‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 101 sur 169 · MACHIAVEL INFAME · texte numérisé non relu

MACHIAVEL INFAME

Lorsque^ dans l'accord de Grenade, le roi Très-Chréiien et le roi Catholique foulaient aux pieds toute obligation morale, toute loi â'honnenr pour se partager le royaume de Naples, iét qu'on recôurajt aux perfidies les plus éhôntées pour consommer cette ùsurpàtioû, auiel droit avaient les nations étrangères de faire des reproches aux ïtaliens ? Aux politiques de ceUê école, on ne pouvait enseigner que le moyen d^écuapper à la tromperie par la tromperie, et de prévenir un assassina^ pai* Tâssassinat.' Macjiiavel expose ces pratiques comme des choses naturelles, sans passion, sous forine d^axiomes, avec un froid calcul c^es moyens et (^u tut; non pas comiôiè Satan dit au mal : tu es mon bien^ niais: Tu m'es utile. L'utile doit-il être préféré aii bien? Question de moines, répondait-il. Ainsi le chimiste enseigne comment on prépare les poisons et les substances propres aux avonemeûts; mais ce n'est pas lui qiii décide s'il convient ou non de les employer.

" Mais de la ruse enseignée aux forts, de la honte qu'on leur épargne, le's effets retombent sur les faibles, c'est-à-dire sur le peuple. Combien de fois avons-nous déjà vu, et combien de fois verrons-nous encore la perfidie (flétrie sur tous les tons) des Italiens succomber sous la bonne foi tudesque, la grossière franchise suisse, rhonneur français, la loyauté castillane ? Les manèges, la froide astuce, l'habitude d'épier l'occasion, de laisser les forces de l'ennemi s'épuiser, étaient une tactique à laquelle on avait plus souvent recours qu'à la valeur personnelle. Les Italiens apprirent bientôt ces artifices, dont fis firent usage Contre les bourgeois, à l'esprit plus candide, et, comme tels, plus faciles à tromper; or, comme cette politique, qu'on craindrait d'avouer à sa propre conscience, trouva quelqu'un ien Italie pour la proclamer à haute voix, on a reproché aux Italiens d'avoir enseigné des scélératesses dont ils ont été les victimes. On pardonne plus facilement une mauvaise action que sa théorie, le èirime que le sophisme.

Mais' que les modernes panégyristes de Machiavel veuillenl bien se rappeler que ses contemporains accueillirent son \\\tt avec horreur : les princes , parce qu'il enseigne aux peuples les conjurations ; les peuples, parce qu'il enseigne aux princes Top* pression, et aux uns comme aux autres la mauvaise foi, au U^q de cette confiance réciproque et de cette bienveillante docilité qui seulCsS peuvent amener les progrès de la société. Ce retour au paganisme parut tellement hors de saison que des écrivains

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ne virent dans son œuvre qu'une ironie continuelle (1), ou bien au'un artifice pour amener les Médicis à faire abus du pouvoir, au point dé fatiguer la patience. Macliiavèl lui-même hésita entre la principauté et la république ; après avoir blâmé dans les Histoires les concessions trop larges faites aux Médicis, il jugea plus tard inutile de les contrarier, et les seconda môme dans l'espoir qu'ils pourraient aider à constituer l'unité Italienne : but élevé, mais incomplet, polit lequel il écrivit le Prince^ afin d'enseigner à Julien de Médicis les moyens de conserver le pouvoir récemment acquis. Julien étant resté au-dessous de sa tâche, îl adressa son livre à Laurent, bien moins vertueux que le duc de Valentinois, maïs appuyé par un pape jeune ; déçu encore dé ce côté, il reporta son espérance sur la république florentine.

C'est dans d'autres natures, dans des caractères plus fermes, que nous chercherons le libéral ; nous n'accepterons pas non plus comme un homme austère ou comme un ardent républicain ce Machiavel, qui ne cesse d'exhorter à s'arranger d'un gouvernement quel qu'il soit; qui a pour amis les plus débauchés de Florence, pour confidents des politiques abjects et traîtres envers leur patrie; qui regardait comme le comble de la misère cl& vivre hwnble et obscur, qui avait besoin de bruit, d'argent, de jouissances, d'amours, de la faveur des grands, d'emplois. Pout obtenir tout cela, il flatte Léon X , îl flatte Clément VII et l'inepte Laurent ; ils le mettent à la torture de la corde, et cependant il célèbre leurs louanges, leur tend la main enfin, pour les flatter, il insulte au gouvernement honorable de SodérinifS).

Déjà les contemporains, qui sentaient les conséquences de

(1) Le premier, jecrou, qui le dit fut Albéric Gentile, lequel {f^gat. viii, 9) écrit : iSfii proposiû non est tfrannum imùtuere, sed arcanis ejus pahm fketis, ipsi0i misens poptUis nudum et conspicuûm exhihere. ht caitUnal Régtnal Paul, qui le trouvait à Florence quelque temps après la mort de Machiavel , écrit : « Ûaoft cette viUe beaucoup de citoyens , qui ont vécu dans f intimité de Machiaiel, m'ont assuré qu'il disait n'avoir pas toujours suivi son propre jugement, mais la pensée de celui auquel il adressait le livre d^u Prince ; en effet, couune il kaîisait, ajoutait-il, de pareils gouvernements, il avait toujours désiré les dé«. traire ; donc, si celui auquel sou livre était adressé avait suivi et mis en pratique les préceptes^ son règne aurait trè»-peu doré, et le duc serait tonU)é de lui-même. » {Af^ogia ad CaroUan Ctetarem, Brescia, 1774; tom. I, p. 552.)

(2) La aotte che mort Pier Soderini,

L'anima andè dell* infemo alla booca i

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