‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos jours (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · CHAPITRE II (De Fan 70 à · texte numérisé non relu

CHAPITRE II (De Fan 70 à

§ 4 . — Malgré la prise et la ruine de la ville de Jérusalem, les études religieuses auxquelles s'étaient consacrés un grand nombre de docteurs, furent à peine interrompues; elles commencèrent à refleurir dans toute leur vigueur, peu de temps après la destruction de la i^ationalité juive *.

Pendant le siège de la capitale, et prévoyant l'issue de la lutte, un des plus célèbres docteurs R. Yochanan-ben- Zaccaï, conçut le projet de sauver la tradition juive, après la ruine de la nationalité. Son neveu, IHin des chefs des zélateurs, l'assista daas Texécution de ce plan. Ayant fait répandre le bruit que son oncle était mort, il se présenta avec le corps à la porte de la ville, invoqua le respect dû à la «dépouille mortelle du savant auquel il rendait les devoirs suprêmes, et il parvint ainsi à tromper la défiance des gardiens.

Une fois sorti de la ville, R. Yochanan alla trouver le général romain, déploya à ses yeux un profond savoir et conquit les bonnes, grâces deTitus, qui lui permit de transporter à Yabné leftynhédriani, qu'il présida quelque temps. Cette académie, qui, selon la tradition, était depuis longtemps dans cette ville, devint bienlôt, sous la direction du patriarche, le siège d'uno des plus illustres et des plus nombreuses #icoles rabbiniq ues.

A la mort du fondateur de cette institution, ^",J®^* '^^ yeux Bur Gamaliel, de Yaphné ou de Dibanah, l un arrière petits-fils de Hillel, et on le plaça à la lôte de^^ communauté, sons le titre de nassi (prince), et che l'académie, l'an 5 après la destruction du Temple, ou v^ de l'ère vulgaire. Deux fois sa vie avait été en danger. ^ chaque fois il avait échappé au péril imminent. Les Koraains avaient eu le dessein de le faire périr en m^"^ temps que son père, Simon-ben-Gamàliel, qui, à la P^^® de la capitale de la Judée, fit partie des dix martyrs suppliciés par les Romains (mqSQ UTîn*^) ; mais, gr^^'^ *".^ instances de Yoctianan-ben-Zaccuï. Titus se laissa fi^cwr et lui accorda la vie. 11 courut un danger semblable» lorsque Turnus Rufiis, pendant ses massacres, le chercha pour le tuer; un officier, clit-pn^ ^'olTrit h sa pince, et se dévoua dans l'intérêt de la religion et de son rop'^*^*'^'' tant. Gamaliel justifia aussi son élection par ses. capacité» et ses qualités privées. Quoique jeune encore, il possédait des connaissances assez variées; il a, sans douie, fait des éludes dans les sciences exactes, dans la géométrie et l'astronomie, comme le démontrent ses tables lunaires, TO^nr tionnées dans le Talmud; à leur aide, il interrogeait l^s témoins sur les nouvelles phases de la lune pour la fixation des néoniénies. Enfin, par sa, moralité, sa conduite religieuse, sa tolérance envers les élrungei3, il. conqnit re?tirae et la considération de ses contemporains.

Malgré ces qualités, il ne trouva pas auprès de ses anciens condisciples toute la différence ^ laquelle il eût p" 8'attendre, et son autorité doctrinale s'en ressentit. Son beau-frère Éiiézer, fils de Horkenos, disciple de l'école de Schamaï, fut le premier à lui susciter des obstacles, parce qu'il n'admettait que les !oi écrites du Pentateuque, ou celles qui en ressorîaicnt d'une manière clairo et évidente.

D*autres circonstances imprévues, qui, peu importantes d'abord, finirent par s'aggraver, le génèrent dans Texercice de ses fonctions. Il commença par une mesure de rigueur, Tinterdiction de l'entrée des cours faite aux jeunes gens, sur lesquels il n'était pas suffisamment renseigné; il augmenta ainsi le nombre de ses adversaires. Puis des questions générales alimentèrent le mécontentement. Après un différend au sujet de la fixation du calendrier, dans lequel Josua céda, selon le conseil du vieux Dosa, une question fut proposée par ce rabbin, à l'instigation d'un adversaire de Técole de Gamaliel. Celuici fui retira la parole, l'accusa de vouloir troubler le cours des études, mécontenta ainsi une seconde fois le Synhédrin et finit par être déposé. Il fut remplacé par R. Kliézer-ben-Azaria, puis réinstallé dans ses fonctions. Désormais les événements politiques restent au second plan, et la littérature domine tout; il n'y a guère àsigna- 1er que la révolte qui éclate à Cyrène (115) de là s'étend enÉgypte,où les Juifs battent, dit-on, plus de20 OOOGrecs. Mais, bientôt vaincus, et ils se consolent par l'élude, sous la direction des disciples de Yochanau-ben-Zaccaï. Parmi eux on remarque le rabbin précité, Eliézer, fils d'Horkenos, surnommé le grand, et devenu célèbre par un recueil d'aphorismes connu sous le nom de Pirké R, Eliézer. Fils d'un riche cultivateur, il quitta la charrue à l'âge de vingt-deux ans et se rendit à Jérusalem pour profiter des leçons de Ben-Zaccaï. Pour obéir à sa vocation, il eut à vaincre l'opposition de son père et à supporter les plus dures privations. Un jour son père se rendit à Jérusalem dans l'intention de le déshériter; mais, témoin de la gloire du jeune docteur, et émii du succès que celui-ci venait d'obtenir, en parlant flans une assemblée à laquelle assistaient les plus hauts personnages de Jéruea*

lem, le vieux Hyrcan, au lieu de déshériter son fils, lui fit donation de tous ses biens^à Texclusion de ses autres enfants. Désintéressé autant qu'instruit, Eliézer refusa cette otTre et n*accepta dans Topulente succession de son père qu'une part égale à celle qui revenait à chacun de ses frères 2.

Ce docteur ne voulait pas reconnaître à la majorité un pouvoir trop absolu. Une grave question de doctrine s'était soulevée enlreluiet ses collègues, concernantrapplicatioa de la loi à des cas d'impureté légale. Tous les arguments présentés à l'appui de son opinion avaient été combattus et repoussés; ilcontesta à l'assemblée le droit de renverser ainsi des assertions qu'il croyait fondées, déclarant qu'il soutiendrait au besoin ses paroles par des miracles; mais il fut frappé d'analhème. Lorsque cette décision fut prise, Eliézer s'était déjà retiré de l'assemblée des docteurs pour n'y plus jamais rentrer. Akiba se chargea de lui apporter la trîsle nouvelle de sa condamnation. Cette destitution, toutefois, ne diminua en rien l'autorité du docteur. En l'assistant dans ses dernier^ moments, trois de ses anciens disciples manifestèrent hautement, par leur présence, que l'anathème avait été suspendu. Sa mort fut vivement regrettée de tous ses collègues, et sur sa tombe on entendit une toucliante oraison funèbre, prononcée par son ami et successeur Akiba, fils de Josepii.

D'après la méthode de son maître, Akiba adopta un plan pour ses cours publics, dans lesquels il commença à interpréter et à commenter le texte biblique, à l'appliquer aux circonstances de la vie, et prépara ainsi le travail deux fois séculaire que R. Juda le Suint résumera plus tard sous le nom de Mischjiû.

Mais Akiba n'est pas seulement célèbre comme docteur et comme chef d'école; il joua un rôle important dans

l'histoire de la nationalité juive. «Adrien, à ce qu'il paraît 3, ne se montrait pas d'abord hostie aux Juifs. Selon la tradition rabbinique, il aurait même donné la permission de rebâtir le temple de Jérusalem; mais les représentations des ennemis des Juifs lui ayant fait changer d'avis, et ne voulant pas néanmoins retirer sa parole, il indiqua pour le Temple des dimensions que les Juifs ne pouvaient adopter. Bientôt l'esprit de sédition qui se lit remarquer parmi les Juifs , changea les dispositions de l'empereur. 11 renouvela un décret de Trajan qui défendait aux Juifs de pratiquer la circoncision, d'observer le sabbat, ou môme de lire les lois mosaïques, et, pour leur ôter tout espoir d'une restauration politique, il résolut de rebâtir Jérusalem et d'en faire une ville païenne peuplée de Grecs et de Romains. Les malheureux Juifs tirent alors un dernier effort pour reconquérir leur indépendance. Un homme hardi et entreprenant, nommé Bar- Cozibâ, qui se disait le Messie, et qui prenait le nom de Bar-Cokhebâ (tils de Tétoile), profila de Tabsence des légions romaines pour rassembler des troupes nombreuses et s'empara de Jérusalem, de cinquante places fortes et d'un grand nombre de villes ouvertes et de villages. Il se conduisit bientôt en roi et fit battre monnaie. Akiba reconnut publiquement dans Bar-Cokhebâ le Messie annoncé par les prophètes et déclara que c'était là rétoile de Jacob, sous laquelle Biléam avait désigné le futur rédempteur d'Israël , ce qui contribua beaucoup à augmenter les forces de Bar-Cokhebâ et le courage de ses partisans. »

