‹ Histoire des Israélites depuis d'édification du second temple jusqu'à nos joursChapitre 4 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

§ i. — Après l'édification du second temple de Jérusalem, le fait le plus important, par ses conséquences, qui se soit accompli en Palestine, c'est l'arrivée d'Alexandre le Grand.

A l'approche du héros macédonien (332) les peuples de l' Asie-Mineure, et surtout les Juifs, n'avaient aucune raison de lui résister, car ils ne devaient pas avoir d'altacheraent particulier pour les despotes de la Perse, et ils avaient trop eu à souffrir de la part des satrapes pour ne pas saluer avec bonheur un nouveau maître. Aussi lorsque, après ses premières victoires, Alexandre arriva jusqu'en Syrie, pour se rendre de là en Égypte, aucun pays, à l'exception des villes de Tyr et de Gaza, ne lui fit opposition. Le grand-prêtre et régent Jaddoua, comme premier dignitaire et représentant du judaïsme, alla au-devant de lui, le reçut avec pompe, et intercéda auprès de lui pour obtenir la liberté du culte *. Le conquérant la lui accorda et y ajouta môme la dispense de tout impôt pendant l'année sabbatique (ou 7 e ), parce qu'en cette année le défaut de récolte ne permettait pas aux Juifs de fournir des vivres. Lorsque Alexandre partit pour l'Egypte (331), il remit entre les mains de son lieutenant Andromaque le gouvernement de la Syrie, dont faisaient alors partie la Judée et la Samarie.

Pendant la conquête del'Égypte,les rivalités religieuses qui divisaient les Juifs et les Samaritains lirent éclater une émeute à Sarnarie. Les villes deLydda, de Ramathaïm et d'Ephraïui(Apherema),quise trouvaient sur les limites de la Samarie et de la Judée, étaient revendiquées par ces deux peuples à la fois. A l'arrivée du gouverneur Andromaque, qui vint s'interposer comme médiateur, les Samaritains se soulevèrent contre lui et le mirent a mort. Lorsque Alexandre apprit ce crime, il se rendit en toute hâte sur le théâtre des événements, se fit livrer les instigateurs, les fit exécuter, transporta les habitants de Samarie à Sichem et leur substitua une colonie macédonienne. Par contre, il récompensa la modération des Juifs, par l'agrandissement de leur territoire et par le don de ces mômes villes contestées. Mais les Juifs ne jouirent pas longtemps de cette faveur, et les Samaritains ne tardèrent pas, sous le h'is de Jaddoua, à reprendre ces limites et à se venger de leurs adversaires.

Ainsi Alexandre favorisait les Juifs, qui, à leur tour, lui fournirent des soldais et l'aidèrent dans ses projets de conquête. La première rencontre entre les Juifs et les Grecs fut donc toute pacifique et ne pouvait pas faire prévoir alors la lutte prochaine.

A la mort d'Alexandre (323), la Judée tomba au pouvoir de Laomédon, de Mitylône, un des généraux du conquérant. Mais il fut bientôt renversé par Ptolémée Soter, le roi d'Egypte, qui s'empara de la Syrie tout entière. Ce dernier s'avança vers Jérusalem, livra un assaut à Ja ville un jour de sabbat 2 et y entra (320) sans éprouver de résistance de la part des habitants, qui, par un scrupule exagéré, n'avaient osé profaner la sainteté du jour, même pour la défense de leur nationalité. Il emmena un grand nombre de prisonniers qu'il envoya principalement à

Alexandrie et à Cyrène. Peu de temps après, adoptant uue politique à la fois plus humaine et plus habile, il résolut de gagner le peuple juif à sa cause, enrôla en Judée une armée de 30,000 hommes, et étouffa ainsi, dans les premières garnisons de cette contrée, tout germe de révolte ou de sédition. La Syrie et la Judée ne purent donc échapper à l'anarchie épouvantable, pendant tout le temps des guerres acharnées que se livrèrent entre eux les généraux et les successeurs d'Alexandre. Deux fois, ces provinces tombèrent sous la domination d'Antigone, et deux fois elles furent conquises par Plolémée, à qui elles restèrent définitivement, après la défaite complète d'Antigone à Ipsus (301). Les villes maritimes de Joppé, Gaza et Tyr furent les points en litige, et elles eurent le plus à souffrir; tandis que la capitale, elle-même, semblait échapper miraculeusement aux horreurs de la guerre civile. — Pendant cette époque de lutter intestines, le grand-prètre Onias était chargé de la gestion des affaires publiques, quoique à peine âgé de vingt et un ans.

Son lils et successeur, vers 300, fut Simon le Juste, qui jouit, à juste titre, d'une grande célébrité. Il releva les murs de Jérusalem ruinés par les ravages de ces guerres civiles, et désormais la ville ne fut plus exposée à l'irruption soudaine de l'ennemi. 11 fortifia aussi le temple, répara les parties qui avaient souffert, posa les fondements de la galerie extérieure, fit élargir le réservoir d'eau, qu'il changea eu canal, pour éviter une disette d'eau en cas de siège. Depuis ce temps le temple ne manqua pas d'eau, résultat qui, dans un tel climat, faisait l'admiration des étrangers 3 .

