CHAPITRE V
(tiii* siôde.)
I i • — La modilicatioQ importante, produite sur une telle extension et si rapidement par Tépée des mahométans, agit manifestement sur la situation des Juifs, quoiqu'elle ait été fixée par des lois. Un tel mouvement de guerres ne fit que ranimer le commerce, auquel étaient adonnés un grand nombre de Juifs asiatiques^ africains et grecs; par les voyages sur la Méditerranée, au moyen desquels les denrées des caravaaes parvenaient en Europe, l'exploitation se fit sur de larges bases. Les nombreuses relations nouvelles entre des royaumes qui s'étaient considérés hostiles les uns envers les autre s^ éveillèrent et entretinrent Tactivité industrielle. Les Juifs s'adonnèrent à cette occupation de plus en plus développée, car l'islamisme chargeait d'une taxe double ou triple le terrain accordé aux infidèles, de sorte que le musulman pouvait facilement acquérir le terrain d'un , infidèle, lequel n'en tirait que peu de profit. Les Juifs abandonnèrent ainsi de plus en plus l'agriculture et choisirent le commerce, quoiqu'ils dussent payer, en ce cas, une contribution, en dehors des impositions dues par tète {'jharadj). Mais celle-ci ne dut jamais être trop lourde, car les biens en espèces peuvent plus facilement se soustraire aux recherches. Par l'extension toujours
croissante du commerce des Juifs, l'on s'explique qu'Omar ait déjà confié aux Juifs ]a direction des monnaies, que cette fonction resta pendant des siècles entre leurs mains, qu'ils furent chargés de les inspecter et de les faire circuler, parce quHla poutaient facilement faire rentrer les vieilles et propager les nouvelles par leurs rapports étendus.
 la cour des khalifes, les Juifs remarquables étaient bien reçus, probablement à cause de leur conversation spirituelle, si appréciée par la plupart des gouverneurs. D'autres furent accueillis pour leurs conoaissancee en astronomie et môme en astrologie. Le premier livre écrit en Arabe fut Tœuvre d'un Juif, le wédeciu syrien, Vesser Yavaich, qui avait traduit du syriaque eo ^m.b& {^sPandectei médicinales d'Aaran, prêtre d'Alexandrie; il donna lieu à de nombreuses imitations i^
Le plaisir qu'éprouvaient les gouverneurs mahométand aux entretiens scientifiques et surtout philosophiques, devait les engager à converser souvent avçc des savants juifs, soit pour se faire une idée de leurs opinions « soit parfois pour leur faire observer avec une certaine vapitô d'amour -propre les points sur lesquels^ ila Paient supérieurs. Cette circonstance agit iQdirecteiaeQt fliur lei judaïsme. Si leurs écoles restèrent toujourçi voué^ au Talmud, çt si leur attention spéciale avait pour but la connaissance de la religion, pourtant l'amour de la gloire, le désir de se distinguer et ('él;pnoante générosité des princes de rislamis{ne envers les savants qu'ils recevaient, poussèrent un grand pon^bre d'entre eux vers d'autres études^ telles que la philosophie et la tnédecine, et par elles un grand nombre de Juifs atteignirent i\ne situation satisfaisantOt L'exercice de leur culte ne fat troublé que par les aberrations des
iwposteiurs, qui renouvelèrent, dans un but intére^^é , ou pour occuper leur imagination oisive, les rêves de r&pprocbe du Messie ; heureusement qu'ils ne parvinrent jamais à opérer un soulèvement général» et à ces maux on pouvait facilement remédier. En voici un exemple 2;
« Omar II venait de faire revivre, à l'égard des Juifs, les
règlements sévères quVvaient lidiclés ses prédécesseurs,
et qui, aussitôt que parus, étaient retombés dans Toubli,
Ce khalife théologien, croyant fanatique de Tlslam,
voulait attirer par la force ceux que la prédication ou la
persuasion n'avait pas encore amenés à la croyance du
Coran, et une terrible persécution s'ensuivit à Tégarddes
Juifs. Tout à coup une nouvelle consolante se répand
parmi les communautés de Syrie, se propage au loin,
arrive en Espagne, et jusque dans la Gaule : le Messie est
venu pour Israël. Comme Jésus, fils de Marie, il ne vient
pas non plus annuler la loi de Dieu, mais lui donner sa
conflrmation. Le moment était bien choisi; TOricnt et
l'Occident étaient en guerre. Les Sarrasins, toujours
remuants et belliqueux, s'étaient avancés jusqu'à Nar-
bonne et Toulouse, qu'ils assiégeaient sous les ordres de
Yésid II, successeur d'Omar II. Léon IT-^aurlen, après
avoir eu à lutter contre ces mêmes Sarrasins qui l'avaient
assiégé dans Constanlinople, était à ce moment occupé
à introduire une réforme dans TËglise ; il voulait abolir
Tusage et le cuUe des images, et avait à lutter contre
Germain, patriarche de Constantinople.
Les Juifs, de leur côté, étaient disposés à croire à un libérateur. Après les terribles persécutions que leur çivait fait souffrir Omar U^ qu'ils regardaient comme le Gog et Magog de la Bible, dont le règne devait précéder la venue du Messie, ils ne pouvaient hésiter à croire k un
si heureux éyénement. Dans ces moments douloureux qu'ils avaient supportés avec tant de patience, ils s'attendaient toujours avoir d'un moment à Tautre la réalisation des promesses de la Bible et du Talmud, dont ils prenaient les textes à la lettre. Ils espéraient qu'un descendant de David viendrait secouer le joug des peuples étrangers, qui pesait si rudement sur eux, et les ramènerait triomphalement dans la Palestine, leur propriété légitime et incontestable. Aussi à cette nouvelle, si inopinément répandue dans la cinquième année du règne de Léon i'Isaurien, leurs cœurs tressaillirent, et ils embrassèrent avec joie cette idée de délivrance.