Akiba prit d'ailleurs une paît active aux événements. C'est ainsi que pendant les diverses phases de cette lutte, jusqu'à la destruction complète de la forteresse de Bethar» Akiba se trouva dans les contrées au milieu desquelles

éclata le mouTement. Il passa successivemeat par les villes de Nehardea et de Gamzou, puis il traversa les provinces de Gilicie, de Gappadocie et de Galatie. Ges divers voyages avaient pour but de préparer les esprits et de leur inspirer la conviction qu*il fallait secouer le joug tyrannique de l'empereur Trajan, afin que Jérusalem et son Temple pussent être réédifiés dans un avenir prochain. Il arriva à Rome, selon le rapport des chroniques, avec trois de ses condisciples. Ceux-ci ne pouvaient voir, sans une émotion douloureuse, les magnificences sans nombre de la ville et du Gapitole. Akiba^ au contraire, resta calme et le sourire sur les lèvres. Ses collègues étonnés lui demandèrent le motif de cette froideur. « Comment, disaient-ils, peut-on n'éprouver aucune douleur en présence des magnificences qui entourent l'idolâtrie, tandis que le temple du Dieu unique est devenu la proie des flammes et le repaire des bêtes féroces?— C'est précisément, répondit Akiba, de quoi je me réjouis ; si les ennemis de l'éternel sont si heureux, quel bonheur doitil réserver à ceux de ses fils q»ii lui obéissent ! » Cependant le calme d'Akiba n'était pas de l'indifférence, mais le fruit d'une confiance absolue dans le succès de cette lutte, confiance que les événements ne justifièrent pas.

c Adrien, qui avait commencé par inspirer cette insurrection, dut bientôt en connaître toute la gravité. TurniusRufus, qui commandait alors en Judée, fut battu dans plusieurs rencontres. Pour dompter cette redoutable révolte, qui mettait en émoi tout l'empire romair>, Adrien envoya en Palestine Jules Sévère, dont la bravoure et le talent guerrier venaient d'être éprouvés dans la Grande- Bretagne. Sévère se borna à harceler les révoltés, à leur couper les vivres et à leur prendre, une à une, toutes les places dans lesquelles ils s'étaient fortifiés, mais il n'osa

leur livrer bataille. Encore une fois, Jérusalem fut prise et rasée.

Bar-Gokhebà s'étant enfermé dans Béthar^ les Romains Ty assiégèrent; ce siège, selon les rabbins, dura trois ans et demi. Bar-Gokhebà lit mourir le pieux R. Eliézer de Modein, qui ne cessait de prier pour lui, mais qu'on avait faussement accusé de trahison. La ville fut prise d'assaut par les Romains, après des etîorts incroyables, l'an 136 de Tère vulgaire, et Ton y vit se renouveler les scènes de ramage qni avaient eu lieu à la prise de Jérusalem par Titus. Selon les traditions juives, ce fut au jour anniversaire de la destruction du temple que les Romains entrèrent dans Béihar. Dans celle guerre, les Romains comme les Juifs combattirent avec un acharnement extrême; selon Dion Cassius, cinq cent quatre-vingt raille Juifs furent massacrés par les Romains, qui, de leur côté, essuyèrent des pertes immenses. Les rabbins exagèrent encore bien davantage le nombre des victimes, mais personne n'était en mesure d'en conslaler le chitYre exact.

Bar-Cokbebà ayant péri dans la mêlée, lors de la prise de Bélhar, la conquête de cette ville termina la guerre. La Judée fut changée en un désert; ceux des rebelles qui survécurent, furent vendus pubiiquem(»nt sur les marchés, au môme prix que les chevaux. L'illustre Akiba, qui avait été emprisonné depuis le commencement de la guerre, fiit écorché vif. Les plus atroces douleurs ne purent lui arracher aucune plainte, et il expira en s'écriant : f Écoute, Israël, l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est un. »

Cependant Akiba ne fut pas le seul docteur qui devait mourir pour sa foi. D'autres rabbins qui s'étaient rendus célèbres par leur savoir et qui, la plupart, étaient des compagnons d'études de l'illustre docteur, périrent en

même temps que lui, victimes de leur dévouement à la religion. Au premier rang, il faut citer R. Tarphon, l'un de ses condisciples et de ses amis, que par affectueuse estime Akiba lui-mônae appelait son maître *. En général, Akiba avait pour préoccupation essentielle d*éclairer les esprits, et il eût tout subordonné à ce but, bien qu'il fût très-rigoureux dans l'accom plissement des moindres prescriptions religieuses. Mais ayant perdu toute illusion sur le'sort de son peuple, il savait que rien ne pouvait exterminer les doctrines spiritnalistes des Juifs, ni anéantir la morale élevée de leur religion, et c'est là ce qui lui importait comme à ses successeurs.

Les derniers etïorts des Juifs, en faveur de leur indépendance, ne firent qu'achever leur dispersion. Une fois vaincus par Tempereur romain, les révoltés furent vendus partout comme esclaves. Selon Emmanuel Aboab ^^ « Adrien et ses successeurs exilèrent les gens les plus vaillants aux derniers confins de l'empire romain. Ainsi, tout ce que la nation juive avait de meilleur et de plus noble, alla habiter les provinces de l'Espagne et de la France. »

§ 2. — Le jour même où l'empereur Adrien ordonna le supplice de R. Akiba et la destruction de la ville de Bethaj*, Juda, surnommé plus tard le Saint, venait au monde à Tibériade, ville située près du lac deKinereth (ou Genezarelh). Gest sous de tels auspices, dit la tradition, qu'un soleil de la nation et de la loi se leva, au moment où un autre soleil venait de disparaître. Son père était le patriarche Siméon III , tiîs de Gamaliel , descendant de Hillel, qui comptait parmi ses ancêtres plusieurs présidents du Synhédrin®.

Dès le moment de sa naissance, Juda se trouva dans un grand danger, suivant les légendes du temps. C'était pen-

dant les tristes années qui virent le dernier soulèvement des Juifs contre la domination des Romains. Ces derniers, pour punir les rebelles, ne s'étaient pas contentés de les frapper, eux et leurs chefs, dans leurs plus chères affections ; à ces cruels châtiments, ils avaient joint la défense de pratiquer les cérémonies essentielles de la foi juive, entre autres cellede la circoncision. Mais, pour R. Siméon, le commandement divin parlait plus haut que le décret de l'empereur; et il accomplit sur son fils Tacte religieux, à l'époque prescrite. Lorsque le proconsul romain» chargé de veiller à l'exécution des lois, apprit l'événement, il fit venir auprès de lui R. Siméon, et lui demanda pourquoi il avait désobéi à l'ordonnance impériale, c Dieu me l'a ainsi ordonné, » répondit courageusement le pieux docteur. — Ta désobéissance, répondit l'ethnarque romain, mérite une punition exemplaire. Cependant, en raison de la position élevée que tu occupes parmi tes coreligionnaires, je ne veux pas te punir moi-môme, mais soumettre ta conduite à Tempereur, pour qu'il se prononce à ton égard. »

A cet effet, le nouveau -né, ainsi que sa mère, furent envoyés à Rome. La mère se mit en route, partagée entre la crainte et l'espoir; mais, tout à coup, un éclair lumineux traverse son esprit, et son coeur de mère eut comme une révélation divine qui l'aida à sortir de cette situation critique. Avant de se présenter au tribunal suprême de Rome, elle se fit introduire auprès de l'impératrice, qui, peu de temps auparavant, venait également d^avoir un fils. Elle lui exposa le sujet de ses angoisses avec toute l'éloquence d'une mère désespérée. L'impératrice ne cacha pas son émotion en l'écoutant; elle avait compris la. gravité de cette douleur. Elle voulut bien intervenir ellemême dans cette circonstance; elle promit le ealal de

renfaat et le garda auprès d'elle. La mère joyeuse le lui confia et prit en échange le fils de l'impératrice. Cette substitution trompa les juges et elle fut absoute.

En sortant du tribunal, elle se rendit auprès deTimpératrice pour lui exprimer sa reconnaissance et reprendre son enfant. Celle-ci lui dit : c Je suis heureuse d'avoir pu tous sauver à l'aide de mou fils. Je souhaite que ces deux enfants, réunis maintenant par un enchaînement bizarre de circonstances, quoique étrangers Tun à Tautre, se soutiennent mutuellement lorsqu'ils auront atteint Tâge de la raison. » Le vœu de la généreuse souveraine se réalisa plus tard : les deux garçons grandirent, le fiîs de rimpéralrice monta sur le trône des Antonins, et Juda succéda à son père dans la dignité de prince de la nation (nassi). Malgré la différence des positions, les rapports les plus bienveillants les unirent l'un à l'autre.

Juda avait montré de bonne heure des dispositions sérieuses pour les éludes rabbiniques. Son père l'encouragea dans cetle voie; il le fit instruire dans les diverses branches des connaissances humaines , lui donna des maîtres distingués, dont les principaux furent : R. Éléazarben-Schamoua, R. Juda-ben-ElaïelR. Simon-ben-Yochai- Ce dernier ne se contentait pas de lui enseigner les actes extérieurs de la religion, il l'instruisait surtout dans la morale religieuse, lui inculquait les meilleures règles de conduite, et dès ce moment il lui inspira des sentiments de charité qui distinguèrent Rabbi pendant toute sa vie. Cette morale, il la propageait aussi parmi ses descendants. Nous la voyons reproduite, avec plus d'élévation encore, par son fils Gamaliel, dont nous trouvons les sentences morales à la suite de celles de son illustre maître, dans le traité des Maximes des j)ère« (n*iaN W)5).

