‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 157 sur 169 · LAUTREG. LE BUG DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

LAUTREG. LE BUG DE BRUNSWICK

« tophe SaYeilo, Pierre de Castel de Piero, Octavien Spiriti, et « beaucoup d'autres de ceux qui , non pour servir l'empereur, c mais afin de se couvrir ;de 'son nom^ veulent être regardés c comme impériaux. Ces hommes, à cause de la famine qui est c partout , entraînent à leur suite bon nombre de gens, d'autant c plus qu'ils autorisent le vol ; aussi peuiron considérer comme « ruinées lés villes où ils entrent, ce qui est arrivé l'autre jour « à Rieti. Accueillis amicalement dans cette ville , parce c qu'elle est très -gibeline, ils ne furent pas plutôt dans c l'intérieur qu'ils se mirent à la piller; mais, pendant qu'ils la a saccageaient, les habitants s'indignèrent, prirent les armes, et c les chassèrent en leur tuant environ trois cents individus, j»

La dévastation de Rome avait duré huit mois, lorsque les im- p i^vrier. périaux qui restaient se décidèrent à sortir de la ville, et Napoléon Orsini, héros tardif, y entra en égorgeant tous les malades qu'ils avaient laissés. A la nouvelle des armements de la France, le prince d'Orange alla se renfermer dans Naples, où le poursuivit Lautrec, qui, toujours dans l'attente de la paix qui se négociait, ou des secours suisses, gascons et vénitiens, avait différé son départ. Après la jonction des bandes noires soudoyées par les Florentins, il comptait environ soixante mille hommes. Il soumit le royaume avec cette facilité que l'on voit d'ordinaire là où il n'importe nullement aux populations d'avoir tel ou tel maître, et les villes prises, qu'elles eussent résisté ou non, furent livrées au pillage et au meurtre ; puis il ceignit Naples par terre, tandis qu'André Doria l'assiégeait par mer. Cet amiral , imitant sur mer ce que les autres faisaient sur terre, avait armé douze galères pour son compte ; il battit la flotte castillane venue au secours de Naples, tua le vice -roi Moncade qui la commandait, et fit prisonniers le marquis del Vasto avec le prince de Salerne et beaucoup de gentilshommes.

Le bruit se répand alors que Charles-Quint envoie une armée par la route de Trente avec le féroce duc de Brunswick : non* velle terreur pour les survivants. Anton de Leyva, qui ne s'était jamais relâché dans Toppression de Milan, emmène les troupes hors de la ville pour qu'elles ne meurent pas de la faim ou de la peste. Après avoir rejoint le duc de Brunswicl(, qui traversait le Bergamasque et le Brescian en les dévastant, et reprenait Pavie pour l'inonder de sang , il attaque Lodi , la seule ville au pouvoir des Français entre l'Adda et le Tessin, et qui se défend avec vigueur; enfin, un typhus appelé mal mazucco envahit

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cette armée^ dont il enlève deux mille hommes en hait jours^ et les autres retournent en Allemagne dans un état pitoyable. Leyva restait atin de protéger Milan. Les Français, à leur tour^ ont recruté des forces ; conduits par François de Bourbon^ comte loseptembre. de Saint-Pol, ils reprennent Pavie, sans lui épargner ni le pil*lage ni les violences, et s'approchent de Milan.

Les Italiens enseignaient au roi de France comment il devait faire la guerre à Pempereur : « Il faut beaucoup de vigilance et et de soin , car vous avez affaire à un ennemi plein d'astuce et de « malice, qui attend l'occasion avec patience, et semble être pep- «suadé que les troupes de Votre Majesté et de ses confédérés « doivent se consumer d'elles-mêmes, comme cela est arrivé plu* a sieurs fois; il importe de recourir aux précautions nécessaires, or afin deTéviter dans les entreprises futures... Il sera bon d'à* K mener de France une quantité suffisante de pionniers... car «on en trouverait difScilement en Italie, où la famine et la a peste, mais surtout les paysans, les ont anéantis (i). »