Les règnes suivants furent assez calmes. C'est Ptolémée Philadelphe, de 284 à 217, qui a provoqué, dit-on, la pre-

mière traduction de la Bible en grec, dite des Septante; sous Évergète, l'habileté de Joseph, neveu du grandprêtre Onias II. préserva la Palestine d'une invasion, et apaisa le roi d'Égypte qui se plaignait de la négligence a fournir les impôts *. Cette sage administration subsista jusqu'à l'avènement d' Antiochus M le Grand, qui, après avoir affranchi la Syrie, voulut aussi s'emparer de la Judée Ptolémée Philopator le vainquit à Raphia, et Ut de somptueux présents au temple de Jérusalem, après avoir tenté en vain, de pénétrer dans le saint des saints. Le roi de Syrie fit une seconde tentative contre la Judée: déjà le général égyptien Scopas avait repris Jérusalem pour la défendre. Mais Antiochus le vainquit près du Jourdain, rentra à Jérusalem et se montra très-favorable à la nation juive. En mariant sa fille Cléopàtre au jeune roi d'Égypte, il lui donna pour dot la Célésyrie et la Judée, avec la moitié des revenus de ces pays 5 .

L'étranger s'implanta de plus en plus; après les Grecs et les Égyptiens, les Syriens s'y fixèrent, à la faveur des rivalités et des guerres civiles. La lutte entre Joseph, fils de Tobias le percepteur, et le grand-prètre, les dilapidations de son plus jeune fils Hyrcan, l'inimitié entre le grand-prêtre Onias et le benjamite Simon, gouverneur du temple, furent autant de causes pour attirer l'ennemi. A la mort de Séleucus, empoisonné par Héliodore, celuici espéra s'emparer du trône de Syrie, en l'absence du fils et héritier Démétrius, retenu à Rôme comme otage. Mais son frère Antiochus IV, surnommé Épiphanes (illustre), survient, expulse Héliodore, et, pour inaugurer son règne, accepte les offres d'argent du prêtre Josua ou Jason, et retient captif le grand-prêtre Onias. Puis il s'avance vers l'Égypte qu'il soumet. Pendant ce temps, sur le "faux bruit de sa mort, Jason avait voulu s'emparer du

pouvoir ; mais Antfochus, à son retour, en est averti ; il prend Jérusalem, tue un grand nombre d'hommes, fait beaucoup de prisonniers, dicte des édits sur l'uniformité du culte, qui eussent anéanti la religion juive, sans le secours miraculeux des Machabées.

On connaît la lutte héroïque des cinq, fils de Matalhias pour la défense de la foi et de la patrie. A la mort de leur père en 166, sur le mont Modin, où il s'était retiré, ils rassemblent une petite troupe d'élite, battent successivement les généraux Apollonius, Seron, Nicanor, Lysias. Le vaillant Juda entre à Jérusalem, purifie le temple et institue la fête de hanuca (inauguration). Puis il envoie son frère Siméon défendre la Galilée, tandis qu'il va avec son frère Jonathan attaquer les Giléadites, dont il prend plusieurs villes. La garde de la Judée avait été confiée à Joseph et à Azariah, qui, par imprudence, furent battus; mais Juda revint et les vengea. Sur l'avis des transfuges, le nouveau roi de Syrie l'attaque encore avec des forces immenses; le général juif en soutient le choc, après avoir perdu son frère Éléazar, et conclut la paix. La trahison du prêtre Alcime, soutenu par Bacchide, rallume la guerre; mais les troupes de Démétrius, commandées par Nicanor, sont battues et leur chef est tué. Pour assurer l'avenir, le vainqueur s'allie à Rome ; mais Démétrius, sans attendre les ordres du sénat qui lui défendait topte attaque, marche sur Jérusalem, effraye par son nombre l'armée juive dont il ne resta que 800 hommes. Juda tombe victime de son courage et de son dévouement. Sa mort plonge dans le deuil tout Israël, qui choisit Jonathan pour chef.

A peine le nouveau général s'est-il retiré à Thecoa, qu'il perd son frère Johanan ou Jean, tué, en escortant des bagages, par la tribu arabe des Beni-Amr ; plus lard,

il fut tiré vengeance de ce meurtre. Après avoir, de concert avec son frère, remporté de nouveaux avantages sur Bacchide, il conclut une paix qui dura quatre ans. Démétrius le nomme commandant de la Judée, puis le rival de Démétrius, Alexandre-Balas, le choisit comme souverain pontife en 453. Jonallian resta fidèle à Alexandre sous l'insurrection du lils ainô de Démélrius Soter en 147, et malgré les menaces d'Apollonius, il combattit les rebelles. Les usurpateurs se succédaient sur le trône de Syrie, quand Tryphon, gouvernant au nom du jeune Anliochus VI (Tlieos), atlira Jonathan dans un guet-apens à Ptolémaïde, tua ses compagnons et le retint prisonnier. Il Ht dire à Siméon, qui se préparait au combat, qu'il délivrerait son frère si on lui payait une rançon de cent talents et lui envoyait les deux lils de Jonathan en otages.

C'était une nouvelle perfidie; malgré la rançon, Jonathan fut assassiné. Après la mort du jeune roi Antioehus, les Juifs s'allièrent à Démétrius, qui fit de Siméon le prince indépendan t de la Judée en 142. Siméon mit la garnison syrienne de Jérusalem dans la nécessité de capituler, et son fils Jean Hyrcan, nommé général en chef, remporta, pour son premier fait d'armes, une victoire éclatante sur le général syrien Cendébée. Après quelques années de paix, une nouvelle trahison Yint affliger la Judée rlHolômée attira son beau-père Siméon avec sa famille dans son château et l'assassina. Jean Hyrcan, qui avait pu échapper au danger, se rendit à Jérusalem, où il fut nommé successeur de Siméon, sous le titre de roi. Après avoir assiégé en vain le château du meurtrier, qui, pour le détourner de l'assaut, torturait ses frères, il partit puur la défense de Jérusalem, attaquée par les troupes d'Antiochus Sidètes. Il obtint une capitulation honorable eu payant un large tribut. Aussi, quatre ans après, Hyr-