Beaucoup de gens s'enthousiasment pour cet aventurier, croient en ses promesses, et, abandonnant leurs biens et leur fortune, quittent la Gaule et l'Espagne pour se rendre en Syrie, et de là en Palestine. Les souverains, sous lesquels ils vivaient, profitent de leur erreur, confisquent leurs biens et en font entrer le prix dans les caisses de l'État. Sérène se voyant si bien accueilli par ses frères, n'en resta pas là; il voulut sans doute faire quelque tentative pour entrer en Palestine à la tête de ces pèlerins, qui, pleins de confiance, étaient venu s se ranger sous sa bannière. Mais sans armes et sans moyen de défense, il fut arrêté dans sa marche; fait prisonnier; il dut expier par la mort la folle tentative qu'il avait faite; ses partisans, confus de leur trop naïve confiance, loin de regagner leurs anciennes demeures où les attendaient les moqueries de ceux qui, plus circonspects qu'eux, avaient voulu d'abord recevoir la confirmation de cette nouvelle, durent rester en Syrie, où ils furent accueillis par ceux qui, comme eux, avaient été dupes de leur crédulité. ^ Les chroniques assez obscures, au sujet des résultats, ne donnent sur ces derniers événements que peu de lumié-
res ; mais ces faits, tout hypothétiques qu'ils sont, ne doivent pas être rejetés comme invraisemblables, quand on a pour les corroborer des faits identiques qui se sont passés à d'autres époques^notamment au temps du fameux aventurier messianique Sabataï Tsevi.
La doctrine de Sérëne ne nous est connue que par quelques mots cités, à son sujet, dans la décision casuistique résolue par Rabbi I^itrona!. Le peu qui nous en reste en donne suffisamment l'esprit et les tendances; et Von peut affirmer, sans que cela puisse être taxé d'invraisemblance, qu'il fut le précurseur du Garaïte Ânan. Celuici aurait, pris de Sérône les idées réformatrices, et les maintenant parmi les anciens partisans de ce pseudo* Messie, les aurait étendues et serait arrivé à la formation de cette secte, qui rejette entièrement Tautorité du Talmud. Car, sans cela> comment supposer qu'une réforme aussi radicale ait surgi subitement au milieu même des écoles les plus adonnées à l'étude du Talmud et- ait pu aussi facilement prendre naissance et pénétrer dans les esprits, si le terrain n'en eût pas été préparé à l'avance par quelques idées identiques, ayant les mêmes tendances, sans avoir toutefois la hardiesse de rompre en visière avec les partisans exclusifs du Talmud et tout un long passé?
Quelques faits articulés contre Sérène montrent que non-seulement il voulait passer pour Messie, mais qu'il agissait déjà comme réformateur. Or les idées quïl suppose et qu'il faut analyser avec circonspection semblent indiquer un mouvement analogue à celui qui, il y a dix ou vingt ans, se manifesta parmi nos frères de l'Allemagne. Il n'est pas à supposer, comme nous l'avons dit déjà pour Anan, que Sérène voulût entièrement abolir l'autorité du Talmud, dans laquelle il puisait la sienne. Sa réforme, selon toute vraisemblance, dut porter seule-
d4 mstOlRfi DES ISRAÉLITES
meai sur certains préceptes qu'il ne croyait plus obligatoires, ou que le Talmud lui-môme envisage comme d'une moindre importance. En étudiant les faits et les griefs que ses antagonistes articulent contre lui, on arrive à cette conclusioD, et on n'a pas besoin d'aller jusqu^à admettre que Séréne rompit entièrement avec ie Talmud.
En effet, que lui reprochent les partisans du Talmud? L'abolition des prières, du vin, nesekh, du second jour de fête, des contrats de mariage et des actes de répudiation, des Tréphoth et des Araijolh. Ce sont là les seuls griefs que nous connaissions aujourd'hui; et certes, s'il y avait eu des réformes plus graves et plus importantes à lui reprocher, on les eût articulées dans celte demande que Ton fit à Rabbi Nitrona!, si, pour admettre de nouveau ses disciples dans le sein de la synagogue, on devait leur imposer l'ablution comme aux non-Israélites.
Ainsi, Tabolition des prières ne peut pas et ne doit pas vouloir désigner toutes les prières"; car comment supposer que celui qui se disait fils de Dieu songeât à effacer du cœur des hommes cette communion intime qui les élève et les rapproche de Dieu?
En résumé, tirant son autorité des faitd de la Bible commentés par le Talmud, il dut conformer sa vie et ses actes aux indications messianiques, données par la traditiOT), et par suite m; pas s'en séparer non plus quant à la doctrine, comme l'a fait plus tard Aoau. Cependant, par ses réformes, quelque modérées qu'elles aient été, il dut porter atteinte à cette autorité talmudique que sa préteution d'être le Messie devait lui ftiire méuager.
Anan survint, trouvant la tradition toute faite, les esprits préparés; il formula nettement la négation de la tradition, ttrejeta complètement Tautoriié du Talmud.
niSTOItlB DES I^RAËLîTÉS 9
La secte que cdm-ci fonda, œtle des Karaftes, se se dessâna iieAeneût ^e bien filas ttîd.
