‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 12 sur 17 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

(xv« siècle.)

§ i. — Le xv« siècle ne fat pour les Juifs qu^un revirement continuel de calme et de misère. A la suite du cougrès de Tortose (141S) dans lequel une discussion vive et. sans résultats eut lieu entre des rabbins et des prêtres, l'anti-pape Benoit XIII expédia de Valence une bulle dont la stricte observation devait réduire les Juifs à la dernière extrémité. Cette bulle contenait onze décrets, défendant la lecture du Talmud et la circulation de livres analogues^ leur interdisant les fonctions de juges et tout autre poste public, ne leur laissant qu'une synagogue par ville ; ils devront vivre sans rapport avec les chrétiens et dans des quartiers spéciaux, porter des signes distiuctifs et assister entin, dans tout le royaume, . à trois sermons annuels i.

En revanche, le pape Martin V, par une bulle du 30 janvier 1419, déclare prendre sous sa protection spéciale tous les Juifs. Il défend de les molester, de tes forcer au baptême ; il leur permet de célébrer leurs fêles chez eux, mais non en public pour éviter la colère du peuple. Il leur recommande, pour le môme motif, d'éviter les promenades publiques pendant les jours de fête. 11 les dispense enfin de porter des marques distinctives, à moins que lés lois du pays ne l'exigent^ car eu cela il

ne peut qu'engager les souverains à abolir ces lois vexa* toires. Il suflit de lire cette bulle pour se rendre compte des rares sentiments de tolérance qui animaient Tesprit de ce pape et qui avaient l'avantage d'influer sur bien des princes. Ainsi le duc de Berri, en sa qualité de lieutenant du roi en Languedoc, permet aux Juifs d'Espagne, où ils étaient persécutés à la suite du congrès deTortose^ de passer par sa province pour se retirer en Provence, en payant 20 sols parisis par tôte 2.

Puis, par le changement successif des papes, les franchisée 80Ut contrebalancées par de& restrictions : les franchises accordées né l'étaient pâ& t^^rce (tu'dti voulait du bien aux Juifs, mais pour faire edtrbt les impôts dans le trésor da Saint-Siégfe, toojodrs en pénurie*. A ce propos, le pape Pie II adreëâe du recteur du Gomlat Yenaissin un bref daté de Mantoue, 4 janvier 1461, dans lequel, aprfes avoir autorisé les Juîfe à'pouvorr affermer les différentes branches du fisc a)iostdlique, il ajoute : < Nous voulons cependant que les Juifs ne puissent avoir aucune action sur les personnes des chrétiens, tii prendre ^hypothèque sur leurs biens. Nous voulons etitin qu'ils soient tenus de porter un cercle (rancienne rouelle), ou un signe quelconque de couleur jaune, cousu sur un endroit apparent de leurs habits, et assez large pour formet deux plis extérieurs de leurs vêtements. »

Dans ce rtiôme comté, un Juif natif de Provence, nommé Estriige Léon, ayant mal parlé de la irierge Marie et t l'ayant traitée de femme de peu^ » fut condamné à cent florins d'amende envers le roi*. Cette condamnation excita contre les Juifs d'Aix uh teltumnlte parmi la populace, qui ne désirait que piller et saccager, que le gouvernement fut obligé en toute hâte fl 436) d'appeler des gens d'armes du Dauphiné et du Gomtat pour prot^r les

HïSTOmE t)ES ISRAÉLITES 19»

Vîllék d'Aix et de Peftui^, ijui élaient'lea plus inétiâcôés.

Le gouvernement t^rfend aussi dfes tiiesure& ad sujet de beùx de la vilTe dô'Nlrfles, et 'Louis Xl confirme les lettres tiâteates données pair Charles VU en mai 4445. De nomi)réuses plaintes lui étaient parvenues aid âtijet de la Situation des Juifs ((u*ôh accusdit d*exactlon^ et d*iisurë.

Pour y faire droit, 'le toi fait jiiger TatTaire par des commissaires dont l'avis n'a pas été défavorable aux Juifs ^. Le ipeuple, en voyant cela, accuse la commission "d'entente avec les justiciables, etron porte plainte contre elle, au point que le roi est obligé de la rebvoyér, se contentant de son avis.

Enfin, toiis lés privilèges, libertés et franchises, que les papes, les vice-légats et les recteurs avaient accordés quelquefois aux Juifs Ile Garpentras furent confirmés par Ange Giraldini, recteur du Comtat. Durant toutson rectorat, celui-ci favorisa beaucoup les Juifs 6; il les admit non-seulement à être fermiers de la chambre apostolique, mais il les fit encore participer à bien des honneurs et des dignités. Les États du pape firent à cet égard des représentations à Pie 11, qui, par une bulle du 25 août 1479, désapprouva cette bienveillance et cette condescendance de Giraldini polit les Juifs, et ordonna expressémeiît (îue désormais ils ne jouiraient plus des faveurs et des franchises que ce recteUr leur a-vait ticcordées. C'est sans doute pout un tel tttdtif qu'Obadia de Bertinoro, le célèbre commentateur de la Mischnâ, quitta sa patrie et voyagea en Sicile, en É^pte et en'Palestine '.

Il n*en fallait pas davantage pour qu'au premier prétexte leshîiînes séculaires fusserrt remises eti vigubur. Tlii 'habliatit de Trente en Italie, du nota d*EnzD, tua un ébr^nt de deux ans îippelé Simon, dans 'la huit du 45 "llifisan, prfemirère huit dô PàqUtes, et le jeta après cela

dans le puits de la demeure du Juif Samuel. Aussitdt, selon l'habitude, on accusa les Juifs de la disparition de cettnfant. Sur l'ordre de l'évoque, on lit des perquisitions dans les maisons juives; mais on n'y trouva rien. Plus tard, le bruit se répandit qu'on l'avait trouvt^ dans le puits du Juif Samuel. On les incarcéra, on les tortura, on en tua un grand nombre, et l'on fit de cet enfant ua martyr dont on célébrait la fôte le 24 mars.