can sert au roi de Syrie de vaillant auxiliaire dans sa marche contre le roi des Parthes. Après avoir réuni à la Judée plusieurs villes de Pérée, il conquit l'ldumée;il continua à profiter des guerres civiles de la Syrie et fit prendre Saraarie par ses deux lils Aristobulc et Antigone en 109. Ainsi maître de tout le territoire, le roi eût terminé sa vie paisiblement s'il ne s'était mêlé aux querellesdes partis qui surgissaient alors : d'abord pharisien, il se rejeta sur le parti sadducéen, à la suite d'un outrage public, et perdit ainsi la popularité. A sa mort, en 105, son lils aîné, Arislobule I, s'empara du pouvoir, malgré le testament d'Hyr an, qui nommait régente la reinemère; il la jette en prison avec ses frères, faisant une exception pour Antigone. Mais celui-ci, au retour de la conquête d'Iturée, fut assassiné par suite d'une trahison de la reine Salomé-Alexandra; le roi en mourut de chagrin.

Aussitôt après, ses frères captifs furent mis en liberté, et Alexandre-Jannée devint rbi en lOi. Son caractère aventureux, irréfléchi, le poussa aux guerres; le rci égyptien Lalhyre battit ses troupes, et l'eût réduit à la dernière extrémité sans le secours de Cléopàlre. Des guerres fréquentes et infructueuses mécontentèrent les Juifs; pour réprimer les murmures qui avaient surgi au temple un jour de fête, Alexandre fit tuer 6,000 hommes. Des guerres civiles éclatèrent: il les étouffa dans le sang.

Enfin, épuisé par ses luttes continuelles et ses excès, il succomba en 78, après avoir conseillé à la reine de se rallier aux pharisiens; leur chef était Simon bcn-Schetach, parent de la reine.

Alexandra gouverna sous leurs auspices, et de ses deux fils, l'ainé, Ifyrcan II,d'uu naturel pacifique, devint grandprêtre, et Aristobulc H, d'un caractère belliqueux, fui

nommé commandant en chef des armées. Celui-ci protégea les sadducéens, leur obtint, pour leur assurer un refuge, plusieurs forteresses à garder. A la mort de sa mère (69) Hyrcan II, quoique nommé héritier du pouvoir, céda facilement le trône à son frère. Cette transaction devait assurer la paix ; mais elle fut bientôt troublée par Fiduméen Antipater, qui lit entrevoir à Hyrcan des dangers imaginaires, et l'engagea à se réfugier auprès d'Arétas, roi d'Arabie. Celui-ci vint, avec 50,000 hommes, assiéger Jérusalem et le temple. Aristobule, qui s'y était retranché, eût été vaincu sans un secours inattendu, fourni par les événements de Syrie : Pompée, après avoir combattu Mithridate, puis Tigrane, envoya son général Scaurus occuper Damas en 64 ; de là celui-ci se rendit en Judée, attiré par la guerre civile. Sollicité par les deux partis qui lui offraient le môme prix, il opta pour le riche et fort Aristobule et signifia à l'armée arabe de se retirer. La paix eût été faite sans les nouvelles intrigues d' Antipater, qui se rendit auprès de Pompée et le gagna aux intérêts d 'Hyrcan. Aristobule répliqua par des* présents, et le romain ajourna sa décision. Aristobule essaya ensuite d'acheter la paix à prix d'or; mais le peuple refusa de ratifier ce marché, et Jérusalem fut assiégée. Les partisans de ce prince défendirent leMorià,et après un siège de trois mois, la principale tour de défense fut abattue. Les Romains y pénétrèrent, tuèrent près de 12,000 hommes et amenèrent captifs le roi avec ses fils. Hyrcan II resta grand-prétre, et Antipater gouverna en son nom.

Ce dernier, ayant tiré Scaurus d'embarras (62), en lui fournissant des vivre3, s'assura la protection des Romains; et lorsque, en 57, Alexandre II, fils d' Aristobule, voulut reconquérir son royaume, Gabinius fut appelé de Syrie pour combattre ce prince, qui, assiégé dans Alexan-

drion, dut capituler. L'année suivante, Aristobule et son iils Anligone firent les mômes tentatives; ils furent battus par Siseuna, (ils deGabinius. Le même sort fut réservé à Alexandre, qui, après avoir assiégé les Romains à Garizim, vit son armée défaite au mont Thabor, et dut s'enfuir. EnGn, les concussions des proconsuls Gabinius et Grassus causèrent des soulèvements dont Aristobule voulut tirer parti; mais il fut défait à Tarichée, et de là emmené comme captif à Rome.

§ 2. — César, devenu maître de la république en 45, envoya Aristobule en Judée, le chargeant de la reconquérir sur Pompée; mais l'ex-roi des Juifs fut empoisonné en route. A son arrivée en Syrie, César se montra reconnaissant des services qu'Antipaler lui avait rendus eu Egypte, et le nomma procurateur de la Judée. Cet iduméen partagea l'autorité avec ses deux fils : PhasaCl fut gouverneur de Jérusalem et du sud, Hérode administra la Galilée. Celui-ci, d'un caractère énergique, s'était rendu maitre d'une bande de brigands qu'il exécuta sans jugement; ce fait excita les plaintes du Synhedrin ou tribunal, et mit sa vie en danger; mais il échappa, grâce à l'intervention de Sextus César auprès d'Hyrcan, et il réserva sa vengeance jusqu'à l'époque de son élévation au trône.