Seus .^be«H€^jafar ai Mançour , DoÂ^euletBetit ils ne furent pas orppliiiyés, mais ite ^^OBsédêretft la coDtiance da g0UT«riieBieal , d'autant plus qii'it 'était porté à «urvellter avec «èvérité tes chrétiens, qtte Ton supposait IWs secrètewient à l^eiaperait d'Orient. Cette sévérité fut augmentée 'encore par leur retard à payer les !wp6t«, pour teisqwels tes églises furent mises en ^àgte et placées sous kl surreHlance des Mfs, jusqu'à té que le payement m effectué; mais il n'y a guère de violence à -Cêtofetaler. Àbdalliè, #te d'Ali, fit, it est ^aU tine campagne sanguinaire à travers ia l^yrie et la Palestine, marqua d'nn 1er brûlant^ à la main, les Juifis et tes chrétiens, pour tes dir tinguér des musuâmans; cette conduite n'était pas hahi^ tueUe, car les Jmfs eux-mêmes entrèrent dans son armée, et beaucoup ée chrétiens émigrèrent. Tel fut Tordre de Djafar, rimas^ vers 760, qui interdit tout héritage à ceux qui ne se convertiraient pas à rislamisme. li^en fut de méàie des persécuttons d' Ai-Mohdi, qui succéda à Al- Maoçour. Le mouvement généDal des ^prits amena la littérature dans la voie du progrès. Gomme Abou^Djafar cultivait iui-méme les sciences avec succès, il tes proie* geait; il appela auprès de lui les savants de l'école do Gondisapor, teur prodigua les encouragements ; grâce à ses efforts, le goût des lettres succéda, chez les Arabes, à la soif de la guerre, et <gràce à cetle tûléca&ce les études juives refleurirent K
A cette époque, le judaïsme monta de nouveau sur uli trône royal, sur celui des Khaz<ires,peuple de la Tartarie^ auquel s'étaient mêlés des Juifs^ des chrétiens et des masulmanSb Ge fui sans doute par l'effet du commwcecrois^ «ant dans oe ro^ume, si favoraMe à l'industrie^ et situii
près de la mer Caspienne, que Boulan, un chef de Kha-, zares (ou Gozare8), se laissa convertirau judaïsme^. Depuis ce moment un Juif régna constamment pendant plus de trois siècles, assisté d'un ministre juif et d*un conseil formé des divers partis religieux, car la liberté des cultes était consacrée par la loi. Pour les autres Juifs, ce royaume resta en général indifférent, et ne devint que plus tard une curiosité historique. Après cet intervalle de temps les chrétiens finirent par disputer aux Juifs la suprématie; dans la suite , l'administration ne resta plus exclusivement juive 5.
L'islamisme fleurissant sous Haroun Al-Raschid , vers 800, communiqua aussi aux Juifs ses bienfaits. Ce khalife avait un des leurs à son service comme astrologue. Il le fit exécuter plus tard, voulant démontrer ainsi qu'il ne savait rien de Tavenir, puisqu'il s'était prédit une longue vie 6. On sait que Giafar, favori du khalife, provoqua cette tin tragique de son compétiteur. On ne fut. pas plus étonné de voir l'arrivée d*un juif comme ambassadeur de Gharlemagne, et la réception favorable que lui fît Haroun, qui le congédia avec de riches présents pour son protecteur. Isaac — ainsi se nommait renvoyé— avait dû seul remplir sa mission, parce que ses compagnons^ les comtes Sansfrid et Sigismond, deux nobles chrétiens, étaient morts en route, et il obtint pour son maître la cession de Jérusalem.
A la mort d'Haroun, les Juifs, par suite du partage du royaume, entre les deux khalifats de Bagdad et de Gordoue^ furent divisés en deux fractions. Gette séparation eut quelque influence sur les écoles, parce que chaque - A6«c^-6r[(m(fca(chefde la captivité) avait son gaon préféré. Il y eut aussi deux de ces chefs simultanément, Joseph et Abraham, qui voulurent garder chacun leur indépen-"
dance réciproque. S'ils se rencontraient dans une localité, tous deux prêchaient pour affirmer leur suprématie. Cette rivalité causa des plaintes à Bagdad, et Joseph abdiqua publiquement, dans la synagogue, en faveur de son rival, ne voulant plus causer de troubles. Pendant près d'un siècle, des luttes semblables remplirent les annales des écoles. Il en résulte que le plus souvent les rabbins élurent les fils des guéonim à remplacer , pendant que le Resch-Gloutha cherchait à faire nommer ses élèves favoris. Il y avait donc lutte entre- le système des dignités héréditaires et celui ^des choix librement exprimés en dehors de ces familles de savants. C'est ainsi qu*on s'exrplique Tanimation intérieure des Juifs pour leurs affaires communales en Asie.
§ 2. — Leur histoire en France et en Angleterre a pour origine leur situation dans la grande monarchie carlovingienne, qui hésitait entre le despotisme et la forme constitutionnelle, entre les éléments des institutions passées et ceux de l'avenir, jusqu'à ce que la masse incohérente des peuples soumis au même sceptre fût classée et divisée. De Tautre côté de la Manche, les Juifs mêlés aux Anglo-Saxons subissent les persécutions du clergé, et il leur est interdit par l'archevêque d'York de se mêler aux chrétiens pendant les jours de fêtes ecclésiastiques ; ils sont ensuite soumis à diverses lois de restriction jusqu'à leur exil, prononcé par Canut.
En France, les Juifs conservèrent d'abord les libertés légales qu'ils avaient eues sous l'empire romain; mais, avec les progrès du christianisme, ils furent de plus en plus tyrannisés. De l'aveu d'un auteur cathohque, qui ne ménage pas les Juifs (le comte de Ségur), le judaïsme ne deyint superstitieux que quand le christianisme devint fanatique, au milieu des horreurs du Bas-Empire et de la
barbariQdu moyen âge. Eq dépit de la protectiob du roi, au mépris des lois et même des engagements réciproquesy ces malheureux furent en butte aux vexations de l'autorité.
La haute faveur dont les Juifs jouissaient tout récemment en Espagne, depuis que le royaume visigoth avait fait place aux mahométans, fit accuser les Juifs du midi de la France d'avoir appelé les Sarrasins pour se délivrer de la cruelle tyrannie de Tévêque de Toulouse. Cette accusation avait une apparence de fondement^ parce que, au dire des historiens, les infidèles qui s'étaient avancés jusqu'à Lyon n'avaient épargné dans leurs carnages que les Juifs seuls. Charlemagne, ayant repoussa les infidèles à son tour, ordonna que, trois fois par an, les Juifs de Toulouse recevraient un soufflet à la porte d'une église, cérémonie humiliante qui subsista longtemps encore après la mort de ce monarque. Cependant beaucoup de Juifs s'établirent en France sous son règne, attirés par la sage protection qu'il leur accordait. Il les soumit à des juges particuliers, choisis parmi les seigneurs les plus distingués et chargés de les administrer. On voit, en effet, en 828, un comte Ewrard revêtu du titre de magister Judœorum, charge importante, dont les attributions s'étendirent encore dans la suite.
