‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 117 sur 169 · CHAPITRE CXXXIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXIl

Lion X Vr LOUIS XII.

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SuàM-CAjnom. Anne,

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Laurent le Magnifique eut trois fils, qui reçurent sous ses ]feux une éducation très-soignée. Un jour» quelqu'un trouva ce Laurent et son frère Julien qui , sur les quatre pattes et ces enfants en croupe, trottaient à la manière de« chevaux; le voyant s'étonner, ils le prièrent de n'en rien dire jusqu^à ce qu'il fût père lui-même.

Voilà les deux monstres des romans et des comédies. Julien, assassiné par les Pazzi , laissa orphelin Jules, qui devint pape sous le nom de Clément VU. Des trois fils de Laurent, Pierre éprouva les disgrâces dont nous avons parlé, et finit par se

â52 CONSEILS DB LAURENT DE HÉDIGIS.

noyer à la bataille de Garigliano; Julien entra dans la famille du roi de France et fut créé duc de Nemours; Jean, né en 4475, fut destiné à TÉglise dès le berceau^ et sou père inscrivait avec complaisance dans les registres de sa maison les bénéfices ecclésiastiques à mesure qu'ils s'accumulaient sur la tête de cet enfant, a Le 49 mai 4483 , je reçus la nouvelle que le roi « de France avait de lui-même donné à notre Jean l'abbaye a deFontedolce... Le 34 ^ j'appris que le pape la lui avait cona férée^ en le déclarant apte à posséder des bénéfices dès Tàge « de sept ans... Le 8 juin, le courrier Jacopino vint de France (( vers les treize heures avec des lettres du roi^ qui avait donné à « notre Jean Tarchevêché d'Aix en Provence, et Tenfant, sur le « soir^ fut envoyé à Rome pour cela... Le 45^ à six heures de « nuit^ des lettres venues de Rome m'apprirent que le pape faia sait difficulté de donner Tarchevéché à messire Jean à |aase a de son âge, et j'envoyai aussitôt Fenfant lui-même au roi de a France. »

Nous aimons à trouver ce tendre père de famille au milieu des réminiscences dissolues , ce prince citoyen au moment où les cours s*introduisaient. En envoyant au pape, en 4484, son cher Pierre^ qui avait déjà quatorze ans, il lui donnait de sa main des instructions minutieuses, et lui enseignait les politesses dont il devait faire usage avec les seigneuries et les particuliers: a Dans <c les temples et les lieux où se réuniront les autres fils d'ama bassadeurs, conduis-toi envers tes égaux gravement, polimenti « avec bienveillance; garde-toi de les précéder s'ils sont plus a âgés que toi, parce que, bien que tu sois mon fils, tu n'es a qu'un citoyea de Florence, comme ils le sont aussi. Lorsque « Jean jugera convenable de te présenter séparément au pape^ a après t'être bien informé de toutes les cérémonies d'usage, ta a te présenteras à Sa Sainteté j à laquelle tu présenteras ma a lettre de créance, en la suppliant de daigner la lire. Le jour où a tu auras à lui parler, tu commenceras par me recommander 6 humblement à Sa Béatitude, comme je me recommandai à soo a prédécesseur de sainte mémoire...

a Tu feras entendre à Sa Sahiteté que, après m'avoir recoma mandé à ses bonnes grâces , l'amour fraternel f oblige à ce lui recommander encore Jean, lequel j'ai fait prêtre, en m'eft forçant de lui donner des habitudes et une instruction telles a qu'il n'ait point à rougir au milieu des autres. Toute monespé- « rance, de ce côté, repose sur Sa Béatitude ; comme il a oom-

CONSEILS DE LAÏÏRSirr DE MBDiaS. 353

« mencé à lui témoigner quelque Riïection , tu la supplieras c qu'elle daigne continuer, de manière que ces nouveaux bien- « faits s'ajoutent aux autres obligations de notre maison envers a le siège apostolique : c'est au moyen de ces paroles et d'autres « que lu la solliciteras, en t'ingéniant à gagner ses bonnes grâ- « ces le plus que tu pourras. Tu recevras mes lettres de créance «pour tous les cardinaux, lesquelles tu remettras selon que <r tu jugeras convenable. En général^ tu me recommanderas à c tous... Tu visiteras tous les seigneurs de la maison Orsini qui ff se trouvent à Rome ^ en leur témoignant la plus grande défé- «rence en tout, en me recommandant à leurs seigneuries a et en t'offrant comme leur fils dévoué et leur serviteur ; car ils a ont daigné nous reconnaître pour leurs parents^ ce qui t'im- « pose, à toi, une plus grande obligation , puisque ta naissance a en est plus illustre : tu feras donc tous tes efforts pour recon- « nattre cette faveur, au moins par ta bonne volonté.