Un certain Malien, jaloux de la puissance du parti iduméen, empoisonna Antipaler. Hérode vengea son père en attirant l'assassin dans un guet-apens, où il le lit tuer. Pour arriver à exécuter ses projets ambitieux, il s'allia aux Hasraonéens en épousant Mariamne,petile-lille d'Hyrcan. Il parvint aussi à gagner la bienveillance du triumvir Antoine, venu en Asie en 41, et il fut nommé par lui tétrarque. Profilant des troubles civils et soutenu par les Parthcs que commandait Pacorus, Antigone se maintint

encore quelque temps à Jérusalem. Mais ses excès lui firent perdre la popularité de ses sujets, etllérode, réfugié à Masada, se fit nommer à Rome roi de Judée (39). Il la conquit par petites portions, et ne pouvant alors attaquer Jérusalem, il lutta contre Antigone et s'empara enfin de la capitale en 37, où il signala son avènement par d'effroyables carnages. Il n'épargna, dans le synhédrin, que Hillel et Schammaï, ces deux chefs d'école qui, par passion pour leurs études, ne se mêlèrent pas au mouvement politique.

Le règne de cet usurpateur ne s'appuya que sur la force. Après de nombreux massacres, il lit périr les deux derniers rejetons des Ilasmonéens, Arislobule III, jeune prince désigné pour le pontificat, et plus tard sa propre femme Mariamne. Poursuivi par ses remords, il chercha des distractions dans quelques guerres, vainquit l'arabe Malien, (il lâchement assassiner l'octogénaire Hyrcan, tenta l'introduction des théâtres et des jeux romains en Judée, distribua des vivres lors d'une famine, et reconstruisit enfin, avec beaucoup de pompe et d'ostentation, le temple de Jérusalem. Cependant ses troubles domestiques augmentèrent ; il se rendit de nouveau à Home, et, ù sou retour, il chassa les brigands qui infestaient la Trachonitide. Après avoir faussement soupçonné de rébellion les fils de Mariamne, il vit son # fils Anlipater conspirer contre lui; son frère Pheroras fut empoisonné, et il mourut luimôme d'une maladie terrible.

Pendant que ses lils Archélauset Anlipas vont à Rome, faire valoir leurs droits à la succession au trône, l'anarchie règne en Judée. Le gouverneur Sabinus, pour avoir usurpé le pouvoir, est attaqué par les Juifs; en outre, le chef de brigands Judas, fils d'Ezéchias, l'ancien esclave Simon et le berger Athronge, avec ses quatre frères, ra-

vagèreut le pays. Varus dispersa les rebelles, en crucifia 2,000, y compris les chefs/ et Auguste partagea la Judée entre les deux prétendants. La paix qui s'ensuivit donna lieu à l'embellissement ou à la fondation de plusieurs villes; mais Archélaus, s'élant attiré la haine du peuple, par sa conduite, fut exilé à Vienne, en Gaule,et son territoire fut réduit en province romaine. Le recensement qu'on 6t peu de temps après excita une émeute populaire, qui ne fut calmée qu'avec peine ; et dès ce moment naquit le parti des zélateurs, sous l'impulsion de Zadoc et de Juda le Gaulonite.

Les télrarques Hérode-Antipas et Philippe gagnèrent les bonnes grâces de Tibère, et élevèrent en son honneur la ville de Tibériade. En Judée, Ponce-Pilate succéda, en l'an 20, au gouverneur Valérius Gratus" Un soir, il avait voulu, à la faveur de l'obscurité, implanter au temple les enseignes romaines. Mais le peuple, par son courage et sa bonne contenance, l'obligea à céder. C'est sous sa domination qu'eut lieu le procès et la condamnation de Jésus, fils de Joseph et de Marie, surnommé Christ, et que les Romains mirent en croix; ce réformateur et rénovateur n'avait pas craint, sous le prétexte de faire pénétrer la morale juive dans le paganisme et de le convertir à ses croyances, de s'annoncer comme un prophète et messie : c'était un crime, à la fois politique et religieux, qui entraînait la peine capitale. Ses sectateurs, ens'écarlant du judaïsme, fondèrent une religion nouvelle, qu'il n'entre pas dans notre cadre d'examiner.

Les violences de Ponce-Pilate causèrent sa chute; comme, sur un faux bruit, les Samaritains se rendirent en pèlerinage à Garizim, ils furent arrêtés par les Romains. Ils se plaignirent de celle violence au gouverneur de la Syrie, Vitellius, qui remplaça Ponce-Pilate par Marcellus.

Philippe était mort (34), et sa province fut réunie a la Syrie, dont le gouverneur Vitéllius se montra bienveillant pour les Juifs. Ainsi il secourut Hérode-Antipas dans sa lutte contre l'arabe Hareth, et il ne renonça à cette expédition qu'à la mort de Tibère.

A l'avènement de Galigula, le fils d'Aristobule II, Hérode-Agrippa, élevé à Rome, parvint à retourner en Palestine chez son beau-frère An ti pas. Humilié par lui, Agrippa s'était rendu auprès de Flaccus, puis à Ptolémaïde, d'où il s'enfuit à Alexandrie, retourna à Rome, y fut jeté en prison, et en sortit à la mort de Tibère avec le titre de roi. Les intrigues de sa sœur Hérodias la firent exiler avec son époux à Lyon, en Gaule. Le nouveau roi empêcha l'admission de la statue de Galigula au temple, plus heureux que les Juifs d'Alexandrie, qui, malgré leurs protestations, et malgré l'intervention de Philon, furent contraints d'admettre dans leur sanctuaire l'effigie de l'empereur.