En dehors de cette direction spéciale, les Juifs étaient régis par les capilulaires de Charlemagne et de ses successeurs, qui réglèrent leurs rapports avec les chrétiens, et surtout avec les représentants de l'Église. Malgré les lois et interdictions ecclésiastiques, les prélats engageaient les biens de l'Eglise, et tels étaient alors le luxe et la dépravation du clergé, qu'il ne rougissait pas de vendre aux Juifs ce que les trésors des abbayes renfermai^t de plus précieux 7. La loi s'exprima donc en ces
HISTOIRB DES ISRAÉLITES 00
termes ^ : i© Que nul Juif ne se permette de recevoir un bien quelconque de l'Église par aucun chrétien, soit à titre de gage, soit en payement d'une dette, en or, en argent ou en nne autre matière. S'il enfreignait cette défense^ qu'on iui enlève tous ses biens et qu'on lui coupe la main droite. 2» Que nul Juif ne se permette de prendre des gages d'un chrétien et encore moins de les détériorer ; s'il se permettait de faire cela^ la loi le condamnerait non-seulement à les rendre, mais encore à perdre en môme temps sa dette. 3o Nul Juif ne devra avoir chez lui de la monnaie courante, ni vendre du vin ou d'autres comestibles ; si on en trouve chez lui, on lui enlèvera ses biens et on le mettra en prison, jusqu'à notre décision ultérieure. 4^ Le serment des Juifs dans une cause chrétienne se prononcera de la manière suivante : on tracera avec un bâton un cercle autour de sa tête et de ses pieds; il devra se tenir là en prononçant le serment, porter avec son bras droit le Pentateuque dans le texte hébreu, ou au moins la traduction latine, et dire ceci : « Que Dieu me soit ainsi en aide, ce Dieu » qui a donné la loi à Moï^ sur le mont Sinaï \ qu>insl » la lèpre ne m'atteigne pas comme elle a atteint Nea- » man, et qu'ainsi la terre ne m'engloutisse comme elle » a englouti Dalhan et Abiram; pour la même cause^je » n'ai pas démérité de toi. >
Leurs voyages fréquents, leurs relations si étendues, leurs connaissances dans toutes les parties du royaumei leur dépendance du gouvernement et en même temps du clergé, enfin leur capacité et leur activité les rendirent aptes à entreprendre maintes occupations qui exigeaient de rhabileté, du goût et du savoir. C'est de là que provenait leur crédit à la cour de l'empereur et de bien d'autres princes. L'influence demi; jouit le médecin Juif
cine. Dans son commentaire sur le livre Yecîrâ, qu'il composa Tan 345 de l'hégire (955-956), il mentionne plusieurs de ses ouvrages antérieurs, notamment un traité sur le calcul indien, un traité astronomique en trois parties, probablement relatif au calendrier juif, et qu'il envoya à 'Hasdaï ben-Isaac, à Cordoue; un grand ouvrage d'astronomie dédié au khalife fatimite Ismaïl ben-al-Kayim, surnommé Al-Mançour; enfin un ou deux ouvrages de physique ou de métaphysique qu'il ne désigne pas clairement. En fait d'autres auteurs, Dounasch cite, outre Saadia, l'auteur de la logique, probablement Aristote et Thistorien Joseph ben-Gorion; Dounasch avait aussi écrit des ouvrages de médecine, et, en particulier, sur ies médicaments simples. »
C'est là, comme ou le voit, le modèle du savant en général, qui a des notious étendues sur les connaissances tant sacrées que profanes de son époque. Mais ce n'est pas encore ce qu'on appelle de nos jours un spécialiste, un homme adonné seulement à des travaux homogènes et uniformes. Cette gloire a été réservée à un savant de ce môme siècle, un peu postérieur à Dounasch, nommé R. Yona Abou'l-Walid Merv^an Ibn-Djana'h.
« Ibu-Djana'b (né vers 985 à 990), comme nous le voyons par ses écrits, avait fait de vastes études nonseulement dans la langue hébraïque, dans l'Écriture sainte et dans le Talmud, mais aussi dans la langue arabe, qu'il possédait parfaitement, et dans les sciences profanes , notamment dans la logique et la médecine. Dans sa jeunesse, il s'était essayé aussi à faire des vers hébreux, occupation alors fort à la mode parmi les beaux esprits juife, qui s'inspiraient de la poésie des Arabes et en imitaient en hébreu les différents genres, et même la forme rhythmique. Le goût de la poésie, comme des lettres et
des sciences^ s'était répandu pariiu tes Jui& é'fispa^e^, vers le milieu du x« siècle, par l'heureuse mflueiice qu'exerçait sur ses coreligiounaires \e médecin 'Hasdaï ben-Isaac, qui jouissait d'une grande considération à lar cour de Gordoue, sous 'Abd al-Ra'hman ÏII et Âi-'HaçaHr IL Ce que Jehouda al- Harizi dit à cet égard dans le Ta'hke*mont (XVIII* séance), est confirmé par Mofee ben^Ëzpa, qui dit dans son traité de rhétorique et de poétique cfup les Juifs d'Espagne n'obtinrent de "véritables succès ûm$ la poésie que vers Tan 4700 de la création (940). »
A cette époque les Juifs grandissent notablement en considération, en partie par des causes politiques, en par*' tie à cause de leur éducation par laquelle ils surpassaient les Arabes et les chrétiens. ftB étaient tellement estimés qu'un ecclésiastique-allemand, vivant à Saragosse comme Juif, engagea Abderrahmann II à forcer tous les cbré-» tiens de se convertir soit à l'islamisme soit au judaïsme; il mit le clergé chrétien en grande inquiétude, sao» toute-' fois avoir été écouté. Les Juifs, sans sacrifier la la, adoptèrent entièrement }e génie arabe. Vivant dans les? fonctions à Tinstar des nobles Arabes, ils se plaisaient kr leurs poésies gracieuses.