De môme une grande quantité d'étrangers étant arrivés à Arles, de T Auvergne, du Dauphiné et de la Provence, a gens brutaux et acharnés au butin ^ » ils se portèrent contre les maisons juives et y enlevèrent tous les meubles précieux et les marchandises (1484). Comme cela arrivait assez souvent, l'autorité y pourvut. ACarpentras, et conformément à des ordres supérieurs, le conseil municipal accorde aux Juifs de cette ville la rue de la Muse, par arrêt du 21 octobre 1486, à la condition d'établir aux extrémités deux portes fermant à clef. Mais toutes ces maisons ne devaient avoir aucune vue ou perspective sur les rues des chrétiens; et cela c parce que le fils de l'esclave ne doit pas être placé au même rang que le iils de la femme libre. »

§ 2. — Par des mesures violentes, Louis de Hongrie et les archiducs Albert et Léopold d* Autriche, veulent forcer les Juifs à se convertir; ces princes toutefois, ménageant leurs intérêts, renoncèrent bientôt à 'ces persécutions, et accueillirent même les fuyards hongrois. Cependant, le jour de la pâque juive, par suite d'une injure des Juifs de Prague faite à un membre du clergé et par suite de la plainte de ce dernier, les rues juives furent bouleversées par les bourgeois, et un effroyable carnage eut lieu. L'empereur Wenzel ne put intervenir ni s'opposer à des cruautés analogues dans toute la Bohême. En Pologne»

IdISTOIRE DES ISRAÉLITES 197

Casimir le Grand, par l'influence de la juive Esterka^ renouvela les privilèges et les lois protectrices; on vit cependant à Gracovie un moine accuser les Juifs, du haut de la chaire, d'avoir tué un enfant chrétien; le peuple. se rua contre eux. malgré la force armée, réduisit leurs maisons en cendres et en tua les principaux habitants. De semblables scènes eurent encore lieu dans le cours de ces sièclest et la plus cruelle se passa en ce pays, vers i470.

Le franciscain Gapistran parcourait la Silésie fatiguée peu à peu de toutes ces persécutions, et excitait publiquement le peuple contre les Juifs, demandant vengeance du crime imaginaire d'avoir lacéré une hostie. Ses paroles produisirent de Tetlet. On assassina, on brûla, on pilla dans tout le pays, comme auparavant. À Breslau, où Ga* pistran établit Tinquisition au sujet de ces hosties et obtint par les tortures de faux aveux, la communauté fut chaasée, et son rabbin se donna lui-même la mort. L'influence de ce moine engagea Ladislas, roi de Bohême, à pousser les Juifs au baptême, sous peine d'expulsion, et à enlever les enfants de ceux qui partaient, pour les élever dans le christianisme. Aussi Louis X de Bavière, ami de Ladislas, chassa tous les Juifs de quarante villes de son pays et s'empara de leurs biens. La plupart se rendirent eu Italie. Sur ce, Gapistran se rendit en Hongrie, où, luttant contre les Turcs, il fut frappé à la tête par un Juif qui combattait dans l'armée turque, et qui fut l'arrière-grandpère du célèbre imprimeur Gerson Soncino; le moine fut réduit à prendre la fuite ®.

Sous l'empereur Maximilien. Nuremberg se lit donner aussi un privilège pour expulser les Juifs, ainsi qu Ulm (1498). Les Israélites ainsi expulsés formèrent plus tard la communauté si importante de Fùrth, et ils se rendirent en partie à Francfort où Ton accorda la protection aux

bè HlSTOtïlE DÏIS ÏSRA'ÉLITtS

îirifs ^Itfi), en leur ofifant un faiibourg -«pëdaî. ftffiï tét exemple fdt stfM en '151"9 pif Regcnsburg, d^jà punie auparavant par rcmpet-ear Frédérifc poar ^à edhduite cruelfe envers l'es Juifs.

Au Nord, les plaintes da J)ercemeût des hostîeô se fë* pétèrent. A ^ternbéfg, dans le Mecklembourg, vingt femillès furent brûlées, et le feéjour fût interdit à totiô les autres Juife. Sans dotfteparle même mtffif, i^rchëtôqoe Ernest de Magdebôutg expulsa les Juifs ttewn diocîêse, sans toutefois leà dépouiller de leurs biehs. Céftfx de Berlin eurent plus & sotifrrit, Ibrsqu'tm ferblarutiel* ^ Berilau annbtiça tjue ro'ffertdîre avait ëtë vôlë avec quatre hosties et vendu à liti Juif qui les aturSiit profa* nées en les découpbM'pout les distribuer aux siens. Ce prétendu voleur de l'Église fut traîne à travers les mes de Berlin, pincé avec des tenailles dhauffées à blanc, puis brûlé vrf. Ensuite trente Juifs furent livres aux flammes sur le marché comme profariateuïs d'hosties et 'la communauté juive dut prêter le serment de ne plus jamuls recommencer. De telles scènes eurent aussi ïieu en Hongrie, àTyrnauetàOfen.