Mais d^autres s'apercevaient que cette nation ne faisait que de très-faibles efTorts : a Au souvenir que les Français ne sont « jamais sortis vainqueurs d'aucune expédition de longue durée^ «je crains qu'il n'en soit de même de celle-ci; puis, comme je « sais qu'ils ont toujours confiance dans leurs choses, et comp- « tent sur la faiblesse de l'ennemi, il me semble les voir déjà néa gliger les mesures de prévoyance aussitôt qu'ils apprendront <r que les lansquenets sont retournés chez eux. Ainsi monseî- « gneur de Saint-Pol se trouvera, comme on dit, embarqué sans « biscuit, c'est-à^n*e qu'on ne lui donnera point d'argent (2). o 1529 ^^ ^^^^9 Saint-Pol , dont la mardie avait été retardée par le

manque d'argent , par sa mésintelligence avec le duc d'Urbin et la nouvelle de la révolte de Gènes et de Doria , ne sut pas non plus empêcher que deux mille conscrits espagnols , débarqués à Gènes sans armes, ni vêtements, ni souliers, ni solde, arrivas-

(1) Lettre 391 de Théodore Trivulce à Gmdo Kangoni, de 1529 , dans les Documents (tlùst, tlat. de Molini.

(2) Le même ; il terminait ainsi : « Mais, poor Tamour de Dieu, ayez soin, quand yous écrivez quelque chose qui n'est pas i TaTantage des Français, de ne pas le faire sans employer de chiffres ; car il ne suffit pas que vous récriviez à cause de la douleur que leurs revers vous occasionnent, comme je le fais maintenant, leur coutume étant de prendre en mauvaise part ce qu*oaleur dit contre leur désir, et de croire qu'on parle de la sorte par malignité , et parce qu'on délire qu'il en soit ainsi, etc. »

BATAILLE DE LANDEUNO. 479

sent h Milan^ qui fut soumise par Leyva à de nouvelles contributions, et solidement fortifiée. A Landriano, dans le voisinage de Milan, Lautrec fut surpris et défait par Hnfatigable Leyva, 21 juin, qui, souffrant alors de la goutte, s'était fait porter sur un brancard au milieu de la mêlée; le chef fait prisonnier, l'armée française se dispersa.

Lautrec s'était arrêté si longtemps sous les murs de Naples qu'il vint à manquer d'argent, que le i*oi, d'ailleurs, lui mesurait *^29 toujours avec une grande parcimonie ; puis survint l'épidémie , occasionnée par la malaria, la mauvaise administration et Finsalubrité des logements, qui, dans l'espace d'un mois, réduisit les assiégeants de vingt-cinq mille hommes à quatre mille, sans épargner les chefs ni Lautrec lui-même. Michel-Antoine, mar- 15 août quis de Saluces, qui le remplaça dans le commandement, leva le siège pour se retirer à Aversa; mais, contraint de se rendre, il en mourut de honte. Les débris de cette brillante armée 30 août, conquérante de l'Italie périrent d'épuisement, entassés dans les écuries ; Finfection de l'air produite par les imaladies étendit grandement la mortalité et redoubla les imprécations contre les étrangers. Les bandes noires, qui avaient montré que la valeur italienne n'était pas éteinte , se dispersèrent alors. L'illustre Pierre Navarro, acteur important de toutes ces guerres, tomba prisonnier en combattant, et Charles-Quint ordonna qu'il fût décapité; mais le gouverneur de la forteresse, touché de compassion pour le sort de ce vieillard valeureux , alla lui-même terminer ses jours.

Le prince d'Orange, nommé vice-roi de Naples, comblait, durant la paix, les maux occasionnés par la guerre ; il accusait un grand nombre de feudataires d'avoir favorisé les Français, afin de les envoyer au gibet et de confisquer leurs biens. Les naturels furent contraints de payer six mois de solde dus à l'armée qui avait saccagé Rome. Tels étaient les principes violents de ce gouvernement absurde et tyrannique, qui, pendant deux siècles, rendit misérable la plus belle partie de l'Italie.