< A la fin du x^ siècle, la connaissance de la grammaire hébraïque reçut enfin une base solide par les tra*vaux de R. Jehouila 'Hayyoudj ou Abou Zacapy.ya Ya'hya bon Daoud, qu'Ibn Ëzra, dans ses divers ouvrages, nomme le chef des grammairiens. En efifet, quels que puissent être les succès obtenus jusqu'alors par les commentateurs et grammairiens dans Tin 1er prestation des mots et dans l'explication de certaines formes-, grammaticales y il était impossible de se rendre un> comipte exact de la nature des racines et d'une foule de formes essentielles des verbes, et de» noms» tant
qu'on ignorait absolument les règles de permutatioD; de suppression et d'assimilation, auxquelles sont soumises certaines lettres radicales qui jouent un si grand rôle dans la grammaire des langues sémitiques. Entre tous les grammairiens qui précédèrent Abou Zacaryya, iin seul, à ce qu'il paraît, Dounasch Ibn-Labrat, avait quelques notions vagues de ces règles. Mais ce fut en Espagne qu'une étude approfondie de la langue arabe t de sa grammaire portèrent les Juifs à une connaissance plus parfaite des règles de la grammaire hébraïque. »
A Cordoue, on vit se réunir les grands génies arabes ou juifs, surtout au temps des rois Hakim et Hescham, dont le ministre Al-Mançour Mohammed-ben-Abi-Amer était un protecteur éclairé des sciences et des lettres. Déjà Hakim avait reçu dans sa bibliothèque les meilleurs ttavaux des Juifs, comme un de ses successeurs y reçut la traduction arabe du Talmud. Al-Mançour eut à leur égard les mêmes sentiments.
Il n'a rien été conservé de leurs œuvres poétiques ; mais leur goût pour la poésie n'en porta pas moins ses fruits. Les savants, afin de pouvoir s'adonner au mécanisme compliqué de l'art poétique, étaient obligés d'étudier avec soin 'la grammaire arabe ; ils s'en appropriaient les divisions, les distinctions et les termes techniques pour mesurer et construire les vers hébreux d'après le rhythme des vers arabes. L'émulation qui les stimulait dans ces études les conduisit rapidement à la connaissance des règles nécessaires et agrandit leur savoir dans les travaux profanes, de sorte qu'on aborda aussi les •ciences exactes, qu'on étudia l'histoire naturelle, l'astronomie et la médecine. De môme ils cherchaient à se faire des notions exactes en géographie, et c'est là sans doute ce qui explique pourquoi 'Hasdaï tenta de se for-
mer une idée nette de la constitution du royaume Judeo- Khozare qui^ de son temps, existait encore (vers 960), et pourquoi il adressa à ce sujet une lettre au roi Joseph 3. La réponse, réelle ou supposée» donne une grande étendue de pouvoirs au monarque juif dans ce royaume, parle du rabbinisme qui y régnait et des douze rois juifs qui avaient dominé iusque-*là. Ces mômes traditions sont devenues, quelques siècles plus tard, le sujet d'une œuyre philosophique et théologique {le Cozri). En môme temps fleurit Salomon-ben-Gabirol, de Malaga, auteur d'un grand nombre de poésies synagogales, et célèbre par son œuvre philosophique^ la Source de vie^ répandue en latin et en arabe parmi les scolastiques sous le nom corrompu d'Avicebron*.
La passion de la versification poussa donc indirectement les esprits à des études pratiques, parce qu'on s'efforçait de propager par les vers plutôt des notions scientifiques que des produits de imagination. Et ainsi les chants de cette époque, tout en s'élevant parfois au sublime, sont instructifs.
§ 2. — Gomme le gouvernement perse poursuivit les Julfset les expulsa de Babylone et des environs^ la grande académie de Pumbedita se trouva détruite. Dès lors, les savants qui la composaient durent errer à Paventure et chercher à s'approcher des pays où leurs coreligionnaires pouvaient leur assurer un refuge. Le hasard voulut qu'un des plus grands docteurs de Pumbedita, B. Moïse et son fils Henoc fussent pris sur mer par des pirates et traînés sur les côtes d Espagne. Les Juifs de Gordoue les rachetèrent par charité^ sans savoir qui ils étaient, mais quand on apprit que ce bienfait avait délivré un des plus grands savants exilés de Perse, la joie fut générale ; R. Moïse |fut nommé juge de la nation et on
le prtGlaiMi maître êe Gordoue (948). Son lits fut égaicrnent diargé derenseigaeinent, ce fut alors que seforma Pacadémie de Gordooe.
Celle îDstiUitiofi acquit bientôt la renommée de celles de ia Perse et y attira k6 sayants et )es disciples. R. lioîae répandit le goût des études talmudiques que les Juifs eapagnots afaient moins cultivées jnsque-ià. Le khalife de Gordoule^ 4« nom de Hakem, favorisa le Talmud, et contribua 4 Tédat de racadémie élevée sous ses aus- IHCfS. Il ap^OQva racadémie d'avoir choisi un tel savant pour lui servir de cbef ; car on lai .avait fait comprendre qi»y grâce à l'arrivée de cet étrangler, les Juifs eepagnola n'auraient plus besoin des secours de l'Orient. Leur espoir se réalisa bientôt, et les écoles talmudiques fleurtrent promptemefit. Gomme R. Moïse voulut retournsr dans sa patrie, ie khalife sut le fixer dans sa capitale^ où ufie loole de disciples suivirent ses leçons. Gcux-ci propagèrent easuile la littérature sacrée dans les autres villes d'Sspagne ; 463 académies se formèrent ainsi h Grenade, à Tolède, à Barcelone, etc., et c'est de cette époque que date ce qu'on appelle la première école espaiool&imve.
