‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 135 sur 169 · INDULGENCES · texte numérisé non relu

INDULGENCES

aucune valeur si elles n'étaient pas accompagnées du repentir; mais les ignorants tombaient facilement dans Topinion contraire, fomentée par ceux qui vivaient de leur trafic. En eflet, la vente des bulles d'indulgences produisit à la cour de Rome d'immenses revenus, et l'on vit même des personnes en débiter de fausses; tout cela discréditait les indulgences et en corrompait le sens (!]. Le vulgaire croyait facilement que cet argent était le prix de la chose sainte, et les frères quêteurs^ chargés de le percevoir, comme ils avaient tant pour cent, vantaient d'une manière profane la vertu du pardon. Quelle est la chose, même la plus sainte, dont Tavarice n'abuse pas ?

Nous avons déjà dit combien l'ivraie des superstitions s'était mêlée au bon grain, et il est inutile de répéter qu'elles réagissent sur la conduite. Aucune véritable hérésie, que nous sachions, ne prit naissance ou ne se propagea en Italie (2), où Ton discutait sur Tapplication^ sans combattre le principe ; mais la croissante rigueur du, saint office était un signe de décadence, bien que> à défaut d'hérétiques, il persécutât des sorciers et des personnes entachées de superstition.

L'esprit de vérité et de sainteté, qui reste éternellement avec l'Église^ était néanmoins glorifié, surtout par des membres des ordres religieux. Bernardin de Sienne^ dont les prédications dans

(1) Ammirato le jeune raconte quMl vint à Florence, en 1431, un chevalier hicrosolymitain avec un minorité : celui-là annonçait qu'il avait autorité du pape pour absoudre de la damnation ; celui-ci se tenait dans les églises pour écrire et sceller les lettres des indulgences et des alisolutions iie faute et de peine y en absolvant, dans des cas très-graves, les personnes qui apportaient nonaeulen&ent de l'argent, mais des habits et des étofles. Les sénateurs, ayant conçu quelque soupçon, Toulurent connaître quelle était l'autorité réelle du chevalier, et la trouvèrent moins grande que celle qu'il annonçait; ils lui défendirent donc de continuer, en écrivirent au pape, et rendirent plus rigoureuses les peines contre pareilles gens,

(2) Le minorité Jacques des Marches, prêchant à Bresda en 1462 , affirma qoe te saog du Christ Tersé dans la Passion était séparé de la divinité , et que, dès Ion , on ne devait pas l'adorer. H en résulta une si grande rumeur que Pie II Toulut que la question fût agitée en sa présence par de célèbres théolo* giens; mais les opinions se balancèrent de telle sorte que le pape dut se contenter d'imposer silence sur la question.

Nous ne savons pas quelle était l'hérésie de ceux qui, de la France et de k Lombardie, s'étaient réfugiés au milieu des montagnes de la Yalteline ; le bienheureux André Grego de Peschiera, dominicain du couvent de Saint-Marc à Florence, fut envoyé pour les convertir, et vécut quarante-cinq ans parmi des bergers et des charbonniers (1466).

414 PERSONVeS SAINTES.

im ioute Tltalie produisirent des fruits étonnants de pénitence, introduisît parmi les franciscains une réforme rigoureuse, envoya des missionnaires en Egypte, en Assyrie, en Ethiopie, dans llnde, sema partout sur ses pas la paix et les aumônes, et raviva Tes^ prit religieux en multipliant églises, couvents, hospices. Ses fatigues furent partagées par le Vercellais Antoine, de la famille des marquis de Roddi, zélé réformateur de monastères dominicains. Antonin Pierozzi , prieur et réfonnateur des dominicains et théologien du concile de Florence^ élu archevêque de cette ville, ne consentit à occuper ce poste que lorsque Cosme de Médicis et tous les Florentins se transportèrent à Fiesole pour l'en sup* plier. Sur le siège épiscopal, il conserva les habitudes monastiques et la simplicité évangélique; son palais, sa bourse, ses greniers, étaient ouverts au premier venu, et une mule liti suffisait pour tout son service. Durant la peste de 1448 comme dans les tremblements de terre de 1453, il déploya la plus grande charité ; aidé par Finfortunée et courageuse Hélène Malatesla, il fonda Fasile des orphelines et des veuves déchues, ainsi que celui des incurables et d'autres institutions pieuses qui durent encore, comme les Pourvoyeurs des pauvres honteux, tl a laissé une Somme théologique de conclusions modérées, que l'on regarde encore comme Tune des mieux distribuées, et dont il fit un résumé en italien pour l'usage des confesseurs; on lui doit aussi un abrégé d'histoire jusqu'en 1458, œuvre de bonne foi plus que de critique. A son secrétaire, qui lui témoignait ses regrets de le voir accablé de tant de soins, il dit : a Toutes les afa faires ne nous empêcheront pas de jouir de la paix intérieure, « si nous nous réservons dans le cœur un asile où nous puisc sions être avec nous-mêmes, sans que les embarras du monde t y pénètrent jamais {!) » .

(1) Dans la Tie de saint Antonin écrite par Vespasiano, publiée par Mai dans le SpicUegium romanum, je lis : « Amyé à Rome , il fut bien accoeiUi par ie pontife et la cour de Rome ; contrairement à l'opinion de ceux qui disent que les prélats ont recours à la magnificence pour se faire priser, il se rendit a Rome avec une cape de simple moine, une vilaine petite mule , peu de aervw teurs. 11 était en si grande réputation qu'il n'allait dans aucun lieu écarté de Rome sans voir, quand il passait dans les rues, quelqu'un tomber à ses gotoux pour l'honorer ; il était bien plus vénéré que les prélats avee leurs belles mules et leur cortège de chevaux et de serviteurs. »

Bien que quelques-lms de mes amis m'accusent du contraire, je crois cpi*on me reprochera de n'avoir pas tenu compte de tous ks hommes pieux et saû

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