Les lois d'exclusion de rassemblée ecelésiastîque à Vienne (1267) eurent une portée plus grande etiC0te,feti ce qu'elles défendaient aux Juifs d'avoir des maisons dfe bains et des auberges, de se servir de domestiques chrë*tiens, de percevoir les droits de douane; enfin, ^ovtt les distinguer, ils devaient portpr Un Chapeau pointu. Ces ordonnances et quelques autres, telles que là défense desservir comme médecin chez un chfélieti, les discussions religieuses, le prosélytisme, d'avoir les boutiques ouvertes pendant les processions, de vendre de la viande aux chrétiens, etc., ne sont que des rénovations d'anciennes lois ecclésiastiques. Elles ëtaieut déjà itttroàrfitès dstoa Itt

HrSTOîKÈ DÉS ISilAÏLITÏS m

^Stitiàbë ou l'on remarque surtotft le sertnènt tnofBjwafti- (îb'A^, inoàe iSé prêter serment atùssi injufete que blessant, ëtitore usité àe nos jours flans certaids pays ; pour le prononcer, 11 fallait se tenir alors sur utie peau de porc et appeler sur sa tSte, en cas de paifjurè, les plus effroyables malédictions. On crut toutes ces précautions nécessaires pciut éviter toii'te fraude dans les relations entre les Juifs et léà chrétiens. Ces mômes lois d'exclusion ne 'firent qu'envenimer les hoslîlîlés. C'était là la plus grande faute des législateurs de ne pas oser franchir la voie =ëiiivie jusqu'alors. Jean iXXlI (1316) fit ordonner aux îïûifs t)ar le fediicilè de Ravènne déporter tin signe sur la poitrine, ordre qu'il tonouvela il Avignon. De même les Juifs durent avoir à Venise des chapeaux jaunes, et à ^Florence une tache jatine sur le manteau. Partout rtifln Ce signe devait lès protéger, mais il ne faisait qu'excîter les émeutes.

Les bulles papales prouvent qtiè tés lois furent dictées dans de bonnes intentions. Martin V (1419), 6e basant- stir les expressions de pluâiëUrs de ses prédécesseurs et poussé par lès sollicitations d'un synode rabbinique tenu à Fôrlî, se déclara contraire â toutes ces restrictions des libertés juives, et leva toutes les vieilles lois des conciles, remises en vigueur par Tariti- pape Pierre de la Lune. iSugéne IV, il est vrai, voulut de nouveau les mettre eu exécution, mais efl6s ne firent que restreindre le nombre des Juifs (1434). Le concile de Bâle chercha à annuler tout rapport entre les chrétiens et les JUits, et demanda '^institution d'établissements de conversion. Il voulut aussi sévir contre leurà livres rehgieux. Le Talmud devait disparaître ; une asSemblëè rabbinique à Tivoli fit revenir le pape sur Sa décision; maïs le Talmud continua à être sauvent Polijet de lois d'interdiction. A Milah, on

fit enfin supprimer plusieurs passages antichrétiens (1490) L'essai tenté par le Juif baptisé Jean Pfeffercorn, à Cologne pour engager Tempereur à faire brûler le Talmud dans tout son empire, attira Tatteation sur ce recueil et provoqua la nomination d'un comité de censure ; mais sur les pressantes sollicitations du célèbre Reuchlin» il se décida complètement pour la conservation de ce monument précieux de Tantiquité. C'était la première démarche faite en notre faveur par un des précurseurs de la Réforme.

§ 3. — L'homme le plus remarquable decetteépoque^ fut le savant Abravanel. — Don Isaac, né à Lisbonne eu 1437, était parvenu par ses hautes capacités aux fonctions de premier ministre du royaume de Portugal sous le règne d'Alphonse V. Il sut mettre à profit son crédit auprès de ce prince et rendre cette heureuse situation favorable noQ-seulement à ses concitoyens et à ses coreligionnaires, mais encore aux Juifs du dehors. N'était-ce pas une singulière opposition à la bulle du pape Eugène IV, en date du 8 août 1442? Dans cette pièce, celuici se plaint des Juifs du royaume de Léon et de Castille et les déclare eux, ainsi que tous les Juifs de la chrétienté, exclus de tout emploi public.

Étant chargés parle roi Alphonse d'une mission politique auprès du Saint-Siège (U72), don Lopez d'Alaméda et le médecin Joano Djeseras reçurent une seconde mission d'Abravanel : il ne se borna pas à laisser accomplir ie sujet ofliciel de leur voyage. Oulre leur devoir d'ambassadeur il leur restait encore à user de leur pouvoir, ou plutôt à profiter de Theureuse circonstance pour prier le pape d'alléger les souffrances des Juifs et d'être plus bienveillant à regard de ces derniers. Il fait demander au chef de l'Eglise chrétienne de protéger ses coreligionnai-

res contre le fanatisme et riatolérance, et d'interdire dé- - sonnais, dans le gouvernement des Etats Pontificaux, toute injustice et toute persécution religieuse. C'est ce que nous apprenons d'une lettre adressée en cette circonstance, par l'entremise du m nlacin Djeseras au rabbin le'hiel de Pise, dans laquelle Âbravanel demande à son savant ami des renseignements sur l'état des Juifs romains et de la ' cour papale ^i.

Tout semblait donc réussir aux vœux de l'homme d'Etat, mais la fortune ne lui conserva pas ses faveurs. Cette bienveillance accordée à un savant juif par un prince chrétien devait blesser l'opinion publique, ou plutôt celle de la cour, dans cet âge et dans ce pays d'intolérance ; aussi attira-t-elle sur Âbravanel les persécutions de l'envie.

Vers la finide l'an 148i, son puissant protecteur mourut*. « Lorsque ce pieux roi ne fut plus, nous dit son fidèle serviteur et apologiste, tout Israël en deuil le regretta amèrement; ils le pleurèrent et jeûnèrent pour le malheur qui venait de les frapper. Moi-même, lorsque j'appris la mort de ce roi qui avait eu tant de bontés envers moi et envers la communauté des Juifs de ce pays, je restai tout attristé de la perte que j'avais faite. » — Et pourtant^ dans son chagrin, il ne connaissait pas encore l'étendue du malheur personnel qui le firappait, ni quel changement de fortune il résulterait pour lui de cet événement.

Le fils et successeur du roi Alphonse, don Juan II, réforma sa cour et s'entoura de nouveaux ministres et de nouveaux courtisans ; il s'éloigna des amis et des conseillers de son père, et les eut en aussi grande aversion que s'ils eussent voulu le livrer aux mains du roi de Gastille, son ennemi. Il fit mettre alors en prison un

enfants qui ne Tinrent le rejoindre dans sa retraite que quelques jours plus tard.