Pnibalileaieiii Ton ne reçtit qu'à cette époque des exemplaiies du Talmod complets et coltaHonnés exacte^ BKot fiaschem ei»t une grande estime pour Tœuvre téMxe des législateais juifs ; et, soit pour la connaître, 6oH pour ia rendre accessible aux juges dans l'exercice des pceseriptioas juives» il chargea uo disciple de Moïse^ Joseph bea Isaac Statuts, de traduire cet ouvrage en arabe^ oûsaioa que cet écrivaia accomplit à la satisfae* iàOD eu roi. -^ C'est aiasi que les Juifs espagnols devia^ reat,îa&qu'ittin ceriaio point, indépendants. Leur notHe MCgiieii était fial4é ijL'étm en poseession des scienoes qui
HlSTOlRli DES ISRAÉLlïiiS 111
les distinguaient et de s^approprier aussi celles des Arabes. Dès lors, cette conscience de soi-môme forme un des principaux traits caractéristiques des Juifs de la Péninsule, surtout sous le pouvoir musulman; et malgré les oppressions^ elle leur donne un maintien plus libre, des mœurs élevées et une fécondité de travaux intellectuels qui, plus tard, en exil et dans leurs nouvelles résidences, font Tobjet de Tadmiration générale.
A la mort de Hasdaï, le-^ partis furent divisés : les uns se déclarèrent pour Hénoc,fîls de Mosô, les autres pour Joseph Stanas, qui protégeait sans doute l'éducation arabe contre le Talmud et croyait que son érudition justifiait ses prétentions aux fonctions de rabbin supérieur des communautés espagnoles. Après maintes luttes, Hénoc fut nommé à l'unanimité (998) ; Joseph Stanas, qui persista dans son opposition, fut mis en analhéme. En vain il lit des démarches auprès de Haschem et d'autres amis puissants pour se mettre à l'abri de cette hostilité^ il se vit forcé d'abandonner son pays. Il voulut fuir à Purabedita pour gagner les faveurs de Haï-Gaou, comme ennemi des rabbins qui avaient produit le schisme des écoles babyloniennes. Mais cette tentative ne réussit pas davantage, et il mourut sans gloire à Damas. Pendant ce 4emps la lutte continua, et deux frères, Jacob et Joseph Gav, fabricants de soieries, gagnèrent le visir du roi par de riches présents ; Jacob Gav fut en conséquence nommé chef temporel des Juifs et successeur de Hasdaï. Jacob ordonna aussitôt à Hénoc de se désister de toute tendance juridique, et écrivit à Joseph Stanas. Mafs celuici crut indigne de vaincre ses adversaires par de tels moyens et refusa de se rendre à cet appel. Sur ce, Jacob fut mis en prison par Al-Mansour, pour n'avoir pas assez obligé ses administrés è enrichir le trésor royal. Peu de
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jours après, il fut libéré et relâché par le roi ; mais cet incident suffit pour calmer ses sentiments à Tégard d'Hi5noc, qui put remplir désormais ses fonctions sans ôlre inquiété. Désintéressé et impartial, Hénoch obtint une renommée méritée. Il mourut après un service de plus de quinze ans (1015) en tombant du haut d'une chambre intérieure de la synagogue,le dernier jour de la fôle des tabernacles. Ses consultations juridiques furent encore estimées plus tard, mais il ne reste plus rien des œuvres écrites par lui.
§ 3. — C'est dans l'Espagne presque seule que les Juifs jouirent de cette liberté d'allures, tandis qu'en Italie comme en France ils n'avaient qu'à se débattre au milieu du régime féodal. « Diversement traités par leurs divers maîtres, ils étaient constamment abreuvés de dégoûts. Là, ils étaient livrés à l'arbitraire d'un seigneur ; ici, ils gémissaient sous le joug intolérant d'un évoque. Les rois, dans leurs libéralités, leur donnaient des maîtres selon leur caprice. Ainsi nous voyons Louis, roi de Provence, confirmant Manassé, archevêque d'Arles, dans la propriété de ce que tous ses prédécesseurs avaient obtenu des précédents rois de Provence, et notamment des Juifs qui vivaient sur ses terres^. Nous trouvons à cette époque une foule de donations du môme genre, fruit du régime féodal.
» En Italie, leur position était la môme, mais dans cette contrée, ils continuaient à explorer le commerce avec avantage. Si dans le centre de l'Italie, en efiTet, la féodalité leur faisait sentir la dureté de ses liens, dans les républiques commerçantes ils continuaient à vivre paisibles. Au xe siècle, nous ne voyons pas qu'ils aient été persécutés en Italie. L'invasion des Sarrasins dans cette contrée ne dut pas être pour eux un événement indiffé-
rent. Les troubles qui en furent la suite leur apportèrent quelques années de repos, s'il est permis d'appeler ainsi des années passées au milieu des horreurs de la guerre. Mais telle était la condition des Juifs que le repos semblait n'être pas fait peureux, et que les troubles suscités par la guerre pouvaieiit seuls les mettre à couvert des maux que le fanatisme leur prodiguait. L'invasion des Sarrasins en Italie dut contribuer à augmenter le nombre des Juifs dans cette contrée.
» Celte circonstance ne fut pas perdue pour les sciences; c'est en effet à cette époque que se rattache la fondation de l'école de Salerne, qui put rivaliser de gloire avec celle de Montpellier. Les premiers professeurs qui y enseignèrent furent des Arabes et des Juifs. Ils attirèrent un nombre considérable d'élèves ; et pour s'accommoder aux besoins de ces élèves qui ne parlaient pas tous la môme langue, les cours se firent en latin, en grec, en arabe et en hébreu. C'est en cette dernière langue que professait le Juif Elisée. L'école de Salerne est une des traces les plus brillantes que les Juifs et les Arabes aient laissée en Italie *, elle a rendu d'éminents ser^ vices à la médecine, et* là, comme dans le midi de la France, l'étude de la médecine a été un acheminement à la renaissance des lettres. Lorsque, ily a à peine quelques siècles, on persécutait les Juifs avec tant d'acharnement, on ne se doutait pas que les hommes qu'on proscrivait avaient attaché leur nom à tout ce qui s'était fait de grand et d'utile dans le moyen âge.
» Au xo siècle, les républiques de Venise et de Gênes continuaient à fixer l'attention du midi de l'Europe par leur importance commerciale. Dans les siècles précédents^ les Juifs occupaient les premiers rangs parmi ceux qui concouraient à l'éclat du commerce^ dans ces
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deux villes. Ils ne perdirent pas, dans les siècles Euivants, la position qu'ils s'étaient acquise; ils étendirent môme aux autres villes de l'Italie celte supériorité dont ils jouissaient à Venise et à Gènes, et Uvourne les vit bientôt se placer à la tête du commerce. On citait à cette époque en Italie des Juifs possédant d'immenses richesses, entre autres un nommé Pierre Lebon, qui avait changé de religion. Son fils devint anti-pape Eousle nom d'Anaclet.