Des calamités si grandes et si honteuses répandaient une terreur lugubre, un besoin de recourir à Dieu alors qu'il n'y avait plus de pitié chez les hommes. Savonarola avait laissé après lui des disciples dans les piagnoni, qui déploraient la corruption, les maux présents et futurs. Lorsque Ludovic le More négociait pour appeler les Français , un moine aveugle prêchant sur la place du Château de Milan, lui disait : « Seigneur, ne leur mon-

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tre pas le chemin, ou tu t'en repentiras. » Une foule de miracles sont mentionnés à cette époque. A Pérouse, vers la fin du quinzième siècle> la bienheureuse Colombe deRieti, qui avait des révélations et des extases^ excita une grande dévotion : l'ombre de saint Remuai chassait à coups de pierres Alviano de l'abbaye des Camaldules de Gésène; trois capitaines^ qui étaient entrés dans un monastère, s'entendirent appeler par leur nom^ et fwreni sommés de respecter les vierges sacrées; les Espagnols, dans le sac de Prato, enlevèrent la couronne d* argent de la Viciée de la Cintola^ et celle^^i^ couverte de sueur, tourna le visage vers Tenfant Jésus qui lui mit la main sur la tête (1) ; Lautrec était sur le point d'abandonner au pillage la bourgade de Treviglio , quand une Viei^e pleura, et la vue de ce miracle refréna les profanateurs ; la Vierge de San Calocero à Milan versa également des larmes alors que Lautrec opprimait cette ville; auprès de la Rotonde à Rome, les lansquenets percèrent une Vierge, et du sang sortit de sa blessure.

a Si les moines, dans la chaire, prédisaient non-seulement la ruine de l'Italie, mais encore la fin du monde, on voyait des ermites en faire autant sur les places publiques; il ne manquait même pas de ces gens qui^ pei*suadés qu'on ne pouvait souffrir de plus grandes calamités, disaient que le pape était Tautechrist (Vabghi). )) Un individu de la famille des Brozzi , du nom de Martin, prédisait des malheurs, invitant à faire pénitence : « Cet hiver , disait- il , le fioid a fait périr les orangers, les vignes, les oliviers, les figuiers et les lauriers, tandis qu'il a respecté le lin dont il est l'ennemi mortel. Savez-vous pourquoi? parce que, dans ce temps, les choses vont à rebours, et que Dieu, dédaignant votre sagesse, veut gouverner à votre place. Dieu flagellera Florence, Rome et l'Italie, parce qu'on a tué frère Jérôme et ses autres prophètes, en échange desquels il m'a envoyé, moi, prophète insensé. » Un Siennois qu'on appelait Brandano, vêtu d'un sac, parcourait Rome avant le pillage, en prêchant qu'on était menacé d'un grand fiéau, qu'il fallait faire pénitence, apaiser Dieu, qui ne devait épargner ni le pape ni les cardinaux; on le mit en prison, mais la terreur de ces prédictions ne fut pas éteinte. A Crémone métne, on voyait prêcher im enfant de onze ans, qui attirait un grand concours de personnes (2).

En 1523, un religieux de Saint-Marc prêchait dans la cathé-

(t) Archives kutoriques, liv. VI, p. 240. (2) Campi, àraonéeisn.