Rabbi eut encore pour précepteur R. Meir, un homme

hostile à son père» qui avait fait de viuleuls eiloils pour le priver des fonctions dont il était chargé; mais ce maître était si savant et si estimé que Siméon sacrifia ses ressentiments à l'éducation de son fils. C'est ce R. Meir, aussi humble que sage, qui, par ses etTorts, empêcha un jour la division d'éclater au sein d'une famille nombreuse, et il donna des preuves de sa tolérance en matière de casuistique.

D'ailleurs, môme après la défaite de Bar-Cokhtbà, la Palestine était restée le 'siège principal des études religieuses; et on établit des écoles dans plusieurs villes de la Galilée, notamment à Séphoris et à Tibériade.

Le résultat de ces études fut brillant et donna au nom de R. Juda une grande célébrité. A la mort de son père, il avait été élu nassi^ prince ou chef de la nation, et il jouit d'une grande autorité parmi ses coreligionnaires. Il avait usé de son pouvoir pour introduire des mesures devenues nécessaires. Par exemple, il fit interdire l'enseignement sur les places publiques, comme un mode d'instruction peu digne.

Par une autre ordonnance, il rétablit la promotion dite Semikhâ, régie d'après laciuelle il était défendu de rendre des décisions doctrinales et de prononcer des jugements, à quiconque ne tenait pas ce droit du président du Synhédrin ou de l'autorité religieuse reconnue. Cette défense avait déjà existé auparavant , et c'était le président qui^ avec le concours de rassemblée, conférait ces sortes de grades. Mais Rabbi fut le premier qui put, grâce à sa haute autorité, accorder ces distinctions de son propre chef. Il profila des avantages de sa naissance et du sa haute position pour encourager Tétude de la loi. Dans co but, il réunit auprès de lui un grand nombre de condisciples à l'entretien desquels il pourvut pur ses propres

ressources, et rédigea ou compila, de concert avec les sages de l'époque, un recueil intitulé Répétition de la toi» ou Mischnâ,

Outre la loi écrite, renfermée dans le^ cinq livres de Moïse, il y avait des commentaires sur cette loi, des interprétations orales, transmises de génération en génération. Pendant fort longtemps il avait été interdit de rédiger ces commentaires; c'est à peine si quelques tandim, ou auteurs et collaborateurs du grand ouvrage de la Mischnâ, avaient osé prendre note, par écrit, des sentences de quelques anciens docteurs, pour les citer dans leurs cours et les rappeler à la mémoire des disciples.

R. Juda fit mieux ; il fixa la tradition, persuadé que c'était le seul moyen de la sauver. L'usage et la connaissance de la langue hébraïque se perdaient de jour enjour; les Juifs dispersés par toute la terre et disséminés dans toutes les contrées où les persécuteurs les avaient relégués, avaient oublié, sinon les dogmes de la foi juive, du moins quelques-uns de ses préceptes. Ils se seraient insensiblement éloignés, et peut-être écartés de la jurisprudence de leurs ancêtres, si on eût continué à s'en rapporter uniquement à la mémoire. Tels étaient les dangers qu'il y avait à craindre et qu'il fallait prévenir.

Avant Rabbi, les docteurs interprétaient la tradition à leur gré ou plutôt sans règles fixes et acceptées par tous*

Le premier, R. Juda composa un livre méthodique, qu'on suivit depuis exactement dans les écoles et les académies ou réunions de docteurs. Il rassembla tous les décrets, statuts^ sentences prononcées par les sages, diverses maximes morales et religieuses, toutes les ordonnances duSyiiliédrin, tout ce qui avait été adopté pendant l'époque des prophètes, par les membres de la grande synagogue, par les tam'im, c'e^t-à-dire les docteurs les plus

célèbres qui vécurent pendant les deux siècles antérieurs; il en fît un livre divisé en six parties principales.

La première, intitulée : des Semences, traite des lois de l'agriculture et des formules de bénédictions; la deuxième : des Fêtes ou des cérémonies à accomplir en ces jours; la troisième : des Femmes ou du mariage et des devoirs de la famille; la quatrième : des Dommages ou du droit canonique, civil et pénal; la cinquième : des Saintetés ou des sacrifices qu'on offrait au Temple; la sixième : des Purifications , ou de la pureté et de Timpureté légales.

Rabbi inséra dans cet ouvrage les règles connues sous le nom d'ordonnances reçues par Moïse sur le mont Sinaï, respectées autant que la loi écrite elle-même, quoiqu'elles fussent restées jusqu'à cette époque à l'état de tradition orale. Puis il consigne les opinions les plus divergentes sur le sens des lois mosaïques ; il mentionne par exemple, avec beaucoup d'impartialité, les décisions deHillel, l'un de ses ancêtres , après celles, plus sévères, de son rival Schammaï. EnOn il rapporte les u?ages et les anciennes coutumes, celles qui n'étaient plus pratiquées de son temps, comme celles qui Tétaient encore. C'est grâce à la Mischnâ, ce code de droit civil et canonique, que la législation mosaïque continua à servir de loi à la nation juive, qui, au milieu des peuples étrangers, avait conservé le droit de se régir elle-même.

Il est difficile de déterminer le temps auquel Juda commença et termina cet ouvrage qui a perpétué son nom. il est certain qu'il réunit, pendant un long espace de temps, les documents qui devaient lui servir. Il a dû travailler à ce recueil depuis l'époque où il fut nommé prince de la nation. Comme tel il avait souvent l'occasion de remarquer les différends qui s'élevaient au sein de son peu-

Le sévère Johanan fut mokis scrupuleux lorsqu'il prédit à Emi, autre captif, sa perte imminenle et prochaine. Mais un de ses amis, Simon, accompagné d'un petit nombre de jeunes gens courageux, suivit la troupe qui emmenait le captif Emi et enleva aux soldats leur proie- Zénobie, reine de Palmyre, avait aussi fait mettre en prison un . rabbin nommé Seer-ben-Hinna et repoussa toute médiation en sa faveur. Mais il s*échappa. C'est alors que florissait l'école d'Abahou, homme instruit et bien considéré du procurateur romain à Césarée; et, pendant qu'on poursuivait les chrétiens, les Juifs, grâce à son intervention, jouirent du calme. Il se plaignit des progrès de TÉglise, surtout en voyant le gran<l nombre de prosélytes qu'elle accaparait parmi les Juifs.

Môme Dioclétien, dont quelques Juifs avaient ^iarlé avec mépris parce qu'il était d'une basse extraction, accepta à son arrivée en Orient les excuses de ceux qui lui offraient leurs hommages et oublia l'offense qui avait été faite à son nom. Mais il est naturel que les Juifs aient eu à souffrir des calamités d'une guerre constante. Dans leur retraite^ ils furent atteints de tous les malheurs de la guerre^ sans bénéficier d'aucune compensation. Or, les émigrations des peuples, l'échange et le mélange des opinions, la lutte des idées, tout cela passait devant eux inaperçu. Par cette indifférence pour l'activité sociale, le goût pour les œuvres d'imagination, telles que la poésie, s'affaiblit; les quelques vers qui nous sont parvenus de cette époque, et qui se complaisent aux jeux de mots, marquent une décadence notable de l'esprit littéraire.

La prédominance de Tibériade se maintint encore près d'un demi-siècle, sans cesse cliancelante, quoique le patriarcat à son déclin eût encore trois représentants, savoir Hillel le jeune, Juda III et Gamaliel. Les guerres.

surtout celles dq la Perse, séparèrent violemment les communautés juives. La jeunesse ne se rendait plus aussi souvent aux écoles éloignées, et la plupart des grandes communautés en établirent chez elles. Araa et Aschésont les derniers hommes considérables de TAsie Mineure et paraissent avoir exercé leur activité jusqu'au iv* siècle. ils nommèrent encore aux fonctions de juge le Babylonien Zeira, par la semîkha ou imposition solennelle des mains. C'était peut-être là la- dernière fois qu'eut lieu cette cérémonie, qui se perdit ; on ne la jugea plus indispensable pour occuper les plus hautes fonctions dans l'instruction ou la magistrature.

D'autres causes encore servirent à afifaiblir les écoles pale§liniennes. D'abord on fixa pour toujours le calendrier juif sous Hillel (358), et ainsi cessa toute influence pratique au sujet des jours de fête. Sans examiner en détail les circonstances par lesquelles ce fait s'est accompli, il est à présumer que la lutte des chrétiens pour fixer leur Pâque ne resta pas indifférente aux Juifs. L'astronome qui régla le calendrier est nommé Adda ®.

Le second fait remarquable d'alors, c'est la mise par écrit de tout ce qui avait été enseigné et discuté depuis l'achèvement de Ja Mischna, pour lui servir de commentaire. Cette vaste réunion de notes a formé le grand ouvrage nommé Talmud. Il contient des explications, des débats, même des récits historiques et des légendes, mais tout cela mêlé et réuni sans méthode. Il reçut plus tard le nom de lerouschalmif par opposition au Talmud Bahli, rédigé à Babylone. Us sont écrits tous deux en^un chaldéen corrompu. Ce livre, que nous ne possédons plus au complet, se propagea rapidement et servit bientôt de programme à toutes les écoles.

