‹ Histoire des Italiens (volume 2)Chapitre 159 sur 169 · ÊTE8 DE FL0RET7CE · texte numérisé non relu

ÊTE8 DE FL0RET7CE

Parmi les compagnies dont le plaisir était l'objet , nous citerons celles du Diamant ei du Broncone (branche)^ ainsi nommées de l'insigne qu'elles avaient pris^ et qui se composaient de seigneurs et de gentilshommes; l'une était présidée par Julien^ et Tautre par Laurent. La première prépara un triomphe à la 1*0maine , avec trois chars représentant , avec des inscriptions et des chants analogues^ PEnfance^ la Virilité, la Vieillesse, d'après le dessin de Raphaêl'des Violle, du graveur Carota, d'André de Côme, d'André del Sarto, de Pierre de Vinci, de Bernardin de Giordano, de Jacques de Pontormo. De son côté, l'historien Nardi , chargé des appareils de la compagnie du Broncone, organisa six chars de triomphe : le premier représentait l'Age d'or de Saturne avec des symboles de félicités pastorales et des chevaux couverts de peaux de lions et de tigres aux ongles d'or; les rênes étaient d'or ; des têtes de moutons remplaçaient les étriers, et du feuillage servait de frein. Numa Pompilius, avec des insignes religieux, venait ensuite, entouré de prêtres portant des encensoirs et d'autres ustensiles pour les sacrifices. Le troisième char figurait le consulat de Manlius Torquatus, avec des sénateurs vêtus de la toge, au milieu de faisceaux et de haches. On voyait à la suite Jules César triomphant de Cléopâtre, avec des peintures de ses exploits, des armes et des flambeaux. Le cinquième était celui d'Auguste, environné des poètes qui embellirent sa cour. Sur le sixième se trouvait Trajan, avec les jurisconsultes en toges de docteurs, des scribes et des notaires. Enfin paraissait le char de l'Époque, avec des peintures de Pontormo et des figures de Baccio Bandinelti. Le tout était accompagné d'allusions, riches toujours , parfois même ingénieuses, parmi lesquelles on voyait un homme couché sur un globe et couvert d'armes moins le dos, d'où lui sortait un enfant doré , pour exprimer qu'un siècle d*or succédait à celui de fer.

Pendant le carnaval, sortaient vingt-quatre ou trente couples de chevaux richement enharnachés, avec leurs maîtres travestis selon le sujet adopté. « Chacun d'eux avait six ou huit laquais, vêtus d'une même livrée, avec des flambeaux à la main, qui dépassaient parfois le nombre de quatre cents ; puis venait le char, rempli d'ornements, de dépouilles et d'objets très-curieux (1).». Les diverses écoles d'artistes avaient coutume de

(1) Vasari, yie de Jacques de Pontormo; mais il se trompe en disant que ces triomphes étaient faits pour le couronnement du pape.

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donner des spectacles. Elles promenaient dans la ville des chars de triomphe où toutes, sur des sujets historiques ou allégoriques, rivalisaient d'inventions nouvelles et de splendides décorations: une fois, c'étaient les triomphes de Paul-Émile, une autre ceux de Camille, dirigés par François Granacci. Baccio Baldini nous décrit la généalogie des dieux, représentée dans vingt et un chars, et Vasari nous montre les peintres travaillant pour ces divertissements.

André del Sarto, Aristote de San-Gallo» Robert Lippi et neuf autres se réunissaient dans la maison de Jean-François Rustici; ils formaient une compagnie dite du Pajuolo (chaudron), dont chaque membre devait fournir un mets artificiel, et pouvait amener quatre amis. Un soir, par allusion à leur nom, on dressa la table dans un immense chaudron, dont Panse servait de flambeau. Lorsqu'ils furent assis, ils virent surgir au milieu un arbre dont les branches portaient le service, et qui descendait pour remonter avec de nouveaux mets, le tout au miUeu des in^ti^uments de musique et d^amples libations. Rustici offrit un pâté en forme de chaudron, dans lequel Ulysse enfonçait son père pour le rajeunir; le père et le fils étaient deux chapons. André del barto apporta un temple qui avait pour fondement de la gélatine à couleurs diflérentes, des saucisses pour colonnes, des chapiteaux de fromage parmesan, des coroiches de pâtes sucrées; dans le chœur était le pupitre avec un livre en lasagnes, dont des graines de poivre formaient les notes et les lettres, et l'on voyait autour des grives qui paraissaient psaUnodier. Les autres fournirent aussi de bizarres inventions.