MfRAGiES ET PROPHÉTIES. 48i

drale de Milan, encourageant le peuple contre les Français. Sans égard pour les offices, il continuait ses sermons , et faisait des prophéties qui, bien qu'elles ne se vérifiassent pas, ne lui enlevaient rien de son crédit. En 1529, on fit dans cette ville une procession afin d^apaiser le Seigneur; lorsque le tabernacle c fut « arrivé sous la grande porte de la cathédrale^ tout le monde « se mit à crier miséricorde, et le même cri se fit entendre dès et qu'il se trouva au milieu de Téglise, puis auprès de l'autel ; de a telle sorte que le clergé, qui voulait réciter les litanies, ne put a faire cesser les clameurs, et il n'y eut ni homme ni femme qui « ne versât des larmes, d Cette procession avait été faite d'après le conseil d'un religieux nommé Thomas, qui prêchait dans la cathédrale, et a disait vouloir continuer ses consolations tant que a Dieu n'aurait pas arrêté le mal. Il commandait toujours quela que dévotion, et la plupart le considéraient comme prophète... « Le 5 septembre, il fit un sermon désespéré et rempli de menaa ces, non pas tant pour Milan que pour toute la chrétienté; v mais, comme la rénovation de l'Église devait partir de Milan, « il fallait que cette ville fût d'abord affligée et puis régénérée a (BuRiGozzo). »

Le même fait se reproduisait partout ailleurs, si bien que les hommes, ne voyant plus que des démons dans leurs semblables et les gouvernants, sentaient la nécessité de se réfugier dans la dévotion et même dans la superstition. Bien plus, on enviait la domination turque, à tel point que Louis Vives adressait de Bruges aux italiens un discours (1) dans lequel, tout en les plaignant , comme les plus malheureux des hommes, il leur démontrait combien leur condition serait pire s'ils tombaient sous la domination de Soliman.

La défection d'André Doria fut un grand malheur pour la France. Sorti d'une famille qui avait autrefois dominé à Oneglia, il fut , tout jeune encore , homme d'armes du pape , puis de Guidubaldo d'Urbin; il servit le roi de Naples contre Charles YllI, et, quand il vit les choses tomber dans cet état déplorable, il prit le bourdon de pèlerin et se rendit en Palestine. Arraché à sa pieuse dévotion par un nouveau bruit d'armes , il s'enrôla sous les bannières du duc d'Urbin, dont il défendit Sinigaglia contre le duc de Yalentinois; puis, à Gênes, il montra une telle habileté sur mer qu'il obtint le commandement de quatre galères avec

(1) DevUatub Turca, 1529.

HWT DE» ITAL. — T. VH. 31

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lesquelles, quand sa patrie tomba sous la domination des impériaux^ il passa au service de la France, où il devint fameux et concourut aux expéditions les plus dangereuses. Irrité contre les impériaux^ qui avaient saccagé sa ville natale, il ne voulait plus les mettre à rançon, et faisait ramer sur ses galères tous leurs soldats qui tombaient en son pouvoir. Mais il ne tarda point à être indisposé contre les Français, parce qu'il eut à souffrir de Porgueîl insolent des courtisans; d'un autre côté, François I", non content de donner à un autre la charge d'amiral dans leLe- , vant, songeait à transférer le commerce de Gênes à Savone, outre qu^il voulait garder pour lui, dans Pespoir d'en tirer une grosse rançon, les prisonniers que Doria avait faits à Naples. Le marquis delVasto, tombé au pouvoir de Pamiral à Naples, s'aperçut de ces rancunes, et les aigrit avec tant d'habileté qu'il lui persuada de soustraire Gênes aux Français : <r Ils l'ont eux-mêmes saccagée, lui disait- il, foulent aux pieds ses privilèges et menacent sou existence ; il est facile de voir que l'Espagne et la France réservent Gênes pour en faire un objet de trafic dans leurs marchés honteux, et que la France la garde afin de la vendre à de meilleures conditions. »

Doria résolut alors de l'arracher aux griffes des deux compétiteurs, et, sacrifiant le timide respect de son honneur, il envoya en France demander satisfaction des torts dont on s^était rendu coupable envers Gênes et lui-même. Blessé de ne pas la recevoir, ayant d'ailleurs quelque motif de croire que le roi avait expédié l'ordre de l'arrêter, il fit dire à l'empereur : Quelles condifions me faites-vous, et je vous donne mon bras et P Italie (1). Charles- Quint ne marchanda point sur les conditions, et Doria déploya i528 une bannière impériale qu'il avait conquise naguère; informé 12 scpieinb. ^^^ j^ p^^^^ ^^^j^ décimé la garnison, d'ailleurs peu vigilante, il

entra inopinément dans Gênes avec cinq cents fantassins seulement, et l'appela à la liberté : coup décisif porté aux intérêts de

