie; le premier d'entre eux était très-remarquable par son savoir rabbinique, et le second par ses connaissances grammaticales, auxquelles il joignait un penchant pour les études philosophiques, repoussées par son contemporain et ami. Quoiqu'il fût en désaccord avec lui sur ce point, ils s'entendaient cependant pour repousser les préjugés, et pour prêcher l'équité et la tolérance. Ils avaient aussi pour collègues, issus de la même classe, quelques rabbins en Italie, Juda, de Mayence, à Padoue, et son successeur Meïr ben-Isaak, de Katzenellenbogen, qui avait professé auparavant à Venise- En même temps, fleurit Low ben-Betzalel, de Prague, écrivain fécond, qui atteignit l'âge de cent quatre ans» après avoir été vingt ans rabbin de la Moravie et autant de temps à Prague, puis à Posen, pour toute la Pologne. L'empereur Rodolphe II Thonora d'une audience, en 1592 ; cette réception produisit de l'effet sur le peuple et sur les masses, et lui acquit leur considération. Son successeur, à Prague, fut non moins honoré comme écrivain-, c'était Mardochée Jaffe, qui dut fuir, en 1559, en Italie, lors de l'expulsion des Juifs de Prague et y revint

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en 1592^ après avoir été rabbin à Hrodno, à Lublin et à Gremnitz. À son retour, il agrandit Técole, grâce aux libéralités de Mardochée Mauschel, qui y construisit aussi une synagogue.

Leur contemporain Jom-Tob Heller mérite non moins d'attention; il fit à Prague, puis à Nikolsbourg et à Tienne, des commentaires sur IdiWischu^ (Tosephoth Jom- Tob); mais il ne put échapper à l'envie et à la calomnie, et il fut enfermé comme criminel pendant quarante jours, après quoi la commission de ses juges le condamna à mort pour ses expressions anti-chrétiennes. L'empereur se contenta de lui infliger une amende de iO,000 florins, de faire brûler ses œuvres et de lui enlever son titre de rabbi. Mais ce titre était inaliénable, et ses œuvres, en partie imprimées, lui furent restituées, lorsque après bien des misères on le délivra, et qu'il fut nommé rabbin à Ramirow, Wolin, Primislaw, Ladmer. Là, il réunit ses collègues^ forma des synodes, surtout pour ordonner certaines abrogations. Tous ses collègues, d'accord avec lui, prononcèrent Tanathème contre les abus qui se commettaient. Il fut appelé ensuite à Gracovie, où il mourut fort âgé, après dix ans d'exercice. Ses contemporains sont Meir Lublin et Samuel Edels, écrivains estimés.

Par suite de Textension numérique des Juifs, leur intérêt pour les études rabbiniques s'accrut; celles-ci furent même popularisées et mises à la portée des masses peu instruites, dans un langage corrompu, mélange d'hébreu et d'allemand ; une telle œuvre fut tédigée d'abord par Naphtali Altschuler vers 1550, puis par Jacob ben-lsaac, sous le titre de Tséna ouréna (paraphrase midraschique du Penlateuque).

En propageant les préjugés par leur langage figuré, par leurs remèdes et guérisons surnaturels, par leurs

SCI mSTOlltS vas I^HÀéhÏTEà

moyens pfus'ou moins efficaces de protection et dé sàlut , des kabbatistes s'emparèrent de la plupart des esprits en Allemagne et en Pologne, y surgirent successivement sous les titres de prédicateurs» de moralistes {maguid)^ et d'opérateurs miraculeux par des mots et noms mystérieuse {Bal'fchem),

Ceux d'entre les Juifs qui ne voyaient dans la loi qu'une écorce sous laquelle est caché un sens mystérieux, beaucoup plus élevé que le sens historique et httéral, se divisent en deux classes. Pour les uns, le sens intérieur et spirituel des Écritures était un système de philosophie aàsez favorable, il est vrai, à Texaltation mystique^ mais tiré d'une source tout à fait étrangère. Ce caractère est celui de t^hilon et de ceux appelés d'ordinaire Juifs hellénisants, parce que mêlés aux Grecs d'Alexandrie, ils empruntent à ces derniers celui de leurs systèmes philosophiques qui pouvait le mieux se concilier avec le monothéisme et la législation de Moïse. Les autres n'ont obéi qu'à rimpulsioii de leur propre intelligence ; les idées qu'ils ont introduites dans les livres saints, pour se donner ensuite l'apparence de les y avoir trouvées et les faire passer, même dans Pombre du mystère, sous la sauvegarde de la révélation, ces idées leur appartiennent et forment un système vraiment original, vraiment grand, qui ne ressemble à d'autres systèmes que parce qu'il dérive de la même source. Tels sont les kabbalisteé, dont' les opinions, pour être connues et justement appréciées^ ont besoin d'être puisées aux sources originales ; car, plus tard, les esprits cultivés ont cru leur faire honneur en les mêlant aux idées grecques et arabes 42.