Dans Vinlervalle d'une nuit à l'autre, il gagna les frontières castillanes. Don Juan, étant instruit de son évraMon, entra dans une colère furieuse ; il envoya sur les triices du fugitif des soldats pour le lui ramener mort ou vif. Mais leurs poursuites furent inutiles. Le roi ne put se procurer d'autre vengeance que celle de la confiscation de tous les biens et de tous les effets de ce rabbin, que celui-ci avait dû abandonner aux mains du pouvoir.

A Tâge de quarante-cinq ans^ il fut donc obligé de fixer son séjour dans le royaume de Gastille, que Ton comprend aussi sous la dénomination plus générale d'Espagne. Ce pays avait été la résidence habituelle de ses ancêtres. Une se trouva donc ni complètement exilé, ni étranger. Il lui semblait presque devoir se trouver au milieu de ses parents et au sein de sa famille. Il se rendit donc à Madrid, la capitale du royaume : après un court espace de temps, il fut connu des siens, et bientôt Bon nom se propagea par toute la ville.

Il reprit ses travaux^ ses commentaires sur la Bible et ses ouvrages exégétiques, qui avaient souffert une longue interruption par suite des occupations qui Pavaient attaché à la cour. Outre les cours publics qu'il fit, sur la prière de quelques-uns de ses coreligionnaires, il composa plusieurs commentaires sur diverses parties de la Bible, sur le Pentateuque, sur le livre de Josué, ceux des Juges et de Samuel.

A l'abri des orages politiques et livré à des occupations tranquilles, il passa ainsi quelques années de calme et de repos, pendant lesquelles sa renommée grandissante parvint aux oreilles du roi et de la reine d'Espagne, Ferdinand et Isabelle.

Du reste, la position de ses coreligionnaires paraissait assez bonne. En 1454, le duc de Berja donna douze maisons des siennes à autant de Juifs. Ceux-ci, en très-peu de temps, reconquirent les richesses qu'ils avaient perdues dans les dernières persécutions, exerçant quelquesuns la médecine et la chirurgie, d'autres étant tailleurs ou orfèvres, d'autres enfin s'adonnant au commerce 42. Quelques-uns eurent aussi des titres honorifiques, particulièrement les Juifs convertis, qui pouvaient avoir les mêmes emplois et les mômes titres que les vieux chrétiens. Bien que les lois fussent toujours contraires aux Juifs, Topinion publique s'était tournée en leur faveur. C'est pourquoi le prieur de Santa-Cruz et quelques autres de ses adeptes écrivirent, en 1480, au roi catholique Ferdinand et à Isabelle pour leur apprendre t le donimage qui revenait à la religion catholique par ce scandale. » Les rois ordonnèrent à plusieurs religieux de prêcher les Juifs et de les convertir pour les faire apostasier complètement; mais voyant que ces moyens ne produisaient aucun effet, ils réclamèrent au pontife Sixte IV de pouvoir établir dans leur royaume le tribunal de Tinquisition* C'est le 27 décembre 4480 qu'on proclama à Séville Tordre du pontife et du roi à propos de ce tribunal. On avait nommé comme inquisiteurs dans cette ville les moines Miguel de Morillo et Jean de San-Martin, qui n'arrivèrent qu'au commencement de 1481. A peine les Inquisiteurs furent-ils entrés que les citoyens se divisèrent en deux partis, l'un contraire et l'autre favorable au tribunal. Ce qui causa le plus d'élonnement, ce fut que l'opinion contraire à son établissement et par cela même favorable aux Juifs, était soutenue par beaucoup de personnes très-puissantes, qui occupaient des emplois publics très-élevés : « Ces effrontés ne rougissaient pas de dé-

is

fendre une opinion si détestable. » Malgré ces protesiatipns. le lribuaa.1 comipença se^ jjugemjenis ea 148i,. établissant sa résidence dan^ le chàteaji de Triana. Dixsept milte personnes lui furejat tout de suite déooocéet comme coupables ; une gjraade partie fui:ent condam,QéQS> entre autres les pLus riclie.s :. leurs yichee^es furent cajch fisquéesau profit du roi.

§ 4. — Parvenu ^ la cour de Madrid, Abravaael y $ut si biep ^ccu.eilli et m^m bono^é de la faveur du rq! et de la reine, q^u'il offrit ses çe^vicea ), Leurs Niaje^tés Caitbo* l\que$.

U est probable q^ue ce m^iHi^ciue les agi^éa plu& par politique que pa^ amitié pour le docteur. l\ ayaât formé déjà le projet d'exterminer les Maures, et il ne se dissimulait p^s que seg reyenu3 suf^^aieçt à pei^ pour soutenir les frais de 1^ guerre qu'il voulait éntrepr.ei^re. li sea.tit qu'un homiue déj^à habitué e.t exercé au maniement des finances, pourrait le servir utilement ^Q^ta. poste qu'il lui confierait. En effet, rim|)ortaoce desem-< ploi^ qu'Abravanei ayavt administrés^ ainsi que sou mérite personnel, lui avaient acqw bea^ucoup d,e couçjijiération et d'autorité par^î ],e& ii^s, i^jf}Oi^i^x(]m espagnol se flattait d'obtenir d'eux, paç rinteiippiédJiBiir.e 4e cet bouuue, les secours pécuniaireç (jlonit il savait besi^in. ft eut donc recouirs ^ ses talents pQi^ rétablir les fîxianc;^^ délabrcjes, le prépp^ à lenr rem^niemeul, et l'éi^eva au rang (jje ministre,, fonction officiejile qu'il iui laissa^ eg;.erc»r d;e 1484 à 1492.

