‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 110 sur 169 · JALOUSIES DE PRINCES CONTRE VENISE · texte numérisé non relu

JALOUSIES DE PRINCES CONTRE VENISE

libre^ ou plutôt elles se plaignaient qu'elle seule n'eût pas souffert dans les dix années précédentes. Cette acquisition effiraja Jules II et Machiavel^ qui surent communiquer leur crainte aux étrangers : jalousies déplorables, d'où sortit le prétexte de 1» première ligue que depuis les croisades formèrent les {mnœs d'Europe; ligue d'amitiés momentanées et de rancunes personnelles, par laquelle fut inauguré tristement le nouveau droit public, et qui se proposait le démembrement d'un État libre, qu'elle tenait pour ennemi par cela seul qu'il était républicain (i).

Le roi Louis XII, dans ses moments d'embarras, lui avait nonseulement reconnu la possession deBergame et de Brescia, conquises par elle, mais cédé Crémone et la Geradadda; maintenant, regrettant ces concessions comme quelqu'un qui n'a plus besoin de la république , il demandait le Milanais entier. Blaximilien, comme successeur des empereurs romains, réclamait Padoue, Vérone, Vicence, et, comme duc d'Autriche, Roveredo, Trévise et le Frioul. Jules II, bien qu'il reconnût devoir en grande partie son élection à Tinfluence de Venise, fut blessé de son refus d'accepter pour évéque de Vicence une de ses créaturea ; alors il exigea la restitution de Ravenne, Cervia, Faenza, Imola, Rimini et Césène, villes que les tyrans avaient enlevées à l'Église, César Borgia aux tyrans, les Vénitiens à Borgia. Le roi de Naplea voulait Trani, Brindes, Otrante, Gallipoli, Mola, Polignano, données en gage par Ferdinand II aux Vénitiens. Le duc de Savoie élevait des prétentions sur Ttle de Chypre, dont il portait le titre; les princes d'Esté et les Gonzague demandaient les villes sur le»> quelles ils avaient autrefois dominé, et la Hongrie, les cités de la Dalmatie et de l'EacIavonie, anciennes propriétés de la couronne angélique.

Tels étaient les droits invoqués ; en réalité, une sourde jalousie poussait les rois contre celte république. Gouvernée , non par le génie d'un homme, qui périt avec Thomme, mais par la sagesse immortelle du sénat, sans dépenses de cour, avec à peine trois millions de sujets et un dixième du territoire de la France ou de l'Espagne, elle avait tenu tête aux Turcs et aux Allemands, grandi

(1) Les èvéneneiits de la ligneVle Cambrai soat neontés ea détail par 4ê$ faiftoriens faureuz, tth «jm Parala, Giuttiniaiii, BariMuno, «t, parmi kê par J.-B. DuiMM, Histoif dU im ligue de Camàrai , qui loat tattJMira Louis et blâme toujours le pape Jules II. Les nombreuses diroaiques el rehiUow temporaines nous la font mieux connaître.

LIOUB DX GÀMS&AI. ' 327

par le oommerce et ^industrie ; on ne pouvait donc lui pardonner de s'être élevée au rang des plus grandes puissances, d'oser résister à Rome^ d'empêcher les Français de prévaloir en Lom< hardie, et les empereurs d'y descendre à leur volonté.

Louis Élien, ambassadeur français^ ne faisait pas mystère de cette basse jalousie; il disait à la diète germanique : a II y a à « peine un siècle que les Vénitiens sont sortis de leurs marais, et

< déjà ils occupent plus de terres que les Romains n*en conqui- «c rent dans l'espace de deux cents ans. Après .avoir subjugué ff l'Italie j ils se proposent de franchir les Alpes ^ de jeter des a ponts sur le Danube ^ le Rhin, la Seine, le Rhône^ le Tage et c l'Èbre. Lie des nations^ ils ont d'abord vécu de la pêche^ puis « se sont fait respecter des princes au moyen de vols^ d'assassic nats y d'empoisonnements. Us se disent maîtres de la mer, c qu'ils épousent comme s'ils étaient les maris de Thétis et les c femmes de Neptune. Combien de villes n'ont*ils pas détruites ! a De quelle oppression n'accablentrils pas leurs sujets ! Je ne c rappellerai pas leur gourmandise, leurs infâmes festins; mais