(1) «André demandait à Tempereur 60,000 ducats de solde, la liberté de « Gènes et la faculté de tirer de la Sicile dix mille charges de blé, avec d'autres (t conditions de peu d'importance. Sa Majesté lui accorda non-seulement ce qn'îl « demandait, mais davantage; Charles é<rivit au prince de pourvoir le ca{tttaiiie k André, si la guerre se terminait à son avantage, d'une possession dans le « royaume de d ou IO9OOO ducats; il le chargeait, en outre, de donner 1,000 du- « cats au comte Filippino, 700, je crois, à Christophe Pallavicino , homme « d* André, et autant à cet Érasme, de manière que tous sont contents de s'être « mis à son service. » (Lettres de princes à princes ^ vif 43.)

AHBRÉ DORIÀ DÉLITRE GÊNES. 48d

la France , « car ( dit Brantôme) si l'on n'est pas maître de Gènes et de la mer, on ne peut dominer sur Tltaiie. »

Au milieu de la disparition de tant d'États anciens, c'est une consolation de voir les Génois désirer encore la liberté, et^ malgré les ravages des armées, de la famine et de la peste, échap- « per à ce découragement qui ne cherche plus de remèdes^ pour ji octobre. songer à saisir Toccasion de rétablir leur propre indépendance. Ds s'empressent de démolir le Castelletto, et comblent avec des pierres le port de Savone, destiné à rivaliser avec celui de leur ville. Doria porta le dernier coup à lltalie en la livrant à Charles- Quint^ pois en se faisant Fami et le soutien de Philippe H; néanmoins il conserve dans la postérité une véritable gloire pour avoir rendu la liberté à sa patrie, et refusé d'en accepter la souveraineté, que lui offrait Charles-Quint, ennemi des républi-* ques. Les Génois le portaient aux nues, et pourtant il était accusé de trahison par un grand nombre; le poète Louis Alamanni, qui s'entretenait avec Doria sur cette matière, lui dit en souriant : « Certainement, André, votre entreprise est généreuse, mais elle «f serait encore plus généreuse et plus éclatante s'il n'y avait pas « autour je ne sais quelle ombre qui l'empêche de resplendir a entièrement. » A ces paroles, André soupira et se tut quelque temps , puis lui répondit avec un visage gracieux : a C'est grande a fortune pour un homme d'accomplir une belle action avec des cr moyens non entièrement beaux . Beaucoup d'autres avec toi, « je le sais, peuvent me reprocher, alors que j'avais toujours servi « la France et que François 1»^ me comblait de faveurs, de l'a- « voir abandonnée dans ses plus grands besoins pour me joindre « à son ennemi. Mais si le monde savait combien est grand l'a* « mour que j'ai pour ma patrie, il m'excuserait si, ne pouvant « la sauver et la faire grande autrement, j'ai employé un mofyen « qui pouvait me rendre coupable d'une certaine manière. Je ne « veux pas te dire que le roi François me retenait le prix de mes « services, et refusait, malgré sa promesse, de rendre Savone à • « Gènes, parce que tous ces faits ne peuvent autoriser quelqu'un a à reiloncer à son ancienne fidélité; mais il faut bien tenir « compte de la certitude où j'étais que le roi ne voudrait jamais « affranchir Gênes de sa domination, ni cesser de lui donner un « gouverneur, ni abandonner la forteresse. Or, puisque j'ai ob- « tenu heureusement ces choses en renonçant à sa foi, je peux « encore faire voir, au moins à tout homrne qui jugera sainement, « que ma conduite n'est obscurcie par aucune ombre ( Sfiorci ;. n