En somme, les txaits caractéristiques qui se rencon-

sensions qui s'accrurent toujours davantage, f^ . jg d'Elvire, en Espagne (305), on défendit aux ^"^rl^^^^icfaire bénir les fruits par des Juifs, « parce que la ^^^^ ^^ tion juive pouvait nuire aux prières chrétiennes. » ^^

montre la paix qui régnait entre les propriétaires J les chrétiens; les uns goûtaient avec les autres ^^^^ miers fruits de la terre, et ne négligeaient P^^ ^'"^^j-ctiou ditionnel de réciter, avant de manger, une héné i ^^ solennelle. Le clergé en fut choqué, et il .^^^^°. «yssi môme temps toute collation avec les Juifs, craignant de voir les chrétiens se convertir au judaïsme. ^

Dix ans plus lard à Laodicée, et un siècle apte ^^ Carthage, les conciles s'en préoccupèrent sérieuseme • L'Église chercha à effacer autant que possible son gine juive, car elle ne pouvait plus espérer d'ature elle le judaïsme entier 8. ,

Il ne se trouve qu'un exemple de la conversion toute une communauté à l'Église; elle eut lieu à Minor* que, grâce à l'évêque Sévère, qui nous raconte lui-DQ^^.^ ce fait. La communauté juive qui habitait Mahon ayai pour chef Théodore, riche propriétaire, qui avait mêJ»^ des biens à Majorque et portait aussi le titre de défenseur - Sévère avait fait venir de Janimoua un nombre considé' rable de chrétiens qui devaient assurer la conversion des Juifs. Ceux-ci en furent informés et réunirent des armes dans la synagogue. Sévère les invita à se présenter à Téglise le samedi durant l'homélie; et, comme ils s'y refusèrent, il leur lit la proposition de s'eutretenir avec eux dans la synagogue : il reçut un nouveau refus- Aussitôt les chrétiens en masse se rendirent précipitamment à la synagogue, en chaotant des hymnes ecclésiastiques. Une grôle de pierres les salua à deux reprises. Les chrétiens prirent la synagogue d'assaut, laminèrent,

rendirent aux Juifs les vases d'argent, mais conservèrent les livres sacrés. La terreur engagea un Juif à se faire recevoir dans l'Église; les autres restèrent fermes jusqu'à ce qu'ils vissent chanceler leur chef Théodore, effrayé par les cris des chrétiens. Dans la crainte de perdre ses richesses, il se convertit au christianisme, et soh exemple eut beaucoup d'imitateurs. Les Juifs, et parmi eux Melelius, frère de Théodore, et le savant Innocent, abandonnèrent la ville et s'enfuirent dans les bois. Mais la faim les fit bientôt fevenir, et Théodore engagea alors le reste~ de ses coreligionnaires à se convertir. Comme cette circonstance mettait un terme aux violences, l'empereur ne s'en inquiéta plus; toutefois, cet exemple eut pour conséquence funeste que d'autrea évoques commencèrent dans un même but à ruiner les synagogues. C'est ainsi que s'expliquent les décrets d'Honorius qui, dans une année, promulgua trois fois desjois défendant la destruction des temples. On raconte aussi la conversion de quelques Juifs à Candie, où un nouveau Moïse voulait les faire passer à travers la mer. Maintes gens ajoutèrent foi à cet aventurier et sautèrent dans l'eau; mais ils furent sauvés par quelques pêcjieurs chrétiens, pendant que l'imposteur disparut. Les Juifs se convertirent, et ils restèrent dans cette situation précaire jusqu'à l'établissement délinilif du christianisme en Europe.

Cependant le mouvement religieux et littéraire pe continuait en Palestine. Le R. Schabour ou Yarchiïia jouissait d'une haute considération, lorsque Abba, repoussé de Tibériade ou de Séphoris par suite d'une querelle, atteignit Nehardea. Même l'accueil hospitalier vi l'aménité de Samuel ne gagnèrent pas sa sympathie, et il s'éloigna de lui pour ouvrir une école à Sora, nomméo

aussi Mata-Mehasia. Il eut le bonheur de recevoir par tetstameut, pour son établissement, la grande babitation et le jardin d*un prosétytie mort sans héritiers; celte institution surpassa bientôt toutes les autres par te nombre de ses élèves. La renommée lui donna le titre de Rab par excellence, ce qui à Babylone correspondait au terme de Rabbi en Palestine; il conserva des relations continuelles avec Tibériade, et il y fut très-estimé par lochanan. Le Resch-Gloutha^ o\i chef de la captivité^ paraissait aussi lui être acquis, puisqu'il lui donna le titre de Resch-Sidra, chef de l'instruction. Il possédait beaucoup de livres, quoique dans son école Ton enseignât verbalement. La jurisprudence était le seul sujet qui pût intéresser tout le monde, et la nouveauté des nombreuses règles de la Mischna leur donnait un attrait de plus. Samuel ne s'accorda pas aveciui, et depuis ce temps les écoles de Nehardea et de Sora furent rivales; elles furent souvent en désaccord sur l'interprétation des lois. Le ReschGloutha les reconnut toutes deux et forma d'elles deux tribunaux qui fonctionnaient eimultauément. Samuel parait avoir causé plutôt les discussions fondées sur le droit, tandis que Rab porte piuLôt son attention sur les cas de police intérieure.

Les tendances scîeniiliques ont dû être d'autant plus prononcées qu'elles étaient menacées de la persécution, lesdegird II, dit-on, interdit les assemblées juives, de sorte qu'il y eut une interruption des études pendant goixante-treize ans. En conséquence, on s'attacha d'autant plus à l'étude du Talmud et ce livre gagna en considération; de plus, l'apparition du Taimud babylonien coïncide avec l'extinction du patriarcat en Occident. Ces deux circonstances réunies permirent aux communautés de s'administrer librement et de

HISTOIRE DES ISRAÉLITES fA

ne pas négliger d'autres intérêts noQ moins graveiF.

Les écoles juives s'étaient souvent préoccupées d'^^ moyens de se défendre contre leurs adversaires, et leiit disciples furent obligés de s'exercer à répondre par des arguments et des réfutations. Elles possédaient lesécrils religieux de TÉglise traduits en hébreu ; et, tout en le^; interdisant au peuple, pour lequel ils eussent pu être dangereux, elles les lisaient afin de savoir y répondre. Aussi longtemps que l'Église n'eut pas le pouvoir bupréme, les Juifs pouvaient espérer une lutte toute pacifique des idées; mais des craintes sérieuses les inquiétèrent lorsque l'Église devint la maîtresse de l'empire romain. Toutefois, le christianisme n'avait fait que monter sur le trône chancelant des Césars. Ceux qui, au début, contribuèrent le plus à sa grandeur futire furent attirés au christianisme moins à cause de ses doctrines que parce qu'ils y voyaient un utile instrument de politique.

A mesure que l'espoir d'un soulèvement disparaissait du milieu des Juifs, les Romains les traitaient avec plus de douceur; ils ne voyaient en eux qu'une société religieuse protégée par l'État et qui dépendait d'une hiérarchie sanctionnée par le gouvernement romain. Lés itiifs continuaient à être administrés civilement par leur nassi; ils avaient des synagogues dans les principales villes de l'empire et célébraient publiquement leurs fôies, ju^, qn^au moment où la puissance croissante du chrisLianisiiie leur prépara de nouveaux malheurs.

Constantin le Grand, sous prétexte de protéger ]vs chrétiens, restreignit les droits des Juifs et leur ôta le privilège qui les dispensait des charges onéreuses dn décurion, ne faisant d'exception que pour les docteurs de la synagogue. Sous ce règne (311 à 337), on fit un

OBsai de prosélytisme, et une discussion publique d'opir.ions religieuses eut lien, en présence du pape Sylvestre, entre un Juif et un chrétien, lequel, dit-on, démontra rar un miracle Ja supériorité du christianisme. « L'arrogance et la barbarie des chrétiens réduisireiit au désespoir les malheureux Juifs. On parle d'une nouvelle tentative de rébellion de la part des Juifs et d'une sévérité barbare déployée contre eux par Tempereur. Le règne de Constance ne fut pas plus heureux pour les Juifs ; ceux-ci se révoltèrent contre son beau-frère Gallus, qui opprimait cruellement les provinces d'Orient (352). La vengeance que Gallus exerça contre les Juifs fut terrible : au massacre il ajouta l'incendie, et les principaux sièges des écoles juives, les villes de Tibériade, de Diocésarée (Séphoris) et de Diospolis (Lydda) devinrent Ja proie des flammes ^. »

§ 2. — ft L'avènement de Julien, surnommé VApostat, inspira aux Juifs de nouvelles espérances. Cet empereur correspondait avec le patriarche de Tibériade; il déchargea les Juifs des impôts dont Constance les avait accablés et alla jusqu'à leur donner la permission de rebâtir le temple de Jérusalem (363). Alypius d'Antioche, ancien gouverneur de la Grande-Bretagne, fut chargé de l'exécution des travaux et soutenu par le concours le plus actif du gouverneur de Syrie. Les Juifs se mirent à l'œuvre; mais, après de vains efforts, ils renoncèrent à l'entreprise. Les ouvriers, en creusant la terre pour poser les fondements du nouveau temple, furent subitement arrêtés par des tourbillons de flammes qui sortirent de la terre avec un bruit de tonnerre ; ce phénomène, dont ils ignoraient la cause physique, se répéta plusieurs fois, et leur imagination en fut frappée à te point qu'ils n'osèrent continuer le travail. Quelques

