EXPULSION DES FRANÇAIS
çais qui étaient restés dans la ville; ainsi fit Côme^ imitée par 29juin. Génes^ qui proclama doge Jean Frégose, et toutes les villes, uoe fois débarrassées des Français , se replaçaient sous rautoiité de quelque dominateur. Bologne même se rendit aux pontificaux. Jules 11^ irrité des insultes qu'il en avait reçues^ eut un moment la pensée de la détruire et d'en transporter lès habitants à Gento^ puis se contenta de lui enlever ses privilèges et les magistratures ; il releva de l'interdit Alphonse d'Esté, mais fit occuper ses États par le duc d'Urbin , et chercha même à Pemprisonner.
Au delà des Alpes ^ un orage menaçait encore la France: Henri VIII d'Angleterre entrait dans PArtois » Ferdinand le Catholique dans la Navarre^ et les Suisses dans la Bourgogne; mais heureusement les confédérés^ à peine victorieux, firent revivre leurs prétentions opposées, et, comme chacun d'eux avait outre-passé l'objet de la ligue, le partage des dépouilles susci* tait des inimitiés. Le pape voulait tous les pays situés au midi da Pô , et Maximilien mettait en avant les anciens droits de Fenipire; le vice-roi Cardona, sous le prétexte d'expulser les Français des forteresses, voulait mener vivre ses troupes sur le territoire milanais; les Vénitiens, de leur côté, cherchaient à s'emparer de Crème et de Brescia.
Florence, bien qu'alliée de la France (i), se maintenait tranquille et dans la ligne de ses devoirs, sans offenser personne; elle n'évita pas néanmoins le sort des faibles parmi les hommes violents. Déjà, pour la punir d'avoir accueilli le concile, le pape avait tenté de renverser le gonfalonier Soderini et la faction populaire, et permis au cardinal Jean de Médicis d'intriguer pour rétablir sa famille dans cette ville. Maintenant le vice-roi Cardona marche contre elle , en promettant de respecter les biens et les franchises, à la condition qu'elle expulsera Soderini et recevra les Médicis. Florence pouvait se sauver par des offres d'argent, unique mobile de ces capitaines; mais, comme un sacrifice pécuniaire lui semblait un aveu de culpabilité, elle eut recours aux raisons, comme si elles pouvaient quelque chose au milieu des armes. Soderini, noble patriote plutôt qu'homme de résolution , hésita et ne prit les armes que lorsque le danger
(1) Le cardinal d^Amboise avoua au roi que, depuis quelques anoto, il recevait &0,000 ducats de divers princes et républiques dltalîe, plus 30,000 de h seule Florence.
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était inévitable; Gardona franchit l'Apennin sans obstacle; Prato^ où les agresseurs se virent d'abord arrêtés par un corps soldé, fut traité avec une atroce barbarie ; trois mille individus ^ ^^^ périrent sous les yeux du légat pontifical , et l'on viola même les vierges sacrées (1); les Espagnols accablèrent d'outrages les habitants qui survécurent^ pour les contraindre à payer une énorme contribution. Florence en fut épouvantée^ et les milices n'osaient tenir tête aux bandes mercenaires ; puis quelques jeunes gens, qui avaient coutume de s^assembler dans les jardins Rucellaï pour s'occuper de littérature, proclamèrent qu'il était inutile de résister, chassèrent Soderini avec menace de le tuer, obtinrent 2 septembre, sa déposition des conseils , firent donner à Gardona tout l'argent qu'il demandait, et proclamer Julien de Médicis^ troisième fiis de Laurent le Magnifique.