(f Je t'envoie Jean Tornabuoni , à qui tu obéiras en toute «chose; ne fais rien sans le consulter^ sois modeste avec lui^ a bienveillant et grave avec tous^ ce à quoi tu dois d'autant plus « Rattacher que ton âge le comporte moins. Et puis, les bon- « neurs et les flatteries dont tu seras l'objet deviendront pour a toi une cause de grand péril , si tu ne ssds point te modérer^ ff et ne te rappelles pas souvent qui tues. Si Guillaume (i), ou ses « filsy ou ses neveux^ viennent te voir, reçois-les gracieusement, « mais avec réserve et gravité^ en témoignant de la pitié pour n leur sort; en les encourageant à bien faire^ et à tout espérer « d'une bonne conduite. »

L'objet principal de cette mission était d'obtenir pour Jean le chapeau de cardinal, qui lui fut accordé avant l'âge de treize ans révolus. Afin de diminuer le scandale de cette précoce libéralité, il ne fut autorisé à revêtir la poupre et à siéger dans le consistoire que deux ans plus tard. Les conseils que Laurent lui donna dans cette occasion sont ceux d'un père à son fils qui entre au collège : « Le premier conseil que je vous adresse, c'est que -V TOUS devez vous efforcer de vous montrer reconnaissant encvers monseigneur Domenedio; puis rappelez-vous à toute a heure que ce ne sont ni vos mérites ni votre sagesse, mais a Dieu qui vous a miraculeusement fait cardinal; montrez-lui c votre reconnaissance par une vie sainte, exemplaire et bon-

(1) D^ P&zzi, ceux qiii avaient conspiré.

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354 CONSEILS DE LÂmiEKT DE MÉDICIS.

a néte^ ce à quoi vous êtes d'autant plus obligé que, dans votre a adolescence, vous avez donné la preuve qu'on pouvait espérer or de vous de tels fruits... L'année passée^ j'appris avec une (' grande consolation que^ sans y être engagé par personne^ a vous aviez communié de vous-même après vous être confessé a plusieurs fois; je ne crois pas qu'il y ait un meilleur moyen de « se conserver dans la faveur de Dieu que de s'habituer à faire « ainsi, et de persévérer dans cette conduite... Il est nécessaire « que vous fuyiez, comme Scylla et Charybde, l'hypocrisie et la « mauvaise réputation ; il vous convient également d'être mo- (( deste en vous efforçant d'éviter toutes les choses qui blessent a dans les formes extérieures et la conversation, sans montrer a toutefois d'austérité ni trop de sévérité; avec le temps, vous « comprendrez et ferez mieux toutes ces choses que je ne puis a Pexprimer.

a Je crois que, dans ce premier séjour à Rome, il est bon que «vous employiez les oreilles plus que la langue. Désormais « je vous ai donné tout entier à monseigneur Domenedio et à la « sainte Église ; il faut donc que vous deveniez un bon ecclésiasa tique, et que vous persuadiez chacun que l'honneur et les iaa térêts de la sainte Église et du siège apostolique vous sont plus

a chers que toutes les choses du monde Dans vos pompes,

« j'aimerais mieux vous voir vous tenir en deçà de la modération c qu'au delà ; une maison bien ordonnée et bien tenue est préfé- « rable, à mes yeux, à celle qui étale la richesse et le luxe. Taa chez de vivre modérément, et de ramener peu à peu les choses a à un état régulier y car cela ne se peut maintenant , la maison a et le maître étant nouveaux. Les bijoux et lu soie conviennent a rarement à vos pareils; il vaut mieux quelques objets précieux a de l'antiquité et de beaux livres, comme un entourage docte a et moral est préférable à de hauts personnages. Donnez des rea pas, sans superfluité toutefois; mais allez moins souvent chez Q les autres que vous n'inviterez chez vous. Pour vous, ne prenez « qu'une nourriture frugale, et faites beaucoup d'exercice, car, c( avec votre costume, celui qui ne se soigne pas est bientôt atteint a d^une infirmité. L'état de cardinal est non moins sûr que grand ; a d'où il suit que les hommes se font négligents, parce quils a s'imaginent avoir obtenu beaucoup et pouvoir le consener facia lement, ce qui nuit souvent à la condition et à l'existence, à la- « quelle vous devez songer grandement; toutefois il vaut mieux •« que vous y comptiez peu que trop... Entre autres règles i je

JEÂK DE HÉDIGIS GARDmAL. 355

€?oiis reeommande surtout d'en observer une avec la plus « grande exactitude : c'est de vous lever tous les jours de bonne c heure, parce que cette habitude y outre qu'elle est utile à la • santé) permet d'expédier toutes les affaires de la journée; c d'ailleurs, avec votre rang qui vous oblige à dire l'oftice, à cétodier, à donner audience, etc., vous y trouverez un grand i avantage! Une autre chose est encore extrêmement nécesc saire à un prélat de votre importance, c'est de penser la veille « an soir à tout ce que vous aurez à faire le lendemain, afin que « vou» n'ayez pas à vous occuper d'une chose imprévue. »

Le cardinal de Médicis, contraint de quitter Florence quand sa famille en fut expulsée , et voyant qu'il ne pourrait vivre à Rome avec dignité et sécurité sous Alexandre VI, résolut de voyager. Il prit avec Inî onze autres jeunes gentilshommes, la plupart ses parents, au nombre desquels se trouvait Jules; puis, tous vêtus de la même manière, et Tun d'eux, mais à tour de rôle, commandant la troupe durant un jour, ils parcoururent TÂllemagne, la Flandre et la France. A Gênes , ils logèrent chez le cardinal de la Rovère, fugitif de Rome lui aussi; parmi ces émigrés se trouvaient donc trois t)apes futurs.