Après ces buil annéea d'exercice, l'bomme d'Éta,t (ut fle nouveau révoqué. L'on toufîbait alor^, eu Espagne, ^ L'époque fatale du ti-iomï>liede ri,nqui5i.ti^n.. l^Ç; fî^nAfemd ayaiO^ prqnoMÇ;é VejxpMl&ipn des Juife^ ui ieriim w.érite, la Iciur^ caipaci^ÉI, Vi\^ se'çyiqeft q^u'ite ^v^euU^^MJte, m

UpSTomE ÔES tSRAÉLÏÎteS *7

tJfùféïit Tes soustraire â là i)rdscli'()llioû générale Ou 80 ïûars 1192.

On s'explique ainsi comment a pu s'accomplir 3ès le 18 août 1487, un acte de cruauté tel que le suivant : Douze Juifs trouvés dans iSlalaga lorsque cette ville fut firise par les Espagnols sur les Maures, furent tués par ordre de Ferdinand avec un raffinement de cruauté. C'est avec des roseaux pointus qu*on les fit pCTir. Ce sùpprîce, qu'on n'appliquait qu'auîc plus grands coupables, consistait à erifdncer des roseaux aiguisés et poiritus danô le corps des condamnés; on é?n roulirpîliait les piqûres en si grand nombre, que le corps défiguré ne présentait plus que Taspect d'un crible, dont le sang coulait de tous côtés jusqu'à l'épuisement complet.

Pendaùt la guerre contre les Arabes ou les Màui^s, les Juifs s'étaient chargés de l'a^provisionùement desatmées •royales, et ils avaient fait régner dans le camp espagnol •rabôndaùce et le bien-être. 'L^s rois catholiques attetidîrent, avec prudence, pour bannir les Juifs, qu'ils eussent cessé d'avoir besoin d'eux. Mais, une 'fois Grenade prise, lout ménagement fut refusé. Il fallait, pour célébrer la victoire qu'on venait de remporter, adresser & l'Étemel, «û Dieu de la clémence, une action de grâce qui corfsisteralt à forcer tous les sujets espagnols d'entrer dans Te giron de l'JÈglise et d'emT3rasser la religion de TÉiat.

A cet effet, toutes les promesses faites s'évanouirent : les rois se crurent désormais dégagés envers les Juifs de toute recolinaissance ; et cela pour une raison bien essentielle à leurs yeux, c'est qu'ils ne se croyaient pas liés envers des hérétiques, et que de tels engagements, efitre •des religieux et des infidèles, ne pouvaient être valables. î>evant la grande pensée d'unité religieuse, tombèrent toutes l(>s volgaUtès coâiâdéra:tioiis de prudence, d'équité,

et méine d'iotérét public. Quatre-vingt-neuf jours étaient à peine écoulés depuis la conquête de Grenade, quand fut promulgué IVdit de bannissement, qui fut d'abord partiel, puis devint général.

Après avoir terminé heureusement la guerre qu'ils avaient faite aux Maures, Ferdinand et Isabelle ne pensèrent plus qu'à ruiner les synagogues et à se défaire des Juifs. Ferdinand le Gatbolique donna d'abord, au mois de mars 1492, un édit par lequel il ordonnait à ce peuple de sortir du royaume d'Espagne dans l'espace de quatre mois, ou d'embrasser le christianisme, et'les Juifs commencèrent par être bannis de toutes les villes de TAndalousie.

Le roi de Portugal, de son côté, voulait ou devait avoir l'apparence^ en raison des relations politiques, de ne pas les tolérer dans ses États. Il leur permit, toutefois, d'émigrer peu à peu du Portugal^ en acceptant la condition de ne pas se rendre en Afrique, mais de se diriger du côté de rOrient; et, dans ce but, il mit des vaisseaux à leur disposition. Il leur imposait cette condition, parce qu'il craignait de les voir aider les Maures à produire un nouveau soulèvement.

L'on vit alors se renouveler ce mot de Tacite au sujet des Juifs ; « Lorsqu'on les forçait à quitter leur pays, la vie les effrayait plus que la mort. » — Ce que l'historien avait dit des habitants de la Palestine était applicable aux exilés de l'Espagne. Ils étaient attachés à ce pays adoptif, au sol qui les avait vus naître, comme autrefois leurs ancêtres au domaine national, à l'héritage paternel. De nos Jours encore, peut se vérifier la preuve de cet attachement, palpable et visible dans les diverses parties du globe terrestre. Partout où les fugitifs parvenaient à s'abriter contre les persécutions, en Europe, en Asie et en

AMque, les colons conservaient le souYenir le plus yivace de la métropole, la langue espagnole^ qu'ils parlaient et écrivaient entre eux ; et, placés, comme ils relaient, soit au milieu des Anglais, soit au milieu des Français, soit enfin au milieu des Turcs, ils maintenaient pour leur u^ge le dialecte du pays natal, comme firent les populations juives de l'est de la France à Tégard de la langue allemande, en souvenir de leur long séjour en Germanie. Encore, en ce moment môme, au fond de la Bulgarie, où les Israélites dominent par leur activité, on enseigne aux. enfants portugais à traduire la Tôra en espagnol.

' Ceux qui avaient le courage de quitter leur patrie adoplive étaient obligés de payer quelques ducats p^r tête au roi pour le passage dans les vaisseaux; ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient sortir faute d'argent, devenaient esclaves, et leurs biens étaient confisqués. Cette dernière clause fut exécutée avec tant de rigueur, que deux vaisseaux qui étaient chargés, n'ayant pu partir dans le terme prescrit, on vendit tous ceux qui s'y étaient embarqués.

Est-il nécessaire de rapporter les traitements horribles que nos coreligionnaires subirent pour le maintien de leur foi? Faut-il redire ces faits que Montaigne, dans ses Essais, cite comme l'exemple des plus cruelles soufl^rances que l'homme soit capable de supporter? — Le fanatisme avait parlé ; il fut seul écouté, et dans son fatal aveuglement, le représentant de la nation, le protecteur de ses sujets, céda aux obsessions dont il fut l'objet.