Pères de l'Église ont rapporté ce fait, qui est simple, avec des circonstances dans lesquelles on reconnaît la superstition de ces temps et une imagination exaltée par la foi religieuse : c Le feu, disent-ils, en atteignant les vêtements des ouvriers, prit la forme d'une croix ; au milieu des flammes, on aperçut un cavalier formidable, et les ouvriers effrayés voulant se sauver dans une église, une force surnaturelle retint les portes fermées en dedans. » Cependant le fait en lui-môme doit être considéré comme historique; il y eut probablement une forte explosion, causée par Tair inflammable, longtemps comprimé dans les souterrains. Le môme phénomène arriva aussi sous Hérode, lors de Touverture des sépulcres de David et de Salomon. Il n'est pas étonnant que le phénomène le plus naturel ait été considéré comme un miracle par des hommes qui en ignoraient la cause. Le si'dnce gardé sur cetévénement par saint Jérômequi, quelques années après, vint en Palestine, prouve, selon Gibbon, que, sur les lieux mômes, le prétendu miracle avait fait beaucoup moins de sensation que dans les contrées éloignées. Au reste, la cessation définitive des travaux s'explique aussi par la mort de Julien, qui tomba hienlôt après dans un combat contre les Perses. »

Ces derniers avaient cherché à gagner par des présents les Juifs palestiniens, et les empereurs, de leur côté, les effrayaient par des menaces. Du reste, le gouvernement leur était indifférent, car dans l'empire romain ils jouissaient, comme en Perse, de la liberté de culte illimitée. Jovien et Yalentinien ne promulguèrent aucune loi oppressive contre les Juifs, et Yalens interdit toute hostilité contre eux. Cette interdiction eut pour cause le zèle de plusieurs chrétiens qui se firent un mérite de ruiner des synagogues. Â Rome môme, au temps

de Maxime (383), une synagogue avait été réduite en cendres et reconstruite aux frais de l'État; lorsque Maxime ordonna la punition des coupables et 1c payement des dommages aux intéressés^ saint Ambroise, furieux» prononça contre lui une homélie empreinte d'amertume i®. L'empereur Théodose condamna à son tour Tévéqne Gallinicus, qui avait brûlé une synagogue, à payer les dommages aux Intéressés; saint Ambroise parvint de nouveau à faire révoquer le jugement. Malgré cela, cet empereur donna encore dans la dernière année de sa vie (396) des ordres sévères contre les lésions faîtes aux droite des Juifs. Aussi le patriarche juif fut protégé par Arcadius et Honorîus, et honoré par eux du titre d'illustre H. Eu général^ on renouvela les lois qui donnaient au rabbinat l'affranchissement des charges de citoyen.

Le gouvernement s'interposa sans cesse entre eux et le bas peuple. Ainsi l'empereur Théodose II interdit tout ce qui pouvait causer des luttes sanguinaires en Macédoine, en Dacie et en lllyrie. A Imneslar, petite localité située entre Chalcis et Antioche, on accusa quelques Juifs ivres d'avoir attaché à une croix un enfant chrétien et de l'avoir tué ; il s'ensuivit une lutte terrible. Mais ce fait fat jugé par Arcadius avec équité, et on ne punit que les vrais coupables. Théodose pratiqua la même justice, lorsque les habitants d'Antioche pillèrent une synagogue. Sur la proposition du gouverneur, l'empereur ordonna la reddition des biens volés ; mais Simon, anachorète chrétien, sut amener Tempereur, par des remontrances religieuses, à destituer le gouverneur et k faire changer ses ordres. H allégua comme prétexte que cette synagogue avait été nouvellement construite, et que peu auparavant Théodose en avait interdit l'érection .

C*est au v« siècle seulement qu'on voit les Juifs établis en assez grand nombre dans la Gaule Narbonnaise, et on sait qu'à la mort de saint Hilaire, évêque d'Arles, ils prirent part au deuil général et pleurèrent celui qui les avait traités avec sympathie. Ils furent aussi estimés de l'évoque de Clermont, Sidoine Apollinaire, comme cela résulte de quelques-unes de ses lettres, où il parle des Juifs de sa connaissance.

Au nord de l'Afrique, les luttes eurent une conséquence déplorable. A Alexandrie, il y avait de nouveau, outre les étrangers assez nombreux, près de [cent mille Jîiifs, s'occupant la plupart du commerce maritime. Ils se tenaient, avec les ariens et le gouverneur, en opposition au parti du clergé catholique, représenté alors par révolue Cyrille (415). L'excitation des deux partis senianifv»sta un sameii. Les Juifs obtinrent Temprisonnement de Hiérax, disciple de Cyrille, parce qu'il avait excité le peuple à une émeute. Le lendemain, l'évêque menaça les Juifs d'une vengeance exemplaire. Pendant la nuit, ils se réunirent, mirent le feu à la principale église, et lorsque les catholiques arrivèrent pour éteindre l'incendie, ils furent assaillis. Cyrille se vengea en faisant détruire la synagogue et en obligeant les Juifs à quitter la ville; ils y consentirent pour éviter des persécutions nouvelles, contre lesquelles le gouverneur ne pouvait les protéger. Leur départ fut plus tard la cause d'un combat meurtrier entre le gouverneur Oreste et l'évêque Cyrille.

L'erapereux n'approuvait certes pas ces faits, et il traita ces fauteurs de désordre comnie ils le méritaient. Pendant que l'empereur d'Orient offrait aux patriarches des titres et des honneurs, l'empareur d'Occident Honorius interdit aux Juifs la liberté traditionnelle d'envoyer en Orient

leurs coQtributioQS pour le patriarche, et il Ht môme entrer au trésor impérial les sommes déjà réunies (399)* Toutefois, cinq ans après, il reconnut que cet acte avait été arbitraire et il leva l'interdit. 11 donna aussi Tordre d'enlever toute fonction aux Juifs et aux Samaritains, ordre qu'il renouvela quatorze ans plus tard, avec la restriction que les agents en exercice resteraient en fonctions et qu'il n'y aurait plus de nouvelles nominations. On remarque non moins l'ordre impérial de ne pas déranger les Juifs aux jours de fêle et de sabbat, et de reculer aux jours de la semaine tout débat ou citation judiciaire. Dans un dernier édit, Tempereur s'excuse de sa dureté, en ajoutant que les Juifs doivent être assez libres pour étendre leur domination spirituelle, et qu'ils ne devaient pas considérer cet ordre comme une restriction blessante.

C'est dans le môme esprit qu'atait été conçu Tédit d'Honorius, en vertu duquel les Juifs étaient dispensés des charges de la milice, et cette mesure ne portait aucun préjudice à leur honneur. « Le ton indulgent et réservé de celte loi, selon la juste observation de Dohm, prouve la considération générale et distinguée dont les Juifs jouissaient dans ces temps-là, et la possession tranquille de ces libertés pendant plus de quatre siècles est une preuve bien certaine qu'ils ne s'en étaient pas rendus indignes 42. »

Pendant que la cour occidentale suivait cette voie pacifique, un coup cruel frappa les Juifs en Orient. Le patriarche Gamaliel, sans doute, pour avoir construit des synagogues ou pour avoir outrepassé ses droits juridiques, fut déclaré privé de sa préfecture d'honneur. En môme temps, on ordonna la mise en liberté de tous les esclaves chrétiens. Eu Occident, il était permis de les

posséder, mais non de les échanger. — Bientôt après, Gamaliel mourut sans héritiers, et ie patriarcat s'éteignit. Les primats ou rabbins supérieurs des communautés durent livrer au trésor les sommes réunies pendant ce temps, et le trésorier des dons sacrés reçut Tordre d'amasser désormais pour l'empereur ces impôts de provenance juive. Ge fut là le point final de cette législation, ou plutôt de ces actes d'autorité arbitraire à laquelle les empereurs de la décadence romaine crurent pouvoir se livrer avec justice h Tégard des Juifs. L'Église s'éleva Yictorieuse au-dessus du judaïsme , et sut l'affaiblir ou l'opprimer.

nien. Mais cinq Samaritains furent pris, à leur retour de la Perse, par les troupes romaines, et révélèrent à Bélisaire leurs démarches. Les armes du général se tournèrent vers la Perse, et il en résulta une paix stable qui dura sept ans. Les fauteurs de la conjuration furent sans doute punis par l'empereur.