< il est certain qu'ils ont des boucheries de chair humaine, des c cavernes où ils ensevelissent les vivants, des taureaux de cuivre^ a comme les tyrans d'autrefois. Nous autres, nous ne nous habilff Ions pas de pourpre précieuse ; nos tables n'ont pas des services f d'or et d'argent, et nos coffres ne regorgent pas d'or... Certai- « nement, s'il messied aux princes de se conduire en marchands, c il convient bien moins à des marchands de s'élever à la condi-

< tion de princes. »

Déterminer le point où commence la possession légitime sera toujours le problème le plus difficile de cette politique qui se fonde uniquement sur les faits ; mais à coup sûr Venise possédait au moins aussi légitimement que ses rivaux, et pourtant ils résolurent de se la partager. Déjà, dans le traité de Blois, Louis XU et Maximilien s'étaient entendus à cet effet; mais l'incapacité de l'un et les occupations de Tautre suspendirent l'exécution de ce projet. La déplorable issue de sa dernière expédition aigrit tellement Maximilien qu'il n'hésita point à se rapprocher des Français, malgré sa haine contre ce peuple. Louis, de son côté^ bien que l'amitié des Vénitiens lui fût très-utile pour conserver le Milanais, se tenait pour offensé de ce qu'ils avaient conclu une trêve avec l'empereur; il aurait mieux aimé les voir s'affaiblir mutuellement.

Marguerite, fille de Maximilien d'Autriche, après la mort de

SOdéc

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son époux ^ Philibert II de Savoie^ lui éleva pour tombeau Péglise de Brou^ dont la dépense fut de 30 millions ; néanmoins, elle passa le reste de ses jours dans la plus grande simplicité. D'un abord facile, affable^ elle était ccuseuse de chemises^ comme elle s'appelait. Elle gouverna les Flandres avec économie; comptant sur l'argent et traitant les affaires d'une façon mercantile^ elle finit par acheter l'empire pour Charles-Quint. Dès lors commencèrent^ par la ligue de Cambrai, l'opprobre de la France et le désastre de PItalie. En effets dirigés par de frivoles rancunes y Marguerite, l'empereur et le cardinal d'Amboise, ministre de la France, se réunirent sous le prétexte de 1508 pacifier les Pays-Bas, et conclurent une ligue, motivée, comme d'habitude, par la guerre contre les Turcs; mais son but réel était de refréner Venise, usurpatrice, tyrannique, provocatrice de discordes, et coupable de tous les méfaits que l'on peut reprocher à quiconque on veut opprimer; en conséquence, ils trouvaient a non-seulement utile et honorable, mais encore nécessaire, d'appeler tous les peuples à une juste vengeance, afin d'éteindre par un incendie commun l'insatiable avidité des Vénitiens et leur soif de dominer. »

Le roi de France devait commander l'armée , et Jules U, ce même pontife qui voulait chasser les barbares d'Italie, était chargé de préparer la voie aux barbares en lançant des interdits contre les cités les plus italiennes. Maximilien jetait au feu le livre rouge, sur lequel il notait au fur et à mesure les torts faits par la France à l'Autriche, et, trêve ou non, il deviendrait le protecteur de la ligue ; enfin chaque prétendant occuperait la part qui lui était destinée, et tous ceux que Venise avait fait trembler lui porteraient un coup a pour la réduire (disait le lieutenant Chaumont) à ne s'occuper que de la pêche (1). »

Venise en fut informée par son ambassadeur à Madrid ; mais Louis XII donna sa parole que rien n* avait été stipulé à son préjudice, et le roi d'Espagne assura qu'il n'entrait dans la ligue que pour combattre les Turcs. En attendant, le cardinal d'Amboise redoubla d'activité pour hftter l'expédition avant que la réflexion pût refroidir les conjurés, et lui-même, malgré la goutte, traversa les Alpes.

(1) Chose remarquable, les pays que Maximilien devait s'approprier sont les mêmes que rAutriche obtint plus tard par le traité de Campo-Formio ; ce même empereur négociait déjà avec le cnar de Moscovie pour un partais de la Polosne-

JanTler.