Agrippa I 6 ', devenu roi (42), obtint le libre exercice du culte et abolit différents impôts. Il bâtit des théâtres, fil à Jérusalem et dans d'autres villes des constructions que Claude, le gouverneur syrien, fit suspendre. Après ce règne, aussi court que paisible, L'empereur nomma Guapius Fadus gouverneur de la Palestine. A son arrivée , les Juifs de la Pérée étaient en guerre avec Philadelphe pour la fixation des limites; Fadus, n'admettant pas qu'ils se fissent justice eux-mêmes, saisit trois chefs, dont il fit mourir l'un et exila les autres. Glaude confia à . Hérode II, prince de Jérusalem, la garde du temple et le droit de nommer les grands-prètres (4o) ; tandis que le faux prophète Teudas, qui avait causé des troubles en Judée, fut pris et décapité. Eu 47, Fadus rappelé fut remplacé par Tibère Alexandre, qui crucifia les fils de

HISTOIRE DES ISRAÉLITES 2îi

Juda le Gaiiléen, Jacob et Simon, alors chefs des zélateurs.

A l'époque d'une famine, la reine Hélène et son fils Izate, deux prosélytes, secoururent les pauvres; la reine, ainsi que son fils aîné Monobaze, comblèrent aussi les Juifs de bienfaits, firent des dons au temple, et, grâce à elle, la tranquillité régna à Jérusalem. Mais à cette époque Tibère Alexandre, nommé gouverneur d'Egypte, fut remplacé par Ventidius Gumanus, sous lequel commencèrent les dissensions qui amenèrent la destruction de Jérusalem. A Pâques, un soldat romain, de garde au temple, provoqua par sa conduite les plaintes des Juifs, qui, n'obtenant pas de satisfaction, jetèrent des pierres aux soldats ;]mais les troupes réunies effrayèrent tant les habitants qu'ils prirent la fuite. Puis, des pèlerins galiléens, se rendant à Jérusalem, furent assassinés près de Ginée. Les Galiléens accusent les Samaritains de ce meurtre, et se plaignent à Gumanus, qui gagné par les coupables, resta sourd aux plaintes. Deux chefs de brigands, Eiéazar et Alexandre, qui voulurent commettre des représailles en Samarie, furent réprimés par Cumanus, puis par Quadratus, gouverneur syrien. Enfin, grâce au jeune Agrippa, qui se trouvait à Rome, Claude rendit justice aux Juifs, punit les Samaritains et exila Gumanus.

Néron agrandit le royaume d'Agrippa II d'une partie de la Galilée et d'autres villes (o'i). L'anarchie étaif au comble; partout l'incendie, le brigandage et l'assassinat dominaient, et le gouverneur Félix ne pouvait les réprimer. La violence de Félix et sa cupidité augmentèrent la haine contre les Romains; et, pour échapper aux exhortations du grand-prétre Jonathan, il le fit assassiner. De même, à Césarée, des querelles intestines surgirent entre les Juifs et les Grecs Syriens, au sujet du droit de cité.

Félix inteivint et beaucoup de Juifs furent tués. La lutte se termina pur l'envoi, de part et d'autre, de députés à Rome. Les Syriens l'emportèrent.

Félix rappelé fut remplacé par Porcius Festus, qui sévit contre de nombreux malfaiteurs.

Agrippa lui-môme, qui résidait à Jérusalem, mécontenta le peuple, en batissaut un édiûce d'où il pouvait voir dans le temple. Pour intercepter cette vue, une haute muraille fut élevée à l'occident du temple. Festus et le roi en furent indignés. La question fut résolue par Néron, à la satisfaction des Juifs. A Festus, mort en Judée, succéda Albinus, dont la cruauté et la cupidité n'avaient pas de bornes; une forte rançon suffisait pour absoudre les plus grands criminels. Malgré ces calamités, Agrippa fit élever à grands frais plusieurs édifices, embellir les villes par des théâtres, et distribuer aux habitants de Béryte des blés et de l'huile, et s'attira ainsi la haine de ses compatriotes. A ce moment (6i), les travaux du temple, continués depuis Hérode, furent achevés; 18,000 ouvriers, réduits à l'inactivité, inquiétèrent les habitants de Jérusalem, ciui , pour les occuper, et employer utilement les fonds du temple, prièrent Agrippa de faire restaurer le portique de l'est; mais le roi se décida à faire payer la capitale. Albinus fut remplacé par Gessius Florus, plus féroce encore que son prédécesseur. En vain on implora contre lui Cestius Gallus, gouverneur syrien ; ou n'en obtint que des promesses. Florus mit tout eu œuvre pour exciter les Juifs à une révolte ouverte. Les querelles des partis éclatèrent de nouveau, et la Judée, malgré quelques triomphes remportés sur l'étranger, marche déjà vers sa ruine.

A la suite de la victoire remportée par les Juifs sur le gouverneur syrien Gestius, la vengeance de Rome ne

tarda pas à Mater conlre la Palestine, et l'empereur Néron envoya contre elle une nouvelle armée sous le commandement du général Vespasien, en G7. Celui-ci devait arriver par la Galilée et commencer l'attaque par la province placée sous les ordres de Josèphe, ce chef Israélite qui raconta lui-môme plus tard l'histoire de toute cette lutte contre les Romains. Après la prise de Gadara et une fausse attaque de Placidus, après que les assiégés eurent repous-é deux fois l'ennemi, après qu'on eut employé de côté et d'autre tantôt la violence, tantôt l'habileté, après que les traits d'héroïsme se furent accumulés de toutes parts, Vespasien lui-même ne s'empara de cette forteresse que par l'aide de ses engins de guerre 6 . Lorsqu'une mesure était prise par les Romains, lorsque Jotapata semblait perdue sous le coup de ses nombreux adversaires, qui s'élaiont emparés de ses murailles, Josèphe faisait jeter sur eux de l'huile bouillante pour les faire reculer; lorsque d'autres guerriers revenaient à l'attaque, il faisait bouillir du tan u grec, qui, jeté sur les ponts, les rendait gluants et empêchait la marche des soldats. Ce fut seulement au quarante-huitième jour du siège, lorsque les habitants étaient accablés de privations et de fatigues, qu'ils périrent un malin, par surprise, massacrés sur le seuil de leurs maisons.