La compagnie de la Cazztwla (truelle), composée de vingtquatre membres, se livrait aux plus étranges caprices. Une fois, entre autres, il fut convenu que chacun d'eux s^habillerait comme il voudrait, et que ceux dont le costume se ressemblerait seraieut soumis à une pénitence. Une autre fois, ils se montrèrent tous en ' maçons et en apprentis, avec la truelle et le marteau; ils commencèrent alors un édifice, munis da plateaux cliargés de lasa* gnes et de ricoUe; ils avaient pour sable du Iromage et des épices, pour galets des dragées, pour carreaux et tuiles plates des pains et dçs gâteaux. Après ce travail, on brisa un soubassement qui se trouva composé de tourtes, de foies et d'autres friandises; puis une colonne de bouilli, entourée de tripes, avec le chapiteau de chapons rôtis et des cymaises de langues; enfiu une architrave avec fri&u et corniche de ragoûts. Au milieu de cesplai-

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sirs survint une pluie simulée, accompagnée de coups de tonnerre, qui leur fit abandonner Fédifice.

Une autre fois c'était Cérès^ qui^ à la recherche de Proserpine, priait les compagnons de la Cazzuola de l'accompagner aux enfers, ils partirent donc , et , par la gueule d'un serpent qu'on voyait se fermer après chaque couple qui entrait^ ils pénétrèrent dans une chambre obscure, où le couvert de la table était noir. Piuton, après les avoi^ invités au repas du mariage, fit cesser les tourments, et les tableaux figurant les différents gouffres parurent tout à coup éclairés; tous les mets semblaient être des animaux hideux et dégoûtants, des ossements de morts^ des cornes^ servis par des diables avec des pelles; enfin ce spectacle lugubre s'évanouit et fut remplacé par un riche appareil^ destiné à la représentation d'une comédie.

D'autres imaginèrent un hospice , où se réfugiaient, vêtus en mendiants, tous ceux qui s'étaient ruinés en fêtes et en banquets. Ils débitaient les choses les plus horribles sur les uns et les autres, jusqu'au moment où paraissait saint André^ leur patron; après les avoir tirés de Thospice, le saint les conduisait dans une salle magnifiquement meublée, et leur ordonnait de ne faire à l'avenir qu'une fête par an. Cette prescription fut observée^ et les compagnons, pour cette fête, préparaient un banquet et une représentation scénique : tantôt c'était Tantale qui donnait à manger à tous les membres ; tantôt saint André qui montrait les félicités du ciel; tantôt Mars, dégouttant du sang de ses victimes^ ou pris dans le filet de Yulcain.

Gosimo Ridolfi eut l'étrange idée de figurer le char de la Mort tiré par des bœufs noirs, sur lequel étaient des têtes de morts, des ossements et des croix blanches; il portait le squelette de la Mort avec la faux et le sablier , au milieu de cercueils ouverts, d'où sortaient, quand la procession s'arrêtait, des cadavres décharnés qui disaient : « Nous avons été comme vous êtes; vous serez comme nous. Nous sommes mort^, comme vous voyez; nous vous verrons morts comme nous. » Cette moralité, mise en farce dans le but d'amuser, ne m'étonne pas moins que les obscénités souvent étalées dans les pièces scéniques , toujours dans les chansons grossières qui accompagnaient ces simulacres des anciennes bacchanales.

Ces réjouissances exprimaient une félicité qui était sur le point de finir. Les premiers Médicis^ instruits dans l'art de s'élever au moyen de la classe intermédiaire, avaient gouverné bourgeoise*-

avril.

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