Mais Justinieu ne s'en tint pas là. Un nouvel édit ordonna qu'en cas de mariage mixte, le parti chrétien au* rait la préféience pour Téducation des enfants; les fidèles seuls poi iraient acquérir des héritages, qui reviendraient au fisc f uand il n*y aurait pas de parents orthodoxes. Le témoigr âge des Juifs ne serait pas valable dans une cause chréticne; il ne pourrait être invoqué qu'entre euxmémef . On s'imagine aisément la confusion que ces loiâ durenl produire au sein des familles samaritaines. Il n'y avait p us de propriété, dès que les parents les plus éloignés e le fisc pouvaient réclamer les héritages samaritains. I es Juifs en souifrirentmoins : les nombreuses places de ref ige qui leur étaient restées, et où l'empereur ne pouva't les atteindre, leur procuraient la sécurité. Lorsque R uschirwan, rompant la paix, envahit de nouveau la Syi .e (540), les Juifs et les Samaritains furent accusés d'avoi contribué, ainsi que lesGolhs et les Arméniens, à l'intn Juction de l'ennemi. Mais aussitôt que le roi perse, après ivoir ravagé et dévasté le pays, se fut retiré, les Sama? tains, par l'entremise de l'évoque Sergius, de Gésarée, présentèientà l'empereur une adresse qui devait les ju>tifier. Celui-ci modéra en leur faveur les lois de restriCïion qui, suivant Tédit môme, n'avait pas été strictement exécutées 3. ^

Quoique cet édit fût moins préjudiciable aux Samaritains qu9 le précédent, il causa de nombreuses querelles religieuj^ïîs Les procès pour héritage s'augmentèrent bien-

tôt. A Césarée môme, siège du proconsulat, il y eut à ce sujet des émeutes sanguinaires (555). Le préfet de la ville, Etienne, fut tué lors de l'insurrection des Juifs et des Samaritains; son palais fut pillé, et bientôt les plus belles églises de la ville furent réduites en cendres. La femme du préfet se rendit en hâte à Gonstantinople. L'empereur envoya à Césarée Adadianlius pour rechercher la cause de cet événement, pour questionner les fauteurs de la rébellion, en mettre plusieurs en croix, en vendre beaucoup comme esclaves, et aliéner les biens des plus riches. Sa sévérité mit un terme aux tentatives d'émeute. Les op* primés eurent recours aux lois, et pour ne plus être dérangés dans la possession de leurs biens, ils adoptèrent Je baptême fictif; après l'avoir reçu ils retournèrent à leur religion primitive. Mais comme ce subterfuge avait été trop souvent employé, l'empereur Justin promulgua un nouvel édit (570) qui annula le précédent et enleva entièrement aux Samaritains le droit dé tester ; on fit une exception pour les agriculteurs parce qu'ils étaient indispensables à l'État. En outre il leur fut interdit de posséder des esclaves chrétiens, d'occuper des fonctions civiques et en général de prétendre aux droits de citoyen. Pour prévenir les baptêmes trop précipités des Samaritains, on ne devait admettre dans TËglise que ceux qui auraient suivi pendant deux ans l'enseignement de la religion chrétienne et l'auraient bien comprise.

§ 2. — En Gaule, le clergé catholique, dont la force aug. mentait toujours, ne négligeait pas de faire aux Juifs tout le mal possible, lorsqu'il ne r pouvait les convertir. Sous les Mérovingiens, les ecclésiastiques se plaignirent des rapports qui existaient entre les Juifs et les chrétiens ^. Mais liés avec les Ostrogoths, les Juifs conquirent un rang élevé dans l'Europe occidentale, lorsque Glovis partit

94 mSTOIHE DES ISRAÉLITES

pour combattre les Visigotbs du sud (508) et meuaça la ville d'Arles, où un parti catholique, dirigé par l'évêque Gœsurius, secondait le roi des Francs. Les Visigoths défendirent la ville en faveur de leur jeune roi Amalaric qui chercha du secours auprès de Théodoric. La nombreuse communauté juive prit fait et cause pour le roi légitime. Elle fut ^afement indignée de la conduite de Gsesathis, dont un parent passa secrètement à Tennetni, et elle demanda la mort de f évéque. On se contenta de le mettre ten prison, et il dut sa liberté à un événement qui eût pu porter préjudice aux Juifs, car un ^soldat jnif avait essayé de lancer aux ennemis un billet attaché à uncpierre, et dans lequel il leur offrait le moyen d'entrer, à la condition qu'ils se montrassent favorables à ises coreligionnaires. Ce billet fat trouvé <à temps par ies assiégés, et eut pour conséquence la punition %a traître, mais ie reste des Juifs n'eut pas à en souffrir. L« ^i%e fut levé , et la ville ne fut prise par les Francs que quelques années plus tard.

Le roi Childebert les protégea à .peine contre la populace et leur interdit de sortir du jeudi saint jusqu'au dimanche de Pâques. Lorsque i'évôque Perréol d'Ufez (555), connu pour sa toiéraooe^ voulut en donner despreuves, il dut s'excuser de sa modération auprès du roi Childebert, et subir pendant trois ans F«xil ; à son retour il se vengea sur les Juifs^ et il chètssa tous ceux q«i ne fc soumireût pas au baptême. Cette eonduite arbitraire était générale . A Glermont-Ferrand, l'évoque Avitus se vanta d'avoir, pir la seule puissance de sa parole, attiré dans le sein de l'Église toute la communauté juive (579). Or, voici le fait tel qu*il s'est passé : les Juifs étaiieût tourmentés par le clergé, et leur synagogue fut renversée au jour de Pàqufi&p&r le peuple».(|ui voulait v«fig6r une offense faite

à un converti* L'évéque leur fit dire qu'il les obligeait à se convertir ou à quitter la place. Plus de cinq cents per-* sonnes durent accepter le baptême, pendant que les autres, persistant dans leur refus, partirent pour Marseille. Fortunatus célèbre dans un poëme ie succès d'Avitus, et il raconte une foule de baptêmes miraculeux accomplis par saint Germain : on peut en suspecter Tauthenticité.

Dans le troisième concile d'Orlf^an?, et à celui de Glermont en Auvergne (535), comme dans celui de Màcoa (581), le clergé défendit de placer les Juifs à la t'éte de la population comme juges ou comme employi^s civils et militaires. Pour restreindre encore davantage leurs relations avec les chrétiens, ou leur interdit de prendre part à leurs repas, et même de prendre du service chez euK comme domestiques ^. Cet ordre fut renouvelé à maintes reprises, surtout par Innocent III, en 1209, pour toute la France 6, et par Martin IV, un de sessuccesseurs^ en 1285.

À cette époque, nous rencontrons pour la premijère fois des Juifs à Paris. Ils y habitaient peut-être depuis Toccupation romaine ; les légions avaient Thabitude de conduire avec elles des Juifs pour le commerce ou l'approvisionnement des corps d*armée. L'on ne possède plus de documents sur celte époque reculée, mais Pon en a qui se rapportent à la suivante. Adrien de Valoir prouve, par le texte du vi* livre de Grégoire de Tours, qu'il y avait déjà eu 582, à Paris, on dans un de ses faubourgs, une synagogue ; et un savant académicien croit, avec beaucoup de vraisemblance, qu'elle n'était pas beaucoup éloignée de l'église de Saint-Julien, puisqu'un Juif converti, nommé Phatir, ayant assassiné un Israélite distingué lorsqu'il allait au jour de sabbat à cette synagogue, se réfugia aus-

sitôt, avec ses domestiques, dans Saint- Julien, qui était dans la place voisine 7.

On continua à les dépouiller de certains droits. Un concile tenu à Anvers, sous Théodebert, les priva de la magistrature de la ville, et celui de Mâcon leur enleva la perception des impôts. Rar«meut Ton tint un concile qui ne fût contraire aux intérêts des Juifs ou ne contînt quelque article au sujet de leur conversion. Il en fut de môme dans les siècles suivants. Môme des rois et des tyrans, qui ne pouvaient obtenir par la religion chrétienne le salut de TAme, ne dédaignèrent pas de s'occuper de prosélytisme. Ghilpéric de Soissons chercha à gagner son joaillier nommé Priscus, discuta avec lui en présence de Grégoire de Tours, et comme il échoua, il le jeta en prison pour lui donner le temps, disait-il, de réfléchir; puis, sans attendre que le prisonnier se fût prononcé, un Juif baptisé le tua (562). Plus tard, un parent de Priscus vengea ce crime en tuant l'assassin. Du reste, les violences du roi n'eurent aucun résultat , car plusieurs Juifs, à peine baptisés, s'empressèrent de retourner à leur ancienne religion. Le roi Gonlran, sous la minorité des autres^ois, ses frères, montra la même tendance au prosélytisme, sans employer toutefois la contrainte.

Lorsque en 5Ç7 il fit son entrée à Orléans, les Juifs le haranguèrent en hébreu ®; ceb . montre qu'ils étaient assimilés aux autres citoyens. Mais le roi stimula le zèle de plusieurs évoques, surtout de Virgile d'Arles et de Théodore de Marseille, lefquel fit tous ses efforts pour se rendre agréable à l'Église par la conversion des Juifs. Tous deux n'eussent pas cessé de peser sur les Juifs, si le pape Grégoire 1er n'eût blâmé ce mode d'abjuration.