» Ainsi l'Italie était toujours pour eux, par rapport au commerce, ce que l'Espagne et le midi de la France étaient pour les sciences. Il ne devait pourtant pas leur être permis de jouir longtemps sans trouble de leur supériorité dans ces diverses contrées. Dans les républiques commerçantes, les chrétiens n'étaient pas aussi arriérés que dans les autres Etats; les Juifs commençaient à trouver en eux des concurrents, et déjà, au xe siècle, on songeait à exploiter leur qualité de Juifs pour leur susciter des entraves. C'est ainsi que Venise nous offre, à cette époque, une loi qui défend aux maîtres de navires de prendre à bord des Juifs et des marchands étrangers. Cette loi, qui est peut-être moins un acte d'intolérance qu'une mesure prise par des commerçants qui voulaient se défaire de concurrents redoutables, dut être facilement éludée; aussi elle n'empêcha pas les Juifs de conserver longtemps à Venise leur importance commerciale.»
On n'ignore pas qu'on leur doit, peut-être dès cette époque, la création des banques, de même qu'on leur fut redevable plus tard de la fondation des monts-de-piété.
§ 4. — En Orient, et notamment en Perse, les Juifs jouissaient du privilège, accordé depuis des siècles, d'élire leur chef suprême, nommé Resch-Gloutha (prince de la captivité), choisi parmi les savants les plus élevés et
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qui avait le pouvoir d'instiiuer les rabbias. -^ Au x* mé* de, leResch-GUnUha David ben ZaccaK (910) nomma comme chef de Sora, — où s'éteignit la aoucho des lavanti» — un homme d'origine obscure^ Yom«^Tobi qui avait été tisserand. Le mécontentement d'avoir on maitie inexpé^ rimenté fut tel que cette ville cesea presque compiôte^ ment d'étudier pendant dix-sept ans. Bientôt après la nomination de ee chef, Pumbedita sa trouva dans \€ même cas. Pour ne pas subir de la part du Frûicû uni direction aussi imparfaite, on choisit, sans son agrément^ Mobasser, fils d'un ancien rabbin de cette ville. David, blessé de cette mesure, institua le juge ou Cohen^Cedek comme chef d'école ou gaon^. Les partis reprirent leurs querelles, et le Re$ch^lamha dut céder^ malgré la pré« férence qu'il avait pour le successeur de Mobasser. Ga Cohiu-Cedek (930) acquit de Timportance aupréè da prince, parce qu'il avait fait à roriglne de Topposition à l'élection de David, et qu'il avait fallu beaucoup de peina pour la contrebalancer. Il dut donc avoir, déjà aupara** vant, une grande influence. Son opposition s'était basée sur ce point que David était un parent du précédent Resch'Gloutha du nom d'Oukba^. Celui-ci avait été déposé par le khalife Al^Mamoun, fils d'Haroun, sur la plainte des rabbins, pour avoir prélevé injustement dee revenus du Khorassan qui ne lui appartenaient pas. Il flt en vain des tentatives réitérées pour gagner la sympathie du khalife par de beaux vers ; il n'obtint de lui qu'une lettre de recommandation aux rabbins de Sera, sur rop«* position desquels il se vit réduit à quitter complètement le pays. C'est à peine si le nouvel élu, David, haï comme parent du dernier, parvint d gagner rassentimsnt géné^ rai ; il eut désormais pour principe de se montrer digne de ses protecteurs. 11 est probable qu'il vécut d'accord
ayec rastroQome Mascbahata qui, à la cour, était trèsconsidéré, pour se conserver les faveurs du khalife. David adopta une conduite arbitraire, comptant sur la faveur du khalife. Lorsque le tisserand mourut, les Soraniens craignirent de nouveau un acte de violence. Ils proposèrent deux hommes , Saadia ben Joseph , de Fayoum, en Egypte, et Gemach; l'un à cause de ses con- . naissances peu ordinaires, l'autre plutôt à cause de sa descendance d'anciens chefs. Déjà David chancelait et proposait le gaonoÀ à un de ses favoris, qui le refusa et lui conseilla de choisir Gemach; mais il se décida à ce qu'il parait pour Saadia, précisément pour ne pas reconnaître de droit héréditaire. Gelui-ci (né en 892) arriva à Sera au mois d'Iyar 4688 (mai 9218). Mais, deux ans après, une violente querelle naquit entre lui et David ben Zaccaï^. Saadia fit des démarches auprès du khalife Âlmoktadir»Billah, pour faire transférer la dignité de nasi à Josias, frère de David. L'affaire fut portée devant une assemblée de vizirs et de khadis, présidée par le grandvizit Ali-ben-Isa. A la suite de ce fait il resta caché pendant sept ans, et ce fut à cette époque, dit-on, qu'il écrivit la plupart de ses ouvrages. Grâce à l'intervention d'un ami commun^ il se réconcilia avec le nasi; il put revenir à Sora^ mais il mourut cinq ans après, en 942, à l'Âge de cinquante ans. Théologien, grammairien et exégète, Saadia composa une série d'ouvrages dont malheureusement il ne nous reste plus qu'un petit nombre. Par ses écrits il s'est rendu célèbre, non-seulement parmi les Juifs, mais aussi parmi les Musulmans. Plusieurs auteurs arabes, et entre autres le célèbre Masoudi, ea parlent avec grand éloge.