La ville fut ruinée, la forteresse incendiée, et Josèphe, caché dans une caverne, fut fait prisonnier. Le même sort fut réservé aux villes de Joppé, Tibériade, Tariehée et Gamaîa. Vespasien envoie son filsTitusassiégerGiscala, où il est reçu, après la fuite de Jean quLge rendit à Jérusalem. Tar l'entrée de ce chef dans la capitale, les zélateurs et le peuple se combattent réciproquement, et les Iduméens y font irruption pour exercer leurs cruautés. Vespasien, après avoir accueilli la reddition volontaire de

Gadara et de Jéricho, commença le blocus de Jérusalem, s'avança vers elle avec ses armées» prit en passant diverses places, avec l'aids de Céréalis. Mais à la mort du successeur de Néron, il fut nommé empereur, et, après avoir tout réglé, il partit pour l'Italie, laissant son lils en Judée, avec mission de la soumettre.

§ 3. — Titus vint donc mettre le siège devant Jérusalem. Cette ville était défendue par des murs puissants et des tours nombreuses, qui, séparant et protégeant les cinq quartiers de la ville, en faisaient autant de forteresses indépendantes, adossées l'une à l'autre, dont chacune exigeait un siège à part. Le général romain, appréciant la valeur de ses ennemis, et prévoyant une vigoureuse résistance, leur fit faire des propositions de paix. Mais les Juifs ne voulaient ni ne pouvaient traiter. Accepter la domination romaine, c'était abdiquer leur nationalité et renoncer à leur foi ; toutes deux auraient disparu bientôt sous l'habile et prodigieux travail d'assimilation auquel Rome soumettait les peuples englobés dans son vaste empire. La lutte leur offrait d'autres alternatives : vainqueurs, ils rétablissaient le gouvernement national et la religion de Dieu ; vaincus, leur chute était une dernière protestation contre l'abus de la force, et, en tombant, le sang de chaque martyr revivifiait les sources de la foi. D'ailleurs, le parti de la résistance était déjà maître de la ville, et les zélateurs exaltés, pour qui la tiédeur même était un crime, punissaient du dernier supplice toute velléité d'accommodement avec les Romains.

Cependant les* assiégeants avaient commencé leurs Iravaux; les plates-formes qu'on élevait à la hauteur et en face des murs de Jérusalem se construisaient à la ha te, et déjà les catapultes, les bali3les, les béliers, tous ces terribles engins de l'art obsidional des anciens, commençaient

à agir. Les Juifs, de leur côté, ne restaient pas oisifs; ils repoussaient avec un courage sans exemple toutes les tentatives des assiégeants qu'ils frappaient de terreur. Ils faisaient de continuelles sorties, minaient les travaux d'attaque sous les yeux des Romains, et, malgré leurs efforts, détruisaient leurs machines et leur causaient des pertes énormes. Étonnés de tant d'audace, exaspérés par cette défense héroïque, ces derniers redoublaient d'ardeur, reconstruisaient leurs machines incendiées, et frappant sans relâche, ils parvinrent à faire une brèche dans le mur qui entourait le faubourg. Il y eut, sur ce point, un combat terrible; enfin, les Juifs, accablés par le nombre, abandonnèrent la position, et se retirèrent derrière le second mur qui protégeait la ville neuve.

Le siège recommençait avec les mêmes péripéties, que l'ardeur des Romains, enflammés par le succès, et l'exaspération du revers chez les Juifs, rendaient encore plus sanglantes. Les premiers, au moyen de leurs machines, lançaient sur les défenseurs de la ville de lourdes pierres, des traits et des javelots ^ans nombre; les seconds cherchaient à amortir le choc de ces pierres, et jetaient sur les ennemis de l'huile bouillante, des matières enflammées et des quartiers de roche. Néanmoins, le second mur fut ébréché par les coups répétés du terrible bélier, et les Romainsse précipitèrent dans la ville neuve; mais les Juifs, se servant des rues étroites comme de défilés, sortirent en ordre des maisons, attaquèrent les assaillants avec une violence irrésistible, les enveloppèrent et les rejetèrent derrière la brèche, après en avoir fait un carnage affreux. Cependant la ville neuve n'était plus guère tenable, et le quatrième jour, après un assaut général et plus furieux que tous les précédents, les Juifs, renonçant à défendre !e second mur, s'enfermèrent dans la busse

ville, nouvelle enceinte fortifiée et protégée principalement par la puissante citadelle Antonia.

Ce fut la troisième période du siège. Tout ce que l'art d'attaquer et de défendre les villes peut déployer de ressources et inventer de stratagèmes, tout ce que l'acharnement de l'attaque et le désespoir de la défense peuvent inspirer de courage, d'héroïsme et de persévérance, fut mis en œuvre des deux côtés avec une ardeur sans égale. Les Romains recommençaient pour la troisième fois leurs immenses travaux. Titus fit faire aux assiégés de nouvelles propositions de paix ; ils refusèrent. Alors, pour effrayer les Hébreux parla vue des supplices qu'il leur Véservait, le général romain, avec une barbarie bien éloignée de ce caractère de bonté que lui attribuent les historiens, fit mettre en croix, devant les remparts, tous les prisonniers qui tombaient entre ses mains. Les Juifs, du haut des murs, répondaient par des imprécations et par l'exécution de ceux qui proposaient d'entrer en composition avec l'ennemi. Ces sévérités n'étaient d'ailleurs que trop justifiées par la politique perfide des Romains et par plusieurs tentatives de trahison avorlées. Outre ces ennemis intérieurs, les défenseurs de la ville avaient encore à lutter contre leurs propres dissensions qui n'étaient pas complètement éteintes.