Saint Grégoire le Grand se plaint, en mars 591, à Pierre, évoque de Terracine, de ce qu'il exerce contre les Juifs

de grandes vexations; qu'il les chasse, par exemple, du lieu où ils avaient l'habitude de se réunir pour fêter leurs solennités; qu'il les a d'abord autorisés à se réunir ailleurs, puis les a encore chassés. Dorénavant le pape désire qu'il soit permis aux Juifs de se réunir selon leur coutume. De plus^ révéque devra les traiter avec douceur; car, dit-il> il faut amener à la religion par la persuasion, la bienvÊlUancç, et non par la force et la violence, ni par la peur. La même année, ce pape écrit encore à Virgile d'Arles et à Théodore de Marseille, dans le môme sens : il a appris de nouveau, dit-il, qu'on baptise des Juifs par force plutôt que par conviction, ce qu'il ne saurait approuver. L'intention peut être louable, mais les moyens ne le sont pas. C'est par la prédication et par de bons exemples qu'on doit attirer les Juifs au sein de l'Église. Il engage donc les évoques de ces pays à interdire de pareils baptêmes. Il voulait aussi qu'on leur laissât les synagogues : « Si la loi défend, dit-il, d'en bâtir de nouvelles, elle ordonne qu'on les laisse jouir de celles qu'ils ont. >

Le même esprit de mansuétude règne dans d'autres de ses ordonnances et dans ses lettres à Vénanlius, évêque de Lunel, et à Fortunatus, évêque de Naples. Le pape ordonne que les esclaves juifs ou païens, appartenant à des Juifs et voulant entrer dans le giron de l'Église, ne soient pas violemment enlevés à leurs propriétaires, mais rachetés quand leur vocation sera avérée. Il çst vrai que, suivant la loi des conciles, il est prescrit de ne plus tolérer aux Juifs la possession des esclaves, daps la crainte que les Juifs n'abusent des âmes chrétiennes, or il veut que les chrétiens esclaves soient désormais libres. Un maître chrétien doit les racheter et en donner la valeur au propriétaire. Dans le cas où il ne se trouverait pas d'acquéreur, l'Eglise doit y pourvoir de ses propres de-

niera et ne pas permettre que TesclaYe eoit enlefé par la force^ ou rendu à son maître; mais pour que les Juilis puissent continuer à eultiver leurs terres, il leur sera permis d'avoir des colons chrétiens *.

Enfin, à l'instigation du concile de Paris (614), Glotiide défend ^ux Juifs d'intenter des procès aux chrétiens. C'était le renouvellement de la constitution que Valenti* nien III avait adressée en Gaule, en 435.

Cependant le commerce ne doit son mouvement qu'aux Juifs, comme le prouve la foire du Landit, établie par Dagobert, à Saint-Denis, et tenue par eux; ils y apportent des parfums, des habits et des bijoux. Quoique les lois des Bourguignon, ne les eussent pas ménagés, les Juifs arrivant de Marseille s'étaient répandus dans le Dauphiaé; ils^ avaient pour entrepôt la ville de Vienne, et c'est là qu'allaient se pourvoir les marchands de Lyon et des autres villes environnantes, qui étaient la plupart leurs coreligionnaires, seuls assee éclairés et assez actifs pour se livrer à l'industrie : c'est ce qui leur permettait de lutter contre l'intolérance du clergé et leur procurait l'appui du pciiple; aussi les trouve-t-on, sous Clotaire II, malgré l'édit d'exclusion de l'an 625, chargés d'emplois dans la milice et de fonctions civiles dans la perception des impôts io.

Dans cette dernière charge , qui leur avait été déjà confiée par les empereurs romains, ils surent se maintenir longtemps par les garanties qu'offrait leur fortune, jointe à une probité reconnue. Dans l'exercice de cette fonction, comme dans (es relations commerciales, le peuple n'eut jamais à se plaindre d'eux, et leur conduite ne provoqua aucune émeute, car l'usure dont on les aocttsa plus tard, n'existait pas encore dans ce temps de guerres coQtinu^lies. La persécution ns leur était sus<rité<}

que par i(i {ao^ti^we r^li^ic^ux^ K^r^m'il ^^çjrçjiU s<m. InQuei^ce mr le^ rojs^

De môme, en jdépit de la défense faite par 1^ concile de Tolède de pousser l^ee JijL.if^ , ipalgi:é eux>, à Tapost^sie, Dagobert le^ oblige à opt^r entre le baptôoie et TexU *f.

A Cagliari^ en Sardaigne, im juif b^aptisé, dè$ le iendemm de son baptême, (undi de Fâque$^ avait apporté danç la synagogue ui^ eraciûx et l'itçkage cle la Vierge, 4pprenai^t cette profanation du sanctuaire, le papte la nomma une action iaf^me, et il adressa une sévère reiQon* trance à l'évêque de cette ville, Januariu^; il engagea surtout les Sardes à.runité et à la concorde, parce qu'il craignait la guerre contre Aigilulf, roi des lombarde (vers 600). I>e même, le pape désapprouva la prise des synagogues juives et des maisons d'éducation par l'évoque Victor, de Palerme. Le pape ordonna de rendre au^ Juifs ce qui avait été enlevé^ ou Cou restituer la valeur. Il bJâiua aussi l'évéque Paschasius, de î^aplea, pour avoir entravé l'exercice du cuUe juif, contrairement aux lois, et lui défendit, en invoquant le droit établi, de restreintire leur liberté religieuse,. Cependant Gfégoire permit pour h converâon les moyens aipiabies, ^el^ que les soutieqs eu. argent et la (Recharge d'une, partie ^^^ impôts. Ji disait que si les pères élaiept chrétiens ihv intérêt, leç eafants le seraient sincèrement et par cpavic*

tiOQ.

§ 3. — Le royauïue de$ Visigoths , eu ordonnant aux Juifs l'apostasie, se montra leur plus crnel advertîaire, et la dureté avec laquelle ceux-ci furent traité^ par |a législation visigothe, a frappé plusieurs auteur^ modernes 12- toute la rigueur de l'inquisition future s'y trouvait exposée, et les Juifs d Espagne oat commencé de boQue heure à s'habituer aux souffrances. Ou ne peut

Ai HISTÛiaB DES ISRAÉLITES

oeup iBoriel k U oaiiûa juiv« en Espagne; mais les fréquentes révolutions du drûae, ie peu de stabilité de Taur torité des rois et les troubles qui accompagnèrent chaque élection et chaque avènement, empêchèrent d'exécuter strictement les décrets des conciles. En effet, lorsque Wamba parvint au trône, ea 672^ les Juifs étaient établis en grand nombre dans rSspagne ; cependant, comœa son élection fut l'ouvrage desoobles et du clergé, le nouveau roi fut obligé de prêter le serment prescrit par le concile de Tolède, et d'ordonner que tous les Juifs non convertis soient ex^pul^és du royaume. Cette fois le décret fut exécuté sans pitié- Une foule de Juifs, ne voulant pas apost9si^r, passért^ot 1^8 Pyréné^ et cherchèrent un refuge dans la gepiimani^, ah ils îiir§fU me^% accueillis qu'ils 00 r^vaiont peutH^re eopéré.

Brvio» successeur de Wamba, modiGa la peiae capitale, qu'une loi de ses prédécesseurs prononçait contre ceux qui refusaient le baptême. Il se contenta de leur décerner ceot coups (te b^too ; c'était une sorte de douceur dans ces tepips de persécution. Leur existence comme nation résista encore à ces menaces; et ^ous le règne d'Ëgica ils sont d'abord tolérés, puis mis en possession de terrains, de maisons et d'isclaves. C'est sans doute eo ce moo^ent qu'un grapd pombre d^ ceux que la violence avait pQnyertiSi sans les persuader, revinrent à )^ foi de leurs pères.

g 4. ~ Qi|^4ue indil^trii'ux qM'eussent été les Juifs e^ malgré leur^ efforts pour se rendre utiles aux ^tats cbrétieus au poiot de vue comuiercial, ils ne devaient pas espérer de dési^rpief le f^qatisme, et ils dirent aller exercer leurs prpfessionis ^aiis des pays plus bospjitalierSe 11^ se H^xéreni o^^ti^tQpiunl dao^ i^ V^sh ^t en Ar^ie, aa

m^mfy QW Mm44^i^ m (^^Yi^^t tp^^joMrs accueiiiia

HISTOIRE DES ISRAÉLITES Sa

avec bienveillance, grâce à cerlaiuea canformitôs rie mœuys, d'opiiiions, de sentiments et même de langage. Anssi, dès que les Arabes se furent affermis dans leurs conquêtes, tes Juifs prirent part à leur prospérité et à leurs travaux, prati(^uant librement un culte que les chrétiens leur imputaient à crime ^*.

Leur situation avait même été si favorable au Yémeu, que quelques-uns des leurs avaient occupé le pouvoir. LMnfluepce d'un grand nombre d'habitants juifs devenus pmsçjinls avait fait choisir un gouverneur et des adjoints juifs. Dw r^ste, la liberté de conscience était un principe généralement reconnu en Arabie, à tel point que Tobla, roi de Yémen, récemment converti au judaïsme, put sans danger signer des traités de paix et contracter des alliances avec les tribus libres des alentours. Ce qui pouvait en outre assurer quelque supériorité aux Juifs, c'était la résistance faite aux envahissements des chrétiens qui arrivaient d'Ethiopie pour assujettir l'Arabie.

