‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 100 sur 169 · LA DOCTRINE DE MACHIAVEL ÉTAIT GENERALE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE MACHIAVEL ÉTAIT GENERALE

alors Henri VIII en .Angleterre, Ferdinand en Espaçne, Jacques irv en Ecosse, Louis XI en France, Jean tl en Portugal, œuvre qui avait pour but d'élevçf au-dessus des nobles Fautorité des rojs, dont on ne prévoyait pa3 le jfùtur. despotisme.

Peut-être, au milieu des violences de la soldatesque de l'époque, un guerrier, comme son duc deValentînois, était-il seul capable de prévaloir ; mais c[ue cet homme pût asseoir sur des bases solides un ordre convenable ae choses, c'était lolie de Tespérer, En effet, son héros, malgré l'or de Home et de lalj'rance, malgré ses rûçes et ses rigueurs féroces, n'obtint (jué de minces résultats; pour le faire évanoui , il suffit d'un souffle, il suffit de circonstances qu'il n'avait pas jprévues. Venise s'était ajperçue que son règne serait éphémère. Un fiagnone trouva dans la nn des Borgia un exemple évident de la vérité de cette sentence qui dit : a Les choses violentes, loin, d'être éternelles, pe peuvent p)éme durçr longtemps^ comme. les sots l'espèrent chaque jour, bien que chaque joi^r leur ^st)oir soit trompé (1). » Mais cette chute n'éclaire pas Machiavel, tant le cœur peut obscurcir l'intelligence.

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et U violence. Néanmoins, poiir atténuer les torts de Machiavel,

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uisoqs que ces théorèmes étaient devenus communs. Guicciardini les proclanpe $ans cesse dans son Histoire ; lorsque Pise se soulève contrp Florence, il ne blâme pas celle-ci d'avoir poussé celle-là à la f*évolte par ses mauvais traitements, mais de n'avoir pas appelé dans ses murs les principt^ux citqyens,. poyr les retenir comme otages ; il dit encore : a Après la chute du diic de Valentinois, la Romagne était ^rànquille, et conservait pour lui des dispositions favorables^ car elle avait connu par expérience que la ^ujétfpn était bien plus toléirable avec un seigneur seul et puissant, qu^ iQrscuiè chi^que ville obéissait k un pnnce partiçii- ^h, QÛi ne pouvait jà défendre à cause de sa faiblesse, ni lili faire au b^en à cau,^e, de sa pauvreté ;. en outre, comme ses minces revenus, ne lui suffisaient . p^s^ il était cojQtraînt dç l'opprimer. On se rappelait encore que, par son autorité et sa grandeur, par l'administration sincère de la justice, ce pays n'avait pas été troublé par les luttes des partis, c^ùi Fagitaient sans cesse aiipara-

(1) C'est Nardi dans Y Histoire de Florence, livre IV.

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vant; toutes ces mesures, jointes à de nombreux bienfaits, lui avaient gagné le cœur des populations; aussi rien ne pouvait les détacher du duc, ni l'exemple des autres qui se révoltaient, ni le souvenir des anciens seigneurs. »

Missaglia^ dans la Vie de MedeghinOy écrivait : « Puisque le but de la guerre est la victoire^ il semble que, pour obtenir celle-ci, il soit permis ou du moiixs toléré de manquer de foi, d'user de rigueur et de commettre d'autres énormités. d L'Ârioste disait : a Vaincre fut toujours chose louable, que l'on triomphe par la fortune ou la tromperie. » Et François Yettori : a Je considérerais comme une des meilleures nouvelles que Ton pût recevoir l'annonce que le Turc s'est emparé de la Hongrie et ma^ che sur Vienne; que les luthériens triomphent en Allemagne, et que les Maures^ que l'empereur veut chasser de TAragon et de Valence, résistent avec énergie, et sont uon-seulement en mesure de se défendre^ mais d'attaquer, d

Quelque temps après^ Paul Sarpi, en donnant des canseik à la seigneurie de Venise sur la manière de gouverner ses sujets dans le Levant (1)^ déclare qu'elle ne doit en aucune façon se fier aux Grecs, mais les traiter comme des animaux féroces, leur limer les dents et les ongles^ les humilier souvent et surtout écarter d'eux les occasions de s'aguerrir. Du pain et le bâton, disait-il, voilà ce qu'il leur faut ; l'humanité doit être réservée pour d^autres occasions. Ailleurs il avance que a le plus grand acte de justice que puisse faire le prince^ c'est de se maintenir; » il veut que l'on défende le commerce aux nobles, parce qull produit de grosses fortunes et des usages nouveaux.