Malgré ces difficultés, les deux principaux chefs des Juifs, Jean de Giscala et Simon, fils de Gioras, n'en t'taient pas moins actifs en face de l'ennemi; un jour, ils minèrent avec succès les terrasses des Romains, qui furent çpsevelis clans les flammes et sous leurs propres travaux. Le lendemain, les Juifs tentèrent une entreprise encore plus hardie ; ils sortent de la ville, parviennent de nouveau à incendier toutes les machines dressées contre les murs, puis, tombant sur les Romains accourus pour

éteindre l'incendie, ils écrasent l'armée par leur masse, envahissent le camp et les retranchements ennemis. La mêlée fut sanglante : longtemps la fortune resta incertaine; il fallut toute la puissance de la discipline romaine et les efforts personnels de Titus pour repousser ces indomptables soldats juifs qui, tenant l'armée romaine assiégée dans son propre camp, l'avaient mise à deux doigts de sa perle.

Les Juifs furent obligés de se retirer, mais ils avaient fait un mal affreux aux Romains, anéanti tous leurs travaux, et les avaient jetés dans un profond découragement. Titus jugea nécessaire d'employer de nouveaux moyens pour amener la reddition de la ville. Il la fit entoureiJd'un immense mur de circonvallation pour l'isoler de toute communication et vaincre les assiégés en même temps par la famine et par les assauts.

Les Juifr, ainsi renfermés, ne tardèrent pas à éprouver toutes les horreurs relatées dans l'histoire des sièges. Les provisions entassées dans les greniers ne pouvaient suffire longtemps aux nombreux habitants et à la population accourue pour chercher un refuge contre la fureur des ennemis. Bientôt la famine s'abattit sur la malheureuse ville et la réduisit aux dernières extrémités; le peu d'aliments qui restait, monta à un prix exorbitant; les riches et ceux qu'on soupçonnait de favoriser les projets d'accommodement avec les Romains, furent accusés de cacher les provisions et exposés aux plus cruels excès ; on dévora les animaux les plus immondes, on recourut aux aliments les plus dégoûtants; on mangea des peaux, du cuir, des écorces moulues et du foin pilé, enfin toutes les substances avec lesquelles la famine cherche à tromper les besoins de l'estomac. La pensée recule devant les actes inouïs inspirés par la rage de la faim. Les soldats

entraient dans les maisons, pénétraient dans tous les recoins, et enlevaient aux infortunés habitants les misérables aliments qu'ils avaient conservés. Ce fut dans ces perquisitions qu'une malheureuse mère jeta devant les guerriers épouvantés les restes d'un exécrable repas : elle avait mangé son propre enfant, dévoré le fruit de ses entrailles...

La mortalité augmenta d'une manière effrayante; on ne pouvait plus ensevelir assez vite ceux qui succombaient ; les émanations des cadavres, sous le soleil brûlant de l'Orient, produisirent la peste. La désolation monta à son comble ; les maisons, les rues, les places publiques étaient jonchées de cadavres exhalant une odeur fétide. L'épidémie faisait de tels ravages er moissonnait tant d'existences qu'il ne resta pas assez de bras pour donner la sépulture aux morts : on en remplissait des maisons qui furent fermées ensuite. On n'entendait partout que plaintes, lamentations, cris de désespoir. A ce lugubre concert se mêlaient les voix des faux prophètes, les uns délirant au spectacle épouvantable qu'offrait la cité, les autres soudoyés par les différents partis pour prédire la ruine ou le salut de la ville.

Soixante fois le soleil vint éclairer ces scènes affreuses: pendant soixante jours, les mêmes angoisses, les mômes tortures, de plus eu plus impitoyables, vinrent étreindre les infortunés. En dehors du parti de la soumission aux Romains, des hommes à l'âme moins fortement trempée, au cœur plus accessible à la pitié, parlèrent décéder; mais les chefs et les soldats, les zélateurs surtout, avaient juré de ne jamais se rendre et de défendre leur patrie et leur foi jusqu'au dernier moment. Rien ne parvint à abattre leur courage; les travaux et les luttes continuaient avec un égal acharnement; l'exaltation était ar-

rivée au suprême degré; elle leur inspirait les résolutions les plus audacieuses, et les soutenait dans les labeurs les plus durs au milieu de la privation de nourriture.

Les béliers romains étaient enfin parvenus à entamer le mur qui garantissait la ville basse ; mais quand les soldats eurent escaladé cet obstacle, ils se trouvèrent devant une nouvelle muraille que Jean de Giscala avait fait élever à la hûte. Alors deê craintes superstitieuses et la croyance aux vertus surnaturelles des murs de Jérusalem se réveillèrent chez les soldats romains et prirent une nouvelle consistance. H fallut toute l'éloquence de Titus, tout le prestige de son autorité et de sa personne pour ramener à la charge les légions effrayées ; mais ni leur courage, ni leur audace n'auraient triomphé du désespoir des assiégés. Incurie ou trahison, un soir, la forteresse Antonia, mal gardée, fut escaladée par une vingtaine de soldais, bientôt suivis de nombreux légionnaires. . Les Juifs, éveillés au milieu de la nuit, combattaient au hasard et sans direction : ce fut une mêlée, un tumulte affreux; le jour leur permit de se reconnaître et de juger de la situation : la ville basse et la forteresse Antonia étaient perdues. Cette dernière communiquait par un passage à la plate-forme où était construire temple qui était lui-même une puissante citadelle ; les Romains redoublèrent d'elîorls pour se saisir de ce passage, mais leur tentative échoua, et ils durent se contenter d'occuper la ville basse.