UGVE DE GAMBBÂI GONTBE TSNISÏ. 329

La guerre était déjà commencée sur PAdda lorsqu'un héraut de France se présente à la seigneurie vénitienne ; après avoir jeté le gant, il dénonce les hostilités au doge Léonard Loredano ^ im» et à tous les citoyens ^ c hommes infidèles et violents usurpateurs (da pobto). » Le doge lui répondit qu'un pareil défi devait être adressé aux Turcs plutôt qu'à une république chrétienne, et qui avait toujours été l'amie du roi : «Néanmoins^ ajouta-t-il* nous nous défendrons avec l'aide de Dieu, quand même je devrais, moi, doge octogénaire, combattre dans les rangs de l'armée. » Le pape, de son côté, par une bulle qui comptait vingt^eux pages d'impression, mit en interdit Venise, les autorités, les citoyens, tous devant être considérés comme eoDemis du nom chrétien, et esclaves de quiconque s'emparerait d'eux; il frappait d'excommunication ceux qui leur donne* raient asile, et n'accordait aux Vénitiens, s'ils voulaient échappa aux effets de l'interdit, que vingt-quatre jours pour faire une entière soumission.

Venise, et seule, se trouvait exposée à tant de menaces. Ses finances étaient épuisées par la perte du monopole des denrées de l'Inde et par la guerre contre Charles VIII et les Turcs ; bien plus, le feu prit à la poudrière voisine de l'arsenal, la foudre renversa la citadelle de Bresda, 10,000 ducats expédiés à Ravenne se perdirent dans un naufrage, et un incendie dévora les archives. Tous ces malheurs, outre le dommage, frappaient les esprits, qui les regardaient comme un présage funeste. La prudence des chefs de l'État se manifesta dans des circonstances aussi critiques ; car ils firent le meilleur usage des richesses publiques et privées, et s'aperçurent qu'il suffisait de se tenir sur la défensive, dans la persuasion qu'une ligue composée d'éléments hétérogènes ne durerait pas longtemps.

Depuis longtemps Venise avait recours à la conscription (eema) ; chaque provéditeur, dans sa province, devait enregis* trer tous les hommes propres au service comme combattants, pionniers ou soldats du train ; ils étaient passés en revue une ou deux fois par mois et, en cas de besoin, appelés sous les drapeaux. En 1490, elle avait répandu des arquebusiers dans les diverses parties de l'État, afin d'exercer dans cette arme les jeunes gens, dont l'éducation se complétait par des tirs, où l'on distribuait des prix. En campagne, les soldats de la cerna étaient suivis des partisans^ infanterie légère. Les sages de seconde classe dirigeaient les troupes de terre; mais le commandement

380 BATAILLE B'AGNADBL.

général se confiait toujours à des étrangers, auprès desquels, comme conseil et frein, on plaçait deux provéditeurs.

Outre ces milices, Venise enrôla des lances pesades et des mercenaires; quoique le pape retint les condottieri romagnois engages par la république, elle put réunir sur TOglio deux mille an-ii. <^n^ lances, mille cinq cents chevau-légers italiens et oiillè huit cents grecs^ mille huit cents fantassins et douze mille homma de milice. Cette armée était commandée par le comte PitiglisnOi comme capitaine général, et par Barthélémy d'Alviano, conuDe gouverneur, Tun et Tautre de la famille des Orsini, et deux des meilleures épées du temps; mais F un, vieux, obstiné, ne voulait rien livrer à la fortune, et ne faire aucune perte qui loi assurât la victoire; Âlviano, a jeune homme hardi, faisait coasister la science de la guerre dans les armes et la force, non dans la prudence et le conseil (Babbaso) , n et, prompt à l'aotioo, il se serait exposé à une défaite dans Pespoir de la victoire. Le premier voulait qu'on prît position entre l'Oglio et le Serio, aân di protéger de ce point la terre ferme, et d'attendre que les FVaih çais eussent exhalé a cette première ardeur qui en fait plus que des hommes, tandis qu'ils deviennept moins que des fenunes ai le temps se prolonge. » Alviano proposait de prendre roffensive et de franchir TAdda, pour assaillir inopinément les Français sur leur propre terrain.

Lorsque deux hommes intelligents diffèrent d'opinion, les incapables croient faire preuve de sagesse en prenant un terme moyen. La seigneurie, qui, jalouse même au nûUeu des circomtances les plus critiques, ne voulait montrer de déférence envers aucun d'eux, leur fit donc ordonner de se rapprocher de TAddi pour défendre aussi la Geradadda, mais sans engager la bataille. Ce fut le parti le plus funeste; car Trivulce conduisit à marohes ktcées Tarmée de la ligue sur leurs derrières, manœuvre qui les iMB contraignit d'accepter, entre Vailate et Agnadel , une bataille qi|i fut la plus sanglante que Ton eût vue depuis tongtenq» Louis XII jCriait : Que ceux gui ont peur se mettent derrière moi La Trémouille, à la vue des siens qui tournaient les épaulai» leur dit : Enfants, le roi vous regarde. En effet, malgré tout le courage qu'ils déployèrent, les Italiens finirent par succomber» et Barthélémy lui-même resta prisonnier.