Il agit aussi par son exemple sur d'autres savants, et il développa la liberté de penser. 11 eut des rapports avec
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des Karaïtes, surtout avec le savant Salmon ben leroucham, son maître, avec lequel il eut une discussion sur la nécessité de la tradition. Nous ne possédons pas d'écrit de lui à cet égard, mais on voit, par quelques vers de Salmon, qu'il y a eu lutte entre lui et Saadia^. Cette polémique intéressa d'autant plus à cette époque d'études grammaticales, que par elle on arrivait à une exégèse nouvelle. Ce qui montre quel fut Téclat de ces études en Perse, sïns doute par la propagation de la philosophie d'Arislote, c'est l'apparition d'autres grammairiens remarquables, entre autres Adonim ben Thamim.
Tout resta longtemps dans cet état pour les Juifs, sans qu'ils fussent inquiétés de la part du gouvernement. Il n'y a qu'à noter les persécutions des dignitaires chargés des monnaies, sous Molawakel-Billah, et quelques restrictions que subirent les Juifs et les chrétiens de ee khalifat, telles que la défense d'être élevés à un poste public ou de monter à cheval; on ne leur accordait comme monture que l'âne et le mulet sans selle. L'ordre suivant lequel ils durent porter une ceinture de cuir, en signe de distinction, et indiquer leurs maisons par des images de porcs, de démons et de singes, n'a pas dû être mis en pratique dans les grandes agglomérations de Juifs.
Les derniers savants encore célèbres à cette époque sont Scherira et Haï. Le premier est connu avantageusement comme auteur d'un résumé succinct de Thistoire de ses prédécesseurs célèbres, et son fils par une correspondance étendue, ainsi que par son zèle pour l'érudition talmudique contre les admirateurs exclusifs de la philosophie. Ceux-ci étaient protégés par son savant beau-père, Samuel ben-Chofni> professeur à Sora, bien qu'il ne fût nullement versé dans cette science. Haï écrivit consld^S-
rablenient, tant en arube qu'en langue rabbinique ; il n^interprétait et n'expliquait le plus souvent que des passages talmudiques, et penchait^ ainsi que son père, en faveur de la philosophie. Eu outre, il écrivit en vers des œuvres de liaguistique, d'herméneutique et de morale. Ses œuvres ont été appréciées de bonne heure à leur juste valeur. Mais plus le gaon se livre à la littérature^ plus cette occupation nous prouve l'état d'arrêt de l'ensejgnement public, autrefois si vaste, si animé, et la nécessité de mettre les leçons par écrit, à défaut d*inslruction orale. En effet, les yeux de tant de contemporains étaient fixés sur ce maître remarquable, non pas seuletnent comme représentant local des études talmudiques, mais surtout pour ses connaissances universelles.
Scherira s'acquit une telle considération par son érudition et sa science du droit, qu'il fut regardé comme le seul chef digne du titre de gaon ; et, probablement par suite de la vacance des autres fonctions, il les réunit toutes trois en sa personne. Plus tard, à cause de soa grand âge, il s'adjoignit son fils Haï, comme directeur des communautés. Cette puissance croissante, qu'on a pu prendre pour une usurpation, explique les plaintes de ses ennemis, qui engagèrent le khalife Ahmet-Kadher à emprisonner Scherira avec son fils, à confisquer ses biens, et enfin à le faire exécuter dans son extrême vieillesse (997). Mais Haï fut relâché, et il conserva ses fonctions quarante ans, jusqu'au moment de sa mort^o. On nomma alors à la dignité de Resch-Glouiha Hiskiah (Ezéchias), petit-flls de David, qui persécuta sans doute les partisans de ses prédécesseurs, car, l'année suivante, il fut mis à mottpar le khalife Abdallah-Kaïm-Beemriilah. Ses deux, fils prirent la fuite, et le patriarcal s'éteignit. H y a
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aoaBi lieu de supposer qu'un grand nombre de Juifs éint<^ grèrent alors de l'Orient en Afrique et en Espagne. Ge fui là la cause de rioauccès d'un savant espagnol, Isaac ben Mos6 ben Sichni, qui tenta de relever de sa chute la cbaire de Haï-Gaon à Pumbedila* Aiosi, ' dans ie gou* vernement du khalife dont l'autorité diminuait journellement, on vit l'état des Juifs empirer, et leur influence sur leurs frères éloignés se perd de plus en plus.
Depuis la fin du patriarcat, poste dangereux auquel personne ne voulut plus se présenter, les Juifs asiatiques cessèrent d'être rattachés par un lien central. Les corn*munautés isolées s'acquittaient de leurs impOts par l'in^ termédiaire de représentants; elles purent se maintenir intactes pendant les grandes guerres qui séparaient entre elles les contrées de l'Asie. A peine sont-elles mentionnées dans l'histoire, et les descriptions de voyages en parlent seules encore.
De môme, au point de vue religieux, l'école du Gaon ou chef des études, formait un petit synhédrin, et comptait toujours soixante-dix maîtres, qui dans les mois d'Ëloul et d'Adar donnaient séance tous les jours. Aux jours de sabbat de ces mois, on faisait des examens, suivant lesquels on récompensait par des revenus les auditeurs les plus distingués. Cette coutume était renouvelée de l'ancien mode, d'après lequel le Talmud fut établi. L'activité des auditeurs consistait maintenant plutôt à interpréter le Talmud qu'à formuler de nouvelles lois et elle puise son importance dans l'unité, qu'elle a maintenue.
Isolés de plus en plus du reste de leurs coreligionnaires, depuis la décadence des écoles rabbiniques d'Orient, vers la G n du x® siècle, les Juifs persans s'effacent peu à peu dans l'histoire. Ils restent en dehors de la
yie littéraire, si active et si brillante des Juifs arabes. Les seuls travaux littéraires que nous connaissions d*eux sont les versions persanes de la Bible, en langue vulgairCt qui nous servent de documents historiques ^^. Elles montrent que les études religieuses, du moins, n'étaient pas entièrement négligées en Perse, et la méthode d'exégèse, adoptée dans ces versions, prouve que les Juifs de Perse étaient restés fidèles aux traditions rabbiniques, qui avaient reçu dans ce pays de si grands développements. L'usage de la lecture publique en langue vulgaire, faite par l'interprète dans les synagogues, existait encore en Perse après avoir été aboli dans les autres pays ; et les rabbins persans du xiu« siècle introdiiisaient dans le culte la langue nationale.