A chaque pas décisif dans cette lutte désormais sans issue possible pour les Juifs, Titus leur promettait la vie sauve s'ils voulaient se soumettre. Leur réponse fut toujours la mémo : Nous avons juré, disaient-ils, de ne jamais nous rendre tant que nous pourrons tenir une épée, et tant qu'il restera une pierre pour nous couvrir.

Ils repoussèrent donc encore une fois toutes les ouvertures, et le siège, entrant dans une nouvelle phase, se tournait maintenant contre le temple. La défense immédiate du sanctuaire, auquel se rattachait l'exercice du culte du vrai Dieu, stimula chez les Juifs tout ce qui leur restait de force et d'énergie après tant de privations. L'art, le nombre et tous les avantages de leur position ne suffirent point aux Romains pour réduire cette poignée de guerriers, entourés de trahisons, exténués par la faim et décimés par la peste; ils eurent recours au feu. . Une grande partie du revêtement supérieur de la puissante plate-forme du temple était en bois, et c'est à la faveur de l'incendie, après de nouveaux assauts opiniâtres, mais inutiles, que les Romains s'emparèrent enfin du temple qui fut livré aux flammes.

Jean de Giscala et Simon, fils de Gioras, rassemblèrent leurs dernières forces et, perçant une trouée à travers les assaillants, se retirèrent dans la haute ville, seul point encore susceptible de défense. D'autres guerriers, qui ne voulaient point survivre au temple, se précipitèrent dans les flammes, entraînant les ennemis dans leur chute. Le reste de la malheureuse population, épuisée par la famine et la peste, terrifiée et incapable de mouvement, n'attendait plus que la mort ; les Romains massacrèrent les uns et firent périr les* autres au milieu des flammes. Ce fut une scène horrible : le craquement du bois embrasé, le pétillement du feu, le fracas des poutres tombantes, le cri des combattants, le cliquetis des armes, le râle des mourants, les imprécations des sacrificateurs, debout dans le temple et maudissant les assaillants qui les égorgeaient, se mêlaient et formaient une immense clameur s'élevant vers le ciel.

Cependant l'incendie se propageait partout, les cada-

vres s'amoncelaient sous les coups des soldats marchant jusqu'aux genoux dans le sang qui coulait à grands flots dans les rues de la ville.

Enfin l'épuisement mit lin au carnage; les survivants, plus à plaindre que ceux qui avaient succombé, furent partagés comme un vil troupeau, vendus comme esclaves et dispersés dan3 tout l'empire romain.

Le temple était détruit, la nationalité juive anéantie et tout espoir perdu; néanmoins les héroïques défenseurs de Jérusalem résistèrent encore pendant trois semaines dans la haute ville. Titus leur fit offrir de nouveau la vie sauve s'ils voulaient se rendre; mais, fidèles à leur serment, inébranlables 'malgré les ravages violents de la famine et de la peste, ils combattirent jusqu'au dernier moment. Un nouveau siège était nécessaire pour les réduire; Jérusalem tout entière fut détruite, et Titus ne s'empara que d'un monceau de ruines. Il recula d'horreur, dit-on, devant sa propre victoire; Rome elle-même frissonna à cet épouvantable triomphe, comme si un secret pressentiment lui faisait déjà entendre les pas des barbares qui devaient un jour se ruer sur elle-même et lui faire éprouver à son tour toutes les horreurs enfantées par son insatiable ambition 7 ,

Redisons-le, selon l'expression d'un historien d'autant plus digne de foi qu'il est chrétien 8 : « Lorsque le génie de Rome l'eut emporté sur le peuple juif et que Jérusalem fut détruite, les Romains avaient une telle idée des Juifs qu'ils n'osèrent pas encore négliger ces ruines, et qu'ils laissèrent en Judée une légion pour maintenir Jérusalem sous ses propres cendres, faisant à cette ville un honneur que n'avait pas obtenu Cartilage. Alors commença pour le peuple hébreu la dispersion dont nous sommes encore les témoins : elle fut l'œuvre de la poli-

HISTOIRE DKS ISRAKLITKS

tique romaine. En l'ordonnant, Rome voulut empêcher le rétablissement d'une nation qui longtemps avait bravé la puissance de ses armes et était tombée non sans gloire, d'une nation qui venait de donner aux autres vassaux de l'empire l'exemple d'une révolte audacieuse et d'une résistance quelquefois formidable. Un pareil scandale ne pouvait demeurer impuni : le réprimer était une salisfaction due à ces peuples nombreux qui semblaient mettre leur gloire et même leur bonheur à porter le joug des Romains. Dispersés dans l'empire, accablés de misères, les Juifs ressemblaient à ces coupables que l'on promène chargés de fers au sein des cités populeuses afin de retenir les pervers qui seraient tentés d'imiter leurs crimes. — Ces raffinements de cruauté de la part des Romains font rejaillir, sur ceux qui furent les victimes, un rayon de gloire. Ainsi donc Rome redoutait encore une nation dans le monde; et cette nation était pauvre, peu nombreuse, sans gouvernement, sans patrie, réduite en lambeaux : mais c'était le peuple juif! »

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