484 PAIX DE BÀIIC£I/>N£ ET DE GAMBBAI.

Clément VIII,. que tant d'échecs n'avaient pas encore éclairé sur l'impuissance de Tintrigue, revint à ses projets ambitieux, reprit Imola et Rimini^ chercha à déposséder Alphonse d'Esté, et même voulut le tuer, tentative qui coûta la vie aux auteurs du complot découvert; voyant la France déchoir chaque jour^ il 1520 ^ décida pour Tempereur^ et fit négocier une réconciliation 20 Juin, que tous sentaient nécessaire. Dans le traité de paix de Barcelone, il obtint des conditions qu'il n'aurait pu espérer après une victoire : l'empereur prenait l'engagement de lui faire restituer Ravenne et Gervia par les Vénitiens, et Modëne, Reggio, Rubiera, par le duc de Ferrare ; de rétablir les Médicis à Florence, et Sforza à Milan, s'il prouvait qu'il était resté étranger aux trames de Morone; de soumettre les hérétiques de T Allemagne; de donner en mariage à Alexandre, bâtard des Médicis, Marguerite, sa fille bâtarde. Le pape^ de son côté, devait lui donner la couronne impériale , avec l'investiture du royaume de Naples, moyennant le seul hommage de la haquenée. 5 août. D'autre part, Marguerite, tante de Charles, achevait à Cambrai, où elle Tavait commencée, la ruine de l'Italie, en souscrivant avec Louise de Savoie, mère de François I*% un arrangement entre ce roi et l'empereur. Après avoir rendu, au poids de l'or, les princes qu'il avait en otage, Charles-Quint n'oublia aucun de ceux qui l'avaient favorisé ; François I«% au contraire, ne se souvint de personne, ni de Florence et de Venise, ni des ducs de Milan ou de Ferrare^ ni des Orsini de Rome ou des Frégose de Gênes, ni de ses partisans du royaume de Naples, qu'il laissait exposés à l'exil ou aux galères ; il eut même la bassesse de stipuler qu'il ne donnerait asile à aucun de ceux qui avaient porté les armes contre l'empereur.

Maintenant, roi chevaleresque, tu peux décrier : Rien nesi perdu, fors Vhonneur ! Gharles-Quint se rendit en Italie sur la capitane d'André Doria, auquel, à Barcelone, il avait prodigué les iio>ciiibre. honneurs. Dans l'espoir de jouir d'un repos, quel qu'il fût, les Italiens ornèrent de tous les produits de l'art le passage de l'homme qui portait leurs destinées dans son sein. A Bologne, l'empereur et le pape vécurent cinq mois sous le même toit, en négociant. Le premier voulait résolument le Milanais, comme appui de sa domination dans la Péninsule; mais comme Venise, manifestement, et les autres princes en secret, soutenaient Fran- 2S décembre. ^'^ Sforza, il le céda à ce duc, sauf Pavie, dont il investit Ley va sa vie durant; il garda Côme et le château de Milan, comme

GOUEORNEVENT DE CHARLES. 485

gage des 900^000 ducats qu'on devait lui payer, moitié comptant, le reste dans Pespace de neuf ans. Venise restitua au pape Ravenne et Cervia, à Tempereur les pays qu'elle avait occupés sur la côte napolitaine, avec 300^000 ducats de surplus; les uns et les autres durent venir en aide aux bannis et aux réfugiés.

Gharles-Quint adjugea Modène et Reggio à Alphonse d'Esté, isso et le pape l'investit de Ferrare moyennant 100,000 ducats ; puis, ^^ "*^"' après la mort d'Albert Pio, comte de Carpi, ce duc occupa également son fief. Frédéric de Mantoue obtint le titre de duc. Charles III de Savoie^ beau-frère de Gharles-Quint et oncle de François 1**% avait pu rester neutre, et ne perdit ni ne gagna. Gènes, Lucques et Sienne restèrent libres, et la mmiace fut suspendue sur Florence.

