‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 146 sur 169 · BIBLE EN LANGUE VULGAIRE · texte numérisé non relu

BIBLE EN LANGUE VULGAIRE

de tout laïque y auquel il donne une Bible en lui disant : InUr^ prète-la selon les inspirations de Dieu,

Il fallait doue la traduire en langue vulgaire. Dès le premier siècle^ on en fit des versions latines ; puis Ulfilas la traduisit pour, les Goths^ et d'autres pour différents peuples convertis; il n'est peut-être pas une langue qui n'en possédât des versions faites antérieurement à la réforme. Quant à l'Italie, Jean-Baptiste Tavelli de Fusignano en avait fait une sur les instances d'une sœur d'Eugène lY ; une aulre était due à Jacques de Yoragine, évoque deGônes; celle de Nicolas Malermi^ religieux camaldule, fut imprimée à Yenise en 1471 (1) et reproduite trente*trois fois; en 1486, on imprima Les quatre volumes des Évangiles, traduits en langue vulgaire par frère Guido, avec leurs expositions faites par frère Simon de Cnscia. Jacques Passavanti , dans le Miroir de pénitence, se plaint que les traducteurs de la sainte Écriture « l'avilissent de plusieurs manières : les uns la mutilent avec leur parler tronqué, comme les Français et les Provençaux; les autres lui enlèvent sa clarté avec leur langage obscur, cooune les Tudesques , les Hongrois et les Anglais ; ceux-ci , comme les Lombards , la rendent âpre avec leur dialecte grossier et dur; ceux-là, comme les Napolitains et les habitants du royaume y l'entremêlent de termes ambigus et douteux ; quelques-uns^ comme les Romains^ la revêtent de rouille avec leur accent rude; il en est qui lui donnent une forme grossière avec

(1) In kalende agosto. In kalende oetobrio. H y en a une autre sans date, et qui peut-être est ceUe de Voragine. La bibliothèque Marciana vient d*obteiiir en don un magnifique exemplaire de l'édition de la Bible en langue vulgaire faite à Venise (Jenson).

Fontanini a démontré que la version de la Bible de Voragine, qui vécut vers la moitié du xui* siècle, n'existe pas ; mais on connaît une traduction de TApocaljr'pse, avec des explications continuelles, faite en grossier vénitien par frère Frédéric de Renoldo , qui vécut dans le quatorzième siècle ; elle fut imprimée à Venise en 1515 avec le titre : Apoealypti* J» C, hoc est revelatione fatta m taneto Gioitanni Evangelisia con nova etpositione in lingua volgare eampostm per el rtvtrendo tlieologo et angelico spirito /rate Federico Feneto ordinis prœdieatorum ; cum chiara dilucidatione a tutti soi passi. Même avant rédition de Malermi, de 1477, Jérôme Squarzafico fit imprimer : yenerahUis D. Nicoiamt de Malermi sacra Biblia es iati/io Itatiœ reddidit , vos imitatus , ^ ni vu/gares antea versiones, si sunt hoc nomine, et non potins confeeerunt. Remarquons, en passant, qu'Aide Manuce, dans sa lettre qui précède le psautier grec de U9S , promettait de publier la Bible entière en latin , eu grec , en hébreu , et qa*tt avait déjà préparé les caractères hébraïques , desquels on trouve un essai à la bibliothèque de la Sori>onne. (Voir FoSG^ailfl, Detla iett, Feneùana, livre ir.

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leur idiome de la Maremme^ de la campagne et des Alpes ; plusieurs^ moins malencontreux, comme les Toscans, la gâtent et l'obscurcissent ; les Florentins, surtout, avec des expressions affectées et hachées^ avec leurs locutions florentines, la rendent ennuyeuse, d'autant plus qu'ils la troublent et l'embarrassent avec leur or, puis, naguère, jamais, cependant ^ etc. »

On censurait donc la manière, mais sans condamner le fait. Léon X fit entreprendre à ses frais l'impression d'une nouvelle traduction latine de laBible^ par Santé Pagnini, de Lucques(i), lequel, après la mort de ce pontife^ la publia à Lyon en 1527. Pantaleone Giustiniani, qui fut d'abord le frère Augustin de Gênes, puis évèque de Nebbio, en Corse, ayant résolu de la publier en latin, en grec^ en hébreu, en arabe et en chaldéen, commença par le Psautier, dédié à Léon X, en 4516^ en huit colonnes, une avec le texte hébreu , les autres avec six interprétations et les notes; mais, sur deux mille cinq cents exemplaires, à peine un quart trouva des acheteurs; le reste périt avec lui dans un naufrage, en 1536.

