L£S ALLIES FONT LA GOERRE AVEC CRUAUTÉ
abri. Un jeune homme, le seul qui survécût, raconta que des nobles voulaient aller offrir de grosses rançons, mais que les autres les avaient empêchés de sortir, atin que tous subissent le même sort. Ces atrocités se reproduisaient ailleurs, et, chose horrible, les Français s'attribuent ce fait, que d'autres reprochent aux Allemands; puis leurs chroniqueurs se raillent de ces manants de Venise pendus aux créneaux.
Padoue, où s'étaient réfugiés une foule de gens qui quadruplaient sa population ordinaire, fut assiégée par Maximilien avec ««p^*^*** cent mille soldats, allemands ou français, payés au moyen du pillage et surexcités par l'espoir d'une plus riche proie ; il avait deux cents canons tellement gros que plusieurs ne pouvaient se monter sur affût. L'empereur lui-même resta bravement exposé anx batteries de la place; mais il ne connaissait pas la constance, et ne trouvait aucun moyen de satisfaire les prétentions des chevaliers. ^Une fois, il envoya l'ordre au général français la Palisse de mettre à pied ses hommes d'armes, pour monter à l'assaut avec les lansquenets;' mais le chevalier Bayard répondit : «Gom- « ment mettre à pied tant de nobles, et les exposer avec des fanotassinsqui sont cordonniers, maréchaux-ferrants, boulangers < et gens de métier auxquels l'honneur n'est pas cher comme « aux personnes bien nées? N'a-t-il pas beaucoup de comtes, a de seigneurs, de gentilshommes d'Allemagne ? Qu'il les mette V à pied avec les gens d'armes de France, et nous leur montreci rons volontiers le chemin; puis suivront les lansquenets (1). »
(1) Pense V empereur que ce soit chose raisonnable de mettre tant de noblesse en péril et hasart avecqttes des piétons^ dont l'ung est cordonnier ^ Vautre mareschalf Cautre âoulengier, et gens mécaniques , qui n'ont leur lionneur en si grosse recomandation que gentils hommes ! cest trop regarder petitement, sauf sa grâce à luy.
Ce siège est décrit longuement dans V Histoire du bon chevalier, c'est-à-dire Bajard : Desja estait bruist par tout le camp , que ton donnerait PassauU à la ifUée sur le midy, ou peu après. Lors eussiez veu une chose merçeiUeuse ; car les prestres estaient retenuz à poids d'or à confesser, pource que chascun se vouloir mettre en bon eUat; et y avait plusieurs gens d^ armes qui leur bailloient leur Bourse à garder; et pour cela ne fault faire nulle doubte que messeigneurs les curez n'eussent bien voulu que ceulx dont ils avaient l'argent en garde [eussent demowrés à l'assatdt. D'une chose veulx bien adviser ceulx qui Ijrsent ceste liistoire ; que cinq cens ans avait qu'en camp de prince ne fut veu autant d'argent qi^il y en avait là; et n'estoit jour qu'il ne se desrobast trois ou quatre cens lansquenetz qui emmenaient beufi et vaches en Alemaigne, lictz, bleds^ soyes à JUer^ et autres ustensilles ; de sorte que audit Padouan fut porté dommage de deux millions d'escus, qu'en meubles, qu'en maisons et palais bruslez et destruiti^
BUT. DES ITAL. — T. Til. 22
JULES n RÉGONGILIli ATEC YtSJSS.
• octobre.
2» «Trier/
Mais les gentilshommes tudesques ne daignaient pas non plus s'aventurer parmi la pédaiile, et Maximilien congédia son armée pour se retirer à Vérone. La flotte vénitienne , qui assaillait Ferrare pour chfttier la déloyauté de son duc, révolté contre la république sous la protection de laquelle il avait grandi^ fut détruite à la Polesella, et le comte de Pitigliano, Tftme de cette guerre ^ cessa de vivre. Malgré cette double perte , les choses prenaient une meilleure direction. Louis Malvezzi^ puis Jean- Paul Baglione reçurent le b&ton de généralissime, et l'on donna le commandement de l'infanterie à Renzo de Ceri des Orsini, avec permission d'employer les armes déposées dans les arsenaux.