Néanmoins on n'avait perdu que Tarrière-garde d'une puiisanté armée, et, si les habitants eussent connu l'usage des a^ mes, il était possible de disputer le terrain pouce à pouce ; mais

Iftmai.

ÉPOUVANTX DX8 ViNITIXNS. 331

les Vénitiens n'empêchèrent pas les Français de poursuivre la victoire avec rapidité. Aussitôt Caravaggio et Bergame se rendent^ puis Brescîa, Crème^ Crémone, Pizzighitone* Pesciiiera elle-même fut prise d'assaut, et le roi fit pendre le commandant, qui avait rempli son devoir en se défendant, et passer la garnî- 80D au fil de l'épée. Les défenseurs de Caravaggio furent également pendus ; le bon rai avait ordonné de faire prisonniers tous les nobles que Ton trouverait, afin que, épuisés par les grosses rançons, ils ne fussent pas en mesure d'aider la république.

Les idliés de la France, qui avaient d'abord hésité, accourent dés que la victoire est assurée : Mantoue avec son versatile marquis, Ferrare avec Alphonse d'Esté, les Espagnols et les pontificaux avec François-Marie, duc d*Urbin, se disputent quelque lambeau du lion dépouillé. Les impériaux occupent les villes de llstrie et du littoral, et entrent par le Frioul et le lac de Garde. Louis XII (les Français le disent du moins) marche sur Fuâna, et fait tirer cinq ou six cents coups de canon contre Venise, « pour que l'on dit à Tavenir que le roi de France avait canonné Pinexpugnable cité (Beantômb). «

Le dernier moment de cette république semblait donc arrivé, et le découragement envahissait les esprits, a C'était le jour de la Sema (4), mais tout le monde pleurait; presque aucun étranger n'y vint ; on ne voyait personne dans les places ; les chefs de l'État étaient perdus, et surtout notre doge, qui ne disait rien et se trouvait comme un mort, tant la tristesse l'accablait. Il fut question d'envoyer le doge en personne jusqu'à Vérone pour relever le courage de nosgens ; Sa Sérénité devait être accompagnée^ à ses frais, de cinq cents gentilshommes ; mais ceux du conseil ne voulaient point y consentir, et le doge lui-môme ne s'offrait point pour y aller. U disait à ses fils, et ses fils répétaient : Le doge fera ce que Venise voudra. Cependant il est plus mort que vif... Je termine. Jours malheureux ! nous vîmes notre ruine, et personne ne prit des mesures pour la conjurer. »

Ainsi s'exprime Marin Sanuto dans son Journal* Dans ses Lettres, Louis da Porto dit : « Les provéditeurs^ pleins de lâcheté et d'une certaine somnolence, chacun peut les voir cent fois par jour bâiller et tirer les membres, comme s'ils attendaient la fièvre; non-seulement ils ont perdu la dignité altière de leur rang, mais ils se montrent excessivement humbles et familiers

(1) La fêta et VÂMoaman^ b plu» gFtDdt solfloahé de Veniie.

332 ÉPOUVANTE DES VÉNITIEHS.

envers des personnes indignes de leur amitié. Dans ce moment critique, on ne sait opposer aucun remède à tant d'adversités; cette cité se voit avilie, et le gouvernement troublé tombe dans répouvante. Quelques nobles vénitiens, m'embrassant et pleurant, m'ont dit : Cher Porto, voiis ne serez plus désormais des nôtres. Comme je voulais leur faire la politesse d'usage, ils m'ont prié de m'en abstenir , parce que nous étions tous compagnons et égaux ; en effet, le malheur les avait tellement humiliés qu'ils n'osaient plus se dire seigneurs, ni appeler leur doge sérénissime. D'autres encore, d'un rang plus élevé, mais le front dépouillé de tout orgueil, parcourent la ville affligée, non d'uo pas continu, mais tantôt précipité, tantôt lent; ils embrassent celui-ci, celui-là, font des politesses exagérées et certûnes caresses aux gens, qui révèlent non l'afiTection, mais une frayeur excessive. La Vinegia, en dix jours , a changé complètement d'aspect , et de joyeuse est devenue triste. Non-seulement les femmes ont renoncé à leurs vêtements fastueux , mais on n'entend plus dans les places et les rues, durant la nuit, aucune espèce d'instruments, lesquels, dans cette saison, abondent dans la ville au grand plaisir des habitants. Les Vénitiens sont si peu accoutumés à de pareilles calamités qu'ils ne redoutent rien inoins que de perdre Venise môme, sans tenir compte de sa position inexpugnable. Beaucoup ont des navires qu'ils regardent comme la chose la plus précieuse; ceux qui n'en ont pas parlent d'en acheter, pour '^faire sans doute comme fit Énée : tant l'épouvante est entrée dans leur cœur ! n