Au congrès de Bologne apparurent^ entre autres^ Nicolas Gar^ rew et Richard Sampson^ envoyés de Henri Vill^ auquel ils écrivaient : a Jamais on n'a vu dans la chrétienté désolation pareille « à celle de ces contrées. Les riches cités sont détruites et rava- « gées ; on ne trouve aucune espèce de viande dans beaucoup de a lieux» Entre Verceil et Pavie, pendant cinquante milles du pays a le plus fertile en vin et en blé qu'il y ait au monde^ tout est a désert. Nous n'avons trouvé ni un homme ni une femme occur « pés à travailler les champs, pas même une âme vivante, ex<^ '( cepté dans un endroit trois pauvres femmes qui grappillaient. « Vigevano, autrefois ville prospère avec une citadelle, est au- « jourd'hui ruinée et déserte. Pavie fait mal au cœur; les enfants « couraient dans les rues en demandant du pain^ et mouraient de V faim. On nous a dit^ et le pontife Ta confirmé^ que la popua lation de ces contrées^ et de beaucoup d'autres de l'Italie, a été a consumée par la guerre, la famine et la peste, et qu'il faudra « plusieurs années pour que l'Italie se relève de tant de désasa très. Gette dévastation est l'œuvre des Français non moins a que des impériaux, et l'on nous assure que Lautrec ravageait « partout ou il passait (i). »

Gharles-Quint voulut s'épargner, sinon le remords, au moins la honte de voir Milan et Rome, que ses troupes avaient traitées si cruellement. Ge fut donc à Bologne même qu'il reçut la cou- 22 février ronne de fer et celle d'or; mais la couronne d'or n'exprimait et 24 mars. plus le pacte entre le représentant du peuple et le chef des conquérants, devenu l'empereur des vaincus, et qui, après s'être age-

(1) Bologne, 12 septembre 1529, dans les Statespapers, toI. vu.

486 GOITROimEIIXNT DE CHAIUS.

nouille homme et avec un titre mondain, se relevait oint du Christ et avec un apostolat divin : celui-là n'était pas le patron du p^pe, qu'il avait naguère fait son prisonnier, en laissant dévaster sa cité; celui-là n'éfait pas le rempart de la foi, qui, par Vinlérim, avait reconnu et laissé croître Fhérésie, au point qu'elle détachait de Rome la moitié du monde.

Cette cérémonie, préservatrice, sociale, destinée à imprimer profondément dans les peuples le respect de Tautorité , tirait de Télément religieux la vénération qu'elle inspirait; mais alors prévalait l'élément royal, qui faisait naître dans le peuple l'hésitation et l'opposition. Le dsoit, maintenu par les papes, succombait sous le fait, proclamé par les Césars; toute l'attention se concentrait sur les fêtes, par lesquelles on honorait dans Charies-Quint le dernier empereur germanique que les papes duss^t couronner. Le dessin, la poésie, les compositions scéniques, luttèrent à l'envi dans cette solennité, très-splendide dans un siècle de tant de magnificences (1). Fatigués, épouvantés, les italiens adulaient Charles, et répétaient qu'on n'aurait jamais pu croire si affable et si courtois l'auteur de tant d'horribles désastres.

L'avilissement italique, conmiencé par les discordes des puissants et terminé par leur entente, se consommait au milieu de ces réjouissances, il n'existait plus d'équilibre entre les petits États, abaissés ou soumis à l'empire. Le pape, effrayé des pro- .grès de la réforme, embrassa les genoux àe cette majesté sur la tête de laquelle ses prédécesseurs avaient autrefois mis le pied. Si l'opposition faite à l'empire avait jadis formé sa gloire et sa grandeur, le pape alors arbora la bannière gibeline, et ce fut ainsi qu'il scella la pierre que la conquête posait sur Titalie, cadavre présumé. Or cette conquête, au moyen de la dégradation, avait été enseignée par Machiavel , accomplie par une administration absurde, une oppression calculée de la pensée , da génie, de l'industrie.

(1) GaéTAH Giordahi, De farripée ettéjûut à Bologne de dément Fit pour U couronnement de Charles-Quint, chronique avec documents et gravureK^etc. ;

Bologne, 1842. — Le duc de Savoig, avait des habits qui coûtaient 900,000 écus, {Monttm, hù t. patries. Script. I, 8G1.)

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