La politique réussissait mieux aux Vénitiens que les armes. Le roi Louis , après avoir recouvré tout ce que lui assignait la convention de Cambrai, songeait à quitter l'Italie, où il aurait vu À regret ^Autriche prendre racine, d'autant plus qu'il comptait médiocrement sur le versatile Maximilien. Elle avait apaisé Ferdinand le Catholique en lui ouvrant les cités dont elle s'était emparée sur la côte napolitaine; ce roi s'opposa donc à ce que Venise fût assaillie, en alléguant qu'on ne s'était allié que pour lui enlever la terre ferme; mais le motif réel, c'est qu'il désirait que la guerre traln&t en longueur, afin que Maximilien ne pût se mêler de la tutelle de son neveu Charles. La seigneurie ofint au pape tout ce qu'elle occupait enRomagne,à la ccmdition qu'il l'absoudrait; eUe renonçait à l'appel fait au futur concile, eo promettant de ne mettre aucun obstacle à la juridiction ecclésiastique, et de laisser aux sujets pontificaux la liberté de naviguer sur l'Adriatique. Jules II leva donc Tinterdit et admit ses ambassadeurs à lui baiser d'abord le pied, puis la main, enfin la bouche (1) ; voulant toujours gouverner sans souffrir de supérieur, il revint à son projet, qu'il n'avait abandonné que par vengeance, d'expulser les barbares de l'Italie. Plein de mépris pour Maximilien, il redoutait Louis XII, et, comme ce roi devînt le but de ses inimitiés, il sollicita contre lui Henri VIU, nouveau souverain de l'Angleterre. Puis il réclama pour la chambre aposto-
(1) La bénédiction se fit ainsi : U y avait cinq ambassadeurs véniticsis qvit après le traité, s'agenouillèrent devant le pape; puis, trois fois en public, le vestibule de Saiul-Pierre à Rome, ils baisèrent d'abord le pied du pape, suite la main, enfin la bouche. Cette cérémonie terminée, on ouvrit le» de Saint-Pierre, et les ambassadeurs, placés derrière les cardinaiu, assistcffnt à la messe papale , à la fin de laquelle ils furent bénis. » (Pbato, CArom. «i*
JVUS II &to>llGULliÉ AVISG VENISS. 339
liquci comme provenant de bénéfices ecclésiastiques^ les il millions que le cardinal d'Amboise avait laissés en mourant; cette somme était le fruit de la sage administration des finances françaises, sage> mais non pas désintéressée. Malgré les prétentions de la France, il donna à Ferdinand Tinvestiture, toujours disputée, des Deux-Siciles; puis il tourna ses regards vers les monta* fpes suisses, qui réunissent la neige et le courage , et du haut desquelles roulent sur la Lombardie Tavalancbe et le mercenaire.
Mathieu Schinner^ jeune berger du Valais^ montra tant d'intelligence que ses parents l'envoyèrent étudier à Côme, A Tige de dix-sept ans, il savait le grec, l'italien et le latin; son instruction le fit appeler auprès de Tévéque de Sion, auquel il succéda. Chrétien et Suisse, il voulait Tindépendance de TÉglise et de ses roontagnes^ menacées par la domination française en Itali^. U prêchait donc la guerre à ses compatriotes, et jamais^ depuis saint Bernard; personne ne fut écouté comme lui. Exerçant la double fonction de prêtre et de guerrier ^ il s'attribuait le titre de duc de Savoie, et donnait celui de marquis de Saluces h l'un de ses frères. Jules U, Payant nonuné cardinal et légat pontifical en Lombardie, fit avec lui un traité pour obtenir six mille soldats destinés à protéger TÉgUse contre tous ses ennemis^ sans distinction. Ces mercenaires franchirent les Alpes , précédés de Tétendard sous lequel ils avaient vaincu Charles le Téméraire, et qui portait cette inscription : Vaingueurs des princes, amis de la justice, défenseurs de la sainte Église romaine. Mais bientôt, atterrés par la valeur ou vaincus par l'argent de Gaston de Foix^ ils retournèrent dans leurs montagnes.
Hercule I*' d'Ëste avait agrandi Ferrare et construit hors des murs un parc magnifique, à Tusage du public ; il bfttit et dota des églises et des monastères ; le jeudi saint, il donnait à manger à cent cinquante pauvres; sa chapelle brillait entre toutes par ses chanteurs et ses musiciens; il offrait des chasses, des joutes et des tournois. Chaque année, il faisait représenter la Passion du Sauveur, ou l'Annonciation, ou la vie de quelque saint, avec une magnificence incroyable. A ces spectacles anciens il joignait le spectacle tout nouveau de quelque comédie de Plante ou de Térence, et de pièces composées alors, ce qui fut l'origine du thé&tre permanent ; il avait à sa cour Mathieu Bojardo, Pandolphe Colenuccio, Tito Strozza et Hercule, son fils. Nicolas Leoniceno, Pellegrino Prisciano, Antoine Comazzano, Baptiste Gua-
20 lanTier.