On brûla sur la place publique de Séville, dès le 6 janvier 1481, six accusés et condamnés pour le crime d'hérésie. Ce n'était que le commencement. Après celte première exécution, le nombre des supplicias alla loujoura

cm croissaiit: le 26 mtnrs, on en condamna âix.-«ept> àa mois -d'avril encore davantage ; le 4 novetabre, denx cent quatre-vingt-dix-huit,' et eoixanle-neuf d*entre ënx Tarent incarcérés. En même temps, dans les environs de cette ville jusqu'à Gadix^ deux mille personnes subirent dans la même année te supplice du feu ; d'antres, parvenues Il s'échapper, furent seulement brûlées en effigie, dix-sept mille furent punies injustement et eurent leu^s bieùs. confisqués.

La rigueur s'étendit, également aveugle et sans raison, sur ceux que l'excès des supplices avait convertis, afin d'écarter du royaume le danger « imminent > de voir les Juifs convertis professer secrètement leurreligion, comme cela arrivait journellement et la transmettre à leurs descendants, malgré tous les efforts de l'inquisition. — A Séville, on éleva pour Tusage des marannos, ou nouveaux chrétiens, un écbafaud en pierre, un quemadero, placé pour brûler les hérétiques, qui fut conservé jusqu'aux temps les plus rapprochés de nous. Même deux évoques, inculpés du crime d'être d'origine juive, y furent brûlés.

Si nous avons eu le courage d'assister à toutes ces cruautés, nous serons frappés d'admiration en examinant la situation respective de nos coreligionnaires, et en voyant les rabbins, à leur tour, animés par la persécution, redoubler de zèle pour exhorter leurs frères àf ersévérer dans leur foi, en dépit des plus dures épreuves. Voici comment s'exprime à cet égard un narrateur impartial de ces faits :

« Disons-le tout lïaut, à l'honneur de ce peuple dont on a tant médit: sur tant de milliers d'bonjmes pressés de choisir entre la pauvreté et l'exil, et nne abjuration qui leur ouvrait le chemin des honneurs, à peine s^n trouva-t-il (tuelques-iois qui hésit^eût. Les transfuges

HIStOlRfi bES ISRAÉLITES îll

àtaîem flèjà t(ti\tié de tmp que Dieu àbandônnàît ; il ii"y restait plus que des champions préparés pour l'épreuve. Ltis pilas Ticheis soutenaient de leuTô dons la foi chancelante de leurs frèreé. 'Oomme un chêne battu de l'orage, Israël, loin de plier, se raffermit fous le vent de la persécution; les dhhétienseùi-môtaes Turent forcés d*adraivet celte héroïque opiniâtreté dont les annales juives ofifrent tant d'exemfples! »

Abravauel môme, malgré ses services directs, ne fut point garanti de tdus ces maux. Il faillut s'embarquer et partir avec les autres. Il dut s'accoutumer aux exils î car, quelque glorieuse qu'ait été sa vie, il fut souvent obligé de fuir. Abravanel se réfugia avec toute sa famille d'abord à Garlhagëne, puis il s'embarqua pour ritâlie et se rendit à Naples. Là, auprès du roi Ferdinand, cet ami des savants, il devait s'attendre à une bonne réception, et effectivement il fut gratitié d'un accueil favorable par ce prince et admis à sa cour.

A la mort de ce dernier, il continua auprès de son successeur légitime, le roi Alphonse 11, des services que celui-ci agréa pendant toute la durée de son règne. Aussi le rabbin donna des preuves de sa reconnaissance pendant les événements qui survinrent.

ChaTles VIII, roi de France, entreprit la coùquéte du royaume de Naples, auquel il prétendait par suite des droits sur ce pays que Charles, comte du Maine, héritier de René d'Anjou, avait légués à Louis XL II y entra à la tôte d'une armée nombreuse et s'empara des principales places sans trouver aucune résistance. Alphonse, consterné de la rapidité des progrès de ses ennemis, et ne se sentant point asscs fort pour s'y opposer, aba:ndonna Naples à la discrétion du vainqueur. Il se vit obligé de fuir à Heftôine ; et Abravanel, en serviteut dévoué et sujet fi-

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dôle^ ne cessa de donaer à son roi fugitif des preuves d'attachement.

Pendant le temps de ce départ, les ennemis vainqueurs pillent la maison du docteur absent et brûlent tout ce qu'ils ne peuvent emporter, tels que les livres, les manuscrits curieux et les documents importants qu'Àbravanel avait amassés de longue date, et que dans sa fuite précipitée il ne put emporter avec lui. Cependant, il ne dut pas profiter de ces sacrifices; car le prince, qu'il avait suivi dans sa retraite, mourut bientôt de chagrin.

Ensuite, on accusait les Juifs d'avoir répandu des maladies contagieuses, contre lesquelles le savant commentateur proteste en démontrant qu'elles n'ont jamais existé parmi ses coreligionnaires.

Après la mort de son prince, arrivée l'an 1493, il partit pour se rendre à Gorfou. C'est à partir de cette époque qu'il s'adonna complètement à ses travaux littéraires. Il commença l'explication de la première partie de la série des prophètes postérieurs, c'est-à-dire du livre d'Isaïe. Bans cette ville, il éprouva une de ces joies que l'homme de lettres, en se reportant à ces temps, pourra comprendre, s'il ne l'a ressentie lui-même. Dans ses nombreuses pérégrinations, et au milieu de la précipitation de ses départs forcés, il oubliait ou perdait des fragments de ses travaux, des œuvres de longue haleine. Il eut le bonheur de retrouver une copie de son premier ouvrage capital, de son commentaire sur le Deutéronome qu'il n'eut plus qu'à revoir et à compléter.