Les kabbalistes se divisent en deux écoles qui furent fondées presque eh même temps en Palestine, vers le milieu du xii^ siècle : l'une par Moïse Cordovero, d'origine

HISTOIRE DES ISHAÉUJES ^

espagnole» qui florissait à Séphath dans la Gs^lilée inférieure ; l'autre, par Isaac Loria, mort également à Séphath, en 1572, et regardé par quelques Juifs comme le précurseur du Messie. Le premier, sans pénétrer bien loin dans Tesprit des monuments originaux, se tient assez près de leur sens propre et de leur signification réelle ; le second s'en écarte presque toujours, pour donner carrière à ses propres imaginations, et remporte d'ordinaire dai^ l'opinion.

Le premier qui ait révélé à l'Europe chrétienne le nom et l'existence de la kabl^ale, c'est un homme qui, malgré les écarts de son ardente imagination, a imprimé aux idées de son sièclejine vigoureuse impulsion^ ga^voir Raymond Lulle. ir serait difficile de- dire jvigqu'à quel poiAt il étgit initié à cette science mystérieuse et quelle influence elle a exercée sur ses propres doctrines. Mais il est certain qu'il s'en faisait une idée très-élevée, la regardant jcomme une science divipe, comme une révélatioji dont la lumière s'adresse à l'âme rationnelle , et Ton peut supposer que les projcédé$ artificiels, mis en usage par les kabb^li^tes pour rattacher leurs opinions à l'Écritqre, que }a substitution des nombres ou des lettres aux idée3 et aux mots n'ont pas peu contribué à l'invention du grand art.

Après ce philosophe, l'étude de la cabbale retomba dans l'oubli jusqu'au moment où Pip de la Uirapdole et ReuchUn vinrent répandre quelque lumière sur une scienpe dont on ne connaissait jusqu'alors, en dehors du cercle des adeptes, que l'existence et le nom. Lq premier a tenté de réduire un système aussi étendu en un petit nombre de courtes propositions destinées, il est vrai^ à être développées en public. Le second, plus systématique, mais nioins érudit, n'a malheureuseqaeot pas m puiser aux soi^rcçs les plus abondçint^s çt içfi plus di^oe^ ^e 1^

foi. C'est à partir de cette époque que les idées kabbalisliques, devenues Vobjei d'un intérêt plus général, commencent à compter sérieusement, non-seulement dans les travaux d'érudition, mais dans le mouvement scientifique et religieux du xvp et du xviie siècles.

Toutefois, les anciens rabbins, dans les grandes écoles d'autrefois, n'inlroduisirent pas cette branche dans le plan des études, et ils n*en firent part que par exception à quelques disciples capables. La recherche de systèmes philosophiques, d'essais de morale et de théodicée des rabbins, plut aussi aux adhérents du mysticisme, surtout an temps des croisades. On commença alors à mettre la kabbale (tradition) par écrit : le livre du Zohar^ né sous sa forme actuelle au xii^ siècle, présenta la kabbale sous une apparence de haute antiquité *3. La difficulté des symboles qui y sont exposés et des expressions qui y sont usitées, attira l'attention d'un grand nombre de rabbins espagnols ou français. On s'eflForça donc de tirer .des vérités générales de cet ensemble confus de matériaux. Gomme ceux-ci concernaient les sujets les plus élevés de la pensée, les termes manquaient, et il fallait de plus eu plus avoir recours aux images. C'était un champ trèsattrayant pour les amis perspicaces d'expressions symboliques; et leur nombre s'augmentait toujours, recruté parmi ceux qui étaient enclins à propager de telles idées.

Beaucoup de rabbins de l'école philosophique se prononcèrent, il est vrai, contre ce mysticisme dont on abusait facilement et surtout contre son influence sur l'exégèse; mais ces blâmes ne surent retenir ceux qui étaient dans la possession de la science la plus éclairée et étaient entraînés vers elle par l'élévation de leur imagination. C'est ainsi qu'on étudia toujours davantage la kabbale.

qui, outre la philosophie ancienne, accjjeillit encore beaucoup d'idées nouvelles de rOrient. En Turquie, elle fut propagée par les œuvres estimées de Meir ben-Gabaï, du temps de Joseph Karo, qui était également redevable à celte science de ses vues. Salomon ben-Kabez avait au môme moment institué une chaire pôût la kabbale à Sephath. Son principal disciple, Moïse Cordovero (1508- 1570), réleva à un haut degré de perfection et passe pour un des plus grands kabbalistes. Ses œuvres^ fort nombreuses et connues en Italie après sa mort plus que toutes les œuvres kabbalistiques composées avant lui sont les produits sérieux dus à son savoir. D'autres hommes distingués étaient dans le même cas^ et si leur conduite nous étonne, il ne faut pas oublier quelles étaient les dispositions littéraires, autant que religieuses ou plutôt mystiques, qui dominaient alors.

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