Mais la philologie avait reparu , et la critique , exercée par l'examen des auteurs profanes, sjappliquait aux textes sacrés ; dès lors chacun, dans l'orgueil d'une conquête nouvelle, voulut les interpréter à sa guise. L'illustre Allemand Heuchlin fit plusieurs corrections à laVulgate^ et^ s'il scandalisa les esprits

(1 ) n fit le Thésaurus Unguœ sancta (1529). On doit s^élonner que, dans une époque où les moyens étaient si rares , on entreprit une œuvre dont personne aujourd'hui n'oserait se charger. Le premier chrétien qui professa Fhébreu en Italie fut, à ce qu'il semble, Félix de Prato, israélite converti, qui, en 1515» publia la traduction latine des Psaumes, et se rendit à Rome en 1518, sur Tinvitation de Léon X. A cette époque, Thébreu était encore enseigné par Âgathias Guidacerio de Catane , que François I" appela plus. tard au collège des Trois- Langues, où il eut pour successeur Paul Paradisi de Canossa. A Faoo, en 1514, on recueil de prières en arabe sortit de Timprimerie fondée par Jules H (Sgbnub- ABB, BibL arabica, p. 231-34). Pagnini commença à Venise l'édition originale du Coran (ib., p. 402). Eu 1513, on avait publié à Rome le Psautier en éthiopien (Le Long, édit. Masch., voL 1, part, u, p. 146) ; puis, en 1548. If Nouveau Testament, par les soins de Mariano Victor de Rieti, qui , quatre ans plus tard, donna la première grammaire abyssinienne ( CoLOM BSII UaL Ora tores, ad nomen). Teseo Ambrgise , de la famille des comtes d'Albonese , enseigna à Bologne les langues chaldéenne , syriaque , arménienne , desquelles et de dix autres il donna une introduction (Pavie, 1539) avec les caractères de quarante alphabets. Les travaux d'exégèse sacrée, à cette époque, sont si nombreux que M'Cree admire la Providence , laquelle faisait aiguiser par les catholiques les armes qui devaient les percer I

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étroits^ il fut défendu par Borne, qui tolérait les hardiesses tant qu'elles ne compromettaient pas l'unité de la f(H. Ainsi ^ comme on Ta dit^ ce ne fut pas alors que Ton traduisit la Bible en langue vulgaire; de mémei on ne pouvait dire nouvelles les doctrir nés de Luther.

Dès son berceau, l'Église dut soutenir avec la parole les véri-> tés qu'elle scellait de son sang. Béunie autour du successeur de Pierre, elle discutait des dogmes, et^ selon l'inspiration de l'Esprit-Saint, fulminait contre l'orgueil de la raison, qui dit à l'oreille de l'homme, comme jadis le tentateur : Tu es Dieu. Durant la lutte entre le pastoral et Pépée, toutes les questions relatives au pouvoir pontifical avaient été agitées, et le monde avait proclamé la supériorité de la matière sur l'esprit, de la force sur le sentiment. Les Vaudois , les Cathares et toute cette variété de novateurs avaient accepté l'Écriture comme le juge unique en matière de foi : selon eux, la tradition, comme parole humaine, était sujette à l'erreur, tandis que la lettre de feu de l'Écriture resplendissait comme le soleil, et restait pure de toute illusion; le culte extérieur était inutile, et il fallait voir dans le successeur de Pierre un antechrist, dont la chaire ne tarderait pas à s'écrouler. La liberté d'examen avait servi de bannière à tous les hérésiarques; il n'y avait pas une vérité ni une erreur sur la grâce, sur la justification, sur le purgatoire, qui n'eût fourni matière à discussion.

Luther ne fit que glaner les doutes semés à travers les siècles, et substituer à la tradition constante de mobiles explications exotériques, qu'il jetait hardiment , sans s'inquiéter de les mettre d'accord, au milieu d'un monde disposé mieux que jamais à recevoir une semblable semence. Cependant, lorsque Léon lança ^^^t ]a condamnation définitive, Charles-Quint, qui avait besoin du pape dans ce moment, proscrivit Luther et ses adhérents; mais bientôt leur nombre s'accrut au point qu'ils purent résister à l'empereur, lequel, comme les nécessités politiques avaient changé, accorda Vintérim, c'est-à-dire la tolérance.

Dans Tespace de dix ans, grâce aux passions qui la fomentaient, la réforme s'étendit rapidement. La monarchie papale semblait une entrave k chacune des nationalités qui s'étaient constituées. Les classes moyennes, après avoir fait prévaloir la propriété démocratique sur la possession féodale, attaquaient la haute aristocratie, en mettant la doctrine séculièi^ au-dessus de celle du clergé. Les gouvernements, qui s'étaient fortifiés» ab-

SianTier.

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