De là, il repassa en Italie l'année suivante, et alla se confiner à Monopolie, ville de la Fouille, pour s'y livrer à de nouveaux travaux. Quelque temps après, il fit ua voyage. Sou fils Juda,quiétaitdéjàun homme très-estinaé et un poëte. italien remarquable, était occupé à Gènes

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comme médecin. Le père se contenta alors d*emmener avec lui son second ûls 'Joseph, en se rendant à Venise. Là, on connaissait son habileté dans les matières politiques ; il fut appelé au conseil et il fut chargé d*une mis^ sion difficile, de conclure et de consolider la paix et les relations commerciales entre cette république et le royaume portugais. Ce fut sa dernière œuvre politique, mais elle fut accomplie en faveur de sa patrie ingrate qui l'avait chassé naguère.

Il mourut dans cette ville en 1509 ou 1506(5268), à l'âge de soixante-onze ans.

Don Isaac eut trois fils. L'ainé, Juda, déjà nommé, se fit connaître par plusieurs poëmes et notamment par son travail philosophique intitulé : Dialoghi d^amore, traduit en français pour la reine Catherine de Médicis. Le second, du nom de Joseph, naquit en 1471 et fut médecin à Venise vers 1494. P4us tard, il se rendit à Ferrare, en 1508, pour y exercer les mêmes fonctions qu'il légua en héritage à son fils Isaac. Ce dernier, suivant la coutume juive, portait le nom glorieux de son grand-père.

Le troisième, appelé Samuel, né en 1473, fut envoyé par son père de Naples à Salonique pour y étudier sous la direction d'un maître célèbre, Jacob Fassi. Il vécut plus tard à Naples au milieu des grands et des nobles, surtout comme ami intime du ministre don Pedro de Tolède ; en même temps, sa femme occupait chez ce ministre les fonctions de directrice des enfants et était chargée d'élever la fille du ministre, qu'elle ne quitta qu'au moment où celle-ci fut fiancée à Gosme de Médicis.

§ 5. — En Navarre, l'inquisition avait éprouvé beaucoup de résistance de la part du gouverneur et du peuple. Lorsque quelques marannos, accusés de complicité pour le meurtre de Tinquisiteur Arbues, s'enfuirent dans ce

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loyaume» et que les juges satiguiDiiires des hérétiques decnandèrent kar extradition/la vMeâe Tudèle déclara <pi^eUe ne souffrirait pas de. violentes attaques contre lies wnooeots placés sous sa protection. Eu vain Ferdinand la menaça de sa disgrâce et de sa colère; les bourgeois 4e Tudéle étirent assez de fermeté pour résister. Toutefois Je prince Jacques de Navarre fut moins heureux en donnant asile à un marrano fuyard. L'inquisition s'en empara subrepticement, Temprisonna et le condamna comine etynemi du Saint-Office à être honteusement exposé dans une église, pour y entendre le résumé de ses griefs.

Des Juifs de Saragosse et d'autres vîlleâ du nord de l'Espagne àvatent demandé à la ville de Tudéle l*antoti- «ation de s'y rendre, et ils comptaient recevoir une réponse favoraHe. Le roi Jdan d'Albert et la reine Catherine étaient bien disposés envers eux. Mais les habitants étaient «mimés à leur égard de sentiments de haine : ils consultèrent ceux de Tofalla, qui leur répondirent négativement. Matgré cette .opposition, un grand nombre de Juifs castillans y pênélrèarent et furent principalement reçus par le prince de Lérin. Mais celte admission ne fut que d6 courte durée; car, sur les remontrances fle ï^rdinand^ ils dtrrent, ttti quitter le pays, ou se lafisser bskptiser.

Les plus heureux furent ceux qni prirent leurs précautions à temps, dt émigrèrent en Italie, en Afrique et «n Turquie. Les Juifs d'Espagne et de Portugal jouissaient d'une telle renommée, et l'exil de 1492 eut un tel retentissement, que toute TÊurope intelligente s'offrit à l'envi pour les tirer d'embarras, et leur fournit, avec des vaisseaux de Gènes et de Venise, tout ce qui leur fallait, a'fin d'agrandir ainsi le commerce dll&portation. Un grand

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DOBObce de Juifs, ceux d'Aragon, de Catalogne et de Valeuce^ avaieBt jeté lesyeux sur Naplesv et ayalent envoyé auprès du roi d'iM^ors, FeirdiuaJidlor, de& députés chargés de solliciter l'autorisation pour le» Juif a de veoir &'y établir. Le roi s'iatéressa viveisb^t au sort de* ces malheureux, accorda Tobjet de leur demande et leur ouvrit ses ports, où il& furent reçus par leurs coreligionnaires italiens, habitants du pays le plus tolérant de cette époque.

Le3 retatiQQ3 commerciales des riches et llorissantes i^épubliques de Venise, de Florence, dePise, etc.^ avaient cootribué i refouler tcnatsemtimeat d'exclusion religieuse et à élargir le prijïcipe de la Uberté de croyance, surtout sur une terre où, voyant de près la conduite des papes et d,!^ clei^gé, le peuple n^e se laissait pas fanatiser par les ecclésiastiques dépourvus de l'influence morale que pro** cure mfi vie austère. C'est ain^ qjae ks intérêts de. VÉgli^ diureot céder le pas aux intérêts financiers de ces; Options comjEDerçantes; celles-ci ne dédaignaient plua ^'avoir des rapports d'aflaires môme avec des non catho^ ]ijk|i^. Aussi, dans toute l'Italie, les Juifs £i^rent*ils favo« rablemeat. reçus en leur qualité de possesseurs de capi^ toix et de conseillers prudents; ai'nsi, par exemple, lors(|ue la ville de Ravenne voulait s'allier à la république de Veôiae, et qu'elle fixa les conditions de l'alliance, ellq éejinanda entre autres que de riches Juifs y fussent en-* voyés poux y ouvrir une banque de prêts» afia de portev remède à la pauvre^ du peuple.