L'année sainte, le cardinal de Médicis visita Rome incognito; il passa les années suivantes au milieu des périls, jusqu'au moment où le siège pontifical fut occupé par de la Rovère, Jules II, qui FaGCueiltit et le combla d'honneurs. A la cour pontificale, il s'entourait d'hommes de lettres et d'artistes, pour lesquels il ouvrait une bibliothèque; riche encore d'une foule de manuscrits

recueillis autrefois par Cosme et Laurent, dispersés lors de Texpulsion de Pierre, ces travaux furent achetés par les moines de Saint-Marc, desquels il les racheta moyennant 2,262 écus. Il discutait avec les doctes, composait, jugeait avec un goût exquis, et dépensait plus que ne le permettait la fortune paternelle, dérangée à l'époque de l'expulsion, puis sacrifiée dans les tentatives qui avaient pour but de recouvrer le pouvoir; souvent même il dut mettre en gage, entre les mains de bouchers et de charcutiers, les vases d'argent de sa propre table. Si quelqu'un lui en faisait des reproches, il répondait : La fortune aide ceux qui sont destinés à de grandes choses, pourvu qu'ils ne s'avilissent

pas.

Jules II, génie militaire, fit de son favori un capitaine, et, p9ur contrarier les Florentins, il l'envoya comme légat à Tarmée qa'il.cfirigeait contre les Français. A Ravenne, le cardinal resta -

356 JEAN T)E MtDICIS PAPE.

prisonnier; mais, conduit à Milan, où le conciliabule était encore ouvert, il reçut un accueil splendide, et parvint à ramener beaucoup d'individus au parti de l'Église. Ses bonnes manières lui gagnèrent même les officiers français; aussi, tandis que l'on songeait à renvoyer captif en France, il trouva le moyen de s'enfuir et d'atteindre Bologne, à l'aide de divers travestissements; enfin, après avoir noué de nouvelles intrigues, et renversé le gonfalonier Soderini, il recouvra Florence. 1515 II se trouvait dans cette ville, tourmenté par une fistule, quand

8 mars, jj apprit la mort de Jules II. Il n^ fit alors porter en Utière à Rome pour assister au conclave, dans lequel il garda son médecin près de lui : cette circonstance peut-être lui gagna les électeurs, qui, malgré sa jeunesse , s'imaginèrent que sa vie serait probablement de courte durée. Il prit le nom de Léon X : monté sur le destrier qui lui avait servi à la bataille de [Ravenne, il se rendit , comme c'était l'usage , à Saint-Jean de Latran, où il trouva 300,000 sequins que Jules II avait accumulés en faisant des économies sur Fadministration. Ce trésor, il songea à le dépenser en magnificences plutôt qu'en guerres, et un tiers fat dissipé dans les fêtes de son inauguration.

Après avoir détourné lé schisme dont l'Église était menacée, en laissant le cinquième concile de Latran terminer ses travaux, et en pardonnant à ceux qui avaient adhéré au conciliabule de Pise, il dirigea son attention principale sur les affaires de sa famille. Du reste, il ne s'agissait point de la tirer de l'dlKCQrité pour la goi^er d'or et de fonctions ; comme elle était riche, influente, maîtresse du pouvoir, il se trouva lui-même, exemple nouveau, à la fois pape et prince séculier d'un Ëtal limitrophe, ce qui lui offrit d'amples moyens pour agrandir ses parents. Il donna l'archevêché de Florence, avec le chapeau de cardinal, à son cousin, Jules de Médicis. Une de ces conjunh lions qui fournissent aux nouveaux gouvernements une oectsion de serrer le frein lui fut dénoncée alors ; il laissa monter sur récbafaud Pierre Boscoli et Augustin Capponi (i), et fit pa^ donner aux autres, parmi lesquels était Machiavel.

(1) Boscoli disait à Luc de Robbia, neveu du peintre, qui l'assista dans les derniers moments : « De grAce, Luc, ôtez-moi Brutus de la t^te, afin que je «i fasse ce dernier pas tout à fait en chrétien, v Le moine qui Tassista disait aussi à Luc : « Quant à ce que vous m*avez dit, cette nuit, que je lui rappclw « que les conjurations ne sont jamais permises , sachez que saint Thomas (aii « cette distinction : Ou les peuples ont mis le tyran à leur tête , ou htea c*est

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