Les anciens dominateurs, réintégrés dans ce qu'ils regardaient comme leur patrimoine, mais où l'exil les avait rendus étrangers^ parurent d'abord favoriser la démocratie, sauf à reprendre bientôt le pouvoir arbitraire. Après avoir aboli, au moyen du commode suffrage universel, les lois publiées depuis leur expulsion, ils établirent une étroite oligarchie, congédièrent les milices et exclurent rigoureusement de toutes les fonctions
(1) Guicdardiiû le nie, pour flatter les Médicis. Trois descriptions de ce sac ont été imprimées dans lesAreiûves /ustoriques, vol. i, 1842. Les cruautés des Espagnols dépassent Timagination. Jacques Nardi , après avoir raconté qu'une jeune fille, pour échapper aux brutalités lascives des Espagnols, se précipita d'un balcon dans la rue et se tua, continue ainsi : « Une autre jeune femme, dont le mari était resté dans les mains de l'ennemi pour payer sa part de la contribution, fiit emmenée par un homme d'armes espagnol, qui la conduisait partout avec loi, habillée en garçon. Elle vécut ainsi pendant les sept années de guerre de Lombardie ; puis l'Espagnol fut obligé d'aller dans la ville de Parme. La jeune femme, voyant qu'elle n'était pas éloignée de la Toscane, résolut de reconquérir sa liberté, mais après avoir vengé son honneur outragé et les souffrances de sa honteuse servitude. Une nuit, car elle couchait à côté de son maître, profitant du moment où il était plongé dans le sommeil, elle lui coupa la tête ; puis, après s'être emparée de tout son argent, de ses bijoux et objets de prix, dont elle-même était gardienne, elle monta sur un des meilleurs chevaux qu'il avaît, franchit les montagnes voisines et descendit en Toscane. Arrivée à Prato, elle se rendit à la boutique de son mari, qui était tonnelier, et , sans descendre de cheval , elle l'appela par son nom, en lui disant : « Me reconnais-tu? • Et lui , l'ayant reconnue, voulut s'approcher d'elle et l'embrasser ; mais elle lui dit d'une voix ferme : « Cher mari, éloigne-toi, ou bien tu vas me promettre de me recevoir « et de me traiter à l'avenir comme ton épouse bien-aimée, avec cette nouvelle « dot de SOO florins d'or que je t'apporte comme dédommagement de mon lion-
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les anciens piagnani^ partisans de la liberté et de la réforme morale ; un emprunt forcé leur permit de rétribuer largement Im Espagnols, et Florence elle-*méme entra dans la sainte ligue.
Au milieu de la mésintelligence de ses rivaux , Louis XIli dans l'espoir de se faire des alliés de ceux-là même qui l'avaisot combattu naguère, multipliait les négociations et les propositions, Jules II était le seul qui ne cessât point de le harceler; il punissait et louait, transférait au roi d'Angleteire le titre de Très-Chrétien, et offrait le royaume de France au premier occupant, Il convoquait un congrès pour mettre un terme aui prétentions irréconciliables des confédérés ; en attendant, il se disposait à enlever Ferrare au duc d'Esté, la Carfagnaoa aux Lucquois. Il voulait se faire livrer Modène par l'empereur comme garantie d'une créance; acheter Sienne pour la donner à son neveu, le duc d'Urbin ; changer le doge de Gènes, et chasser peut-être de Florence les Médicis, dont il n'était pas entièiement satisfait. Sollicitant le concours des Suisses, dont il voulait faire la barrière de l'Italie, après en avoir expulsé les barbareii il leur envoyait Tépée et le chapeau bénits. Au milieu de tant de ists projets, la mort le surprit ; néanmoins, dans le délire de Tsgo- M Kvrier. ^^^^ j| répétait cncorc : Plus de Français en Italie!
Si ce but unique eût déterminé ses actions, il pouvait bien mériter du pays, comme déjà il s'était montré digne de gouve^ ner un plus grand État; mais, comme la colère inspirait^ses actes, et qu'il voulait que tout pliât sous sa volonté despotique , il remplit l'Italie d'étrangers et de sang. Nous le laissons admirer et regretter par les classiques adorateurs de la force^ comme nous laissons admirer son successeur par les idolâtres du beau.
« neur violemment perdu. » Le mari la reçut avec des marques de tendrtsae, il toutes les femmes de Prato la durent toujours en haute estime , cooraie à u conduite généreuse avait également vengé les outrages faits à leur pudeur. ■
MAisoH ojts «âncis.