Dans plusieurs vilXes ilaliennes, les eapitaUste^ juifs re» ^ curent des princes oui des gouvernements des privilège^ étendus, pour ouvrir des banques, pi^odttire di^s affaires d'argent et prélever d^s intérêts foit élevés; même Fai^ ehevêque de Maaioue o^clâra en 4476^ au non» du piapOi W!ik étaiit p^mue ftux^Jiii&. de pnMer sur iaiêrél. 1.6» loû

canoniques sur Tusure ne purent résister à Tintérôt général des populations. Ainsi que les souverains, les règlements et statuts des communes protégeaient les Juifs de la concurrence; les rabbins menaçaient de Tanathème ceux qui prêtaient de Targent à intérêt sans autorisation supérieure.

Ce n'est pas sans raison que la plupart des princes européens, et surtout le Parlement de Paris, blâmèrent amèrement la folie de Ferdinand et dlsabelle, d'avoir expulsé de leurs territoires une classe de citoyens aussi utiles. C'est à ce sujet que le sultan Bajazet s'écria : < Vous appelez Fernando un roi sage, lui qui a appauvri son pays et enrichi le nôtre I »

Ils eurent d'autres maux à supporter, comme l'atteste le contemporain Senarega, en abordant le port de Gènes. Selon d'anciennes coutumes de cette viile^ les Juifs ne pouvaient y séjourner plus de trois jours; et, comme les vaisseaux sur lesquels les Juifs devaient être transportés plus loin avaient besoin d'être radoubés, le conseil décida que les Juifs pourraient rester, non dans la ville même, mais sur le rivage près du mole, autant de temps qu'il faudrait pour reappareiller les vaisseaux. Ils sortirent alors des vaisseaux, semblables à des fantômes, amaigris, pâles, sans le soufQe, l'œil éteint-, si on ne les avait vus quitter le navire, on les eût pris pour des cadavres. Les enfants, mourant de faim, se laissaient entraîner à Téglise pour un morceau de pain et baptiser par des chrétiens, non contents d'accepter de telles victimes, mais se plaisant encore à les envoyer au milieu de leurs frères avec du pain dans une main et la croix dans l'autre. Quoiqu'on ne letir eût accordé qu'un court espace de temps pour s'arrêter sur ce rivage, une partie de l'hiver se passa avant l'achèvement des travaux de réparation ;

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ainsi le nombre de ces malheureux*diminua sensiblement, décimés par des plaies de toute espèce et par les conversions des enfants.

Un grand nombre des exilés se rendirent dans les ports les plus rapprochés des côtes dé l'Afrique, à Oran, à Alger et à Bougie. Les habitants berbers, qui en présence de cette immigration en masse craignaient des encombrements dans leurs villes, tirèrent sur les malheureux au moment de leur débarquement et en tuèrent beaucoup ; cependant un Juif, bien reçu à la cour des Berbers, s'adressa au sultan en faveur de ses coreligionnaires et obtint pour eux un accès dans le pays. Ils ne furent toutefois pas admis au sein des villes, probablement à cause ' de la peur qu'inspirait la peste produite parcelle agglomération d'hompies dénudés et dépourvus de tout; Us purent seulement, au-devant des murailles de la ville, se construire des huttes de bois, pour lesquelles les enfants ramassaient du bois, et les parents en formaient des planches pour ces constructions provisoires. Jusque dans cet asile, le malheur les atteignit : un incendie ayant éclaté dans Tune de ces baraques, le feu les dévora presque toutes.

Ceux qui débarquèrent à Fez eurent un sort encore plus rigoureux. Repoussés par les habitants qui craignaient un renchérissement des vivres, ils vécurent, dans les champs, de la verdure et exposés à tous les maux. Des pères désespérés vendirent leurs enfants comme esclaves pour leur procurer du pain, et des mères les tuèrent pour les arracher à l'agonie de la famine. Des marins exploitèrent cette situation pour attirer à leur bord, par la vue du pain, des enfants affamés qu'ils enlevèrent malgré les cris de leurs parents et les vendirent dans des terres lointaines à prix d'or. Plus tard', ce-

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pendant, sur la sotlicitation des habitants juifs, le gouverneur de Fez fit prodamer que tous les esclaves acquis par la faim devaient être remis eu liberté.

Les communautés de la Barbarie grandirent par Tarrivée de ces Espagnols, au point que la langue castillane^ quoique corrompue^ exclut presque entièrement Tarabe chez les Juifs. Ceux de Fez furent souvent maltraités par le peuple. Le roi ÂbousaYd leur accorda, dans la ville neuve, un quartier particulier, fort grand (4509). Oran tomba alors au pouvoir des Espagnols, avec Taide, diton, des Juifs de cette localité, qui pour cela reçurent la permission d'y demeurer. Une certaine famille Causino s'y était distinguée. Les hommes savants d'entre elle furent nommés, par le roi Charles I*', interprètes et chargés d'ambassade près la cour de Maroc, dignité qui se maintint dans cette famille jusqu'à l'expulsion des Juifs d'Oran. Plusieurs d'entre eux se sont aussi acquis un nom comme écrivains. Mais à la conquête de Tripoli, tous furent chassés de cette ville> et ils ne furent admis que bien plus tard (1535).

Quatre-vingts ans après l'expulsion, l'ambitieux roi don Sébastien poussa la noblesse portugaise à la guerre et rentraiua à la ruine dans les sables de l'Afrique. Dans une seule bataille, la fleur des guerriers tomba et fut faite prisonnière. Les captifs furent transportés à Fez et offerts, sur le marché d'esclaves, aux petits-fils des malheureux Juifs portugais. Les chevaliers et guerriers enchaînés se trouvèrent bien heureux d'avoir été achetés par ces Juifs, parce qu'ils connaissaient leurs sentiments humains; ils furent effectivement traités par ces desceadants des exilés avec beaucoup d'aménité et de douceur, et ne furent l'objet d'aucun ressentiment.

toilà comment Israël se vengeai

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