De son côté, Mahomet utilisait pour ses vastes plans autant les Juifs d'Arabie que le grand nombre d'Arabes mécontents de voir leur religion et leur puissance déchues. Il attachait un grand prix à leur concours, parce qu'ils possédaient encore au nord des places fortes, et et eux, de leur côté, fondèrent sur lui l'espoir de reconquérir leur indépendance. A la Mecque, plusieurs d'entre eux lui étaient favorables, et à Médine, où il dut fuir, i| fut soutenu par les tribus juives de Kazradj, Aws. Koreidha et Nadir; mais les autres ne se prononcèrent pas de suite.

Après la défaite des musulmans à Ohod, Gaab Ibri-Aschraf, chef des Nadir, se rangea du côté d'Abou Sofian, le chef des Koreisch. Il avait toujours été un ennemi de l'islamisme et avait déjà manifesté ses sentiments après

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la bataille de Bedr. II fut traîtreusement assassiné par un adhérent du prophète de la tribu d*Âws. Les Beni- Nadir sortirent donc aussi de Médine, se retranchèrent dans leur forteresse et attendirent le secours des Kazradj. Mais celte tribu, après un combat acharné, dut céder la forteresse et la quitta en liberté, se rendant en partie en Syrie et en partie à Hira et à Khaibar. Bientôt elles conclurent une alliance avec les tribus de Koreidha et avec les Arabes de Koreisch et de Gaftan, pour renverser ensemble le pouvoir du prophète (626). Les alliés assiégèrent quelque temps la ville de Médine, puis levèrent le siège, et ils durent s'attendre désormais à la vengeance la plus violente de la part du prophète. Les Koreidha durent se retirer dans leur château fort ; le prophète les assiégea, les fit périr tous après la reddition de la forteresse. Il fit tuer encore un homme généralement honoré, qui s'était enfui à Kaibar ; aussi les habitants juifs de cette ville mirent des troupes auxiliaires à la disposition des ennemis de Tislamisme. Pour pouvoir combattre ouvertement ceux qui étaient encore en grande partie ses alliés, il prétendit que la maladie qui l'avait &appé était le fruit de leurs sortilèges. Il trouva ainsi parmi ses adhérents des guerriers volontaires pour marcher contre le fort de Khaibar. Les Juifs ne s'attendaient pas à Tattaque; ils défendirent pourtant avec beaucoup d'énergie les postes les plus importants contre le prophète, Abou-Becr et Omar. Mais Ali, en renversant le château principal, décida du sort de la ville et de la contrée. Les Juifs durent entrer en négociations : ils s'engagèrent à payer aux musulmans la moitié de leurs revenus et des produits de Tagriculture, et à quitter le pays dès que d'aiitros résidences leur auraient été indiquées. Cela eut lieu ptu$ tard^ lorsque Omar leur donna

une portion de territoire en Syrie. De la môme façon, le prophète prit aussi plusieurs autres villes juives.

Yoiià comment triomphât les doctrines armées du prophète ^^ c Mahomet asservit quelques populations juives campées sous la tente dans le désert; ce sont des Juifs qu'il daigne choisir pour Taider à écrire le Goran^ et ce livre des sentences est puisé presque en son entier dans les annales sacrées du judaïsme et dans les commentaires des rabbins. Cependant Tislamisme persécuta les Juifs et Tesprit d'intolérance se manifesta comme dans l'Occident chrétien. Ainsi, chose remarquable, deux religions, filles de la synagogue, oublient en leur triomphe leur origine commune, et, encore tout empreintes des lois de Moïse, prennent le glaive contre leur aînée. Au milieu des grands désastres qui affligent l'Orient^ Jérusalem reste la ville sainte ; le fidèle musulman y haise avec ferveur la pierre mystérieuse d'où Mahomet s'éleva vers le septième ciel, tandis que les Juifs et les chrétiens y adorent chacun les symboles de leur culte respectif. Singulière destinée d'une cité presque inconnue dans l'univers ancien et dont les ruines réveillent encore tant de souvenirs et d'enthousiasme! A partir de cette époque, l'Orient est plein d'invasions armées et subit tour à tour le joug des croisés, des karismiens, des Tartares et des Turcs. Il est curieux de voir ce que deviennent les Juifs au milieu de ces gouvernements violents et éphémères qui se renversent avec fracas les uns sur les autres^ et placent le droit du plus fort au-dessus de tous les principes. »

Toutes ces guerres offrent peu d'intérêt par ellesmêmes, elles furent aussi promptement décidées qu'ache- Yées ; mais elles uous servent à démontrer quelle était alors Timportaace des forces juives. De ces luttes naqui-

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rent de|s contacts forcés entre les Arabes et les Juifs, lesquels adoptèrent les coutumes arabes ; ils démontrèrent ainsi une fois de plus combien peu était fondé le reproche qu'on leur a fait de manquer de sociabilité.

Dès que les invasions des peuples du Nord comme de ceux du Sud eurent çnlevé aux Juifs leur espérance favorite, celle de reconstituer leur nationalité, et qulls se Tirent assimilés aux autres nations de l'Europe par les persécutions des barbares, ils prirent les idées et les coutumes de ces diverses nations, ceseèreiit de se regarder comme étrangers au milieu d'elles et de tourner uniquement leurs regards vers la Palestine**. Ils ne demandèrent plus qu'à s'unir à ceux qui les avaient reçus ; et s'ils pe purent y parvenir, c'est à ces nations qu'il faut s'en prendre. De leur côté, ils ne n(^gligèrent rien pour mériter cette faveur; mais tandis que des circonstances et les intérêts locaux demandaient que les Juifs fussent traités avec une bienveillance prudente, il n'y avait encore de place que pour la violence et l'erreur.

Par la domination du prophète ils perdirent presque tout leuf territoire, ils furent soumis aux musulmans; nq pouvant plus espérer de séjour fixe, ils devinrent indifférents au sol qu'ils habitaient. Cependî^nt l'islamisme les traita avec indulgence et justice, les plaça à côlé des musulmans jj comme le prophète l'avait expressément prescrit. Ils n'avaient qu'un impôt par tète à payer; en outre, ils Reçurent l'autorisation de s'organiser en communautés, comme auparavant, et même de conserver leur jurisprudence spéciale. Désormais, leur destinée dépendit en grande partie du seigneur immédiat auquel ils étaient échus en partage^ selon les localités de l'empire de l'islamisme. Celui-ci n'avait pas pour but des persécutions religieuses \ la domination seule lui suffi-

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sait. Au conimeDcement, les Jqifs furent encore utilisés par les puissances pour les entreprises guerrières; mais bientôt tout esprit guerrier dut s*éteindre, car nulle guerre ne pouvait leur apporter de véritables fruits; et depuis cette époque les Juifs arabes disparaissent de l'histoire.

Ceux dp la Perse et de l'empire byzantin souhaitaient le succès aux armes arabes, tant qu'ils ne virent leur religion menacée d'aucun danger, A Alexandrie, il y avait 40,000 Juifs, lorsque Omar fit son invasion (640) ; il trouva en eux des sujets paisibles, qui se placèrent, ainsi que les Palestiniens et les .syriens, sous la protection de Tislanaisme, sans qu'il ait été question d'essais de conversion par des moyens violents. De môme, ceux de la Perse quoique d'ailleurs fidèles, trouvèrent Toccasion de se donner aux Arsibes. Ce fait eut d'abord pour cause la crainte d'être puni pour avoir participé aux guerres. Puis vint s'y ajouter leur m(^contentement contre le gouvernement perse, qui depuis un siècle leur avait promis, sans tenir parole, de leur rendre Jérusalem, lesdegird lll augmentait le mécontentement par ses persécutions, qui coûtèrent la vie à plusieurs cbefs et rabbins. Les Juifs virent donc aussi avec joie la décadence de ce royaume. Omar leur laissa leur autonomie. Bostani était alors Resch-Gloutha (chef de la captivitf^). Il alla au-devant d'Ali, devenu kalife (656) avec beaucoup de solennité et d'éclat. Ali le reçut avec bienveillance, s'entretint avec lui sur des sujets religieux, et le congédia avec de riches présents. II honora aussi d'autres savants Juifs contemporains ; il n'a été presque rien conservé de leurs travaux scientifiques.

En somme, dans le vaste empire de l'islamisme, la situation légale des Juifs, après avoir été fixée une fois,

ne changea plus guère. Quelques actes arbitraires des gouverneurs dételle ou telle contrée n'ont pas eu d^influence sur leur état général. On peut donc marquer là un véritable point d*arrôt, qui ne cessera que lorsque le despotisme devra céder aux vœux du peuple et que Ton constatera ainsi un développement de forces morales. Jusque-là, Tislamisme a la domination illimitée d'une espèce de pouvoir clérical, ou plutôt d'une législation établie et basée sur le Koran. Il abandonne au peuple soumis la culture des sciences et des arts, autant qulls peuvent être utiles à la vie. Il en était de la domination des armes comme de celle des esprits : les musulmans se conservèrent les jouissances de la vie ; mais les Juifs maintinrent la loi et leur croyance, comme but de leur activité; les sectes non mahométanes se créèrent un monde spécial; mais la constitution de TËlat leur resta indifférente. La science dut subir aussi certaines divisions; elle fut arrachée au développement intérieur par la reconnaissance des chefs-d'œuvre grecs traduits en arabe. Voilà comment naquit bientôt l'amour général de la littérature.

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