Ce n'était pas seulement en Italie que Fon voyait des doctrines et des actes semblables. Ce Comines^ dont nous avons parlé souvent, avait publié^ vingt ans avant le Prince, la vie de Louis XI dans laquelle se trouvent les mêmes principes; il emploie comme synonymes les mots tromperie et habileté ; il appelle Ludovic Sforza a très-sage et homme sans foi quand le parjure lui est profitable ». A ses yeux, Louis XI et Charles le Téméraire, princes de peu de foi et toujours attentifs à se trooh per l'un l'autre, sont grands et nobles en comparaison des autres (2). Montaigne y qui intitule son œuvre Livre de la bcmne

(1) Ce traité, dit-on, n'est pu de frère Paul, mais d'un bâtard de la Canal, ce qui n*est pas démontré ; quoi qu'il en soit, le fait reste.

(2) Tome l^ p. 237 de l'édition de la Société historique : Je veuix desdarrr

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foi, trouve que, a en toute police^ il y a des offices nécessaires, « non-seulement abjects^ mais encore vicieux; les vices y trou* t vent leur rang et s'emploient à la cousture de notre liaison^ ff comme les venins à la conservation de notre santé. .. Il y a des f citoyens vigoureux qui sacrifient leur vie pour le salut du f pays ; mais, si le bien public requiert qu*on mente^ qu'on tra- « hisse et qu'on massacre, laissons cette commission à gents plus <r obéissants et plus souples. »

Léon X donnait un sauf-conduit à Jean-Paul Baglione; puis, quand il fut arrivé, il le fit arrêter et tuer. La seigneurie de Florence^ croyant dangereux de congédier le condottiere Boldaccio d'Anghiari^ et plus dangereux de le garder^ résolut de le faire périr; le gonfalonier l'appela du haut du balcon, et, lorsqu'il fut monté, il le fit jeter sur la place, a à la grande satisfoction du peuple qui louait le fait, et Ton connut enfin qu'on avait accompli une œuvre parfaite » (i). Le duc de Valentinois surprenait au milieu de la confiante sécurité de la paix les petits tyrans de la Romagne; le grand Gonsalve, le héros espagnol^ le loyale l'hidalgo, jurait sur l'hostie au duc de Calabre qu'il lui laisserait la liberté d'aller où il voudrait, puis le jetait en prison ; il attirait à Naples le duc de Valentinois et l'envoyait ensuite captif en Espagne. Ferdinand le Catholique appela ce Gonsalve à Madrid sous prétexte de lui conférer des honneurs et le fit arrêter; informé que Louis XII se plaignait d'avoir été trompé deux fois par lui^ il s'écriait : Il ment ^ le coquin l je l'ai trompé plus de dix fois. Nous verrons les bons montagnards suisses déserter souvent au moment décisif; le cardinal de Sion abandonner au pillage Brescia qu'il avait soulevée contre la France; la France et l'Espagne trahir leurs alliés dans les traités de paix.

M« iromp€rie ou haàileté^ ainsi qu'on vouidra nommer^ car eUe fut saigenunt coaduicte. Pag. 378 : Il pourra sembler, au temps advenir, à ceulx qui verront eeej^ que en ces deux princes (Louis XI et le duc de Bourgogne) n'y eut pas grant foy,., mais quant on pensera aux autres princes , on trouvera ceulx cy grans^noèles et notables, et le notre très-saige,,. je cuyde estre certain que ces deux princes y estaient tous deux en intention de tromper ckascun son campai* gnon, Tom. n, pag. 311 : Ludovic Sforce estait lutmme très-saige,,. et homme sans foy s'il véoit son prouffit pour la rompre,

Comines , cependant , admet la Providence comme réglant le sort des royaumes ; il dit, en outre, qu*il faut dévoiler la perversité du monde , non pour remployer, mais s*en garantir (tome i, pag. 237).

(1) Paroles d*un des prieurs d'alors, qui avait participé à Tassassinat*

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