Tel est le peuple ; mais le sénat ne désespère point , et, remplissant le trésor à l'aide d'emprunts et d'offrandes patriotiques, il s'occupe de fortifier la Dominante et de l'approvisionner (1). Les capitaines reçurent l'ordre d'évacuer les places et de se réunir; mettant sa confiance moins dans les milices découragées que dans le temps, les pratiques secrètes et la fatale expérience des peuples, Venise se dépouilla de tout ce qui excitait l'envie des autres, comme un honmie jette sa bourse au brigand qui le poursuit.

En effet, la suspenâon des échanges entre les provinces et la

(1) Tous les écrivains affinnent qu'elle dispensait du sennent ses sujeu de la tenue ferme ; mais je n*en trouve aucun vestige dans les actes officiels , et eetle dispense se trouverait même en opposition avec quelques-uns de ses actes, par exemple avec les punitions infligées à quiconque favorisait rétrangn'.

BÉVOUflÛSNT DES SUJETS VÉNITIENS. 333

métropole causait un grave préjudice aux petits trafiquants; les villes qui, exposées aux souffrances d'un siége^ auraient maudit la seigneurie^ la regrettèrent aussitôt qu'elles eurent senti le joug plus rude d'oppresseurs cruels; et chacun voulut revenir à Saint-Marc dès qu'on cessa de le craindre. «Les Tudesques (écrivait Machiavel) veulent piller et saccager le pays; on voit et Ton entend dire des choses étonnantes et sans exemple. Aussi est-il entré dans les âmes de ces campagnards un si grand désir de mourir et de se venger, qu'ils sont devenus plus obstinés et plus enragés contre les ennemis des Vénitiens que ne l'étaient les Juifs contre les Romains; chaque jour il arrive que l'un d'eux, fait prisonnier^ se laisse égorger plutôt que de renier le nom vénitien. Hier au soir^ l'un de ces hommes alla trouver l'évéque (de Trente, gouverneur de Vérone au nom de Maximilien), auquel il dit qu'il était Trévisan, voulait mourir Trévisan^ et ne voulait pas vivre autrement; promesse de pardon^ d*autres faveurs^ rien ne put le faire changer d'opinion, et l'évéque le fit pendre. De cette manière^ et tout bien considéré^ il est impossible que ces rois gardent ces pays avec ces paysans vivants (i). d

Autrefois la clef du Frioul vers la marche lYévisane était Sacile^ bâtie dans un enfoncement sur les bords de la Livenza; aussi les patriarches d'Aquilée, qui en étaient seigneurs^ lui donnèrent la liberté communale dès i 190^ avec l'affranchissement des serfs et la faculté de vendre les terrains^ outre qu'ils la fortifièrent comme leur boulevard contre Trévise et les seigneurs de Camino. Après la chute des patriarches^ suivie de l'élévation des Pelliceia^ Sacile suivit l'influence d'abord, ensuite la domination des Vénitiens, qui accrurent ses fortifications^ au point qu'elle avait trois châteaux, et qu'une muraille avec tours ceignait les deux bourgs^ défendus encore par le fleuve (2). Ces for- ^500 tifications ne pouvaient résister aux armes nouvelles^ et les im- juin, périaux les traversèrent facilement; mais, lorsque Léonard Trissino, émigré vicentin , se présenta à Trévise pour en recevoir les clefs , un certain Marc , cordonnier, déployant la bannière de Saint-Marc, se mit à la tête du peuple pom* repousser le déserteur et piller les palais des nobles, qui s'étaient empressés de se soumettre, et fit demander des troupes italiennes. Ce premier

(1) Dans la Légation à Mantoae,

(2) L'histoire de cette ville, importante comme toutes celles du Frioul , peut se recueillir en partie dans les œuvres de DeAossi , àfo/i, eecUs, aquilejeriAis, et Florio, Discours préliminaire à la vie du bienheureiix- patriarclie Bertrand,

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